Une galante rencontre (ft. Le Pygargue)

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Ven 10 Nov - 1:53
Le vent soufflait fort, terriblement fort ce jour là. La neige tombait déjà sur Bazken, où il faisait un froid mordant, terrible. Il avait toujours fait plus froid en Mar’Baal qu’ailleurs, particulièrement à Bazken qui, dans le creux des montagnes, bénéficiait d’un micro-climat bien à elle. La poudre blanche grinçait sous mes pas et ceux de mon destrier que je tenais par la bride. Il y avait un lourd paquetage à l’arrière de ma jument, et sur son dos, une petite forme humanoïde, emmitouflée dans une cape.

Les rues étaient quasi-désertes, et pour cause le soleil n’était pas encore levé. Je marchais péniblement la montée qui menait jusqu’au manoir des Cornwall, resserrant ma cape autour de moi. J’étais frigorifiée, tout comme ma protégée qui dormait encore. Après cette montée qui me sembla interminable, nous arrivâmes enfin devant les grilles de ma demeure. Je poussais l’énorme portail à son entrée et tirais en avant la jument avant de refermer derrière nous. Il n’y avait évidemment aucune lumière qui s’échappait du manoir car les domestiques devaient sûrement dormir à cette heure là. Il n’y avait là que ma lampe pour nous éclairer dans les ténèbres de la nuit. J’avais préféré continuer notre route malgré tout et au final nous y étions.

Je frappais alors à la grande porte et tout l’édifice pu en faire l’écho. Je vis des lumières s’allumer et des ombres s’agiter derrière les vitres de la demeure qui était la mienne. Presque toute la maisonnée avait été mise en éveil et j'entendais déjà que l’on se pressait jusqu’à l’entrée qui demeurait encore fermée. Un chandelier à la main, un vieux mzékils vint ouvrir la porte et sembla surpris.

- Oh… mais… C’est vous ma Dame !! Juste ciel ! Nous ne vous attendions pas à une heure si tardive, par un tel froid ! Vite ! Entrée ! Je vais demander à Mélias de s’occuper de votre destrier et… Mais par tous les dieux ! Qu’est-ce que…
- Silveri, veuillez vous occuper de ma protégée avant tout, je vous pries.
- Bien entendu, ma Dame ! Oh la pauvre enfant ! Elle semble frigorifiée ! Venez ! Venez, entrez ! Il faut vous installer près d’un feu !!!
- Oh ma Dame ! s’écrièrent les autres domestiques.
- Mélias ! Vas t’occuper de la jument de ma Dame ! Vite !

Le jeune écuyer se lança à la tache tandis que je portais avec et tout contre moi ma protégée à l’intérieur des murs. Seule la lueur des chandeliers que portaient les domestiques illuminaient l’immense hall d’entrée. Nous passâmes à l’aile ouest pour nous diriger vers les salons. Je déposai alors Rebecca sur un canapé drapé de rouge tandis que ses sens s’éveillait doucement. Elle claquait des dents et grelottait tandis que je retirai la cape qui l’entourait pour la mettre à nue et lui faire mettre d’autres vêtements, ceux là secs, chauds et plus nobles. Je la couvris à nouveau d’une couverture en laine cette fois-ci et me posa à côté d’elle tandis que le vieux Silveri tentait par tous les moyens de démarrer dans le foyer ce feu qui ne voulait pas prendre.

- Où… Où sommes-nous ? me demanda pâteusement la jeune fille aux cheveux blonds.
- Chez moi ! Nous sommes enfin chez moi, Rebecca. Je te l’avais promis, mon enfant. Tu es en sécurité à présent, ici, chez moi.
- Alors c’est vrai ? Vous n’allez pas m’abandonner ?
- Non, chère enfant… non. Pas après tout ça. Je ne sais pas encore si je serais à la hauteur pour m’occuper de toi… mais… mais je vais essayer.
- J’ai si froid…
- Je sais, Rebecca, je sais… Alors ? Silveri ! Il vient ce feu ?
- Ah… Mes doigts me font encore mal, ma Dame. J’ai du mal avec le briquet…
- Mon pauvre Silveri… l’âge vous rattrape…

Je me levais pour aller prendre le briquet des mains du vieux mzékils et lui sourit avant de donner un grand coup de briquet pour allumer la paille qui servait de combustible. Doucement nous réussîmes à faire partir le feu et le vieil homme me rendit enfin mon sourire.

- Je me fais vieux, oui… nous ne sommes pas éternels. Mais je vous ai bien enseigné à allumer le feu, et je constate avec merveille que vous n’avez point oublié, ma Dame.
- Allez donc finir votre nuit, Silveri. Il est mauvais pour vous de manquer de sommeil.
- Je ne puis l’accepter ma Dame. Votre venue me réjouit tant que je ne pourrais plus en trouver le sommeil. Laissez-moi faire quelque chose pour vous. Voudriez-vous que je fasse bouillir de l’eau pour que vous puissiez vous délecter d’une boisson chaude ?
- Cela serait fort appréciable, Silveri. Veillez aussi à demander à Thérésa de bien vouloir préparer nos chambres.
- Oui, ma Dame, tout de suite. Avec grand plaisir !

Le majordome fit quelque pas pour se lancer dans ses tâches avant que je ne l’arrête en l’interpellant.

- Silveri !
- Oui, ma Dame ?
- Vous m’avez manqué !
- Moi aussi, ma Dame, vous m’avez manqué. Vous nous avez manqué à tous.

Il repartit, me laissant seule avec ma jeune protégée. Alors que je me penchais vers le sofa pour lui adresser la parole, je me rendis compte qu’elle s’était à nouveau endormie. Avec tendresse, je souris et l’aidai à s’allonger avant de la couvrir avec la couverture quelle tenait fermement.

- Dors, ma petite… Dors… Tu seras en sécurité à présent.

***

Journal de bord d’Anna Cornwall

An 427, 2ème jour du mois de Dÿnaelen

Nous sommes enfin arrivées, Rebecca et moi, au manoir de ma famille. J’ai pu constater que presque rien n’avait changé. L’on m’a informé cependant que mon oncle Loth Cornwall, avait séjourné ici en mon absence afin de s’assurer que le manoir ne soit pas mis à l’abandon. Comme à son habitude, il se montra, selon ce que j’entends de mes domestiques, des plus exécrables avec eux, quoique jamais il ne se montra violent.

Ma protégée se porte à merveille. Elle a déjà repris des forces, elle est chouchoutée et nos soins lui sont d’un grand salut. L’enfant semble toujours aussi discrète et silencieuse, mais elle ne manque pas de gentillesse et de douceur. Elle reste cependant craintive et ses moindres erreurs lui provoquent des accès de panique terrible. Elle doit sûrement s’attendre à ce qu’on la punisse sévèrement, mais il n’en est jamais rien. J’essaye de lui faire entendre raison, mais il n’est pas facile de se défaire de toutes ces années de maltraitance.

Je lui ai cédé la chambre que j’occupai lorsque je fus enfant. Elle semble intriguée par tous les livres que je possède et m’a demandé de lui apprendre à lire afin d’en profiter à son tour. Rien ne me rend plus heureuse que cette perspective. Demain, nous commencerons ses leçons si rien ne vient troubler notre calme.

Une chose est cependant certaine, je la garderai ici tout au long de notre séjour. Je dois m’assurer que le marché aux esclaves de Bazken soit réduit à l’état de cendre avant de la laisser fouler le sol de cette citée. Je ne permettrai plus que des gens soient traitées comme des marchandises dans MA ville.

Rebecca continue à faire des mauvais rêves et a des nuits agitées. La pauvre enfin doit encore revoir les images de son séjour chez les esclavagistes dans ses songes. Plus jamais elle ne sera mêlée à leurs affaire, plus jamais je ne le permettrais.
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Lun 13 Nov - 13:47
Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal :
" Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ? "
- Sois charmante et tais-toi ! Mon coeur, que tout irrite,
Excepté la candeur de l'antique animal,

Baudelaire



« Messire De Vulpère, sachez que le trépas cent fois me semble moins à craindre, que l'échec fatal où l’on me trouverait si je venais à vous déplaire et ne point honorer mes engagements envers vous. Laissez moi donc vous entretenir de quelques faits. Sur mes prérogatives de Commodore et détenteur du masque de Kalika, étant fort avantagé en cette mission,
j'escomptais m'appuyer. Je constate cependant que, sans davantage de précision sur les accusations pesants sur cette Dame Cornwall et le Sire Comte Walterion, l'objectif que vous me confiâtes pourrait bien souffrir jusqu'à la révélation desdits éclaircissements.
- Que voulez-vous savoir exactement, Commodore ? demanda Sire De Vulpère de l'air le plus étonné. Vous faut-il quelques informations sur la personne de Cornwall et ce qui pourrait la lier à ce comte Walterion ? En ce cas, je peux effectivement vous éclairer sur la chose. Voyez-vous, il se trouve qu'après une enquête approfondie auprès de certaines personnes dont je tairais les noms, il se pourrait bien que le Comte Walterion ait quelques affaires en Mar'Baal. Quelque chose comme... du trafique d'esclave, maquillé derrière un simple commerce de... denrées luxueuses. Et il semblerait que la Compagnie portant le nom de Cornwall apparaisse régulièrement dans les comptes du Comte. Ah ahah ! J'adore ce jeu de mots ! Il est hilarant vous ne trouvez pas ? Les comptes du Comte ! Vous saisissez ?

Un instant, il se fondit en rire et en larmes à cette singulière plaisanterie puis, s'apercevant sans doute que son interlocuteur conservait le silence, il se tût aussitôt.

- J'ai hélas, reprit Le Pygargue fort sérieusement, commission cher Messire de Vulpère pour mettre aux fers les pirates de tous genre, même ceux déguisés en honnêtes marchands. Cependant, ma commission n'est point valable auprès de trafiquants bien tranquillement retranchés dans leur palais. En vérité, il n'est point dans la légalité pour moi d'arrêter chez elle cette Dame Cornwall car je ne dispose point de tels pouvoirs. Cependant avant qu'il n'y ait arrestation, j'imagine qu'il doit y avoir investigation.
- Ah ah ! Vous voyez juste, cher Commodore ! Je ne vous demande point arrestation, d'ailleurs, nous ne sommes pas dans la juridiction du Royaume pour ainsi disposer de ce droit envers Dame Cornwall. Nous ne disposons pas même de droit pour arrêter ce trafic. Ce que nous voudrions en revanche, c'est mettre la lumière sur la chose, trouver quelque chose qui permettrait de mettre le Comte Walterion dans une situation délicate, comme la preuve que ce qu'il trafique n'est pas légitime. Nous ne sommes actuellement même pas certains que la Compagnie Cornwall ait quelque chose à voir avec un trafic d'arcaëlliens... Ce que je veux de vous ? Approchez-vous de Dame Cornwall, apprenez à la connaître. Faites en sorte qu'elle se confia à vous sur les affaires que sa compagnie gère. Faites votre possible pour investiguer au sein même de sa demeure. Voilà ce que je souhaite de vous. Quant à moi, je m'occuperai des détails et des affaires moins... légales pour découvrir la vérité. Quant à la manière d'approcher Dame Cornwall... et bien vous êtes un gentilhomme des Citées Blanches ! Votre famille possède bien des moyens. Faites en sorte de vous faire homme qui s’intéresse au faste, aux jolis meubles ou aux soieries ! C'est en cela que le commerce de Dame Cornwall est réputé. Faites-vous homme d'affaire ou simple amateur de belles choses. La façon vous revient, je ne fais que vous exposer une suggestion d'approche.
- Si fait, honorable Messire De Vulpère, dit Le Pygargue. Ce feu que dans vos yeux vous portez m'éclaire tout-à-fait sur ce que vous attendez de moi. Une dernière question néanmoins, très cher. Votre visage à vous doit-il demeurer secret, à l'égal de notre pavillon ?
- Je dispose là de bien des moyens pour faire de mon visage tout autre qu'il n'y parait de nature, répondit le Xen à la chevelure auburn. Ne vous inquiétez point pour ma personne. Cela fait bien longtemps déjà que je travaille dans l'ombre et que jamais l'on ne me prit de court. De plus, mon visage n'est pour le moment point connu en ces terres. Tout devrait bien se passer, je n'aurai, je le pense, point besoin d'artifice.
- Une dernière question, si votre Grace le permet : Que savez-vous de Dame Cornwall hormis son commerce fabuleux d'ébénisterie, soieries et chairs Arcaëlliennes ? Demeure-t-elle une Comtesse ? Marquise ? Bourgeoise, peut-être.

De Vulpère resta silencieux un instant, rassemblant tout ce qui concernait Dame Cornwall dans son esprit avant de répondre d'une voix vibrante de sérieux :

- Elle demeure la fille d'une famille bourgeoise. Elle fut, il me semble, tout d'abord recueillie comme simple esclave au service de la famille Cornwall avant d'être adoptée. C'est une famille anciennement noble, qui servait l'Empire Mzékils'Han. Le rang de noblesse n'est plus, mais ils en ont gardé certaines... marques. En tout cas Dame Cornwall a bonnes manières. J'ai également cru comprendre qu'elle était également au service du Domaine, une petite force naissante en Kaïl qui lutte contre les Hayert'Vaäls... Mais... Je ne vous en dis pas plus, j'ai quelques soupçons mais je les garde miens. J'espère que vous pourrez juger vous même de cette personne qui n'est ni duchesse ni comtesse, mais qui a de nobles manières.
- Et cette charmante Dame aurait donc élu Mar'Baal comme sa patrie. Afin d'atteindre Bazken où vit Dame Cornwall, nous devrons nous amarrer par Jurÿ'Ley, selon mes investigations. Etrange cité, que Bazken. J'en ai déjà ouïe dire de grandes et curieuses affirmations. Sans nuls doutes connaissez-vous le proverbe. Les hautes instances féminines de Bazken possèdent deux pucelages ; celui qu'elles offrent à leurs amis et celui qu'elles vendent à leur mari. Enfin, soyons de bonne mine et présentons-nous à cette noble personne que vous me décrivez-là. Les hommes des Cités-Blanches ne possèdent point une bouche que pour maudire et un cœur que pour exécrer. Faisons usage de nos attributs de bonne sage façon, et tâchons de lever la lumière, à votre demande Messire, sur ces affaires-ci.
- Voilà qui est bien parlé, Commodore ! s’enthousiasma Maître De Vulpère. Gardons-nous de maudire à tout va ! L'on nous prendra pour oiseaux de mauvais augure à force ! Montrons, à Mar'Baal, que nous sommes les nobles personnes que nous prétendons être ! Cap vers Jurÿ'Ley en ce cas !

Il fallut plusieurs semaines au Reanspell ainsi qu'au Prince de Hytraz afin de joindre la cité portuaire de Jurÿ'Ley. Plusieurs semaines durant lesquelles le Commodore aux ailes noires resta enfermé la plupart du temps dans sa cabine, assis à son bureau, à réfléchir à un plan et communiquer par le biais d'un courrier avec le Capitaine De Klemmens. Le corps du pirate Baldassare Everhell fut descendu du mât du Reanspell à la demande de ce dernier puis roulé dans de la toile qui faisait la voilure et envoyé à la mer. Enfin, les deux bâtiments gagnèrent le port de Jurÿ'Ley. Si Le Pygargue, au cours de sa précédente odyssée, avait déjà relâché plusieurs fois sur Maa'Baal, jamais il n'avait pris le temps de visiter Jurÿ'Ley, la capitale, et moins encore Bazken, qui était à plusieurs jours de marche à travers les terres.
Le Commodore donna ses consignes. Les corsaires des bâtiments avaient quartier-libre pour trente jours et trente nuits. Le Capitaine De Klemmens s'installait provisoirement à bord du Reanspell et prenait le titre de Capitaine en chef. Le Second du Prince, un Xen du nom de Sullivan Mihanthesen prenait le commandement de son bâtiment. Quant au Second du premier, Jonathan Edward Drake, il était désigné pour accompagner le Commodore jusqu'à Bazken. Deux autres marins du Reanspell, de ceux présents depuis les premières années de navigation du Prince furent également désignés, tirés au sort sur base de volontariat, pour accompagner leur Commodore et leur Premier Lieutenant. C'était bien la première fois que le Commodore De Everhell partirait en mission séparé du Capitaine De Klemmens, mais il avait passé de longues semaines à réfléchir, et cette disposition lui semblait être la meilleure en tout point.

Ainsi, Le Pygargue, Maître Drake, et Maîtres Perceval Sisley et Flavius Geritt louèrent des chevaux et gagnèrent, après une dizaine de jours sur les routes, la cité de Bazken. Un trajet qui se déroula sans encombre et sans anicroche, suivant un sentier bien tracé et fort emprunté, en dépit de quelques nuits glaciales et d'un peu de gel et de neige au matin. Cependant, c'est sous un soleil radieux que Bazken leur tendit les bras.

- Vous venez pour la vente de Phoenix, Messires ? leur demanda un jeune page en réceptionnant leurs montures.

Effectivement, Le Pygargue s'était renseigné auparavant, et avait appris que la réputation de Bazken avait été construite autour de son cirque gigantesque, et ses Phoenix majestueux. L'on pouvait acheter sur ses étalages des œufs de Phoenix comme la citadine achèterait ses poireaux. Et pire, Le Pygargue avait lu que ces oeufs là se consommait même ! Il y avait décidément des moeurs bien étranges en Arcaëlle. Cependant, l'arène de combat et les oeufs de Phoenix n'étaient pas les seules curiosités locales de Bazken et il paraissait que la cité, fort vivante, avait un large panel d’œuvres et de monuments à présenter à ses visiteurs.

Le premier soir, Le Pygargue, Maître Drake et Maîtres Sisly et Geritt louèrent les services d'une auberge luxueuse, exigeant que l'on monte jusqu'à leur chambre eau chaude, draps propres et de quoi s'alimenter. Une carafe d'un vin leur fut même apporté, en ce continent où il gelait la nuit à pierre fendre. Disposant d'un lit chacun, le Xen, l'Humain et les deux Tahoras reprirent leurs forces. Le Pygargue dormit peu et mal, songea à Messire De Vulpère, parti de son côté, et à la mission qui l'attendait dès l'aube. Près de lui, au pied de son lit et dans ses paquetages, le masque de Kalika paraissait lui murmurer des vilenies.

Cette phrase-là lui venait souvent à l'esprit : un beau masque vaut mieux qu'une vilaine face.

Il se sentait le coeur léger, depuis qu'il avait débarrassé le monde du pirate notoire qu'était le Capitaine Bervers Everhell, et qui salissait le nom de sa Maison. Puissent tous les malheur s'assembler sur moi, songea dans son lit le Xen aux yeux bleus, plutôt que je manque un seul moment de foi à l'égard de Maître De Vulpère qui fut si bon pour ma personne.

Ainsi, deux jours plus tard, après une toilette complète et un passage sur le marché local, le Commodore Pygargue envoya un valet annoncer son arrivée à Dame Anna Cornwall. La missive était composée en ces termes, rédigée de la main du Commodore en personne :



"L'or des rencontres fleurit en giroflée ; l'ancien zéphyr souffle avec sa joue au fond des nuages bleus. Si Votre Bon Désir le permet, je souhaiterai me présenter à votre porte dans la journée du lendemain et fouler aux pieds le seuil prospère de votre demeure. J'entretiens bon'espoir aujourd'huy de vous contempler demain.



Horace, Armateur, De la Maison Klemmens."



Lorsque Dame Cornwall eût répondu par l'affirmative à la missive du Commodore, le quatuor se présenta donc, vêtu de leurs plus beaux atours à la coupe des Cités-Blanches. Et c'est avec une révérence parfaitement exécuté, le haut-de-chef sous le coude, que le Pygargue se présenta comme Horace De La Maison Klemmens à leur hote. Il était conscient que face à lui se trouvait une femme attachée aux valeurs et aux principes.

- Je représente le Sublime de la Maison De Klemmens, Dame Cornwall, de l'autre côté de l'océan, en Hytraz. Et afin de vous trouver, j'ai mis toutes mes voiles au vent sans moins tarder, prenant comme témoin ce domaine de May'Veal qui lutte et ronge son mors. En tant qu'Armateur au service du Royaume et des Cités-Blanches, je souhaiterai entretenir quelques transactions avec le commerce renommé dont vous êtes, si je ne m'abuse, la tenancière.

Il présenta ses hommes puis ajouta :

- Et comme il est fort impoli de s'inviter de la sorte chez une Dame aussi illustre que vous, j'apporte avec moi un présent, Dame Cornwall. J'ose espérer que vous ne regretteriez point l’œuf de Phoenix que j'aperçus sur la place principale du marché de Bazken. Je songeai qu'un tel présent ne comporterait rien d'évasif à vos yeux.

Toujours incliné, sincère dans son dévouement qu'il portait à tout le beau sexe d'Arcaëlle, Le Pygargue présenta alors le jeune Noil'Kal à l'intérieur d'une cage hissée sur des roues, qu'il avait amené avec lui.

- Par le biais de ce présent, Dame Cornwall, j'escompte que vous nous honorerez de votre accueil et que nulle hésitation ne vous empêchera de prendre en mon cœur ce qu'il y a de plus loyal et de bienséant. Vous me feriez là un affront bien cruel en me renvoyant, moi et mes marins. Sans risquer en pleine mer, Dame, un bon Armateur et un bon marin ne s'élève pas. Et sans risque, on ne peut s'approcher du rivage. »


Le Noil'Kal:
 
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Le masque de Kaliqua

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Mar 14 Nov - 9:02
Journal de bord d’Anna Cornwall

An 427, 4ème jour du mois de Dÿnaelen

Rebecca a bien progressé en seulement deux jours. C’est une élève très assidue et elle ne manque pas de curiosité. Nous avons commencé à apprendre à lire et écrire, je lui ai fait découvrir le jardin et elle semble fascinée par les plantes. Elle s’intéresse de très près à la botanique et me pose toujours d’innombrable questions sur les végétaux, mais aussi sur les animaux qui y vivent. Je suis parfois dépassée par sa curiosité, il me faudra apprendre en même temps qu’elle certains secrets du règne de la nature qui ne me sont pas connus. En tout cas elle apprécie la neige et ne s'est pas privé de jouer avec.

Aujourd’hui nous avons reçu la lettre d’un certain Horace De Klemmens. A la lecture de ses mots, je pouvais aisément deviner qu’il s’agissait là d’un aristocrate des Citées Blanches. Seuls eux étaient capable d’une telle excentricité dans les mots. Intriguée par cette demande, j’y ai répondu positivement, curieuse de connaître l’homme derrière ce phrasé fort original.

Les préparatifs nous ont pris une bonne partie de la journée à mes domestiques et à moi-même. Ma jeune pupille m’a suivi afin que je lui apprenne ces choses que sont l’hospitalité et la cordialité. Je me suis assurée qu’elle n’en perde pas un instant et qu’elle comprenne à quel point il est important de ne pas manquer de bonnes intentions à ses invités. Nous lui avons d’ailleurs choisi une tenue pour le lendemain, une de mes anciennes tenues qui étaient encore conservées dans une dépendance du manoir.

Demain va être une longue journée pleine de surprise je le sens. J’espère que ma protégée ne sera pas incommodée par la venue de cet inconnu, et probablement de sa suite. Je ne sais à quoi m’attendre, mais il est clair que je me montrerai courtoise comme toujours.


***

Nous attendions dans le hall, nerveux, la venue de mon hôte. Je sentais la tension me gagner. Rebecca dut le sentir car elle glissa ses petits doigts dans ma main, ce qui eut pour effet de soulager mes craintes. Elle me sourit avec douceur et je me surpris à en faire de même à son égard.

C’est finalement peu de temps après que se présenta à nous un quatuor d’hommes, tous vêtus à la mode du Royaume. Celui qui se faisait appeler Horace De Klemmens s’inclina en une révérence parfaitement exécutée avant de se présenter à nous comme tel. Quelle ne fut pas ma surprise, alors, de constater que le noble personnage avait à mon attention, un présent tout à fait inattendu. Un lion ailé, que l’on appelait Noil’Kal, se trouvait derrière eux, enfermé dans une cage sur roues. Je sentis ma jeune protégée se raidir à la vue de se spectacle. Elle ne devait certainement pas apprécier de voir un animal en cage, cela devait également lui rappeler sa propre captivité.

Je m’inclinai à mon tour, avec Rebecca et mes suivants, respectueusement face à ces hommes qui ne manquaient pas de bonnes manières. Je fixais le xen avec attention. C’était ce que l’on pouvait appeler un bel homme, tout à fait charmant même.

- C’est un... présent tout à fait inattendu, cher Horace de la Maison De Klemmens. Laissez-moi donc vous inviter à entrer ! En ces temps si froid, il est bien facile d’attraper mal et ce n’est pas ce que je désire pour vous. Maître Silveri, veuillez prendre les effets de nos invités afin qu’ils se sentent à l’aise.
- Oui, ma Dame, répondit ce dernier d’un ton distinct.

Il se dirigea d’un pas presque cérémonial vers nos invités, leur proposant d’ôter capes et manteaux afin de ne plus en être encombrés. Je sentis alors Rebecca me lâcher la main et se précipiter vers la cage. Mon cœur bondit dans ma poitrine, de crainte. La jeune fille s’accrocha aux barreaux et fixa l’animal dans les yeux qui la fixait également. Le Noil’Kal était extraordinairement calme, et il y eut cet instant, étrange, qui dura un moment, comme s’il dialoguait paisiblement avec la jeune fille. Je me précipitais alors vers elle pour la tirer vers moi.

- Rebecca ! Mais qu’est-ce qui te prend, mon enfant ?
- Libérez-le ! S’il vous plaît, Dame Anna ! Il n’est pas dangereux ! Libérez-le, je vous en pries !
- Mais enfin, tu te rends compte de ce que tu me demandes là ?

Elle me fixa de ses yeux verts, emplis de tristesse. J’avais l’impression de contempler un reflet du passé. Je connaissais ce regard, cette tristesse… Ma raison céda à mes sentiments et je me présentai alors devant le Sieur De Klemmens avec une détermination sans faille.

- Cela pourrait vous sembler être un caprice, cher Seigneur Horace de la Maison De Klemmens, mais je vous implore de bien vouloir libérer ce Noil’Kal de sa cage. Seulement ensuite, je vous inviterai à boire le thé tout en partageant les raisons qui vous menèrent ici.

Mon majordome me regardait avec étonnement et se permit d’objecter.

- Est-ce bien raisonnable, ma Dame ?

C’est alors que l’un des hommes, un humain aux cheveux blond et au regard perçant, sortit de derrière sa cape une clé grosse comme un poing. Il se tourna vers la cage tout en faisant signe de reculer.

- Laissez-moi faire, ma Dame ! intervint-il. Je connais la docilité de ces êtres. Il n’est nulle crainte à avoir d’un Noil’Kal, hormis si vous vous en faites un ennemi. Je ne supporterai point de savoir que vous souffrez à la vue de sa captivité, moi-même je n’apprécie guère cela, ainsi sont les valeurs des Citées Blanches.

Il ouvrit précautionneusement la cage et s’inclina tout bas devant l’animal dont l’allure royale me fit sentir des frissons d’admiration. Il s’inclina devant Rebecca et la fixa avec attention. La jeune fille posa sa toute petite main contre son museau et celui-ci lui donna un coup de tête amical.

« Merci ! » résonna une voix dans mon esprit alors que l’être ailé me regardait avec attention. Je le regardai avec surprise et songeai alors que la créature méritait bien que je la considère tout autrement. Je m’inclinai doucement devant lui avant de l’inviter à entrer également tandis que mes domestiques semblaient quant à eux, moins sereins que je ne l’étais. Le lion ailé entra aux côtés de Rebecca qui était tout de sourire. Elle se jeta sur moi, s’agrippant à moi tout en me remerciant.

- Allons mon enfant… Ce… Ce n’est rien… trois fois rien… Je… C’est inconvenant devant nos invités. Je ne sais comment vous remercier, heum... messire ?
- Sir Jonathan Edward Drake, pour vous servir ! dit-il en exécutant une révérence.

La jeune fille lâcha prise et je me présentai à nouveau face à Horace De Klemmens en m’inclinant bien bas.

- Je regrette de vous avoir imposé ce contre-temps. Veuillez me pardonner en me laissant vous inviter à rejoindre le petit salon pour y prendre le thé. Ma pupille vient à peine de rejoindre ma compagnie, et elle n’est pas encore coutumière aux us et coutumes de la noblesse des Citées Blanches ni d’ailleurs très enthousiaste devant la captivité. Veuillez l’en excuser sincèrement.

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Mar 14 Nov - 12:40
L'échafaud vieilli croule, et la Grève se lave.
L'émeute se rendort. De meilleurs jours sont prêts.
Le peuple a sa colère et le volcan sa lave
Qui dévaste d'abord et qui féconde après.

Hugo



« Toutes les erreurs de votre pupille n'aurait été que de rendre sa liberté à un être doué d'esprit et de noblesse, Dame Cornwall. À mesure que je l'approche je distingue mieux la sagesse immense qui brille derrière son regard. Quel mortel peut donc savoir ce que signifie ceci ? Les Noil'Kal seraient gardiens des secrets et de tous les mythes d'Arcaëlle que cela ne me surprendrait point. Et à tout vous avouer chère Dame je voudrais bien, par quelque moyen que ce soit, si cette noble créature qui pénétra mon esprit alerte fût avertie des sentiments qu’on a pour elle sur votre étrange continent, savoir les siens là-dessus. Il s'agit de voir qui des deux, entre l'immortel ailé et l'homme qui a fermé sur lui les barreaux d'une cage, contient le plus de discernement.

Ses yeux exprimaient le feu de la conscience lorsqu'il parlait. Tant, que Le Pygargue s'en excusa de nouveau, main posée à plat sur le coeur.

- Veuillez me pardonnez, chère Dame Cornwall. Les émotions ont laissé aller mes propos. S'on les pourroit réduire à silence afin qu'elles ne sembloient plus impertinentes à tous. Comprenez cependant que nous autres, les Xen, entretenons une certaine intimité avec toutes les créatures d'Arcaëlle. Le courroux du point d’honneur me pris cependant il ne sera point dit qu’on triomphe de mon adresse à votre égard. Je renouvelle donc mes excuses. Mais voir une telle merveille en cage est une vision, dit-il l'air le plus sérieux du monde, dont il est dans ma nature de me courroucer.

Quand fut au point la question sur le chapitre et le Noil'Kal de nouveau en liberté, l'on en vint à passer la porte du petit salon. À la réalité, Le Pygargue avait craint une mauvaise réaction de la part de Dame Cornwall si il s'était présenté ainsi à elle accompagné d'une créature telle que le Noil'Kal en liberté. Certains us du continent lui échappait encore. Un peu ému de sa propre tirade, comme un auteur dramatique, Le Pygargue prit place autour de la table de Dame Cornwall, entouré de ses marins. Il pouvait à merveille se faire passer pour ce cher Horace De Klemmens. Il avait passé des semaines à étudier ce que Horace avait pu dégoter dans sa cabine d'archives concernant sa propre Maison. S'ajoutait à cela son lot de connaissances antécédents. Il n'oubliait pas qu'aujourd'huy il n'était plus le Commodore De Everhell, mais le riche Armateur De Klemmens. C'est comme tel qu'il renouvela sa présentation.

- Pardonnez  ma franchise et mon ton un peu brut, annonça-t-il. J'ai fais donc ce déplacement, disais-je, jusqu'à vous afin de traiter affaires. En tant qu'homme de ma position, je veux choisir ce qu'il y a de mieux pour la négoce et faire bon effet. Ma Maison s'est spécialisée dans les affaires de May'Veal et je suis moi-même tenancier de plusieurs chantiers navals. À présent que mes navires sont construits, il me faut les emplir.

Il se demanda si il n'avait pas été trop rapide et trop brut. Il n'était point temps d'alarmer Dame Cornwall. Car si la jeune femme, très charmante par ailleurs, traînait réellement dans le commerce de la chair et le Comte Walterion avait des registres à cacher, elle n'apprécierait guère une si violente intrusion. Il tenta donc d'apaiser son interlocutrice avec un fin sourire, qui n'avait pourtant rien de retors.

- J'escompte tout-de-même et en dépit du fin mot de nos négoces être tout aise de me voir l'invité d'une aussi noble personne que vous, Dame Cornwall. Votre invitation fait grand'honneur à nos gens, et par icelle au Royaume tout entier. Et quand sonnera l'heure des justes transactions, mon bras alerte rendra à votre âme l'honneur des soins que vous nous faîtes-là. Je m'y engage en mon nom et en celui de la Maison De Klemmens. »
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Mar 14 Nov - 15:06
Il m’avait bien semblé que les arcaëlliens des Citées Blanches abhorraient l’esclavage et la captivité des êtres doués de conscience, mais pas autant que me le fit comprendre Horace. Sa diatribe avait mis en évidence bien des choses qui soulagèrent quelque peu ma conscience, mais qui aussi la tracassèrent, notamment le fait qu’il ait mis un point sur les coutumes de Mar’Baal. Dans un sens, je ne pouvais que l’approuver, puisque moi-même, j’avais lutté contre l’esclavagisme et que je comptais bien ne pas en rester là. Ma ville, Bazken, ne pouvait plus souffrir à mes yeux de cette perversion. Ce n’était, hélas, point le sujet de la conversation. Il en était venu aux affaires qui le menaient ici, je devais donc m’y résigner, d’autant que son beau-parler m’avait quelque peu fascinée. Je ne pouvais le nier, les arcaëlliens du Royaume, et notamment ceux de la noblesse, savaient flatter et séduire leurs interlocuteurs.

- Vous êtes tout pardonné pour votre élan qui était le témoin de votre honnêteté sur le sujet, Sieur De Klemmens. Je ne saurais vous contre-dire sur ce fait que vous avez abordé plus tôt. J’en fais rarement l’étalage, mais moi-même je fus de ceux-là. Je comprend aisément la passion qui vous anime, vous et les autres Xen, en voyant un si désolant spectacle et... Mais vous n’êtes pas là pour cela, veuillez m’en excuser ! Parlons donc de votre affaire, puisque c’est bien pour cela que vous avez fait le trajet jusqu’ici.

Je me mis à sourire, non par politesse, d'ailleurs je n’avais jamais réussi à sourire par politesse, il était même rare que je souris, mais par cette sensation étrange de satisfaction. Sans doute venait-elle de la vue d’un si charmant personnage. Je gardais tout de même à mon esprit une certaine prudence. L’on m’avait déjà asservie par un simple sourire et des promesses creuses, je ne comptais pas en refaire l’expérience. Je jetais un œil également à Rebecca qui flattait le col du Noil’Kal avec la plus grande des tendresses tandis que celui-ci s’était couché près du feu. Cette enfant était d’une douceur et d’une gentillesse qui faisait plaisir à voir.

- J’en suis d’ailleurs forte surprise, nous avons de nombreux comptoirs, vous auriez pu… simplement vous y rendre et faire affaire avec mes collaborateurs. Je crois cependant saisir par vos mots que vous souhaitez faire directement affaire avec moi, ce qui me flatte je dois vous l’avouer. J’espère pouvoir vous satisfaire dans votre démarche. Il est vrai que nous n’avons point encore de comptoir aux Citées Blanches maintenant que j’y songe, pas à ma connaissance en tout cas.

Melga, une petite mzékils rondouillarde, aux cheveux frisées et au teint clair, nous apporta une théière d’où s’échappait de la vapeur. Je pouvais déjà humer l’odeur du délicieux thé que j’avais fait ramener de Zaï’Lou. Une merveille à n’en point douter, et une denrée plutôt rare ici. Elle nous servit ainsi, dans des tasses portant des motifs de roses, finement ouvragées par un artisan local. Je plongeais alors mes yeux dans ceux bleus de mon invité avant de continuer.

- Vous possédez des navires vides, dites-vous, une bien belle affaire j’en conviens. Je suppose donc que c’est par nos affaires que vous voulez les remplir. La compagnie Cornwall a bon espoir que nos artisans arriveront à vous satisfaire en la matière. S’il y a bien des choses que nous ne possédons pas, ce sont des navires pour nous rendre jusqu’à Hytraz pour y installer un comptoir permanent. Que plairait-il aux gens des Citées Blanches de faire venir depuis Bazken ? Des borderies, de la soierie ? Peut-être du mobilier à la mode de Mar’Baal… A moins que les arcaëlliens du Royaume préfère le thé ? La bière peut-être ! Nous avons une excellente réputation pour la bière qui vient d’ici. Hum… Mais ce n’est peut-être pas assez raffiné pour vous. Vous souhaitez peut-être visiter nos différents artisans ? Nos comptoirs et dépôts ? Peut-être seriez-vous plus à même de choisir ce qui plairait aux bonnes âmes du Royaume… ou à vous même s’il s’agit de faire des acquisitions personnelles. Demandez, et je serais votre humble obligée dans cette affaire.

Je pris délicatement la tasse, usant de la coutume des gens des Citées Blanches, pinçant mon pouce et mon index l’un contre l’autre avant de tremper mes lèvres dans le breuvage, ne quittant pas l’arcaëlliens des yeux.
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Mer 15 Nov - 23:47
L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.

Baudelaire



« Il se dit, rebondit Le Commodore, qu’une alliance commerciale annonce tout ce qu’il lui plaît entre les deux partis, et qu’un directeur est en pouvoir d’aller saisir les personnes les plus augustes et de parer de leurs grands noms les premiers échantillons de leurs produits. Je n’abuserai, Dame Cornwall, ni de votre nom ni de vos bontés pour accélérer une transaction qui n'est point encore conclue et m’attribuer une gloire que je n’aurai peut-être point méritée, et je ne prends la liberté d'emprunter votre renom que pour avoir lieu de vous dire que je regarde incessamment, avec une profonde vénération les grandes qualités que vous joignez au sang auguste dont vous tenez le jour, et que je suis, Dame, avec tout le respect possible, et tout le zèle imaginable, convaincu que faire de la Maison De Klemmens l'importatrice de denrées de la Maison Cornwall serait tout à nos avantages.

Le Pygargue se permit alors de goûter au thé qu'on venait de lui apporter. Les marins qui l'accompagnaient avaient déjà trempé leurs lèvres, bien peu habitués à une telle boisson. Ils la trouvèrent néanmoins à leur goût et il fallut convenir que ce thé de Zaï'Lou était d'une exquise senteur. Suivirent plusieurs heures au sein desquelles Dame Anna Cornwall et Messire Horace De Klemmens pesèrent le pour et le contre de l'importation de tel ou tel produit jusqu'en Hytraz. Lorsque la nuit tomba tout-à-fait, on en était encore au cahier des charges et à passer en revue chaque produits. Le Pygargue songea que la patience de Maître Drake, ainsi que celle de Geritt et Sisley n'était certainement pas infinie. Après tout, même si lui mettait du cœur à l'ouvrage, sous le masque du déguisement, et n'avait point vu passer la journée, ses camarades n'étaient que marins.

- Et vous n’ignorez point que les plus grandes Maisons de non-ailés en Cités-Blanches aiment à s’élever pour des beautés célestes et savent cent tours ingénieux pour se figurer là où ils n'en ont point des ailes. Vous apprendriez donc, Dame Cornwall, que les mets et les mobiliers, Xen notamment, se vendent fort chers au sein de l'Aristocratie terre-à-terre et ne dévaluent point sur le marché. Et si il y a, à mon sens, bien une possession qui se vendrait mieux que celles des Maisons Xen, c'est celle de Maisons Xen à Maäl, sur Ray'Bauz. De la marque Cornwall.

Comme afin de s'excuser, il expliqua patiemment :

- Nous sommes très patriotiques voyez-vous. J'ignore si vous avez déjà eu affaire avec l'Aristocratie Blanche Xen avant moi. »
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Lun 20 Nov - 9:55
- Non, mon cher, absolument pas. Je n’ai malheureusement pas eu ce plaisir jusqu’à présent, répondis-je sans masquer un certain sourire à mon invité de marque. Voilà que vous venez rectifier mon tord ! Il est plaisant d’observer avec quel raffinement vous maîtriser la langue.
- La langue, ma Dame ? s’étonna le sieur Drake. Vous, voulez sans doute parler du phrasé, du langage, si je ne m’abuse ?
- Heu… oui ! Bien sûr ? À quoi d’autre…

Je restais silencieuse un moment et compris enfin où voulait en venir le jeune aristocrate aux cheveux blonds. Je mis ma main devant ma bouche, légèrement honteuse. Il semblait crucial et important de bien choisir ses mots avec de telles personnes, et probablement cette « langue » avait-elle été prise au sens premier. Je me mis à rougir légèrement avant de bafouiller quelques excuses.

- Oh je… Je suis navrée ! Je ne pensais pas… du tout à…
- Oh, sire Drake ! se scandalisa le sieur Gerrit. Voyez, vous mettez notre hôte dans l’embarras avec vos traits d’humour.

Le jeune Edward Drake se mit à sourire avec moquerie sur son visage. Il s’inclina bien bas devant moi avant de se relever pour me présenter des excuses.

- Mes excuses, ma Dame ! Je ne voulais point vous mettre dans une telle situation de gêne.
- Hum hum ! Vous… Vous êtes tout pardonné, Sire Drake. Je crois qu’il était temps de… lâcher un peu la pression.

Je me mis à rire moi-même alors que Rebecca nous regardait avec un air circonspect, comme si nous étions des êtres venus d’un autre monde. Elle quitta la pièce accompagné du lion ailé en quête, sans doute, d’un divertissement un peu plus attrayant que nos discussions d’affaires. Je m’excusais auprès de mes convives pour ce départ précipité de la part de ma pupille mais ils ne lui en tinrent pas rigueur.

- Il n’est rien ma Dame, d’ailleurs, à ce sujet, il est temps pour nous autres de quitter votre si aimable compagnie, assura le sieur Drake.

Sir De Klemmens sembla les interroger du regard tout comme moi avant qu’Edward Drake ne réponde.

- Nous avons nos propres affaires à régler. Nous ne voudrions point plus vous imposer notre présence. Nous sommes intimement persuadés que notre ami Horace saura vous être de bonne compagnie en plus de pouvoir vous offrir bonnes affaires !
- Mais… bredouillai-je. Ne restez-vous donc point dîner ici ? Et qui allez-vous donc voir pour affaires à une heure si avancée du jour ?
- De bonnes connaissances, cher madame. N’ayez nulle crainte…
- Et bien… Soit ! Nous avons encore beaucoup à nous dire, cher sire De Klemmens, accepterez-vous mon invitation à dîner ?

Il y eut des regards complices entre messires Drake, Geritt et Sisley qui ne pouvaient s’empêcher d’afficher de petits sourires malicieux, comme s’ils étaient en train de partager une farce dont eux seuls connaissaient le secret.

- Un gentilhomme ne refuserait point une si charmante compagnie pour dîner, cela serait fort discourtois, n’est-il point Horace ? Vous devriez rester avec Dame Cornwall en attendant que nous allions rendre visite à nos amis communs ! Sur ce, veuillez nous excuser de prendre congé en cette heure, mais le devoir nous appelle.

J’échangeais quelques regards incrédules avec Horace De Klemmens. Je me pinçais nerveusement les lèvres. Je ne comprenais pas trop cette affaire, mais elle ne me plaisait pas. Quoique la compagnie seule de cet aimable et galant xen ne me dérangeait pas. Seulement, me retrouver en tête à tête, avec lui pour seul interlocuteur… Je devais rapidement effacer ces idées qui me venaient alors en tête car elles étaient toutes et fortes embarrassantes.
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Mer 22 Nov - 17:16
ô saisons, ô châteaux !
[Et, si le malheur m'entraîne,
Sa disgrâce m'est certaine.

Rimbaud



Le salon que Le Pygargue traversa au rez-de-chaussée avant d'arriver jusqu'à la table que Dame Cornwall avait faite dresser pour eux fit sur sa personne bonne impression. La sale à manger en elle-même, songea le Commodore Xen, n'était point laide du tout. Le Pygargue songea qu'il y avait là tant de charme que jamais la mode et la beauté de Bazken n'eussent été si proches l'une de l'autre. Le salon était en bois de damas, le cabinet principal en acajou et la salle à manger en chêne. Alors, enchanté, Le Pygargue saisit l'occasion afin de complimenter son hôte sur la beauté de son salon, de son ameublement, de son argenterie, enfin sur la beauté de son manoir. Dame Cornwall lui enseigna, en de très brefs mots, comme si tout cela la gênait quelque peu, la mode et les usages de Mar'Baal en terme de marché sur l'immobilier bourgeois. Jamais, pensait de nouveau Le Pygargue, un noble aura dit plus de choses en moins de paroles. Lorsque Dame Anna Cornwall ouvrait la bouche, c'était toujours afin de raconter quelque chose. Et de si habiles manières, un si charmant accueil enfin, se dit Le Pygargue en prenant place à table, face à son hôte, ne serait jamais les apanages du vilain se livrant au commerce de la chair impuni. Il souhaitait réellement, de toute son âme, que Dame Cornwall ne fut point coupable des crimes dont la soupçonnait Maître De Vulpère. Mais la décision finale ne lui appartenait point, il en était conscient. L'on porta alors à l'immense table de chêne un troisième couvert, et l'on apprit au Xen que Rebecca, la pupille de Dame Cornwall, dînerait avec eux. Il n'en fut point du tout gêné, bien au contraire. Le Pygargue ne comprenait toujours pas pourquoi Maître Drake et ses comparses avaient filé de la sorte. Car assurément, cela était fort malpoli ! Cependant, il s'était juré que cela ne le distrairait point de sa mission, et il y apporta beaucoup de cœur.

Si les bonnes manières différaient des Cités-Blanches à Bazken, il en aurait fallu néanmoins plus au Pygargue afin de le déstabiliser. Certes, l'ordre des couverts, l'émergence des plats, le nombre de bougies allumées, l'étoffe des napperons (et même le nombre de napperons) ainsi que d'autres éléments le changeaient de l'aristocratie d'Hytraz, mais il remarqua la bonté de Dame Cornwall qui passa outre ses manières de gentilhomme originaire d'un continent que dix-mille lieues séparaient de Mar'Baal. Enfin, il ne voulait point trop en faire également lors de ce dîner, le but de sa première entrevue avec Dame Cornwall étant principalement de charmer, d'établir un premier contact, et non point de faire un forcing outrageux avec des interrogations incessantes et répétées ou des analogies singulières. Gardons-nous seulement de plaire, songea le Commodore De Everhell en s'excusant pour sa demi-ignorance des manières bourgeoises Bazkennes. Demi car, de par ses fonctions, son éducation et son précédent voyage autour d'Arcaëlle, il avait déjà posé le pied sur Mar'Baal. Il avait appris déjà beaucoup d'éléments précieux aujourd'huy, que ça soit sur les affaires que dirigeaient Dame Cornwall, sur la cité de Bazken qui elle, lui était totalement méconnue, ou sur la Maison Cornwall en elle-même. Si les échanges entre les deux personnages demeuraient fluides, le Pygargue avait remarqué néanmoins que Dame Cornwall, sans être avare de parole, n'avait point la langue pendue et n'exposait rarement, sinon jamais, sa propre personne sur le front de leur conversation.

On apporta les premiers plats, le vin avec. Il n'y a rien à meilleur marché que le bon esprit de nos jours, songea Le Pygargue après avoir vanté auprès de son hôte l'arôme subtil de ce grand crû qu'il goûtait pour la première fois, je me dois donc de faire bonne impression et conserver, si j'en possède quelques-uns, l'empire de bonne compagnie que je possède sur Dame Cornwall.

Il commença par orienter la conversation sur les vins qui se faisaient en Cités-Blanches, du pied de la vigne à la mise en bouteille et dont la Maison De Everhell était fine connaisseuse. Il parut ainsi à Dame Cornwall que son invité prenait la chose fort à cœur !

« Ma Maison étant elle-même productrice de grand crû, exposait Le Pygargue tandis qu'on lui servait un second verre de vin et une seconde assiette au fumet délicat, je gage apprécier les doux nectars de cette boisson !

Il s'étendit ainsi sur l'usage des serpettes afin de procéder à la tranche des grappes délicieusement arrosée des rayons solaires du sud d'Arcaëlle, puis le foulage afin d'entraîner l'éclat des grains, la pression et enfin la célèbre fermentation en cuves de bois. Les premiers tirants, toujours de la meilleure qualité, finissaient dans les verres de l'aristocratie seigneuriale des Cités-Blanches tandis que le reste se divisait dans des bouteilles au nom de la Maison qui le produisait, avant d'être vendu aux quatre coins du continent, jusque sur le Nouveau Monde qu'était Ray'Bauz.

- Mais veuillez m'excuser, Dame Cornwall. Il n'est point tant nécessaire de ma part, vraiment, de m'étendre autant sur le sujet et j'abominerai vous lasser en étalant de la sorte l'orgueil de ma naissance. C'est que, comprenez, pour l'aristocratie des Cités-Blanches, traiter de vin est traiter là de choses sacrées. Est-il rien de plus obligeant que cela ? Et ce discours fort ennuyeux où j'aspire et vient de vous traîner n’est rien de plus qu'un témoignage de ma fidélité à l'égard de ma patrie, ainsi que de l'honnêteté de mes bonnes intentions envers vous-même.

Les plats s'étaient enchaînés, et Dame Cornwall, qui semblait lui avoir tout pardonné cet excès de langage, paraissait avoir pour son hôte toute la générosité, toutes les intentions et toute la sympathie. Des sentiments que Le Pygargue partageait, bien triste à la vérité de songer qu'il dialoguait peut-être avec une femme cachant de mauvaises intentions accompagnant de mauvaises affaires. Au bout de son troisième ou quatrième verre de vin, alors que Dame Cornwall ordonnait à son majordome de faire servir une seconde bouteille, ajoutant à l'intention du Pygargue : "Vous verrez bien, cher Messire De Klemmens, celui-ci vous gratifiera de tout le bon goût de Bazken !" ; Le Pygargue songea qu'il faisait bien chaud dans ce salon-là. Néanmoins, bien qu'il songea à se départir de son pourpoint, il n'alla point au bout de son idée. Il voulait rester fort élégant et bien mis au regard de son hôte. Après tout, pour Le Pygargue, la courtoisie portée à l'extrême, la galanterie faite homme et l'élégance peinte par un respect profond de l'étiquette demeuraient des valeurs essentielles.

- Si vos adversaires n'ont point la force de vaincre, qu'ils aient au moins celle de vous résister, Dame Cornwall.

Et tous deux trinquèrent, goûtèrent ce second crû d'un grand âge, qui entraîna par la suite diverses éloges de la part des deux personnages. Quel dommage, se mit alors à penser Le Pygargue, que Horace ne soit pas réellement présent ! Lui qui adore presque autant que moi le goût subtil d'un bon rouge ! Et ce cher Jonathan Drake ! Pourquoi ne lui offrirais-je point une bouteille à mon tour sitôt de retour en Hytraz, afin de l'assurer de mes meilleurs sentiments ?

Le Pygargue se leva lorsque Dame Cornwall répéta son invitation à la suivre dans le salon. La majordome alla coucher Rebecca, tandis que le Commodore et son hôte regagnait la chaleur du salon au sein duquel brûlait un feu de cheminée. Dame Cornwall annonçait, pour sa part qu'elle n'avait plus faim, et qu'elle souhaitait attendre un peu avant que ne leur soit apporté le dessert. Le Pygargue était du même avis. Il avait même terriblement chaud et, tandis qu'il prenait place sur l'un des divans, constata que sa virilité naturelle commençait à le tirailler. Effroyablement gêné, il choisit de s'acquitter de son pourpoint boutonné jusqu'au cou, qu'il allongea sur ses cuisses, jambes pliées l'une sur l'autre.

-...pour qu'elle finisse par se donner, il faut commencer par la prendre.

Le Pygargue se racla la gorge.

- Pardon ? Vous dites ?

Dame Cornwall etouffa un rire.

- Je parlais de notre victoire sur les alarmes d'Arcaëlle, expliqua patiemment la maîtresse de maison. Ceux qui font la plaie de ce monde, les voleurs, les brigands, les marchands d'esclaves...
- Ah.. Oui, si fait.

Le Pygargue se demanda un instant d'où pouvait bien lui venir ce soudain excès de fièvre. Il n'était pourtant point homme, habituellement, à s'emporter de la sorte. Il souhaita alors prendre congé de son interlocutrice, sans que cela paraisse toutefois impoli. Mais Dame Cornwall, emportée par un soudain élan lyrique, s'était levée afin de remplir de nouveau son verre, n'arrêtant plus de parler. Ainsi leurs discussion tourna respectivement autour des "marchands les plus entreprenants du monde", des "lois qui permettaient de punir des hommes de leurs errements", du "marché de Bazken qui se tenait tous les deux jours sur la place principale de la ville" et des "œufs de Griffon" que les locaux personnages aimaient à réduire en bouillie, en omelette, en brouet, en gruau, en sirop, en assaisonnement, en purée, en tartare, en salade, en essence, en aromate et qu'ils s'amusaient à vendre un peu partout dans le monde. Dame Cornwall se leva, après avoir lâché à mi-voix un :

- C'est que ces produits-là ont pour réputation de faire de très bon philtre d'amour, mêlé à d'autres denrées. Enfin ! Je dis ça mais je ne sais pas. Je n'en ai jamais goûté !

Une vive rougeur remplaça une première pâleur sur les jours de Dame Cornwall tandis qu'elle invitait le Pygargue à prendre le dessert. Un instant, les deux se dévisagèrent sans un mot, puis, galant Comte, le Pygargue proposa son bras à sa compagne afin de regagner la table. Lorsqu'ils s'effleurèrent, il sentit dans son dos tressaillir ses ailes mais choisit de ne point s'en préoccuper. Il vit que Anna Cornwall était un brin ivre, et l'aida à se rasseoir.

- C’est faire en honnêtes gens, chère Dame Cornwall que de conclure ce dîner en passant sans point tarder à notre dessert. »
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Sam 25 Nov - 18:04
Le dîner me sembla se passer relativement bien. J’eus le plaisir de compter avec nous Rebecca à notre table qui avait insisté pour être des nôtres. A dire vrai, j’en fus rassurée sur l’instant. Il aurait été pour moi gênant de passer cette soirée en tête à tête, d’autant que mon hôte se trouva être fort charmant et fort courtois, des qualités qui ne me fascinaient et me plaisaient au plus haut point.

C’est avec amusement que j’enseignais au sieur Horace De Klemmens les manières de la table au sein de Mar’Baal. Il en sembla prendre un certain amusement lui aussi et en fut en tout cas très enthousiaste. Je lui promis qu’un jour, ce serait à moi d’apprendre les bonnes manières des Citées Blanches, ce qui nous mis tous les deux quelque peu dans l’embarras. J’en profitai également pour enseigner ces manières à ma douce pupille qui n’y connaissait encore pas grand-chose à la bonne tenue.

Lorsque le repas nous fut apporté, je fis également venir une bouteille de vin blanc. Il fallait absolument que je plus à notre invité en lui offrant une boisson digne de son nom. C’est ainsi qu’il débuta, un verre en main, le récit fabuleux des vignobles de sa Maison.

- Ma Maison étant elle-même productrice de grand crû, exposait-il tandis qu'on lui servait un second verre de vin et une seconde assiette, je gage apprécier les doux nectars de cette boisson !
- Vraiment ? Cela est fort intéressant. Productrice de grand crû dites-vous ? Il se pourrait que les Citées Blanches et de quoi offrir à nous autres des choses bien intéressante, continuez vous pries-je.

Il s’étendit alors sur la production de ce fameux vin et je l’écoutai avec la plus grandes des attentions. Je me perdis dans ses mots, qui me semblèrent étrangement si palpitant. Il savait en tout cas en parler fort bien et je n’avais clairement pas affaire à un amateur, ou alors un amateur très soucieux de son sujet.

- Mais veuillez m'excuser, Dame Cornwall. Il n'est point tant nécessaire de ma part, vraiment, de m'étendre autant sur le sujet et j'abominerai vous lasser en étalant de la sorte l'orgueil de ma naissance. C'est que, comprenez, pour l'aristocratie des Cités-Blanches, traiter de vin est traiter là de choses sacrées. Est-il rien de plus obligeant que cela ? Et ce discours fort ennuyeux où j'aspire et vient de vous traîner n’est rien de plus qu'un témoignage de ma fidélité à l'égard de ma patrie, ainsi que de l'honnêteté de mes bonnes intentions envers vous-même.
- Vous êtes tout pardonné, Sir De Klemmens. Vous parlez de vin avec tant d’élégance et de savoir que je m’y suis plûs à vous écouter ainsi. Ne soyons point gêné, je vous écoute avec la plus grande des attentions.

Le repas continua et l’on vint à manquer de vin, j’avais pourtant toujours si soif. Je sentais comme ma gorge asséchée et cette envie de boire me venait de plus en plus. C’était comme s’il me manquait constamment quelque chose. Et il faisait une de ces chaleurs ! Était-ce le feu qui était ainsi trop alimenté ? Je fis venir une seconde bouteille.

- Vous verrez bien, cher Messire De Klemmens, celui-ci vous gratifiera de tout le bon goût de Bazken !

Je me sentais d’humeur étrangement joviale. Était-ce le fait d’avoir un si remarquable invité ? L’effet du vin ? OU l’opportunité de ne plus me retrouver en conflit ? Je me sentais soudainement légère.

- Si vos adversaires n'ont point la force de vaincre, qu'ils aient au moins celle de vous résister, Dame Cornwall, déclara Horace.
- Il est fort difficile de me résister, cher Monseigneur De Klemmens ! Mais vous avez raisons, ceux qui ont essayé mérite que l’on trinque à leur témérité !

Nous trinquâmes et nous pûmes profiter de ce délicieux breuvage. Lorsque je me rendis compte que ma jeune protégée commençait à fatiguer, je fis demander au majordome de la mener jusqu’à sa chambre et la coucher non sans d’abord l’avoir embrassé avec tendresse.

- Bonne nuit, Rebecca ! Fais de beaux rêves.
- Merci, Anna ! Bonne nuit à vous aussi. Je vous adore !!! Est-ce que je peux…
- Oui, oui, je laisserai le Noiz’kal veiller sur toi. Aller va mon enfant.
- Merci, Anna ! J’vous adore !

Elle me serra dans ses petits bras menus tandis que je me sentis m’empourprer des pieds à la tête. Je n’avais pas l’habitude de ces témoignages d’amour. Elle partit en courant suivie par le majordome, nous laissant mon agréable invité et moi-même rejoindre le petit salon.

- Je ne sais pas pour vous… mais moi je n’ai pas encore envie de dessert… on va papoter dans le petit salon… juste histoire de… digérer un peu.

J’entamais alors la conversation une fois le petit salon gagné et c’est là que je sentis vraiment la chaleur me gagner. Je sentais comme mes jambes frémir d’excitation, sans aucun raison valable. Avais-je trop bu ? S’ensuivit un dialogue avec un quiproquo qui me fit rire. C’est là que je réalisais que mes émotions n’avaient rien à voir avec l’alcool, mais plutôt un besoin tout autre. Ni celui de boire, ni celui de manger, mais plutôt celui de la chair. Comment pouvais-je m’abaisser à une telle envie si subitement ? Je repris un verre de vin pour me calmer un peu et m’emporta alors dans un pamphlet lyrique.

- Vous savez… Il y a des choses en Bazken qui me tracassent. Je suis une honnête marchande, Sire De Klemmens, très entreprenante il est vrai. Mais jamais je n’ai nuis à qui que se soit dans ces affaires ! Mais le marché de Bazken, lui… le marché de Bazken… Ce marché qui se tient tous les deux jours… Vous savez… Je crois que l’on ne devrait point autoriser les marchands à vendre tout et n’importe quoi… et surtout n’importe qui ! Peut-on seulement priver un être vivant de sa valeur en lui en donnant une qui vaut de l’or ? Nous ne sommes point… point des objets ! Et les animaux ??? Les animaux !!! Pour l’amour de Thäa, Sire De Klemmens ! Savez vous ce que font les gens d’ici, des œufs de griffons ?

Je me rapprochais alors lentement de lui, légèrement chancelante, mais terriblement attirée par son allure noble et ses yeux d’un bleu pour lesquels j’aurai pu me maudire.

- C'est que ces produits-là ont pour réputation de faire de très bon philtre d'amour, mêlés à d'autres denrées. Enfin ! Je dis ça mais je ne sais pas. Je n'en ai jamais goûté ! Oh ça non ! Hors de question !!! Je… Voulez-vous un dessert ?

Mes yeux plongèrent dans les siens, et un silence affreusement gênant s’ensuivit. Je sentais tressaillir mes plus intimes parties, et je sentis comme des papillons dans mon ventre. Avais-je réellement envie de ce dessert ? Était-ce vraiment de cela qu’il s’agissait à l’instant ? L’homme me proposa son bras pour me mener jusqu’à la table, et lorsque le contact ce fit, j’eus comme des palpitations au plus profond de mon être.

- C’est faire en honnêtes gens, chère Dame Cornwall que de conclure ce dîner en passant sans point tarder à notre dessert.
- Vous eûtes par mille fois raison, je le crois ! Faisons cela.

C’est à ce moment précis que ce cher Silveri apporta le dessert. Une somptueuse crème montée sur une pâtisserie aéré que l’on appelait chou.

- Voilà qui devrait nous ravir ! Je vous en remercie Maître Silveri.
- Le plaisir est pour moi, ma Dame, je suis à votre service.
- Veillez à refermer la porte pour éviter les courants d’air je vous pries.
- Il en sera fait ainsi, ma Dame.

Il repartit en refermant la porte, nous laissant seuls, Horace De Klemmens et moi-même. Je me penchais alors sur la table avec un air de conspiratrice.

- Je dois vous confesser quelque chose, il s’agit là de mon dessert préféré. Il y a peu de gens à qui je révèle cela, mais ma foi, vous me semblez si bon gentilhomme qu’il m’est difficile de vous refuser le partage de ce petit secret. Pour ma part, je commence toujours par… la crème. J’en prend une cuillère, ainsi, dis-je tout en exécutant le geste, je la porte à mes lèvres et j’en savoure toutes les notes subtiles de vanille de Zaï’Lou et de sucre de Mar’Baal… et cette crème si onctueusement et délicatement fouettée…

Je léchais délicatement la cuillère avant de la plonger à nouveau dans la crème et la tendre jusqu’à la bouche d’Horace qui me considérait alors avec quelque peu d’émotion.

- Goûtez; voyons ! Laissez-vous tenter, cher Horace. A moins que cela ne vous préoccupe de partager la cuillère qui toucha mes lèvres ?

Mais qu’est-ce qui me prenait tout à coup ? Étais-je devenue complètement folle ? De telles incitations… Moi même je n’en revenais pas. J’essayai cependant de garder tout mon sang froid, toute ma sérénité, malgré cette envie de me jeter dans les bras de cet inconnu. La fièvre me faisait sans doute délirer. Jamais je n’aurai fait un chose pareille.
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Dim 26 Nov - 13:34
Il est hors de notre pouvoir de renoncer à cet amour.
- Hélas ! dit Ogrin, quel réconfort peut-on donner à des morts ?



Le Pygargue se retrouva en une situation délicate, là immobile sur sa chaise avecques la cuillère tendue par Dame Cornwall. En cet instant, toutes les coutumes et tous les usages de Bazken lui échappaient. Dame Cronwall faisait elle-même une invitation fort plaisante, mais Le Pygargue tentait avec difficulté d'établir la frontière avisée entre la plaisance et l'indécence. D'un autre côté, le bras de Dame Cornwall n'était point en acier trempé, et elle ne pourrait demeurer en cette position une éternité ! Il était invité ici, et Dame Cornwall demeurait son hôte ! Il n'avait point l'intention de l'offenser ! Oh, quel choix difficile était-ce là ? Céder, poser ses lèvres sur cette cuillère et répondre à  l'attrait de cette charmante Dame, Dame qui faisait en cet instant, à ses yeux il en était conscient, la tentatrice ? Ou bien refuser, et prendre le risque de désobéir à toutes les règles de convivialité, de courtoisie et de galanterie ? Déjà, Dame Cornwall le regardait avec interrogation, avec un brin de déception, et s'apprêtait à se confondre en excuses en retirant son bras tendu depuis trop longtemps. Galant seigneur, Le Comte De Everhell ne pouvait se permettre d'assurer la si fâcheuse position de son hôte, et récupéra la cuillère du bout des lèvres. Ce ne fut qu'une fois la pâtisserie en bouche qu'il parvint à articuler mentalement la question suivante : "Qu'aurait-fait le vrai Messire De Klemmens à ma place ? Comment aurait réagi ce très cher Horace ?"

« Ce dessert vous rend honneur, Dame Cornwall, la gratifia Le Pygargue. Croyez-moi, plus j’y pense, et moins je puis douter qu'en mon âme la splendeur de votre accueil ne soit prêt d’éclater. Cela serait criminel de ne point en goûter davantage.

Et, afin de dissiper tout malentendu, Le Pygargue avança son assiette. Dame Cornwall le servit donc, avec excellence dans la gestuelle, une assiettée copieuse. Il avait toujours aussi chaud et une véritable tempête semblait avoir éclaté dans sa tête. Comment ? Moi qui suis mâle de par ma naissance je ne saurais résister à ces pulsions-là ? Quelle honte ! Me voilà en vérité bien plus affolé en mes chairs qu'un oiseau se heurtant au plafond et à tous les murs ! Que ne comprends-je les assentiments de la gent féminine à nos égards !

Ses chairs semblaient le brûler. Et pour cause. En proie à la plus terrible des fièvres, Le Pygargue songeait qu'il désirait Anna Cornwall et n'était point près de la guérison. Pour soutenir son embarras, il but sec et descendit le verre de vin qui embellissait son assiette ! Cela n'échappa point à l’œil alerte de Dame Cornwall, qui le resservit sur l'instant !

- Dame Cornwall, sous mon délicat palais ce vin offert plus d'une fois est venu s'accomplir. Dans mon sang de Xen sa saveur dissipée m'amène à penser que nous avons tous deux assez abusé de ce nectar, ne pensez-vous point ?

Ne voulant point outrager son invité, son bras pressant sa taille fine, Dame Cornwall se rangea à son opinion et, une fois leurs deux verres pleins, repoussa la bouteille à une distance respectables des deux personnages.

- Chère Dame Cornwall, sourit Le Pygargue en trempant ses lèvres dans le breuvage parfumé ! A peu de choses près, j'entendrai chanter votre grand crû dans son verre de cristal !

A ce niveau-là, pour Le Pygargue, son désir le dérangeait comme une démangeaison ! Néanmoins, ayant encore toute sa tête, le Commodore parvint cependant à ne point se consumer alors qu'il brûlait tout entier à la flamme de l'appétence. Le dîner se poursuivit, dévoilant au fil des minutes une Dame Cornwall, en plus d'être totalement subjuguée par la flagellation de la crème montée sur le chou, évasivement soûle. Le Pygargue choisit d'élever l'audace dont il faisait montre jusqu'à présent, et tenta, après moult gymnastiques mentales, d'interroger son hôte qui demeurait, sous l'emprise de ces cinq ou six verres de vin dans le nez, toute disposée à lui répondre ! Ainsi, il revint minutieusement sur la question des échanges Cornwall, du marché de Bazken et de l'esclavage en Mar'Baal. Après de nombreuses minutes d'échanges, tandis qu'Anna Cornwall s'égarait de plus en plus, Le Pygargue songea qu'il était disposé à faire son rapport à Messire De Vulpère. Quelle charmante personne que cette Dame Cornwell, cependant ! Le Commodore était à présent convaincu de la bonne foi de cette âme-là. Piégé comme il l'était dans ce corps en fièvre, il se languissait à présent de retrouver Maître Drake et ce cher Horace. Il ne lui restait plus qu'à se retirer du manoir ou alors, si telle était la volonté de Dame Cornwall, gagner la chambre qu'on lui assignerait jusqu'au lendemain. Le Pygargue expliqua à Dame Cornwall qu'il ne souhaitait point la fatiguer de sa présence plus longtemps, et que tous deux seraient obligés de regagner tôt ou tard leur chambre afin de prendre un peu de repos. Dame Cornwall adjugea son accord et se leva de table, mais cela était pour allonger le bras afin de se saisir de la bouteille de vin placée un peu plus loin. Elle avait vidé son verre, elle se resservit et resservit Le Pygargue, mais ce dernier ne toucha point à son verre. Alors, Dame Cornwall se pencha sur la table une seconde fois, l'index tendu et prêt à tremper dans la crème du chou un peu plus au centre de la table. L'air de bonheur qui animait Dame Cornwall en cet instant l’empêchait de se rendre compte de l'ivresse qui coulait en ses veines et, afin d'éviter une chute malencontreuse, Horace De Klemmens vola à son secours. Il l'entoura de ses bras avant que la noble Dame ne s'avachisse, et par un caprice des aléas les deux personnages se retrouvèrent dans les bras l'un de l'autre, Dame Corwnall le rouge aux joues, à demi montée sur la table, précisément entre les verres de cristal, le chou et l'argenterie, tandis que Le Pygargue la soutenait. Le cœur douloureux à force de lutter contre sa fièvre, Le Pygargue daigna enfin s’intéresser à la chair sous ses mains. Les jupons de Dame Cornwall s'étaient à demi-retroussés dans l'action, et il se trouvait que le Xen caressait à présent sous ses doigts les cuisses de son hôte. Gêné comme il n'était point possible de l'être, il pensa à se dégager sur l'instant -quand tout son corps lui hurlait le contraire !- mais voyant dans les yeux de la jeune femme le vin danser, il songea que cela serait lui rendre un bien mauvais service. Il entreprit donc de lever sa main comme si la peau qu'il touchait la lui avait brûlée, et il passa son bras autour des épaules de Dame Cornwall. Il songea alors à appeler le majordome de cette dernière, afin qu'il l'éconduise jusqu'à une chambre. Ce fut sa conscience et son amitié à l'égard d'une si généreuse femme qui lui indiquèrent l'embarras dans lequel il la placerait dès que tout ce vin aurait été cuvé. Il songea qu'il suffisait à l'alcool juste un peu de temps afin que ses effets ne s’estompent et se trouva tout disposé à tenir compagnie à Anna Cornwall encore deux ou trois heures. Il avisa les deux fauteuils de satin près du feu dans l'âtre qui brûlait et porta la jeune femme jusqu'à l'un d'eux. La passion avec laquelle il transporta cette jeune personne le frappa de stupeur lui-même et lorsqu'il la déposa, ils finirent par se retrouver enlacés. Sa main traversa alors ses jupons à elle, sans qu'il n'en puisse rien contrôler, il remonta jusqu'à ses cuisses, trouva les hanches et, encore une fois, voulut se retirer !

- Da..Dame Cornwall..je...je brûle pour..vous..d'un feu..nouveau..ce..soir..quoique..vous..puissiez dire..

Elle posa alors sa main, délicate et doucement chaude, sur sa joue. L'instant d'après, leurs lèvres s'effleurèrent. Il soupçonna Dame Cornwall d'avoir volontairement manqué l'assise de son propre fauteuil, afin de l'entraîner sur le sol, près de la cheminée qui brûlait. Saisissant un moment où les petits gémissements d'Anna Cornwall donnait du répit à ses excès, il balbutia :

- Dame...je suis un homme marié...

Mais il brûlait ! Le Pygargue chercha alors du regard la chevalière à l'effigie de sa Maison qu'il portait toujours à son auriculaire. Evidemment, il ne la trouva point. C'aurait été une trop grande étourderie que de conserver sur sa personne une bague au blason de sa Maison quand il se faisait passer pour l'organe d'une autre ! Ce soir, il n'était plus Mickaël De Everhell, mais bel et bien Horace De Klemmens. Dame Cornwall balançait ses hanches au rythme des pourpres qui lui montaient aux joues, et déjà avait enlacé dans ses bras et serré contre son corps son diable de Klemmens qui tentait encore de lui résister !

Très vite, il se trouva lui-même débraillé, une main sur la poitrine d'Anna, une autre sur sa hanche, le souffle court et le corps secoué de tremblements ! Dans ses oreilles bourdonnait un orage symphonique !

- Dame Cornwall, chuchota-t-il à son oreille, j'ai bien peur que vous ne soyez ivre...»

Si d'une main il tentait maladroitement de se rembrailler, il sentait flamboyer sur ses propres hanches les jambes de son hôte faisant éclater son désir, et contenir à présent ses excès devenait pour lui presque douloureux.
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Le masque de Kaliqua

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Jeu 30 Nov - 11:48
La nuit était fraîche ce soir là , et Godfrey De Vulpère portait une lourde cape pour le maintenir au chaud. Il avait toute l’après-midi, évalué les différentes façons d’approcher le manoir sans éveiller les soupçons. Ce n’est qu’en fin de journée que le Lieutenant Drake et ses complices sortir par les grandes portes du grillage qui clôturait la demeure. A leur arrivée, le Maître Renard s’enquit de les rejoindre, presque au trot.

- Alors ! Comment cela s’est-il passé ? demanda l’Ombre de la Reine.
- Merveilleusement bien, je le crois. Dame Cornwall est une charmante personne. Elle ne semble pas apprécier le commerce d’animaux, j’escompte qu’elle n’apprécie pas non plus le commerce d’arcaëlliens… mais nous ne pouvons être sûrs de rien. Parfois, les gens ne dévoile leur vraie nature que dans les moments les plus intimes.
- C’est précisément pour cela que je vous ai demandé de laisser ces quelques bouteilles aux cuisines du manoir. Les avez-vous offertes comme je vous l’avais demandé ?
- Oui, Maître De Vulpère ! Assurément, elles seront servies ce soir, pendant leur repas, je me suis assuré auprès du majordome qu’il en soit ainsi.

Le jeune maître remis en place une de ses longues mèches de cheveux roux et fit un sourire carnassier à l’adresse d’Edward qui sembla quelque peu intimidé par ce sourire plein de dents.

- Êtes-vous sûr qu’elles seront servies ce soir ?
- Je me suis assuré d’en vanter tous les mérites ! Il n’y a aucun doute que le Majordome en servira ces bouteilles.
- Cela ne reste qu’une éventualité, mon cher… J’escompte bien m’en assurer avant de mettre à exécution mon plan. Êtes-vous prêts pour la tâche qui vous incombe à présent ?
- La tâche, messire ? Il nous faut encore faire autre chose ?
- Les domestiques, Sire Drake, les domestiques ! Ils va falloir les occuper pendant que je farfouille à droite et à gauche.
- Comment ? s’indigna le lieutenant.
- A vous de trouver ! A vôtre place, je les inviterai à s’amuser un peu dans les cuisines, à boire et prendre un peu de bon temps entre gens civilisés.
- Est-ce bien raisonnable ?
- Aussi raisonnable que ne l’est tout ce plan… Edward !

***

Je ne savais plus du tout ce que je faisais. Je devais avoir probablement du boire trop de vin. J’avais une irrésistible envie de dévorer la crème de ces choux à présent. J’en aurai bien étalé le reste sur le corps séduisant de mon invité, mais cela aurait été folie. En tout cas je m’étais quelque peu gaussée qu’il accepta ma cuillèrée. Avait-il seulement compris mon appel ?

En tout cas nous avions parlé des longues minutes, j’avais continué à rabâcher sur le marché aux esclaves et mon aversion pour celui-ci. Mais revenons plutôt au fait que j’étais en train de tremper mon doigt dans la crème lorsque je basculais sur le côté, récupérée par les bras d’Horace. Je sentais tout mon corps me brûler de désir à ce moment là, je plongeai mes yeux hagards dans les siens. Ce qu’il était beau. Cela aurait du être interdit d’être aussi séduisant. Soudainement, je sentis sa main effleurer mes cuisses. Le rouge monta encore plus aux joues. Me désirait-il autant que je le désirais sur l’instant ?

Il retira cependant sa main comme si la chose lui était interdite, j’étais un peu déçue de la chose. Je m’attendais à un peu plus. Et j’eus cet un peu plus en réalité. Le jeune noble me pris dans ses bras, et tel un prince de conte de fée, me porta jusqu’au fauteuil. Une fois encore, il m’étreignit et glissa ses mains sous mes jupons. Tout mon corps se tendit à la fois de crainte et de désir.

- Da..Dame Cornwall..je...je brûle pour..vous..d'un feu..nouveau..ce..soir..quoique..vous..puissiez dire..

Ma main se déposa doucement sur sa joue, ce doux visage méritait qu’on le caresse comme une femme le devait à son amant. Nos lèvres s’étaient dangereusement rapprochées. Mais bon sang ? Qu’est-ce qui me prenait d’un coup ? Hors… Hors de question de l’embrasser. Elles s’effleurèrent à peine quand je nous fis basculer vers le sol. Je soupirai, retenant avec peine des gémissements de mon envie grandissante.

- Dame… je suis un homme marié…

Non… Oh non diable, c’était impossible. Pourquoi me fallait-il encore brûler de désir pour quelqu’un dont le cœur et l’âme sont prises ? Pourquoi ne portait-il point d’alliance en ce cas ? Un regrettable oubli ? Une perte ? Ou un vilain tour joué à ma personne ? Était-ce ma richesse et mes biens qu’il désirait par un tel stratagème ?

Alors pourquoi tout mon corps continuait de le réclamer ? Pourquoi l’avais-je enlacé, jouant des hanches comme une femelle en rut ? J’étais à présent partager par ma folle envie de lui faire l’amour malgré tout, et la folie furieuse de me dégager de lui, et de l’insulter de m’avoir laissé ainsi faire et de m’avoir caressé comme il l’avait fait alors qu’il était marié. Mais par tous les diables d’Özan, que m’arrivait-il ?

***

Il faisait sombre quand le Maître renard pénétra dans le manoir par la porte principale. Il n’y avait là personne, comme il l’avait escompté. La diversion de Drake avait dû fonctionner à merveille et Anna Cornwall ainsi que le brave Commodore De Everhell devaient être, à cette heure là, bien occupés. Pour s’en assurer, il suivit les indications que lui avait donné le sieur Drake sur le manoir pour se rendre jusqu’au salon où devaient se trouver les deux pauvres ers de son plan machiavéliques. Il poussa très légèrement la porte, sans que cela ne paraisse et pu constater que le Commodore prenait littéralement les choses à bras le corps. Satisfait, il regagna le couloir en toute discrétion et se mit alors à la recherche des bureaux ou offices qui se trouvaient dans cette maison. Cela allait lui prendre, très certainement, un temps considérable.

Il finit par d’abord trouver un bureau, celui qui officiellement, semblait appartenir à la petite damoiselle en question. Il alluma la lampe à huile qui se trouvait sur le bureau et commença à fouiller les nombreux papiers. Des transactions, des accords commerciaux, des contrats… il dut en voir plus d’une centaine ce soir là, assis sur le bureau, mais rien qui ne concorde avec ce qu’il cherchait exactement. Elle se trouvait à Bazken, l’esclavage n’y était pas proscrit, elle n’avait aucune raison de cacher cela, sauf… sauf s’il elle voulait se faire bien voir de certains royaumes qui ne le toléraient pas pour ainsi pouvoir commercer avec eux, ce qui était le cas !! Le Domaine était à ce qu’il savait, le premier partenaire de la compagnie Cornwall et ils ne supportaient pas l’esclavage, une bonne chose se disait le Renard. Elle devait sûrement le cacher si c’était le cas. Cette femme n’était pas claire, il en était persuadée. Elle cachait quelque chose.

Il fouilla alors le bureau de fond en comble, cherchant quelque chose de fermé à clef, ou un passage secret menant à une salle qui pourrait contenir ce qu’il cherchait. C’est à ce moment là qu’il tomba sur d’autres documents, n’appartenant pas à Anna, caché dans un compartiment secret d’un des tiroirs du bureau. Il lut attentivement les documents, en relevant tout d’abord la signature.

- Loth Cornwall… Anna a donc encore de la famille, hum ? Qui est ce Loth Cornwall ? C’est étrange… je n’en avais jamais encore entendu parler… se disait-il à lui-même à haute voix. Hum… Rien d’intéressant, mais… Des actes de vente… Il y a des adresses… Rien qui ne corresponde à ce que j’ai pour le moment, mais c’est une bonne chose. Hum…

La porte du bureau se mit à grincer. Le Maître Renard, par réflexe, se saisit de sa rapière, sans la dégainer. Il se retrouva alors face à une petite fille blonde, habillée en robe de nuit. Le petite se figea, les yeux grands ouverts sur l’inconnu. Godfrey lâcha doucement son arme et posa son index devant sa bouche, incitant l’enfant à garder le silence.

- Qui… Qui êtes-vous ?
- C’est une très bonne question petite ! C’est bien que tu n’ai pas peur ! Je ne suis pas dangereux, d’accord ? Je ne vais pas te faire de mal !

Elle recula de quelques pas, visiblement apeurée. Rebecca n’était pas du tout rassurée par la présence de cet étranger dans le manoir.

- Vous n’êtes pas un de ces hommes qu’on a vu cet après-midi ! Qui êtes-vous ? demanda-t-elle à nouveau.
- Tu es très maligne petite ! Alors on va jouer à un jeu, d’accord ? Tu me donnes ton nom et je te donne le mien !
- Pas question, vous êtes trop bizarre…
- Ok… alors je commence, je m’appelle Renard, et toi ?
- Personne ne s’appelle Renard ! Vous me prenez pour une idiote ?
- Mais c’est pourtant la vérité, tous mes amis m’appellent comme ça !
- C’est stupide ! Pourquoi vous appelle-t-il comme ça ?
- Hum… Sûrement à cause de mes cheveux roux ?
- Vous avez plus une tête de fouine… rétorqua la petite fille.

Godfrey se mit à rire de bon cœur. Il regarda l’enfant avec douceur et ne put s’empêcher de sourire à sa pique.

- Ahahah ! C’est la première fois que l’on me dit ça ! J’adore ! Un point pour toi, petite.
- Rebecca ! Je m’appelle Rebecca ! Tu n’es pas un esclavagiste au moins ?
- Par Uoc’Thuy, je jure que non. Bien au contraire !
- Anna m’a dit qu’elle n’aimait pas les esclavagistes ! Si tu en avais été un, j’aurai hurlé pour qu’elle vienne me sauver. Je n’aime pas les esclavagistes ! Anna a promis qu’elle allait tous les punir.
- Vraiment ? Intéressant ! Est-ce que tu pourrais m’en dire plus ?

Rebecca fit non de la tête et recula encore un peu plus, jusqu’à se retrouver dans le couloir. Le Maître Renard réfléchit un instant de plus, cherchant à trouver une combine pour amadouer la petite fille. Il en avait bien une, mais c’était risqué.

- Tu sais, moi non plus je n’aime pas les esclavagistes. Je viens des Citées Blanches, comme les gens que tu as vu, d’accord ? J’aime beaucoup les animaux ? Tu as vu ? Je suis un xen ! Et… Ah oui, c’est vrai, ma cape !!

Il retira sa cape et dévoila ses jolies ailes oranges, noires et blanches. Le regard de Rebecca se changea en admiration et elle rentra dans le bureau pour approcher de l’Ombre de la Reine, avec la furieuse envie de toucher à ses merveilleuses ailes.

- Elles sont jolies tes ailes…
- Ah ah ! Merci ! Enfin, ce que je voulais dire, c’est que je suis un xen, et que je peux me transformer en animal. Alors je n’aime pas voir ni les animaux, ni les arcaëlliens en cage.
- C’est vrai ? Alors tu es comme moi ? Tu es comme Dame Anna ? Tu vas punir ceux qui leur font du mal ?
- Promis, Rebecca, je ne laisserai pas ces gens impunis ! Tu as la parole de l’Ombre de la Reine Amäly Tahora’Han !
- Ouah ! L’Ombre de la Reine Amäly ? C’est quoi ça ?
- Une personne très importante qui doit toujours veiller aux intérêts de la Reine. Je suis un peu comme… son protecteur, son chevalier servant et personnel.

La jeune fille regarda le Maître Renard avec fascination et regarda autour d’eux.  

- Mais alors que faites-vous ici ? Loin de la Reine ? Et pourquoi dans le bureau de Dame Anna ?
- Et bien…

Le Renard réfléchit un instant. « Mais quelle enquiquineuse celle là ! » se disait-il. Il devait cependant trouver un moyen de lui répondre sans que cela ne paraisse mal intentionné…

- Et bien… Pour m’assurer que ta… est-ce que c’est ta maman ?
- Non… C’est ma tutrice ! Elle a fait de moi sa pupille. Je sais pas trop ce que ça veut dire, mais elle me donne à manger, un toit, et elle m’apprend pleins de choses !
- Ok… alors ta dame Anna… heum… et bien j’étais juste là pour m’assurer qu’elle n’essayait pas de faire de mal à ma Reine, tu comprends.
- Anna ferait jamais ça ! Vous auriez du lui demander vous même, elle vous l’aurait dit.

Godfrey se mit à rire de plus belle. Il trouvait cette petite fille tordante.

- Tu me fais rire petite ! Ah… Parfois ce n’est pas aussi évident tu sais ? Les gens mentent…
- Je sais… mais pas Dame Anna !
- Je ne peux pas en être sûr… Tout le monde ment…
- Toi aussi ?

« Bon sang, ce qu’elle est maligne la gamine ! Elle m’a encore eu. » songea De Vulpère qui commençait à être acculé.

- Oui… ça m’arrive de mentir moi aussi. Mais je le jure sur Uoc’Thuy, que là, je ne mens pas ! Je te dis la vérité, Rebecca. J’aimerai que tu fasses quelque chose pour moi par contre, tu veux bien ?
- Quoi donc ? demanda-t-elle les yeux écarquillés.
- Je veux que tu gardes ma visite secrète, d’accord ? Tu ne dois dire à personne que j’étais là. Oh ! Et dis à ta tutrice, Dame Cornwall, qu’ un membre de sa famille, Loth Cornwall, lui cache des choses. D’accord ? Dis-lui, s’il te plaît !
- Il a fait quelque chose de mal ? demanda la petite fille pleine d’innocence.
- Je n’en suis pas sûr, mais je crois que oui.
- D’accord… Je le dirais à Dame Anna !
- Mais tu ne lui dis pas que c’est moi qui te l’ai dit, d’accord ? Tiens… Prends ce document ! Tu devras lui montrer ça et lui dire que tu as trouvé un compartiment secret dans un des tiroirs du bureau. Attends je te montre comment on l’ouvre !

Après démonstration de la chose, Rebecca promit au Renard d’accomplir son devoir et le laissa alors partir. Elle savait, elle avait assez de jugeote pour savoir que ce qu’elle devait réaliser à présent était important. Ce qu’elle n’avait toujours pas fait, en revanche, c’était aller réclamer un verre d’eau, ce pour quoi elle s’était levée.

***

- Dame Cornwall, j'ai bien peur que vous ne soyez ivre… me susurra le xen à mon oreille.
 
Ivre ? Ivre de désir oui ! Mais sûrement l’alcool n’aidait-il point à y voir clair. Et si ce n’était qu’un coup de tête ? Une soudaine bouffée de chaleur dû à l’alcool ? Le désirai-je vraiment ? Quelque peu oui… Mais il était marié ! Je ne pouvais pas. Qui serais-je autrement ? Je savais ce que je désirai, je savais que j’étais capable de prendre les choses quand j’avais envie. Sauf cela ! Cela, jamais je ne me le permettrais. J’avais pourtant si envie de ce xen qui de toutes les façons m’inspirait la plus grande des tendresses.

- J’ai bien peur… que vous le soyez un peu aussi… Horace.

Je succombais à la tentation de le baiser dans le cou, juste pour goûter encore un peu à sa peau, à son odeur sophistiquée. J’avais quasiment arraché sa chemise pour poser mes mains sur la peau de son torse. Je me forçais cependant de tout mon être à cesser cela, à repousser cette envie.

- Non… Je… Je ne dois pas… S’il vous plaît, Horace… Il faut… Il faut cesser… Je ne veux pas… faire de tord à votre femme, votre mariage… Même si… Même si vous me semblez si désirable… Pardonnez-moi ! Je perds la tête à votre odeur et à votre présence qu’il m’est à ce point insupportable de me sentir à vos côtés sans avoir cette envie de vous faire mien.

Je humais à nouveau son parfum avant d’embrasser une nouvelle fois son cou. Mon entre-jambe frottait dangereusement contre sa jambe, et j’eus tout le mal du monde à me faire cesser.  

- C’est folie que cela… Horace, je vous en pries, aidez-moi. Ce serait mal… céder à une telle émotion… Pour l’amour de Kert’An, cessons cela…

Je n’arrivais cependant pas à me défaire d’Horace. C’est comme si mon corps était en conflit avec mon esprit qui lui-même était déjà embrumé par l’alcool mais aussi cet ardent désir de dévêtir entièrement ce xen que je connaissais à peine et m’unir avec lui, toute la nuit.
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Mer 6 Déc - 19:12
A-t-on déshonoré la guerre en renonçant
A l'effusion folle et sinistre du sang ?
A-t-on refait le code à l'image du juste ?
A-t-on bâti l'autel de la clémence auguste ?
A-t-on édifié le temple où la clarté
Se condense en raison et devient liberté ?

Hugo



Les gestes du Pygargue l'épouvantaient à présent encore plus que ses propres pensées : les pensées n'étaient que le germe du fiel, les gestes c'était la réalisation. Encore une fois, il retira aussitôt sa main des hanches sulfureuses de Dame Cornwall, comme si elles eussent été un fer chauffé au rouge !

« Dame...Cornwall...Employez-moi seulement...en vos affaires de conséquence, en quelque chose de fort sérieux.

Alors, tandis qu'il se trouvait totalement incapable d'interrompre cette folle étreinte au regard du feu de cheminée, tandis que sa chemise glissait le long de ses épaules, puis de ses avants-bras afin de venir mourir sur le revêtement au sol, une pensée traversa son esprit. Il souffrait alors sans cesse, s'accablant lui même de reproches et pensant mériter la honte en méritant la haine de la Dame qu'il déshonorait sans pouvoir se contrôler. Anna Cornwall avait évoqué le sujet d’œufs de griffon lors de leur dîner, plus tôt dans la soirée. Le Pygargue se remémora ses propos, en proie à la plus fiévreuse des maladies. "C'est que ces produits-là ont pour réputation de faire de très bon philtre d'amour, mêlés à d'autres denrées." Et pendant ce temps-là, Dame Cornwall l'enlaçait contre sa poitrine avec de plus en plus d'emportement. Cédant de nouveau à ses pulsions, les mains fugitives du noble Xen vinrent reprendre la place qu'elles occupaient l'instant précédent, c'est-à-dire auprès des chairs et des courbes d'une jeune maîtresse de Maison de Mar'Baal. Et lui-même, que la sueur noyait, se voyait plongé en un mal qui augmentait en le voulant guérir.

- Par tous les dieux, Horace...

Dame Cornwall avait à présent cessé ses affections, plongeant en ses yeux un regard empli de fièvre et d'interrogations.

- Vous employer... pour quelque chose de fort sérieux ? Je... je ne saisis pas !

Le Pygargue tenta de se souvenir de la suite des propos de cette charmante personne, vis-à-vis de ces œufs.

- Confessez-vous...Dame, ne jamais avoir goûté aux œufs de Bazken ?

Elle lui répondit alors, hésitante et pleine d'angoisse tout en approchant son visage du sien au point qu'il pouvait à présent sentir son souffle chaud sur sa joue.

- Aux œufs ? Quels œufs ? Entendez-vous par là ceux de Phoenix que l'on voit sur le marché ! Est-ce là votre crainte ? Par...non...je... jamais...Je...des...des coutumes de barbares..

Pour Le Pygargue tout devint alors limpide. Le retrait précipité de ses subordonnés. Les intentions de Maître De Vulpère ainsi que ses dernières paroles à bord du Reanspell, avant qu'ils ne se séparent. "Approchez-vous de Dame Cornwall, apprenez à la connaître. Faites en sorte qu'elle se confia à vous sur les affaires que sa compagnie gère." Mais surtout, retentissait à présent comme un glas et distinctement à ses oreilles la phrase suivante qu'avait prononcé plus tôt encore l'ombre de Sa Majesté : "Quant à moi, je m'occuperai des détails et des affaires moins... légales pour découvrir la vérité." Le Pygargue, s'il eût été debout, se serait sans doute effondré.
Le Xen recula alors, se sentant à présent la force de résister à ses pulsions malvenues.

- Il me faudra vous parler forfaiture, traîtrise, perfidie, Dame Cornwall... souffla-t-il au visage de la charmante Dame. Nous avons tous deux été trompés, je le crains... J'ai amené en votre Maison le plus habile sournois d'Arcaëlle...

Malade de chagrin et de déception, Le Pygargue, saisit d'un tremblement, s'écarta alors de Dame Cornwall, définitivement. Sa nudité le frappa alors et une vive pâleur marqua son front.

- Trompés, dites-vous ? Mais... par... par qui ? Par quoi ? Et pourquoi ?

Face à lui, toujours au sol, son interlocutrice était passée de la rougeur des audaces à la lividité de la crainte.

- Vous... vous nous pensez... drogués ? insista Dame Cornwell.

Le Pygargue en cet instant se vit tant déshonoré, abusé et abject qu'un léger tremblement s'insinua entre chacun de ses mots :

- Dame Cornwall...Je..ne devrais point..Je ne devrais point me présenter à vous afin de traiter d'accords commerciaux en cette tenue.

Il avait désespérément envie de se couvrir, mais la galanterie -si tant est qu'il lui en restait une once !- le rattrapa, et il s'agenouilla près de Dame Anna Cornwall. Avec une infinie tendresse, il recouvrit à l'aide de sa cape son buste que la dentelle en désordre dévoilait en partie puis lui offrit sa main afin qu'elle-même se relevât.

- Veuillez me croire, j'en suis fort navré... Dame Cornwall, ce n'est point un pardon de votre part auquel je devrais aspirer mais plutôt quelques répressions. Compromettre de la sorte votre nom et votre existence demeure un crime impardonnable, et pour cela toute une vie de servitude ne me blanchiraient jamais !

Il songea alors à Messire De Vulpère, à qui il avait juré fidélité et son cœur se serra. Alors il en était à un tel point de contradiction ? Rompre les engagements qui le liaient à Maître Godfrey De Vulpère en repoussant les projets que le sournois avait échafaudé pour lui dans l'ombre, destinés à servir ses intérêts et ceux du Royaume ? Ou bien avilir un noble cœur qu'il espérait être le sien et celui de Dame Anna Cornwall, trahir les liens sacrés du mariage, se compromettre éternellement afin de satisfaire sa patrie ? Il pria Uoc'Thuy d'éloigner de sa conscience un tel cas de figure ! Mais déjà, Anna Cornwall s'était relevée, ses yeux interrogateurs semblaient sur le point de fondre en larmes, ses mains tremblaient légèrement tandis qu'elle remettait de l'ordre dans ses jupons. Le Pygargue demeurait à court de belles phrases et d'invectives. Il désirait seulement quitter cette Maison sans plus tarder et détourner enfin ses faibles yeux d'hommes de la peau de pêche qui appelait les baisers de Dame Cornwall. Comme il fallait peu de choses, songea Le Pygargue, pour vous perdre ou vous sauver !

Il songea qu'en cet instant, ni son épouse, ni Maître Godfrey De Vulpère était face à lui. Seule comptait son hôte à la beauté indéniable et qu'il venait de gravement offenser. Il ne restait au Pygargue plus qu'à s'accorder à la volonté de Dame Cornwall, quelle qu'elle soit. Il fit à son égard une révérence dont la signature reflétait l'éclat des plus grandes familles des Cités-Blanches.

- La Maison De Klemmens est Maison d'hommes de la mer. Nous devons quelquefois placer la barre au vent afin de courir au-devant les tempêtes. La lumière a fait place aux ombres de la nuit, je me permets donc de vous questionner de la sorte. Si je suis capable de vous obliger en quelque chose, je le ferai de bon cœur. Je suis donc transporté devant vous en cette heure et prêt à vous servir corps et âme, offrant à votre personne tous les arts et les moyens d'agréer dont je dispose. Désirez-vous posséder quelque emprise sur ma personne, Dame Cornwall ? Ou préférez-vous que je m'en allasse sur l'instant ? Ce que je ferai, je le jure sur Uoc'Thuy, sans une parole déplacée, sans un regard sourcilleux. Et si encore, vous estimez qu'en égard à un tel forfait envers votre vertu, il serait de votre devoir de me faire enchaîner en quelques prisons au sein de votre manoir pour les dix prochaines années, je ne m'en insurgerai point non plus. Je vous supplie de ne me pas refuser une réponse et de me donner vos désirs qui seront, pour cette nuit, mes ordres. »

Le Pygargue avait trop de peine et trop de honte en cet instant et après ces paroles, pour relever la tête et risquer alors de croiser le regard -qu'il redoutait plein de larmes !- de la femme qu'il venait de flétrir. La culpabilité appuyait sur son cœur comme un poing gigantesque.
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Le masque de Kaliqua

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Ven 8 Déc - 16:22
Je n'y voyais plus clair dans tout ceci. Était-ce un coup monté ? M'étais-je encore faite manipuler ? J'étais à la fois en colère et frustrée à présent. Même si mon désir était toujours là, même si je ressentais toujours cette attirance pour ce xen, les mots qu'ils avaient prononcé devant moi m'avait sorti de l'ambiance plutôt torride dans laquelle nous étions plongées jusqu'alors.

Je fixais mon regard sur lui, lui qui s'était alors agenouillé pour me demander pardon, lui qui avait le regard baissé et je pouvais le sentir : plein de honte. Regrettait-il tout ceci ? S'était-il joué de moi avant de se rendre compte que la chose allait nous être à tous les deux préjudiciables. S'en voulait-il pour tout cela, honnêtement en tout cas ? A cet instant je voulus le haïr, lui hurler de partir et de s'en aller sans ne plus jamais me faire face. Mais une autre part de moi-même désirait le faire mien, ou en tout cas ne point le blesser, savoir ce qu'il y avait derrière tout cela. Je remontais doucement les bretelles de ma robe pour couvrir mes seins nus.

- Sire... De Klemmens, je ne... je ne pense point que cela vaille de vous enfermer ici durant dix années, nous n'en arriverons pas à ces extrémités, je l'espère. Toutefois vous jurâtes sur l'instant vouloir me donner pleine et entière satisfaction, avoir quelque « emprise » sur votre personne... Alors levez les yeux vers moi, Horace, regardez moi en face, et dites moi la vérité. Qu'est-ce qui vous a amené ici ? Pourquoi être venue chez moi ? Et ne me parlez point des affaires, je sais à présent que ce n'en était point la raison véritable. Si vous avez du respect pour moi, et je le crois sincèrement, car vos manières tout comme vos yeux ne peuvent me mentir à ce sujet, vous devez me révéler la vérité.

Je contenais comme à mon habitude assez bien mes sentiments malgré l'ivresse et la fièvre qui me prenait. Mon désir le plus sincère à cet instant était de laisser tomber cette histoire, me déshabiller ainsi que mon charmant invité et sentir la flamme de notre passion brûler mais les choses étaient trop complexes pour que j'y cède.

- Je ne vous sens point malhonnête, Sire De Klemmens, ce n'est point dans votre nature, c'est ce que je ressens en tout cas. Vous ne m'auriez point fait la confidence d'être marié si vous l'aviez été. Et peut-être que l'expression de vos sentiments à mon égard a, disons, quelque peu été encouragée par l'ivresse, ou autre chose et a complètement dépassé vos pensées et vos manières. Si vous m'aidiez à éclaircir la situation, je pourrais peut-être... peut-être comprendre vos intentions, peut-être même les pardonner. Mais de grâce, parlez-moi, promettons-nous l'honnêteté. lui demandai-je finalement, en lui prenant tendrement les mains.
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"Des roses... de jolies roses rouges... partout..."

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Dim 10 Déc - 11:59
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Rimbaud



« Dame Cornwall...J'exprime de la difficulté à formuler ce que je souhaiterai vous avouer, dit Le Pygargue d'une voix menue mais cependant claire voyant que son hôte l'invitait d'un regard clairvoyant à parler.
- Si je promets de ne pas me fâcher ni garder rancune à vôtre égard, cela vous serait-il plus aisé ?
- Non point Dame. Je souhaiterai vous contenter par d'honnêtes propos, cependant il me parait naturel pour vous que j'ai si affreusement trompé de conserver à mon égard quelques rancunes.

Dame Cornwall lâcha alors les mains du Pygargue qu'elle tenait jusque là entre les siennes et s'approche de la table où trônaient les restes d'un chou à la crème qui semblait avoir vécu toutes les guerres d'Arcaëlle.

- Alors quoi ? Préférez-vous que je m'emporte ? Que je vous maudisse pour vous poussez à l'honnêteté ? Je le peux... Ca ne me plairait absolument pas mais je le peux !

Anna Cornwall referma si fort ses doigt sur le dossier de la chaise qu'elle tenait devant elle que son bois en craqua.

- Non Dame. Je préférerai, si cela n'est point trop exiger, un endroit à l'abri des regards mais à l'air de la nature afin de confesser mes aspirations.

A ces propos, son interlocutrice resta silencieuse un instant avant de se tourner vers lui, le regard sévère mais dénué d'animosité à son égard.

- Soit ! Je vous conseille en ce cas de bien vous revêtir, messire De Klemmens ! Il fait bien froid dehors en ces temps-ci. Je ne voudrais point vous voir attraper froid après... un tel moment de fièvre. Hum hum !

Et un léger toussotement la prit. En effet, le contraste entre la chaleur soutenue du petit salon et la froideur sous son lit de neige des jardins était grand ; elle surprit Le Pygargue qui l'accueillit bien volontiers. Déjà, il se sentait en de meilleures dispositions. Son cœur battait moins follement dans sa poitrine. Sa fièvre le tourmentait moins. Il lui sembla même que les effets accumulés par les vins se dissipaient, tout doucement. Les jardins de Dame Cornwall étaient à la fois sereins, apaisants, et très beaux. L'effet d'avoir de nouveau chemise, gilet et veste sur les épaules lui fit celui d'un immense soulagement. De son côté, Dame Cornwall qui se trouvait emmitouflée, presque nue songea malgré lui le Xen, à l'intérieur d'une cape fourrée  laissait échapper un léger nuage de buée blanche à chacun de ses souffles.

- Et bien nous y voilà, Sire De Klemmens. J'espère que vous appréciez le calme de la nuit et l'ambiance quelque peu... silencieuse du jardin.

Le Pygargue ne la contredirait point sur cette espérance là ; il appréciait effectivement et les morsures du gel le dégrisaient.

- Dame Cornwall, je jure sur mon honneur, mon nom et ma vie de ne point vous mentir. Voila, si l'une de vos question m'embarrasse, moi ou l'un de mes amis, au point que je ne puis point vous offrir de réponse convenable, je me tairai alors. Je vais me hâter de vous éclaircir, au moins sur un point. Souffrez que la Maison De Klemmens, avec qui je suis infiniment et intimement lié et bon ami, vous apprendrait, si cela demeurait en son pouvoir, que je ne demeure point  l'un de ses fils et que mon nom ne s'intitule point Horace, compagnon d'arme et de voyage à la renommée sans pareil, mais Mickaël Vinzent De Everhell, originaire des Cités-Blanches sous le pouvoir du Royaume.

Avouer à cette hôte qu'il avait soumise à tant de malveillances sa véritable identité lui semblait chose primordiale. Il tenterait simplement, de son mieux, de ne point compromettre Sire De Vulpère. En vérité et sous les aspects d'une figure sereine et dévouée, le sang courait furieusement dans les veines du Xen Commodore, et il se hâtait de trouver une solution à cet imbroglio diplomatique dans lequel il venait -ou l'ombre de la Reine venait ?- de le faire tremper. Son cerveau demeurait en ébullition et il pesait à chaque seconde chacun des termes, chacune des phrases, chacune des pensées qu'il allait ou n'allait pas dire à Dame Cornwall. Du côté de la bourgeoise Cornwall, la surprise se peignait sur son visage, mais elle la contenait si bien qu'on parvenait à peine à la deviner.

- Je... Je vois... Et bien... ravie de faire votre connaissance, Sire De Everhell. Donc... Si vous n'êtes point le marchand de la famille De Klemmens dont vous vous êtes vanté d'être, qui êtes-vous exactement ?
- Un homme ne mission pour la solde du Royaume, Dame. Et qui ne vous a point menti sur tous les points. Nos intérêts convergent, véritablement. Je suis arrivé en votre demeure en tant que chasseur d'esclaves, à défaut de ne plus être, temporairement pour le moins, chasseur de pirates.

Un petit silence, durant lequel Anna réfléchissait, vint couper leur bref échange.

- Je vois... Effectivement, nous semblons avoir quelques... intérêts communs. C'est pour cela que vous êtes ici, n'Est-ce pas ? Pour vous assurez que ma compagnie n'était point complice d'un tel commerce ?
- C'est exact, Dame. Puissent les Dieux me pardonner mes tromperies à votre égard. dit Le Pygargue en baissant les yeux.
- Votre prudence est preuve de sagesse. J'aurai pu tout aussi bien en être. Vos soupçons étaient légitimes.  Je peux cependant vous assurer que nous n'avons pas ce genre d'activité. En tout cas plus depuis que je suis aux reines de la compagnie.

On sentait dans ses mots couler la déception.

- Je mande quérir votre compréhension quant à mes égards envers vous, Dame Cornwall. Si mes paroles ont désiré vous tromper, sachez cependant qu'il n'en fut point de même de mes gestes. J'ai des raisons de songer, Dame, que nous avons tous deux été empoisonnés durant ce dîner auquel nous nous sommes livrés. Le vin et les arômes qu'on y avait sans doute ajouté nous ont poussé à cette folie-là. L'angle de nos actions est heurté ici par des tourbillons de fourberie.

Il regretta presque aussitôt son air dramatique et le fait qu'il se soit inclus ainsi dans ce "tourbillon de fourberie". Au fond de lui-même, Le Pygargue se sentait bien sûr trahi et trompé. Mais sur les faits, et aux yeux de Dame Cornwall, il assumait être le seul traître et trompeur.

- Le vin ? rebondit Anna Cornwall après un soupir qui sembla lui avoir déchiré la poitrine. Empoisonné ? Mais par qui ? Mes domestiques ne seraient pas capable d'une telle félonie ! Mais... attendez... Le vin qu'on nous servi... Maintenant que j'y pense, je n'eus pas le souvenir d'avoir connu ce cru là, ni de l'avoir vu dans nos caves ! Je m'en assurerai auprès des domestiques, demain, il va s'en dire ! Mais... pourquoi nous aurait-on poussé à... ? enfin... vous voyez ce que je veux dire ?
- Pour que j'apprenne à mieux vous apprécier, et mieux vous connaître. Afin que vous vous révéliez tout entière à mes apparats.
- Il... Il n'y avait pas besoin de tant de chose pour cela. Je... hum... Je vous appréciais déjà beaucoup sans que...

Anna Cornwall se mit alors à rougir dans l'air givré de Mar'Baal, puis elle pesta et donna un coup de pied dans un tas de neige qui vola doucement dans les airs.

- Je suppose que celui qui a voulu cela me voulait plus intime avec vous et vous avec moi... C'est... c'est sournois ! Vil ! Mesquin !
- Je me range à votre avis, Dame. Et j'en demeure profondément choqué, et désolé, veuillez me croire.
- Me faire cela à moi... et à vous... Qui êtes marié de surcroît ! Oh...

Un autre silence vint s'insinuer entre eux, et Dame Cornwall balbutia, portant à sa bouche aux lèvress purpurines ses mains jointes :

- Oh je... Je suis terriblement désolée. Me voilà bien dans l'embarras à votre égard. Je... Je ne voulais pas vous tenter et... Votre femme... Oh bon sang... Je me sens terriblement embarrassée...
- Les innocents se font enfermés quelquefois dans un bagne. Les enfants périssent des affres de la guerre. Plaignez plutôt le sort qui vous a désigné comme cible de ce terrible coup de maître plutôt que de vous incriminer de la sorte. Dame Cornwall, vous n'avez jamais rien fais de mal, je le pense. Vos mains ne demeurent point sanglantes et d'aucun peut nommer votre nom sans blasphème. Il n'en va, helas, point du même cas pour le mien, j'en ai peur et j'ai peine à prononcer ces mots tant je me vois envers vous couvert d'opprobre.
- Hum... Si ce n'est point pour l'affaire en cours que je suis à blâmer, croyez-moi, je ne suis pas non plus  un modèle de sainteté. Je crois mes mains, bien au contraire, couvertes de sang. Le rouge va tant bien aux roses que le sang à la justice. Il faut parfois se salir les mains pour préserver celles des autres, je le crains.  Mais je m'égards et je manque de courtoisie à votre égard, Sire Mickaël Vinzent de Everhell. Il se fait tard et le froid va finir par nous engourdir, au moins aura-t-il engourdi la fièvre qui nous gagna. Puis-je vous inviter à rester cette nuit en ma demeure afin que nous reprenions cette intéressante discussion demain, quand nos esprits se seront adoucis. »

Le Pygargue trouva là que c'était une décision bien sage. Ainsi, la tête basse, silencieux comme un lac, il suivit Dame Cornwall à l'intérieur du manoir ; d'autant plus que le froid commençait à les engourdir tous deux. L'idée que Dame Cornwall caressait la nudité sous sa cape l'effleura de nouveau, et il se punit lui-même mentalement d'invoquer de nouveau des images qui devraient lui être interdites, au nom de la courtoisie, de la bienséance, de l'air civilisé qu'il se donnait et des liens sacrés du mariage. Il songea alors à Maître Drake qui baignait lui-aussi, de toute évidence, dans cette machination et se sentit soudain bien abattu tout en débarrassant le dessous de ses semelles de neige avant d'entrer dans ladite chambre. Dame Cornwall s'excusa de la fraîcheur qui régnait, car elle n'avait point trouvé le temps de demander à ce que l'on s'occupe de l'intendance et allume en feu de cheminée. Elle se trouva fort gênée en pénétrant plus avant que le seuil et sentant véritablement ce froid presque glacial qui lui léchait la peau. Le Pygargue lui assura qu'il n'y avait là aucun mal, et il entreprit d'allumer lui-même un feu. Il distingua alors un instant d'hésitation dans la gestuelle de Dame Cornwall mais cette dernière lui souhaita une agréable nuit tout en regagnant le seuil de la porte. Baignée d'une lumière rougeoyante dans l'encadrement de la chambre, comme éclairée seule par les flammes que venait d'invoquer le Xen, Anna Cornwall révélait à son invité -une dernière fois !- sans le vouloir l'intensité de toutes ses courbes sous sa cape fourrée de daim. Le Pygargue songea qu'elle était fort bien faite et qu'il ne devait point être difficile, pour un éventuel amant, de jouir d'elle s'il l'eût désiré.

Encore une fois, il se sermonna mentalement et se jura de se fondre en dévotions au temple d'Uoc"Thuy le plus proche sitôt qu'il quitterait la Maison Cornwall. Il se débarrassa de sa cape et de son pourpoint.
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Mar 12 Déc - 15:55
Je quittais le sire De Everhell avec une pointe de regret en tête. Pourquoi n'en avais-je pas profité alors que nous étions tous deux sous l'emprise d'une drogue ? J'aurai eu une bonne excuse... Mais j'aurai aussi eu bien des remords. Non, à n'en point douter, j'avais pris la bonne décision. J'avais tout de même ce sentiment d'insatisfaction qui me turlupinait. Je décidais donc qu'il était temps d'avoir quelques réponses auprès de mes domestiques.

Alors que je m'aventurer vers l'aile où se trouvait la cuisine, je tombais sur ma petite Rebecca qui tenait un verre d'eau à la main et qui s'en retournait à sa chambre. Elle s'arrêta face à moi en sursautant quelque peu et me regarda avec surprise.

- Dame Anna !
- Rebecca ? N'es-tu pas encore couchée ?
- Je l'étais, mais j'avais soif...
- Je vois... Ne traîne pas mon enfant ! Tu as besoin de repos.
- Oui Dame Anna...

Je passais délicatement une main dans ses cheveux avant de la laisser retourner à sa chambre. Elle sembla quelque peu hésiter mais continua son chemin avec sa petite démarche gauchère que je trouvais adorable. Je souris un instant avant de me raffermir et pénétrer dans les cuisines avec l'air expressément sévère. Le premier à se tourner vers moi fut mon majordome.  

- Ma Dame ? Y a-t-il un problème ?
- Il y en a un, oui, Silveri ! De taille ! Pourquoi aucune chambre n'a-t-elle était chauffée pour mon invité ?  
- C'est que, ma Dame, au vu de ce que j’entraperçus par l’entrebâillement de la porte du salon...  

J'ouvris grand la bouche d'un air sidéré, sans trouver les mots adéquates pour exprimer ma colère.

- Vous... Comment... Non ! Silveri ! Je vous interdis de...
- Ma Dame, je ne voulais point vous mettre dans l'embarras... Veuillez m'excuser si je me suis fourvoyé mais...
- Non ! Plus un mot, Silveri ! Plus un mot ! Faites chauffer une bouillotte ! Notre invité va attraper mal dans ses draps froids. Dépêchez-vous.  
- Oui, bien ma Dame !

J'observais alors en silence le majordome demander à Pigreline, la petite soubrette, de préparer la bouillotte en grès avant de s'en retourner vers moi.

- Vous faut-il autre chose ? Ou à monsieur De Klemmens ?
- C'est De Ev... Hum... Sire De Klemmens, oui... Non ! Il n'a besoin de rien de plus ! Et moi non plus ! Hum... Ah ! Si !!! J'aimerai savoir, Silveri, le vin que vous nous avez servi...
- Oui... Le vin... Gracieusement offert par le bon sire Drake ! Il s'en voulait d'être parti si précipitamment, aussi a-t-il insisté pour vous offrir ce vin. Il a aussi insisté pour que je vous le serve ce soir avec Sire De Klemmens.
- Et ça ne vous a pas paru étrange ?

Il haussa les sourcils et me regarda comme si je venais de l'insulter.

- Étrange, ma Dame ? Non, je pensais juste que...

Je m'approchai de lui avec le poing fermé, prête à exploser de colère mais plutôt que de crier je me mis à parler d'une voix froide.  

- La prochaine fois qu'un de nos invités, nous offre du vin... demandez moi d'abord s'il faut le faire servir ou non ! Ai-je bien été claire ?
- Oh euh... Oui ma Dame... très... très très claire oui.

Mon regard fut bien plus éloquent que mes mots et il se fit comme tout petit. Il s'effaça pour laisser passer Pigreline qui tenait dans ses bras la bouillotte de grès, chauffée et enroulée dans un drap.

- Donnez-moi ça ! Je vais la lui apporter !
- Mais... madame... voulu objecter Pigreline, toute penaude.
- Pas de mais ! Donnez moi ça !

Je pris la bouillotte entre mes bras, sentant sa chaleur à travers les draps.

- Demain... tenez-vous prêts demain ! Je vous veux levés à la première heure ! Donc ne tardez pas à vous coucher ! Dépêchez-vous ! Aller !

Je quittais la cuisine d'un pas impérieux. J'étais extrêmement fâchée, mais aussi frustrée. Je me dépêchais d'apporter sa bouillotte au sire De Everhell, avec dans l'espoir d'échanger une dernière fois avec lui avant d'aller me coucher. Et puis je ne pouvais le laisser dans le froid ainsi. Même si la cheminée ne fut pas longue à allumer, il ne devait pas faire bien chaud dans sa chambre. Je frappai à sa porte, espérant qu'il ne soit pas déjà endormi.

- Un instant, vous pries-je, l'entendis-je dire de l'autre côté de la porte.  

Après ce qui fut un court instant, la porte s'ouvrit sur lui, vêtu de son pantalon et de sa simple chemise. Je me revoyais encore la déboutonner et eus toutes les difficultés du monde à m'exprimer sans montrer ma gêne.

- Je... hum... J'ai pensé qu'une bouillotte vous serrait agréable pour réchauffer votre lit...
- Vous m'en voyez là fort reconnaissant, Dame Cornwall. C'est une délicate attention que vous avez là malgré qu'elle ne fut point votre devoir. Il n'y avait pas nécessité à cela.
- J'insiste, Sire De Everhell ! Il ne me serait que par trop douloureux de vous savoir malade et frigorifié par mon manque d'hospitalité. Acceptez donc ce gage de ma bienveillance envers vous.

Il resta silencieux un instant, ne sachant trop que répondre à cela. Il prit soigneusement la bouillotte que je lui tendis. Nous étions si proche à ce moment là, je ne pus y résister. Je tendis mon visage vers le sien pour l'embrasser. Il en resta figé de stupeur et me regarda avec inquiétude.

- Dame Cornwall ?
- Bonne nuit, Sire De Everhell...  

Je pris mes jambes à mon coup, gagnant le plus vite possible ma chambre. Je fermais la porte derrière moi et me laissais glisser, dos à elle, soupirant. Mon cœur battait à tout rompre. J'étais à présent sûre de ce que je ressentais à l'égard du noble sire De Everhell. Le lendemain allait être une longue et rude journée.
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Mer 13 Déc - 0:32
On les insulte ! Alors, ils ont là quelque chose
Qui leur fait mal, allez ! C'est terrible et c'est cause
Que se sentant brisés, que, se sentant damnés,
Ils sont là, maintenant, hurlant sous votre nez !

Rimbaud



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Deux aient merci de l’anme ! songea Le Pygargue sitôt que ce fut retirée Dame Cornwall. Il demeura ainsi de longues minutes, debout et immobile, effleurant du bout de ses doigts ses lèvres. Palpitait toujours là, comme une drôle de bête, le baiser chaud que venait de dérober Dame Cornwall à son visage. Dérober ? Allons, ne demeure point si injuste en ton jugement ! se corrigea Mickaël Vinzent De Everhell. Car en effet, si il ne s'attendait point à une telle démonstration d'affection de la part de la noble Dame qui venait lui apporter sa bouillotte, c'était bel et bien lui le fautif dans toute cette histoire. Il songea à tout le drame de cette soirée, des nœuds qui pourraient peut-être devenir pour lui bien vite couleuvres. Celuy qui a franchi de cent pas les limites serait-il de pire condition que celui qui n'en est qu'à dix pas ? Malgré la froideur de la pièce, sa tête bouillait. En dépit des températures basses des jardins enneigés de Dame Cornwall, son corps était toujours enfiévré, et le baiser d'Anna Cornwall n'avait point aidé les choses à se calmer en leur état ! Le Pygargue se mit rapidement dans le lit, l'esprit torturé par mille et une pensées diverses mais qui finissaient indubitablement par se rejoindre en un même point. Comment différencier le cœur bon de l'âme méchante en une telle situation ? Il croyait sincèrement en a loyauté de celle d'Anna Cornwall mais au fond, quelles preuves détenait-il ? Aucune. Un instant, à force de se questionner encore et encore, Le Pygargue en vint même à se demander si il ne fut point possible que les coupes de vin maquillées ne le furent point de la main de Cornwall ; cependant il se ressaisit bien vite à cette idée en se remémorant la gêne infinie de la jeune bourgeoise lorsqu'il avait évoqué à voix haute le mot "drogue". Comment une telle soirée avait-elle seulement pu être possible ? Que signifiait ce baiser ? Il avait juré à Dame Cornwall dans les jardins être tout disposé à la servir. Ce baiser demeurait-il, de sa part, une invitation dissimulée ? Une remerciement furtif ? Une question muette ? Une réponse perçante ? Concrètement, se dit à lui-même le Xen, Dame Anna Cornwall attend-elle de moi que je la rejoigne dans ses appartements afin de la contenter ? Je lui ai annoncé pourtant que mes intentions demeuraient de ne prendre point d'opprobre ; ni pour elle ni pour moi. Mais déroger à l'invitation d'une si noble hôte, surtout après lui avoir juré asservissement en raison du tort causé, n'est-ce point là de l'opprobre ? Je devrais donc me relever et venir trouver Dame Cornwall dans ses appartements, comme elle l'escompte au travers de ce geste si tendre et si audacieux, me sachant homme ayant pris femme.

Il prit sa décision, les mains tremblantes, prêt à quitter sa chambre. Ses pieds furent à peine au sol que d'autres questionnements vinrent prendre d'assaut son âme tourmentée.

« C’est là un étrange fait du soin que cette Dame prend à me venir toujours rappeler que je demeure homme marié. Et qu’il faille qu’en moi sans cesse je la vois déposer sur mes lèvres ce baiser furtif.

Le Pygargue se vêtit, il passa sa chemise, son gilet qu'il boutonna, puis son pourpoint mais se ravisa à l'instant où son regard se porta sur la porte.

- Allons ! se surprit-il à déclamer tout haut. Qu m’apprête-je à faire là ! Quoi qu’il en soit je dois demeurer attachér fortement à ne démordre point de mes résolutions ! Enfin, je ne peux point me présenter ainsi pour déshonorer Dame Cornwall encore plus que je ne l'ai déjà fais en cette même soirée !

Le Xen retomba sur les draps du lit, encore froids, la tête lourde qu'il enserrait de ses deux mains. Ah ! Il aurait été tellement plus simple que Dame Cornwall lui dise de façon claire : "Sire De Everhell, dévêtissez-vous sans plus attendre que je puisse jouir de votre corps comme il me plaira afin de réparer tout le tort que vous me fîtes de façon si tant grossière !" Il n'aurait opposé aucune résistance. Non ! Ce que Dame Cornwall aurait dû lui dire, simplement, c'était : "Sire De Everhell, je vous somme de quitter cette Maison sur l'heure et de n'y jamais plus mettre les pieds !".
Là aussi, encore une fois, il aurait obéi le regard bas.

En cet instant, le Comte De Everhell se méprisait de penser de la sorte ! Il était véritablement humble et révérencieux quant-aux liens sacrés du mariage. Il se souvint. Il avait treize ans à l'époque. Son union avec Dame Mashaëlle De Everhell fut célébrée en même temps que celle de Bervers. En cet instant, la lune qui brillait et filtrait délicatement au travers les persiennes et les rideaux de gaze lui semblait terrible et la terre sous son manteau de neige dehors, horrible. Dame Cornwall m'attend-elle en cet instant ? Cette question le torturait véritablement et, au-fur-et-à-mesure qu'il se la posait, il maudissait inconsciemment son esprit de mâle qui appelait les images d'Anna Cornwall, tentatrice inégalée, presque nue sous son manteau de fourrure. Il sembla alors au Pygargue que roulait doucement sous ses mains les seins blancs et fermes de sa compagne, qu'il avait pu caresser plus tôt dans la soirée, et leur mamelon rosé comme les pourpres des framboises qui appelait l'inconvenance. Alors il se rendit compte que, sous l'effet d'il ne savait quel maudit filtre d'amour, la fièvre l'avait repris, aussi forte que précédemment ! Un instant, le Commodore crut qu'il allait véritablement voler vers la porte, la passer, gagner le couloir, éviter les domestiques, joindre la porte des appartements d'Anna, y entrer sans taper, la refermer derrière lui, prendre dans ses bras Anna, laisser glisser le long de ses jambes ce manteau qu'il maudissait mille fois, caresser de nouveau ses seins, lui rendre son baiser...

Le Pygargue recula alors, jusqu'à heurter le mur de la chambre, comme si la vision de la porte l'effrayait ! Oubliait-il déjà la promesse faite à sa femme, peu avant son départ de Hytraz ? Elle avait toujours été la seule dans sa vie, la première, l'unique, et il lui avait juré que jamais il n'y en aurait une autre. Il avait fait son possible pour ne point déshonorer Dame Cornwall, et cette dernière n'avait point exigé comme prix de sa rédemption qu'il se livre à elle. Il n'avait donc aucun droit de faire cela !

- Qu'est-ce que cela serait, une âme condamnée ? Maudit, des milliers d'années, seul avec mon remord et le carcan de mes fautes ! Nenni, point de cela pour mon éternité !

Et il se remémora les paroles de son très cher Horace :

Un aristocrate fait ce qu'il doit, point ce qu'il veut.

Ébloui de ce chaos qui montait de toute part en lui, de son corps en fièvre, de son esprit qui le trahissait, de ses pensées qui le tentaient et de cette porte immense qui paraissait l’appeler, le Pygargue afin de s'empêcher de réfléchir se transforma en oiseau et prit son envol par la fenêtre de la chambre !

Dehors, il neigeait. Les températures extérieurs le surprirent et ébouriffèrent son plumage ! Il quitta alors le manoir de Dame Cornwall, il quitta ses jardins aux roses incandescentes dormant sous leur nappes de neige, il quitta tout ! Il voulut tout d'abord rejoindre l'océan, mais se ravisa et, songeant à ce qu'il s'était juré plus tôt dans la soirée, son aile le porta plutôt en ville. Le Pygargue joignit le temple d'Uoc'Thuy le plus proche et gagne une enveloppe de Xen. A cette avancée de la nuit -ou plutôt à cette heure reculée du matin !- il n'y avait personne au temple, et les éventuels prêtres ou prêtresses dormaient. Nu comme à son premier jour, genoux à terre et front contre le sol, appuyé sur ses poings fermés, le Pygargue se livra aux dévotions des heures durant, changeant de temple lorsque ses prières le nécessitaient. Il invoqua ainsi le nom d'Uoc'Thuy afin de conserver en lui la crainte du couperet de la justice, garder en son fourreau une épée trop aristocratique pour consentir à une mésalliance. Le nom de Kert'An afin qu'il revienne en corps et en esprit auprès de Mashaëlle sa tendre épouse, où son cœur était toujours resté. Le nom de Daÿl pour réussir enfin à s'endormir sans troubles et se réveiller sans remords. Celui de Jurk afin que désormais un bon pourpoint bien long et un pantalon fermé tout-à-fait comme il le fallait prédisposent la Déesse à pardonner ses égarements. Enfin le nom de Luten pour que la nature très caressante de Dame Cornwall n'outrepasse point sa raison d'homme.

Lorsque le soleil se leva sur l'horizon, Le Pygargue priait encore et n'avait point pris de repos. Il vola de nouveau jusqu'à la demeure d'Anna Cornwall, ne désirant point outrager de nouveau les règles d'hospitalité. Il espéra que sa fugue et sa fièvre passeraient auprès des intendants et des valets de Dame Cornwall inaperçues. Que les Dieux l'aident, lui maudit homme de par sa naissance, à ne plus évoquer mentalement la vision douloureuse de la chair libre par artifice entre la jarretière et le flot des volants d'Anna Cornwall ! Il gagna sa chambre sans problèmes puis son allure d'homme aux longues ailes criblées de nervures noires lépidoptères.

Ce qu'il n'avait point vu en se transformant, c'était Dame Cornwall qui ouvrait la porte à cet instant précis. L'aube était levé depuis presque une heure, et Le Pygargue songea que son hôte, qui l'avait sans le savoir hanté toute la nuit durant, désirait sans doute voir si oui ou non son invité demeurait éveillé.

Il était bien éveillé, oui. Mais il venait de passer par la fenêtre, et il était nu. Dans une tentative désespéré, Le Pygargue désira couvrir son corps par ses habits, mais les domestiques avaient sans doute dû s'en emparer afin de les nettoyer, comme cela était souvent la coutume dans les Maisons importantes.

- C'est un destin bien triste que le notre, Dame Cornwall. dit Le Pygargue en se couvrant avec l'un des draps du lit. Je suis désolé de me présenter à vous...de nouveau...dévêtu de la sorte.

Il jeta un regard sur la fenêtre ouverte, derrière lui.

- Point de tromperies de ma part, Dame, je vous l'assure ! L'erreur vous prendrait, croyez-moi, que mes intentions fussent de me jouer de vous cette nuitée. J'ai simplement éprouvé le besoin d'aller prier au temple. J'escomptais sur le chemin du retour, de l'aube naissante respirer un instant la douceur. »

Des femmes, il en avait vu plusieurs au cours de son odyssée, garces inconvenantes qui maniaient le sabre comme des hommes ou bordelières forcenées qui couraient les caniveaux de La Suppure. Mais, fait étrange, lorsque ses yeux croisaient ceux de Dame Cornwall, il se sentait comme le captif qui hurlait sous le fouet du Plaisir, ce bourreau inflexible.
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Le masque de Kaliqua

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Ven 15 Déc - 11:26
Je restais coite devant la nudité parfaite de mon invité. Je ne m'attendais point à le voir ainsi dans le plus simple appareil, les fenêtres grandes ouvertes en pénétrant dans cette chambre. Moi qui voulais simplement m'assurer de son bien être, j'étais fort surprise en cet instant. En tout cas, je n'étais pas déçue de la vue que j'avais sur ce corps nu qui était à mon goût fort attrayant. Je chassais vite les pensées impures qui me venaient à l'esprit et avant que je n'eusse dit quoique se soit, Mickaël Vinzent De Everhell se vêtit d'un des draps qui était à sa portée. Je restais en apparence sereine, attendant une explication de sa part qui vint très rapidement.  

Sans un mot je fermai la porte puis contournais le xen pour m'approcher des fenêtres et les fermer délicatement, avec une lenteur voulue. Je refis le tour du sire De Everhell pour lui faire à nouveau face, toujours avec calme et nonchalance. Je croisais mes bras sous la poitrine et fixais alors mon invité avec le plus grand des sérieux.

- Vous êtes bien téméraire, sire De Everhell, pour ainsi aller prier, nu, temple après temple, en pleine nuit, avec un tel froid. J'espère que vous n'avez point attrapé mal durant cette excursion nocturne. Je vous pries d'accepter mes plus sincères excuses si je me suis tenue responsable en quelques manières que se soit des tourments qui vous ont gagné en cette nuit et qui vous poussèrent à ainsi aller prier les dieux, et ce, jusqu'au lever du jour. Ce n'était point là mon intention. J'ai encore une fois manqué à mes devoirs, visiblement.

J'en étais convaincue, ce baiser arraché l'autre soir était la cause de ses tourments, c'était indéniable. Mais quelle idée m'était passée par la tête pour ainsi m’éprendre d'un homme marié et l'embrasser en toute connaissance de cause ? Je n'avais même pas eu l'excuse de la drogue cette fois là. J'étais tout à fait honteuse de mon geste même si j'avais beaucoup plus de mal à le regretter. En toute honnêteté, je ne m'en sentais pas tout à fait coupable. Je devais cependant en réparer le tort.

- Je m'excuse pour ce désagrément mais j'ai bien peur qu'il ne vous faille attendre pour récupérer vos vêtements. C'est sans doute Pigreline qui a jugé bon d'aller les laver sans toutefois se soucier que vous en ayez de rechange. L'intention partait cependant d'un bon sentiment, j'espère que vous ne lui porterez pas ombrage. En attendant je vais vous faire préparer une bassine d'eau chaude afin que vous puissiez, si vous le désirez, faire vos ablutions.

Je désignai alors une porte à mon invité qui se trouvait au fond de la magnifique chambre qui avait le bon ton d'être assez grande et spacieuse.

- Vous trouverez la salle d'eau par ici avec ce qu'il y a de nécessaire à la toilette. Quant à moi, veuillez m'excuser, mais si vous désirez vos vêtements et votre bassine d'eau, je vais devoir prendre congé de vous. Je ne peux que vous conseiller de vous mettre à vos aises. Je vous attendrai dans le petit salon.
 
Je quittais la pièce sans même attendre de réponse de sa part et refermais la porte derrière moi. Nu ! Comme un ver !!! Bon sang, je l'avais vu nu des pieds à la tête. Le destin devait se jouer de moi, ou bien c'est ce sieur De Everhell qui se moquait de moi. Pourquoi fallait-il ainsi que la tentation se présente à moi quand je le savais marié ? Non, il ne fallait point que je cède. Déjà hier soir... Il fallait que j'efface ces souvenirs de ma mémoire et que je m'occupe de mes affaires.

Tandis que mon esprit était mené sur les chemins tordus de ma réflexion, je fus surprise par la venue de Rebecca qui était toujours accompagnée par le Noil'Kal qui faisait presque toute la largeur du couloir pourtant fort large.

- Ah ! Heu... Rebecca, mon enfant, tu es là !
- Oui, Dame Anna ! Vous avez passé une bonne nuit ?
- Heum... relativement bonne, oui ! Et toi alors ?
- Oui ! J'ai très bien dormi, Dame Anna ! Mais j'ai quelque chose à vous confier ! Quelque chose de très important !
- Quelque chose d'important ?

***

J'attendais notre invité dans le salon, en compagnie de Rebecca et du Noil'Kal dont j'appris le nom ce matin même : Mez'han, autrement dit « Ailes de feu ».  Je regardais attentivement les documents que ma chère pupille m'avait fait découvrir, caché dans un compartiment secret du bureau. Je devais avouer que la lecture de ces papiers m'avait mis dans une colère noire. J'étais amère. Ainsi mon oncle se servait de ma compagnie et de MON bureau pour du trafique d'esclave ? A en croire les missives qu'il eut échangé avec un certain Comte Walterion, le trafique avait à voir avec le Royaume. Était-ce pour cela que le Sieur De Everhell était ici ? Pour cette raison que l'on me soupçonnait de duplicité dans un commerce qui à mes yeux était intolérable ?

- Le scélérat ! L'abject et misérable homme qu'il est ! Oncle ou non... Je vais le...

C'est à ce moment là que Mickaël Vinzent de Everhell entra, tout fringant et chichement vêtu comme à son habitude. Je ne lui laissais pas le temps même de saluer Rebecca et Mez'Han que je m'adressais précipitamment à lui.

- Ah ! Vous voilà sire De Everhell !

Rebecca s'étonna, persuadée que le xen face à nous ne portait pas ce nom là.

- J'ai là, je crois, ce que vous cherchiez si ardemment ! Prenez le temps de les lire ! Elles sont très enrichissantes de vérité ! Constatez par vous-même... dis-je avec férocité.
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"Des roses... de jolies roses rouges... partout..."

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Lun 18 Déc - 3:16
J’étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,
Pour les consoler un peu d’un monde impur,
Cimier d’or chanteur et tunique de flammes,
Moi le Chevalier qui saigne sur azur,

P.V



L'accoutrement de l'Aristocratie Xen était d'ordinaire selon la saison : en hiver à la mode des haults de velours et des pourpoints accostés en paragon ; l'été à celle des belles vasquines par-dessus les chemises à col ample surmontés de foulard de soye. Mais Le Pygargue songea que les choses étaient différentes sur Mar'Baal, à Bazken. Quoi qu'il en demeurait, le Commodore ailé n'avait point pensé à se fournir d'habits Royalistes en se laissant inviter chez Dame Anna Cornwall. Il dut donc se vêtir conformément aux usages de la cité et rendit grâce à l'intendance de la Maison Cornwall de ce que les costumes présents dans l'armoire fussent adaptés à la parure ailée d'un Xen. Il passa ainsi, par-dessus chemise à manches amples et gilet faict à broderies de fin argent un pourpoint rembourré d'étoupe avec beaucoup de ravaudages et un pantalon qui, jugea-t-il, allait bien avec le tout. Ce fut seulement une fois qu'il s'estima présentable, coiffé, lavé et rasé de près, que Le Pygargue s'autorisa à rejoindre Dame Cornwall dans le petit salon. Il avait pour habitude de toujours paraître en public au meilleur de son état. Il ajouta cette fois la chevalière en or sur laquelle figurait l'emblème de la Maison De Everhell, la lune en croissant surplombant un œil sans paupière grand ouvert. Il joignit à cette dernière son alliance, qu'il arbora avec fierté.


~



« Uoc'Thuy m'entende, Dame, si votre oncle avait su se connaître, il n'aurait laissé régner ses papiers personnels là où règne une autre maîtresse. Cependant cet orgueil qui causa son effondrement ce jour a bel et bien un fondement que votre douce ingénuité à son égard n’a point. J'ose tout-de même me demander, ajoutait Le Pygargue en contemplant le flot de documents une main soutenant son menton, si le Comte Walterion compterait pour rien la perte de sa gloire ?

La conversation se poursuivit ainsi toute la matinée durant, entre le Xen De Everhell et la bourgeoise Anna Cornwall. L'on étudia diverses questions qui traitent du comment, du où et du pourquoi. Le Pygargue conclut cette affaire vers le début de l'après-midi, comme le majordome de Dame Cornwall dressait pour eux-deux le couvert, en tentant de la rassurer quant à la fin de cette affaire.

- Le Royaume a de bonnes raisons de se mêler de cette affaire, et moi-même de vous couvrir. Apprenez à craindre l'égoïsme suprême, chère Dame, qui ne craint point, lui, d'incendier une maison afin de cuire un œuf. Du reste, je demeure convaincu que rien ne vous inculpera au regard Royal.

L'on passa à table. Les domestiques présentèrent au Pygargue une série de plats larges comme la manche d'un cordelier auquel il fit honneur, sans exception. Le petit déjeuner pris en compagnie de Dame Cornwall lors de la lecture du fameux dossier l'avait visiblement mis en appétit. Seuls manquaient à ce déjeuner-là, songea le Commodore, Maître Jonathan Drake et ses comparses. Le Pygargue songea en son sein au rigoureux accueil qu'il ferait aux retrouvailles de son Second.
Plusieurs fois, remarqua Le Pygargue, Dame Cornwall brisait la pose qu'elle adoptait à l'ordinaire en mangeant afin de plonger sur lui de grands yeux doux. Et derrière ces regards-là, on sentait de l'estime de sa part. Peut-être davantage.  La solennité qui les avait abattu tous deux en cette matinée laissait peu-à-peu place à une atmosphère de nouveau détendue. Anna Cornwall paraissait s'éloigner doucement de l'ombrage qu'elle avait prise de cette sordide affaire. Le Pygargue compatissait à ses inquiétudes. Il devinait au fur-et-à-mesure du déjeuner qu'égayait leurs conversations les domestiques de Dame Cornwall qui s'armaient en diligence derrière les murs des cuisines. Les plats se succédèrent en un agréable chaos et, afin de faire de la place entre chacun d'eux, Dame Cornwall suggérait sur la fin une petite pause à chaque assiette. Ce fut ainsi une façon de faire durer un déjeuner jusqu'à tard dans l'après-midi. Le Pygargue n'en tint cependant point rigueur à Dame Cornwall. Autrefois lorsqu'il était passé à Mar'Baal, il n'aurait jamais imaginé y demeurer assez de temps pour qu'une aimable personne se propose de lui faire découvrir la gastronomie Bazkenne dans tout ce qu'elle comportait de plus délicat. Et de plus copieux ! se dit Le Pygargue lorsque le majordome rapporta en cuisine les assiettes vides du dessert. Me voilà aussi rempli qu'une huître. En compagnie de la jeune pupille de Dame Cornwall et du Noil'Kal allongé près d'elle, à deux pieds de la grande cheminée, Le Pygargue fut invité à prendre du repos dans l'un des sièges confortables de la Maison Cornwall. Leur conversation reprit de nouveau, mais cette fois plus spontanée, plus légère. Le Pygargue parla à Dame Cornwall en d'honnêtes termes de cette carrière de chasseur sur mers qu'il trouvait très à son goût et, petit-à-petit, il se trouva tout disposé à être agréable à ses hôtes. Car ces dernières prenaient véritablement goût au récit que leur narrait le Commodore repus, en ces vêtements tant propres et ces accoutrements fort riches. Michael Vinzent De Everhell n'aurait point dit qu'il se servait de ses discours afin de courir de prouesses en prouesses. Le gentilhomme Royaliste n'était point personnage à se jeter des fleurs et le prix des lauriers n'était de toute façon point donné à Bazkenne. Mais le fait était qu'il se trouva bien vite, aiguillonné par l'intérêt de son petit auditoire, à narrer ses hauts-faits durant son odyssée en Arcaëlle. Dame Cornwall et sa pupille appréciaient grandement l'art de la conversation et les valeurs de l'esprit, semblait-il. Le Pygargue ne fit que se plier à leurs demande, sobre et mesuré. Des histoires à raconter, le Commodore en avait amassé durant dix ans. Il évoqua ainsi, avec une extrême censure et politesse, les affaires de la mer, de feu et de fer, d'écueils et de corde de chanvre, de lois et de sièges.

- Ces tristes sires plein de pompe et d'enflure, faiseurs d'histoires, flagorneurs d'Ozän, fouilleurs de ténèbres, font ombre au soleil et empoisonnent l'air que l'on respire, très chères Dames. La corde ne manque jamais afin d'honorer tant de gentils gosiers. Pour la Principauté, ces gentilhommes finissent le plus souvent par aller taquiner la sardine sur les galères du Prince. Parfois, la peine étant hors de proportion, la sanction devient alors illusoire. Le Royaume que je sers a bien compris cela.

Puis il évoqua, brièvement toujours et avec des propos contrôlés, ses visites à Port-Suppure :

- Dans ce triste royaume avec de l'or et de la poudre on peut acheter aussi bien le noble que le vilain, le capitaine que le mendiant. Tout est à vendre, sauf l'honneur national. La nuit tombe si vite en cette partie d'Arcaëlle qu'il y fait aussi noire que dans la bouche d'un four.

Il demanda si il y avait d'autres faits que Dame Cornwall et sa pupilles désiraient éclaircir, et leur répondit comme il le put.

- Je parle de la piraterie comme d'une soif dévorante qui ne peut s'éteindre que dans la tombe, poursuivait le Commodore d'un air grave. Pardonnez ma discrétion à ce propos, Damoiselle Rebecca, mais j'ai assisté à des choses si alarmantes que je ne puis en faire l'écho à vos chastes oreilles. J'ai lutté ainsi toute ma vie contre la mer, qui est Déesse, et contre le monde qui peut bien passer pour un démon. Le Royaume ne demeure point un artichaut qui se mange feuille à feuille et j'escompte qu'il demeurera toujours sur Arcaëlle de nobles cœurs afin de le rappeler à cette canaille qui écume les mers et qui s'est faite ennemie des ailés.

Il remarqua que des reflets étranges passaient de temps-à-autre sur le visage de Dame Cornwall, lui donnant des aspects fatigués. Il poursuivit son récit, narrant la barre au vent afin de courir devant la tempête. La première étoile au-dessus des voilures. Les trésors cachés dans les entrailles des morts. L'océan qui lutte et qui ronge son mors. Les huiles de coco, les résines de manioc, le bois de santal. Bientôt désireuse de se dégourdir les jambes, la jeune Rebecca se leva et obtint la permission de quitter le grand salon, laissant là Dame Cornwall et son invité seule à seul.
Vous devriez écrire un livre, lui conseilla Anna Cornwall d'une voix douce comme un pétale de rose, et Le Pygargue lui fit savoir que toutes ses aventures étaient consignées dans ses livres de bord et de voyage, et qu'il avait déjà songé effectivement à rédiger ses Mémoires d'Outre Mers.

- Comme ce brave Trelawny ! assura-t-il avec un sourire complaisant.

Mais pour l'heure, Mickaël Vinzent De Everhell servait la Reine Amäly Tahora'Han en tant que Corsaire du Levant, et il n'avait point de temps à dédier à son projet. Ils en revinrent au sujet de la traite négrière.

- Je ne possède nul désir de m'adonner à ce commerce, fût-il le seul moyen de parcourir les mers. Je ne peux comprendre comment l'on peut faire carrière à superviser un tel gaspillage de vies qui transforme nos entreponts en écoles de haines. Le suicide d'esclaves, s'étranglant avec leurs chaînes demeure chose courante sur les eaux. C'est dans ces conditions déplorables que les galions de la Principauté avalent les milles. Quant aux criminels que les mœurs de cette nation forment, ils se rient du gibet, ils se rient du canon, ils se rient du poignard, jouant avec la vie et la mort, avec les révolutions.

Un instant, le visage du Commodore s'assombrit au passage d'une ombre furtive que lança ses yeux bleus.

- Mais j’escompte, reprit-il, que chaque nation forme ses propres criminels. Certain font affaire avec les pirates pour garantir la livraison d'esclaves et mettre à leur disposition les chantiers navals. Comme je le narrai précédemment, Dame Cornwall, j'ai assisté à des tableaux véritablement effroyables. Des paysages peints de rouge et couturés de cicatrices...

Et comme Dame Cornwall, prise par son récit, le demandai d'aller plus avant, Le Pygargue lui conta la prise de Baalbek, cette ancienne "île du soleil" surnommée ainsi à cause de la couleur pourpre extraite de ses coquillages qui recouvrait ses bastions. Baalbek qui avait résisté respectivement à deux, dix et treize ans de siège au cours de l'Histoire, pour finalement tomber en trois jours et trois nuits sous le feu de la canonnade de forbans. Et lui, Le pygargue, était arrivé trop tard ce jour-là. Les hommes noirs et de mauvaises mines l'avaient précédés...

~



Horace de Klemmens, le Premier Lieutenant du Capitaine Pygargue, venait de fourrer entre ses lèvres sa vieille pipe à pétun, sur laquelle il tirait de larges bouffées. Mais cela ne suffisait pas à étouffer l'odeur du sang, et l'épaisseur de la fumée à en couvrir la vision macabre. Le Pygargue et son fidèle ami, consternés et la mine fort grave, évoluaient au travers les couloirs et les étages de la demeure impériale du cheik de l'île de Baalbek. A chacun de ses pas, lorsque se présentait bordant les couloirs fêlés à sa droite ou à sa gauche, une porte entrouverte, Klemmens l'ouvrait en grand. Et à chaque fois le même spectacle défilait sous leurs yeux bleus.

Du sang sur le sol. Du sang sur les meubles. Du sang sur les draps. Et du sang sur les femmes. Violentées, nues, parfois même encore attachées à leur propre lit, et souvent la gorge tranchée d'un coup de poignard vite expédié. Baalbek n'était plus qu'un amas de chaos, de cendre et de souffrance. Un cauchemar personnifié. Et ceux qui avaient fait ça, s'étaient permis de le faire à l'intérieur du palais du cheik, jusque dans les chambres impériales. Violant les femme et les filles, les servantes. Et l'emmenant lui, le Cheik, ses enfants et ses esclaves, chaînes au col et aux chevilles. Klemmens ouvrait les portes en grand, que les forbans n'avaient pas même pris la peine de refermer derrière eux après leur sale besogne, s'assurant qu'il ne restait aucun survivant, puis les refermait en signe de respect. A ses côtés, Le Pygargue ne disait rien.

Ils progressèrent ainsi jusqu'à la chambre du cheik et de son épouse. De ce moment, toute tranquillité et euphorie s'était envolé. Ils y trouvèrent, comme de juste, le lit vomissant ses draps jusqu'au sol taché de sang puant, et la maîtresse de la cité nue sur son propre lit, les yeux révulsés en arrière, les jambes brisées probablement à coups de masse. Le cheik, comme ils l'avaient suggéré, avaient été enlevé par les pirates afin d'y être revendu comme esclave à Port-Suppure. Le Pygargue remarqua que la baalbeka était l'une des plus belles femmes qu'il n'avait jamais vu. Ses yeux gris contrastaient parfaitement avec le teint hâlé de sa peau, et ses dents blanches, même tâchées de sang, surélevait la profondeur d'ébène de ses longs cheveux tressés.

Et le sang.

Horace de Klemmens se saisit d'un drap avec lequel il s'apprêtait à recouvrir le cadavre.

« Vous ne demeurez point obligé de voir cela, dit-il d'une voix douce à l'attention de son Capitaine qui venait de se découvrir dans un silence profond de trouble.

Puis il lui posa une main conciliante sur l'épaule, l'air lourd de gravité.

- Il n'y a point de beauté à contempler après un raid de forbans.

Le Pygargue se recoiffa, silencieusement, puis soupira. Il se tourna vers son mentor, oubliant en cet instant tout ce qu'Uoc'Thuyl aurait pu mettre de compassion, d'amour et de candeur dans son âme.

- Il n'y a point de beauté en un viol, Maître Klemmens.

Silencieux à son tour, le Premier Lieutenant acquiesça du chef.

- Je les ai toutes vues. Je les verrai toutes, poursuivit Le Pygargue. Je devrai faire ici parler la justice, un tel excès d'horreur confondrait n'importe quel Royaliste doté d'honneur. Lorsque la hache d'Uoc'Thuy s'abattra sur leurs nuques, Maître Klemmens, et veuillez-là bien me croire, ils la sentiront fort bien. Ils paieront pour Baalbek. Et pour Haïem.

Avant Baalbek, il y avait effectivement eu le raid de Haïem, sur les mêmes mers turquoises. Et le même spectacle. La cité dévastée. Le sang omniprésent. La mort. Et la violence, la douleur, la peur, les viols, les viscères rampant au sol comme des couleuvres. Des sanglots dans la voix, Le Pygargue ne sut détourner son regard du draps bleu qui recouvrait l'épouse du cheik de la cité du soleil.

- Et il se fait encore appeler Everhell...
- Vous l'intimerez à écarter ce nom de tout acte de piraterie, lui fit part Klemmens à mi-voix.
- Sur mes justes consternations ses crimes ont prévalu. Il n'est plus mon frère. Il ne l'a jamais été. Je ne l'abandonnerai point à la justice de Hytraz. Il paiera de ces crimes sur le pont du Prince.
- Mickaël, je ne pense point que Bervers soit le commandant de cette boucherie. Le Capitaine Roc Horn avec qui il fait voile, les dieux m'en soient témoins, traîne derrière lui bien noire réputation.
- Moi-même devant vous j'aurai voulu laisser Uoc'Thuy parler, le coupa presque Le Pygargue. Mais après ce que mes yeux viennent de contempler, je ne le peux. J'escompte qu'il ne demeure rien, rien sur toute cette terre Maître Klemmens, qui ne demeure pire qu'un viol. Que ferions-nous alors ? Et bien ! Laissez-moi vous le dire.

Et Le Pygargue avait posé et serré avec nervosité ses doigts sur la garde de son épée royaliste en bel-argent.

- Vous ne pouvez refuser de l'entendre. Horn. Bervers. Peu m'importe. Les deux chiens ont travaillé main dans la main et portent même collier. Je vaincrai l'un dans mes geôles. Et j'enverrai personnellement Bervers Everhell s'arranger avec Gar'Haz !

Le Pygargue arrangea sur son crane son haut-de-forme et tourna les talons, laissant à plusieurs pas derrière lui son éducateur.

- Venez, Maître Klemmens. Ne sommes-nous point des chasseurs ? Alors reprenons la chasse !


~



Cela était des années en arrière. La voix brisée par l'émotion, Le Pygargue se leva aussitôt, passa une main dans sa chevelure et pria Dame Cornwall de l'excuser pour ce récit qu'aucun homme censé n'aurait accepté de lui conter. Il transparaissait de vérité, cependant. Le Pygargue avait seulement omis de préciser le nom de son propre frère dans cette histoire.

- Quant à ce pirate qui commis de telles atrocités, je le fis clouer personnellement au mât de mon bâtiment. Il peut ce jour en attester. Au purgatoire, en enfer ou ailleurs.

Encore une fois, Le Pygargue s'excusa auprès de Dame Cornwall pour son emportement. Il tenta un artifice subtil afin de porter la conversation sur un autre sujet. Avec un hochement de tête, le Xen dit :

- Le Reanspell, ledit bâtiment dont est étoffe cette haïssable histoire, estoit cent fois plus magnifique en réalité qu'en récit, veuillez me croire, Dame Cornwall. Son flanc et son frégatage font songer à une de vos falaises.

Après avoir tant parlé, Mickaël Vinzent porta à ses lèvres un peu sèches un verre d'eau qui se trouvait sur la table basse, non loin.

- Mais Dame Cornwall, à m'ouïr, vous n'auriez d'oreilles en ce jour que pour moi ! Il ne demeure point en mes habitudes d'accaparer ainsi la prise de parole, et autant de temps. Au regard des Grands Royalistes, certaines Maisons aristocratiques Xen demeurent inscrites dans un cercle fermé : celui de l'antique courtoisie. Les Everhell demeurent la galanterie faite hommes, Dame. J’avouerai que, brûlant d’une noble chaleur, je préfère sur un tel sujet éprouver mon verbe et ne point vous importuner davantage !

Après un léger sourire qu'il voulait chaleureux, le Commodore expliqua patiemment, à l'aide de gestuelles, quelques-unes de ces règles qui faisaient chez les aristocrates des Cités-Blanches les gentilhommes qui manquaient cruellement, à ses yeux, aux autres nations.

- Il est de bon vouloir que nous nous découvrissions toujours en présence de beau sexe. Que nous offrissions en appui à ce dernier notre bras lors de promenade en extérieur. Lorsqu'il est alors question de gravir ou de descendre des escaliers, la distinction nous dicte de nous trouver derrière la belle personne, ceci afin de la retenir en cas de chute. Point de prise de parole en premier, encore moins d'initiatives exception faite du cas où la Dame en donnerait l'ordre. Elles demeurent riches en mérite, et cela est toujours plus que nous. Je vous tiendrai les portes en tous lieux par exemple, Dame Cornwall, sauf en cas d'arrivée dans un lieu inconnu. Il serait de mon devoir de m'assurer que ce dernier n'est point mal fréquenté par de mauvaises gens. L'instauration de la délicatesse, et de la délicatesse tout-de-suite, voila bien ce qu'il manqua à bord du Reanspell et du Prince de Hytraz que je commande, sourit le Pygargue en plaisantant. Quant-à-vos désirs, ils seraient pour moi de la valeur des ordres.

Une légère inflammation gagna sa joue, sitôt que la soirée d'hier lui revint en mémoire. Il se racla la gorge, gêné, et conclut en souriant timidement à son interlocutrice.

- Oh, Dame. Puisque je n’affirme plus pouvoir m’exposer à votre exigence, de quel front puis-je encore soutenir votre regard ? Désirez m'excuser, je suis maladroit aujourd'huy. Je demeure en tout cas votre brave serviteur et déjà j'oserai vanter à quiconque vos mérites. »
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Mar 19 Déc - 16:55
Les heures défilèrent à une vitesse prodigieuse. Malgré la colère qui m'avait habité ce matin là, j'avais bu les paroles de Mickaël Vinzent De Everhell avec la plus grande des attentions. Ses récits furent tous plus passionnants les uns que les autres. J'en étais venue à en admirer d'autant plus l'homme qu'il était vraiment et que je découvrais à présent. Horace de Klemmens ne pouvait souffrir de comparaison avec le xen si intrépide et fier qu'était le Commodore. Un xen fidèle et marié qui plus est. Même si j'avais abandonné l'espoir de le faire mien depuis un moment, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver pour lui la plus grande des amitiés.

Lui en voulais-je encore de m'avoir trompé ? Nullement, j'étais déjà passé à autre chose, même si cela m'avait en un premier lieu poussé vers la frustration et même l'incompréhension. Je voyais à présent que les intentions du noble des Citées Blanches qui se tenait face à moi étaient des plus louables. Comment pourrai-je en vouloir à un xen si vaillant qui combattait l'esclavage, la piraterie, et le mal qui rongeait notre monde ?

- Vos récits étaient forts captivants, Sire De Everhell, je ne pouvais en réclamer d'avantage de votre part. Ne soyez point tracassé par le temps que vous accaparâtes en cette journée, j'en suis moi-même coupable. C'est avec un plaisir immense que j'écoutai vos histoires. Elles sont fascinantes et je dois avouer je comprend mieux à présent qu'il vous fallut jouer de subterfuges à mon égard. Soyez-en assuré, je ne vous en porterai jamais ombrage, plus à présent que je connais le xen de grandes vertus que vous êtes. Cela fut autant plaisant qu'instructif, je dois bien vous l'accorder.
 
Je pris une pause, songeant à ce que j'allais dire par la suite. Il était évident que je devais choisir avec soin les mots que j'allais prononcer si je ne voulais pas qu'ils soient mal interprétés. La confusion avait déjà assez régné entre nos deux personnes pour que j'en ajoutai plus.

- Sieur De Everhell, même si le cœur me réclame de vous tenir ici, en ma compagnie, la raison veut en revanche ne point vous retenir plus en ces lieux. Vous avez été d'une présence agréable et d'une courtoisie sans égale, et il m'est difficile de vous laisser partir sans en éprouver une certaine tristesse. Je dois vous l'avouer, le xen que vous vous montrâtes aujourd'hui ne souffrit point de comparaison avec celui qui vous prétendiez être la veille. Si je n'ai pu trouvé en vous un quelconque partenaire commercial, sachez cependant que j'y ai trouvé quelqu'un de tout à fait appréciable, aux nobles convictions et avec le même amour que j'entretiens pour le raffinement et les bonnes manières, et j'oserai même dire... un ami.

Mon cœur s'emballa légèrement à cette évocation et je ressentis presque de la difficulté à retenir mes émotions. Cependant je n'avais pas fini et je ne pouvais me permettre de succomber à un sursaut d'humeur.

- Sachez que vous serez toujours le bienvenue en Bazken et surtout en ma demeure. Les portes vous seront grandes ouvertes et l'hospitalité vous sera toujours aussi bien accordée si ce ne serait mieux encore. Si vous le désiriez, au vu de l'avancement du jour, je serais ravie de faire de vous mon hôte pour encore une nuit mais cela ne vous oblige en rien. Vous êtes tout à fait libre de partir dès à présent, surtout si le devoir vous appelle, je ne vous en tiendrais nullement rigueur. La décision vous appartient Sire De Everhell.

***

- Ne croyez-vous pas qu'il faudrait intervenir à présent ? déclara le Lieutenant Drake qui se trouvait assis face à Maître De Vulpère.

Ce dernier qui tenait en main un verre de vin rouge tout en observant sa robe eut un sourire amusé.

- Pourquoi donc, Sieur Drake ? Craignez-vous pour la vie de votre Commodore ?
- Hum... Non, je sais Sire De Everhell tout à fait capable de ce défendre mais... je n'apprécie guère la situation dans laquelle vous le menâtes. Oser d'un tel stratagème...
- On n'a rien sans rien, Lieutenant ! Je suis sûr que le sieur De Everhell s'en sort fort bien sans nous sinon il aurait déjà été mis à la porte.

Le lieutenant sembla se courroucer quelque peu. Il observait silencieusement la taverne où ils se trouvaient actuellement, s'assurant que personne ne les écoutait.

- Mais tout de même ! Je ne cautionne pas cela ! Et si cette Dame Cornwall avait découvert toute l'histoire ?
- Si c'est le cas, elle ne fera rien au Commodore ! Je vous l'assure ! Les doutes sont dissipés ! Je tiens le coupable, j'ai son nom, le lieu où il réside, et j'ai tout ce qu'il faut de preuve pour l'incriminer, lui et le Comte Walterion ! Anna Cornwall est une personne certes dangereuses, mais pas malhonnête, ni qui pourrait causer de tord à notre ami.
- Le Comte Walterion, messire ?

Jonathan Edward Drake sembla soudainement interloqué. C'était la première fois que le Renard lui confiait la raison de leur venue.

- Le Comte Walterion ! Le juge suprême de la Cour Royale ! Lui-même ! Impliqué dans des affaires fort douteuses ! Et j'ai enfin la preuve qui l'incrimine dans ces malversations. Cela me réjouit, à un point que vous ne sauriez imaginer, Drake !

Le Lieutenant l'imaginait à peine, mais le sourire qu'affichait De Vulpère était criant de vérité. Il n'aurait su dire pourquoi, mais il avait la très nette impression que cette satisfaction ne s'arrêtait pas à son simple plaisir de défendre le Royaume contre la corruption et le vice.

- Je ne voudrais point critiquer vos méthodes, sire De Vulpère, mais... En fait si ! Je critique ouvertement vos méthodes. Vous m'avez fait le complice de cette machination, certes pour mettre en lumière les malversations de traîtres à notre patrie, mais valons-nous mieux que ces arcaëlliens si nous même, nous commençons à tricher et mentir pour cela ?

Le Maître Renard, pour la première lui sembla Drake, ne souriait plus. Il semblait même fort mécontent de l'attitude du Lieutenant. Que savait-il de l'espionnage ? De la traque des agents corrompus du Royaume ? De toutes les ficelles qu'il fallait tirer pour arriver ne serait-ce qu'à mettre en évidence de simple suspicions sur un membre de la noblesse ? Rien, de toutes évidences ! Ce jeune Lieutenant n'en savait absolument rien, et de l'avis de Godfrey De Vulpère, il aurait mieux fait de se taire.

- Vous ne savez rien des complots et de toutes ces choses qu'il faut faire pour les déjouer, Sire Drake ! Vous n'en avez pas la moindre idée ! J'ai vécu toute ma vie dans ce monde que vous ne percevez pas ! Alors à votre place, Lieutenant, je ne dirais pas un mot de plus concernant mes méthodes ! Sinon il se pourrait que je vous fasse goûter à ces machinations, à tel point que vous en seriez brisé à jamais !

Drake plissa les sourcils et jugea De Vulpère d'un nouvel œil.

- Sont-ce là des menaces ?
- Non, un simple rappel à l'ordre ! Je suis l'Ombre de sa Majesté la Reine, et si vous discutez mes ordres, Lieutenant, il se pourrait bien que je n'intercède pas en votre faveur. Après tout, vous avez sciemment drogué votre supérieur !
- Espèce de...
- Ah ta ta ta ! Rappelez-vous, Lieutenant ! S'il y a un xen que vous ne devriez pas insulter, c'est moi !
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Jeu 28 Déc - 2:45
J'aime. Ô vents, chassez l'hiver.
Les plaines sont embaumées.
L'oiseau semble, aux bois d'Aser,
Une âme dans les ramées.

Hugo



La journée se fondit avec indolence et tranquillité. L'après-midi se changea en début de soirée, et Dame Cornwall et Le Pygargue choisirent d'un accord commun de s'alléger du copieux déjeuner qu'ils venaient de faire en se dégourdissant un peu les jambes à l'extérieur. Car, après tout, si le temps pouvait les troubler, l'exercice ne pouvait être que bon pour leur personne. Ainsi, après s'être rudement couverts, le Xen et la Lorcq quittèrent là le manoir Cornwall, prenant place dans un coche, afin d'entreprendre la visite de Bazken. Dame Cornwall tenant le rôle de guide. Et Bazken, les dieux en étaient témoins, avait tout pour attirer la curiosité d'un homme des Cités-Blanches ! Bazken, songea Le Pygargue pris d'un élan lyrique, faisait parti de ces cités qui laissait chaque chose à sa place. Si le soleil crépusculaire était couvert de brume, les coeurs des citoyens eux, demeuraient grands ouverts. La spécialité de la ville étant les oiseaux, le Pygargue remarqua une grande majorité de Xen et de Tahora au sein de la population Bazkenne. Voila un bien étrange spectacle ! dit-il à Anna Cornwall ! Pendant que le marin qui s'agite et qui doute a des lieues d'ici cherche dans les constellations son chemin, Bazken pleine de ronces en fleur se fond dans l'immensité profonde de l'ordre. Alors que la nuit étoilée tombait sur la ville, Dame Cornwall à son bras appuyée, le Pygargue traversa la ville de part en part. Des quatre coins de la cité s'élevaient d'immenses pilastres de marbre blancs représentants Phénix, Eluan, Aässilan et Lufan dans un soucis réel de précision. Enfin, ils passèrent devant chacun des temples dédiés aux Dieux d'Arcaëlle dont l'architecture était ventée par Anna Cornwall.

« Cela vous incommode-t-il, Dame Cornwall, si j'use un peu de votre temps afin de rendre un culte à Uoc'Thuy ? demanda Le Pygargue à son hôte.
- Pas le moins du monde. Je serais ravie de pouvoir vous faire visiter Bazken. La ville s'avère merveilleuse au soleil couchant. Et le temple d'Uoc'Thuy est particulièrement somptueux. et si vous le désirez, oui, nous pourrons nous y arrêter pour y rendre hommage. Je n'y vois pas d’inconvénient, bien au contraire.

Songeant qu'il avait failli mettre sur cette gorge des baisers scandaleux, Le Pygargue s'absenta quelques minutes, qu'il passa en dévotions, front contre le sol du temple. Il se confessa auprès d'un prêtre d'Uoc'Thuy qui lui offrit l'absolution pour ses fautes, et ressortit du temple auréolé, lui sembla-t-il, d'une lueur quasi divine. Dame Cornwall l'attendait dans le coche, patiente.

- Me voici de nouveau tout disposé à vous être agréable. J'espère que vous ne vous êtes point trop ennuyé, mais sachez, afin de vaincre toute impatience, je ne saurai que trop vous conseiller d'aimer bien. Désormais, je vous suivrai là ou vous aimerez m'emmener. Après tout, il y a bien un proverbe des Cités-Blanches qui annonce, oyez : "Ce que vous fîtes, aimez-le bien ; le reste n'est rien"
- Un adage que je garderai en mémoire, lui répondit la Lorcq dans un sourire chaleureux. En ce cas, je vous propose de faire la visite des beaux monuments de la ville. Peut-être aussi aurons-nous le temps de visiter le colysée. Je suis persuadée que sa vue sera...enrichissante.

Pour le moins, la vue du Colisée de Bazken fut enrichissante aux yeux du Xen. Il apprit que se déroulaient là, et toutes les semaines, des combats de gladiateurs impliquant la plupart du temps des êtres ailés. Les Phoenix étaient même élevés dans Bazken, outre pour leur œufs, en vue de se produire tôt ou tard au sein du Fameux Colisée. Naïf, le Pygargue s'était enquéri de savoir pourquoi de si nobles créatures ne s'évadaient point de l'arène par la voie des airs, mais Dame Cornwall lui avait répondu que les Phoenix destinés au Colisée étaient mutilés dès leur naissance ; on leur amputait le petit bout des deux ailes, ainsi on les empêchait à tout jamais de s'envoler. Ceux qui ne demeuraient point amputés, précisait Dame Cornwall, étaient simplement enchaînés.

- Et sans doute ces créatures attendent le moment favorable pour disparaître aux yeux de spectateurs qui les accablent.

Le Pygargue ne trouva point à redire.

- Je suis surpris sans doute, fit-il avec simplicité et en plaignant tout-à-fait la population de Mar'Baal.

Depuis trois heures à présent dans la ville, Dame Cornwall guidait ses pas au rythme de ceux des chevaux qui tiraient leur coche. De temps à autre, la belle personne écartait d'un geste les rideaux de leur voiture, afin qu'il puisse contempler à la lumière des étoiles naissantes tel ou tel édifice.

- Vous qui possédez l’œil au guet, Dame Cornwall, comptez-vous quelques ennemis ? Votre ambition pour cette ville n'a d'égal que votre courage. Mais j'imagine que peu de gens se rangent à votre opinion, lui demanda enfin Le Pygargue.
- Peu, en effet. Je ne crois pas compter de sympathisant par ici. Mes ennemis n'ont pas encore de nom, ni de visage, mais cela ne tardera point, je le crains. Je sais que cette entreprise ne pourrait se faire seule, mais je compte bien rallier à moi des alliés.
- Mon devoir est de lever mon épée pour vous si l'occasion se présente, Dame Cornwall. Ne feignons point de mettre tout en usage afin que je puisse me soumettre à mon devoir.

Et, afin d'honorer une si belle personne et qui l'avait charmé durant son séjour, Le Pygargue lui remit sitôt qu'ils furent de retour au manoir un manuscrit roulé et fermé de son sceau. Rédigé et signé de sa main, ce dernier promettait à Dame Cornwall une une permission et une audience auprès des De Everhell, en Hytraz. Il estima que cela était le moins qu'il puisse faire pour elle. Ils dînèrent encore ensemble, parlant jusqu'à pas d'heure d'économie puis de politique et, tard dans la nuit, se séparèrent. Le Pygargue prit congé de son hôte le lendemain à l'aube. Pendant que de lourds flocons de neige tombaient du noir plafond de ciel qui baisait la cité, Le Pygargue songeait déjà à tous les problèmes qui l'attendaient à bord du Reanspell. Lorsque le soleil perça enfin les nues, Le Pygargue se demanda si, par hasard, chaque rayon d'en haut ne serait point un fil de l'ombre.

~



- Vous vouliez me voir, Commodore ? demanda le jeune homme en passant le pas de la porte de la cabine du Capitaine du Reanspell.

Assis à son bureau, avec à ses côtés le Capitaine De Klemmens, Mickaël Vinzent De Everhell fit signe au jeune Lieutenant de prendre place. Luisait à son auriculaire la chevalière à l'effigie de sa Maison. Près de la porte, deux guisarmiers avaient eu pour ordre de veiller au bon déroulement de l'entretien à venir. Dans l'un des angles de la pièce, un Officier Ministériel attaché à la cause du Royaume, Maître Eugène Matter, prenait scribouilleusement des notes sur un calepin blanc. Le frottement de la plume sur le papier ne détendait ni Le Pygargue, ni Klemmens ni Jonathan.

- Je vous ai fais quérir, si fait. Prenez place, Maître Drake.

Drake s'installa et resta droit. Il semblait serein sous son visage encadré de cheveux blonds ordonnés.

- Puis-je vous être d'un quelconque secours, Commodore ?
- Un secours, je ne sais point, répondit le Pygargue. Il y a, en revanche, un imbroglio disciplinaire et diplomatique dont je souhaiterai m'entretenir avec vous.
- Un imbroglio disciplinaire et diplomatique, Monsieur ? répéta le jeune Lieutenant sur un ton interrogateur.  
- Voyez-vous, Maître Drake. Il demeure en notre bon état de bonnes gens qui ne veulent point dire un mot en plaisantant. Je pardonnerai donc le fait que ces gens-là ignorent les règles d'une bonne plaisanterie. Et il demeure tout autant d'heureux cœurs qui ne veulent, eux, point dire un mot sans plaisanter. Ce que je reproche à ces cœurs-ci, alors, c’est de savoir si peu les règles de la plaisanterie. Car on ne rit point de tout, Maître Drake. Et encore moins de n'importe quoi.
- Je crains ne point comprendre où vous voulez en venir, Commodore...  

Sans hausser la voix, le Pygargue reprit, tout en fouillant dans ses papiers :

- Je peux user d'une autre métaphore, si vous le voulez bien. Notre bonne capitale compte également bon nombre de courtisans ou nobliaux infortunés, qui n’ont jamais pu par eux-mêmes exciter la curiosité de la cour ou de leurs supérieurs. Ils attendent toujours l’occasion de quelque entreprises qui réussissent pour l’attaquer et la critiquer, dans le cas de la Marine, quelques entreprises militaires, donc. Non point par jalousie, car sur quel fondement seraient-ils jaloux ? Mais dans l’espérance qu’on se donnera la peine de leur répondre, et qu’on les tirera de l’obscurité où leurs propres voyages et entreprises les auraient laissés toute leur vie. Je vous pense demeurer un homme de valeur, Maître Drake. Aussi, j'ose espérer ne point m'être trompé sur votre compte. Tenez :

Il venait de poussait sous les yeux du Lieutenant une liasse de papiers couverte de lettres.

- Reconnaissez-vous ceci ?

Maître Drake jeta alors un œil aux documents avant de tourner à nouveau son regard vers son Commodore, inflexible.

- Bien évidemment ! Le règlement ne m'est point inconnu, Messire.
- Il ne vous est point inconnu non plus, j'escompte, que le règlement à bord d'un bâtiment n'est en vigueur que lorsque ce bâtiment est sur mer, et que l'équipage, vous-même compris, êtes à son bord.

La voix du Pygargue, quoique sereine, avait les allures d'un couperet.

- Officiellement, je ne puis donc point vous inculper pour vos actions entre les murs du manoir de Dame Cornwall. Fussent-elles faites à bord du Reanspell, et commises d'une main moins gradée que la votre, il aurait été en mon droit et devoir d'opposer un blâme au marin qui en aurait été le responsable.

Il se leva alors, ses ailes le faisant plus opposant qu'il ne l'était d'ordinaire, afin d'écarter doucement l'un des rideaux de ses fenêtres, regardant au-dehors, mains croisées derrière le dos. Puis il repoussa ces même rideaux, après que le silence ait pris entre eux deux son souffle.

- Mais nous étions à terre.

Un instant, Le Pygargue arrangea l'une des manchettes de son pourpoint de fin camelot bleu lacé d'argent, garni aux poignets et au col de mousseline plissée. Sa manchette était pourtant impeccable.

- Devrai-je donc moins demeurer votre supérieur, Maître Drake , sur terre que sur mers ? Ce n'est point une question piège et je vous sommerai d'y répondre avec la plus grande franchise et sans adopter d'inutiles détours.
- Commodore, répondit l’intéressé, je crois savoir où vous voulez en venir. Sachez que ma fidélité envers vous n'a jamais été mis en défaut. Que nous soyons sur mer ou sur terre, je vous considérerai comme mon supérieur, ainsi le veut l'honneur dont peut se targuer un lieutenant de la marine du Royaume. Cependant, je crains d'avoir été contraint par une autorité supérieure de contrevenir à mon serment. Je plaide donc coupable pour les tords que vous jugerez être de mon fait. Apprenez cependant que cela fut contre ma volonté.
- Ce nom que vous ne souhaitez évoquer à voix haute : il s'agit de Messire Renard De Vulpère, n'est-ce point ?
- Je ne peux le nier, et lui même ne le pourrait. Je serai même prêt à jurer sur mon honneur, messire, que celui-ci vous fournirait une bien meilleure explication que je ne pourrais vous en faire. Cependant je tiens à éclaircir les choses : tout le tord qui aurait pu vous être fait n'est point venu de ma volonté propre. L'autorité du Maître De Vulpère fait cependant loi...

Le Pygargue prit appuie sur son bureau.

- Vous demeurez homme prudent, Maître Jonathan Drake, lâcha-t-il sans lacher des yeux son Second.
- La prudence, Commodore De Everhell, est un atout que se doit de posséder les arcaëlliens comme vous et moi, qui font parti de la noblesse du Royaume. Encore plus quand ces derniers se retrouvent confrontés aux dangers des autres nations ou des forbans sans foi ni loi.
- Certes, la raison couronne vos propos. Cependant, je vous sens offensé. Pourquoi vous offenseriez-vous, dites-moi ? Viens-je vous demander que vous rendiez l'uniforme ? Que vous accusiez un blâme de ma part ? Nenni ! Hélas ! je ne viens que vous dire cette bouteille que vous fîtes servir à Dame Cornwall qui eu la noblesse d'âme de nous accueillir sous son toît, et à moi-même, aurait tout autant pu être empoisonnée. Qu'en saviez-vous ? Auriez-vous plaidé coupable pour le meutre d'un Grand des Cités-Blanches, Maître Drake ? Commodore au Service de Sa Majesté, de surcroît ? Mais là n'est point la question, puisque nous étions point à bord du Reanspell. Maître De Vulpère demeure rusé. Officiellement, je n'avais aucune raison de me trouver entre les murs de Dame Cornwall et rien qui ne me sauverait expliquerait que j'y fusse allé. Donc, ni vous ni moi n'étions chez Dame Cornwall ce soir-là. Souriez, Maître Drake, vous ne défilerez point en cour martiale. La justice de Hytraz n'est point celle de Kaïl, que l'on paye pour qu'elle se tait ou, au contraire, pour qu'elle parle. Aucun Royaliste ne corromprait, ou ne se laisserait corrompre, afin de déclarer sous serment devant une cour d'Amirauté Blanche vous avoir vu user de drogues à mon égard à ce bord. Le devoir est inconstant, et s'il ne l'est point, la mer l'est pour lui.

Alors, et seulement à cet instant-là, Mickaël Vinzent De Everhell se redressa.

- Vous êtes donc libre, Maître, conclut-il en rejoignant ses mains derrière son dos.
- Je vous en sais gré, Commodore. Je ne puis exprimer plus en avant ma gratitude envers votre clémence. Sachez cependant que ce fut la première mais aussi la dernière fois que j'obéissais à Maître De Vulpère sans vous en faire part. Le déshonneur en est trop grand. Uoc'Thy m'en soit témoin.

Alors que Jonathan Edward Drake se levait à son tour, le regard perdu dans sa liasse de papiers, le Pygargue poursuivit comme on ne l'attendait plus :

- Justement. Afin d'éviter de mettre en souffrance une âme aussi altérable que la vôtre, je vous fais transférer à bord du Prince de Hytraz, sous le commandement de Messire De Klemmens. Vous exercerez votre autorité de Lieutenant en Premier là-bas.

Le coup porta, et Le Pygargue le sentit alors que le Lieutenant Drake sembla soudainement surpris. Mais il contint son émotion en relevant fièrement la tête et en inspirant un grand coup. Le jeune homme bomba le torse avant de s'incliner devant son supérieur.

- A vos ordres Commodore. Je mettrais tout mon honneur à servir Messire De Klemmens.

Klemmens se leva à son tour.

- Je suis honoré pour ma part de devoir à présent collaborer avec Maître Drake que l'on dit vaillant et de bonne constitution pour un humain.
- J'écarte de vous Maître de Vulpère, Maître Drake, reprit Le Pygargue. Vos devoir resteront inchangés à bord du Prince de Hytraz. Vous disposez déjà d'une cabine à ce bord. Il ne vous reste qu'à faire vos affaires pour le déménagement.

Et il le congédia d'un signe de la main. On entendit plus que le crissement de la plume sur le papier du petit secrétaire. L'entretien était terminé.

- Mon Seigneur est bien bon, abandonna Jonathan Drake. Je saurais vous montrer ma reconnaissance. Mon bras servira amplement mieux sans la crainte de devoir obéir au Maître De Vulpère.
- Vous pourrez ainsi vous redonner pleinement aux soins de votre honneur, Maître Drake. Maîtres Perceval Sisley et Flavius Geritt déménageront avec vous.

Le Pygargue fit un signe de la tête bref aux deux guisarmiers qui ouvrirent devant le Lieutenant la porte de la cabine.

- Très bien, Commodore ! Je vais de ce pas, si vous le permettez, déménager mes affaires.  

Le coup avait atteint Maître Drake, songea Le Pygargue tandis que Horace De Klemmens disparaissait lui-aussi derrière le Lieutenant, fermant la porte sur ses pas. Il s'estima satisfait du devoir accompli, même si congédier de la sorte son Second lui causait une once de chagrin. Il était cependant convaincu d'avoir agi pour la bonne cause. Le Pygargue fit de l'ordre dans ses papiers, sur son bureau, puis énonça tout haut :

- Le vent n'arrachera point l'honneur de ce jeune Maître Drake. Ni la sauvage mer, livrée aux noirs typhons. Ni la forêt qu'emplit un bruit de ruche. Ni les temples où le temps fait tourner son compas. Le pré ne l'aura pas. Le vilain ne l'aura pas. L'oiseau ne l'aura pas, qu'il soit aigle ou colombe. Jonathan Edward Drake conservera son honneur, ou bien il le donnera à la tombe. »

Mickaël Vinzent De Everhell fit signe au secrétaire Royal de noter cela afin de conclure son rapport, puis il le congédia et fit convoquer Maître De Vulpère. Il invita l'Aristocrate ailé à s'asseoir face à lui :

- Toute faute qu'on fait et un cachot qu'on s'ouvre... »
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Dim 14 Jan - 17:24
Le Maître Renard afficha un sourire imperturbable tandis qu'il prit place sur le fauteuil face au Pygargue.

- Une phrase lourde de sens, Commodore. Je sens comme une certaine pointe d'agacement dans vos propos.
- De l'agacement, Messire ? Je ne le suis plus. Même si je le fus, si fait. Et plus qu'un soucis m'oppresse en cet instant.
- Des soucis, Commodore ? Allons bon... Cette mission n'a-t-elle pas été un franc succès ?
- Vous ai-je satisfait, Messire De Vulpère ?
- Assez pour que je considère votre dette envers moi largement payée. Je vous ais demandé un service en échange de mon soutien vis à vis de... votre changement de cap soudain et de mon silence vis à vis de ce qui se passa ici même sur ce navire lorsque nous capturâmes un groupe de pirates. Ce service a été rempli, je me dois maintenant d'honorer ma part et de faire de vous mon complice plutôt qu'un renégat aux yeux du Royaume.
- Maître de Vulpère, je me prosternais à vos pieds en prononçant un serment de fidélité à votre égard, serment que je tiendrai toute mon existence. Pour ne point vous déplaire, sous vos ordres j'ai hasardé toutes mes valeurs. Vous connaissez l'Aristocratie Xen, Messire, et pour les De Everhell les liens du mariage sont sacrés. Vous le saviez.

De Vulpère soupira, et laissa planer volontairement un moment de silence. Il se redressa légèrement de la posture désinvolte qu'il avait affiché jusque là et fixa le Commodore avec un air désolé qui paraissait sincère.

- J'entends bien, Messire De Everhell. Aussi vous dois-je des excuses pour avoir confronté vos valeurs aux affres sordides de mes machinations. Cependant, si cela était à refaire, je ne changerai aucun détail pour rien au monde. Je vous avais prévenu, Commodore. Vous avez franchi la ligne, emprunté le chemin sombre et obscur qu'est le mien. Il m'arrive moi-même de devoir renier mes valeurs pour servir la Couronne, car l'Ombre de la Reine n'a d'autre choix que de se salir les mains quand il le doit à sa Suzeraine. Comprenez ainsi qu'il en allait de même pour vous dans cette affaire, même si je ne suis pas fière de ce que je vous imposai.  
- Nous connaissons tous deux des individus mis aux fers plusieurs fois  pour leurs débauches, leurs emportements et leurs blasphèmes qui demeurent si publics et dans un tel excès qu'il semble de la dernière conséquence d'en faire au final quelques exemples. La Couronne aurait fait de moi l'un d'entre eux après ce séjour chez Dame Cornwall.
- Si tant est que la Couronne l'eut su, Commodore. Je comprend cependant votre inquiétude et... pour être tout à fait franc j'admire grandement votre noblesse d'âme. Je peux toutefois vous assurer la chose suivante : Vous n'aurez plus à accomplir de tels actes. Qu'Uoc'Thuy m'en soit témoin, je fais le serment de vous garder loin de toute dérive qui pourrait nuire aux convictions et à l'honneur qui sont votre.  
- J'allai pour vous, Messire De Vulpère, après avoir déposé ma foi sur les autels d'Uoc'Thuy m’engager auprès de Dame Anna Cornwall par des nœuds immortels. S'il fallût qu'aussitôt la main d’une justice Divine abrégea ce qui me restât d'honneur en ces murs, alors je n'aurai point eu de raisons de me plaindre, engagé en vos dédales sournois par mon serment. Vous savez, je saurai pardonner à votre justice comme l'on pardonne à l'Amour qui peut tant faire souffrir. Mais j'ai une question qui demeure. Il a fallut que je cours le long des côtes sur une longueur de cent cinquante miles afin d'échouer au pied du lit de cette bourgeoise estimable. Ne souhaiteriez-vous point mourir armé contre le crime, Messire ? Dans ce cas, vous n'éprouvez donc aucune once de culpabilité à l'égard de la charmante Dame Cornwall ?
- Il est vrai que Dame Cornwall est une personne toute à fait charmante. Cependant, et même si cela n'excuse point mon geste, cette Dame est loin d'être irréprochable. J'en veux pour preuve ses affiliations passées. Je ne pourrais lui jeter la pierre, moi-même n'étant pas vraiment un saint comme vous pûtes le constater. Je pense que vous dites vrai, néanmoins, il me faudrait me racheter pour le déshonneur que je lui infligeai. En ce cas, mettons que je n'ai rien dit sur son passé et que celui-ci ne sera point divulgué à la connaissance du Royaume, ni des autres nations d'ailleurs.
- Et à la mienne ? ajoute le Commodore en s'enfonçant davantage sur son fauteuil, bras croisés sur sa poitrine et jambes l'une sur l'autre
- Cela vous intéresse-t-il, Commodore ? Voulez-vous vraiment le savoir ? répondit le Renard avec un sourire tendu.

Le Pygargue soupira.

- Étant un homme marié et passé non loin du déshonneur extrême, j'escompte posséder au moins le droit de discuter de cet intérêt avec vous.

Il prit alors un air terriblement affligé, gêné

- Car enfin. J'ai pu voir bien plus que ses chevilles !
- Soit...

De Vulpère procéda à un nouvel instant de silence calculé avant de reprendre la parole.

- Il s'avère que Dame Cornwall fut autrefois affiliée aux camps des hérétiques, des fous et meurtriers que sont les Hayert'Vaäls. Elle porta l'épée aux côtés d'un de leur chef. C'est pour cela que je la suspectai en premier lieu de tenir des rapports étroits avec le commerce de l'esclavage. Il s'avère cependant que cette noble Dame ait définitivement tourné la page.

Pygargue hocha la tête

- Je saurai demeurer silencieux.
- Nous le lui devons bien.

***

An 427, 6ème jour du mois de Dÿnaelen

Le Commodore De Everhell est reparti au petit matin, me laissant un gage de sa bonne foi. Je dois avouer que toute cette histoire me laisse un goût légèrement amer. Je suis cependant heureuse d’avoir rencontré un homme tel que lui. Nos échanges ont toujours été des plus agréables malgré le peu de temps que j’eus passé en sa compagnie. Je regrette quelque peu son départ, mais le devoir l’appelle ailleurs, loin d’ici.

Je reste cependant convaincu que l’odieuse personne qui s’est joué de nous se montrera à moi, un jour, et si ce n’est pas le cas, je finirai bien par apprendre son identité et a avoir quelques explications avec lui. Le tort qu’il m’avait causé méritait réparation.

Le manoir est bien calme à présent, et je suis retournée à des activités plus simples avec Rebecca. J’espère un jour, avoir l’occasion de discuter à nouveau avec Mickaël Vizent De Everhell, si possible cette fois-ci, aux Citées Blanches et sans complot. Je pourrais ainsi apprécier l’hospitalité dont se vante la noblesse Xen du Royaume. Mais pour l’heure, j’avais bien l’intention de regagner prochainement le Domaine afin d’y présenter Rebecca et de faire honneur à mes fonctions là-bas.
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