L'Honneur ou la Mort.

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Mar 10 Oct - 16:04
Nulle étoile en tombant n’a fait jaillir l’écume,
Rien ne trouble les monts, les cieux, le feu, les eaux,
Excepté cet envol horizontal de plumes
Qui révèle la chute et la mort d’un oiseau.

Desnos



Le Reanspell et le Prince de Hytraz jetèrent l'ancre sur les côtes de Zaï'Lou, plusieurs semaines après avoir quitté les Cités Banches. Le Pygargue désirait mettre pied à terre de façon discrète, afin de voir un peu l'état des choses en ce nouveau continent. L'Anarchie régnait en maîtresse, paraissait-il. Il confia la garde temporaire du navire à Maître Jonathan Edward Drake, et mit une chaloupe à la mer une fois la nuit avancée. Il gagna donc le village côtier de Gran'Dez, seulement accompagné du Capitaine du Prince, Horace De Klemmens. Comme on pouvait sentir dans un bois des ailes sous les feuilles, on sentait en Gran'Dez des poignards sous les manches. Ils accostèrent sans mal, mais le climat agressif qui les accueillait aux portes de Gran'Dez les pressait déjà. Sur la plage, des Lupans au regard inquiétant se battaient, ivres. Aux pieds des palissades qui encerclaient le village, quelques boucaniers Elfins, Lupans ou Humains faisaient cuire de la viande boucanée sur le grill. Ils se faisaient passer, de bouches à bouches, le goulot de deux bouteilles qui devaient être de rhum. Les portes de Gran'Dez n'étaient pas même gardées. A moins que le clan de boucaniers qui se repaissaient aux pieds du village étaient les gardes eux-même ?

Ils entrèrent donc sans mal dans la ville. A cette heure-ci, tous les villageois étaient cloîtrés en leurs demeure. Le Pygargue et le Capitaine De Klemmens passèrent devant deux duellistes, en pleine rue. Le Pygargue reconnut tout de suite en l'un des deux hommes un certain manque de souplesse dans le corps que l'autre avait probablement dans l'âme ! Puis, rapidement, après trois brefs échange de sabre, la rapière du second buta sur l'os du crâne du premier, et ce dernier s'écroula, mort. Cling. Clang. Merci. Aurevoir. Telle était donc la loi en Zaï'Lou. Elle ne rappelait que trop bien au Pygargue les affres qui régnaient en maîtres et en lois à Port-Suppure, tout à l'est d'Arcaëlle.

A chacun de leurs pas, Le Commodore et le Capitaine laissaient échapper entre leurs lèvres un petit nuage de vapeur. L'air était mordant. Ils n'étaient plus à Hytraz, ici, et le climat le leur rappelait bien !

« Voilà bien...commença Horace De Klemmens tout en portant à sa cigarette une allumette.

Mais il ne termina point sa phrase car, à deux pas des deux Xen, un Lupan rempli de rhum ou de cognac hurler, face au ciel. L'on aurait dit une bête.

- Voila bien le triste asile de toute la truanderie et la friponnerie de l'Ouest, Capitaine De Klemmens, finit pour lui Le Pygargue.

Sous leurs semelle, une fine particule de neige crissait à chaque pas. Le Pygargue songeait qu'ils devraient songer à acheter des vêtements chauds, en plus de se ravitailler en eau plate.

- De quel aveugle espoir nous laissons nous entraîner ici, Commodore ? demanda Klemmens au Pygargue en tirant une bouffée sur sa cigarette.

Ce dernier ne répondit pas tout de suite. Le village de Gran'Dez n'était pas grand. Ils dépassèrent un quartier qui empestait la ruine et la fange, grouillant de rats. Face à eux, se profilait un grand bâtiment qui paraissait être l'auberge et la taverne du village. La bâtisse principale. C'est là qu'ils se rendaient.

- Notre Très Sainte Mission, Capitaine, est de pacifier cette terre de coquins et de forbans au nom de Sa Majesté.

Le Pygargue enjamba un homme à demi-mort. Un autre. Un pirate gardait la porte de l'auberge, se servant de son sabre afin de se curer les ongles. Un instant, Le Pygargue s'arrêta devant la porte, attendant que l'Elfin lui demande son nom, ou la raison de sa présence en Gran'Dez, mais il semblait s'en soucier comme d'une guigne ! Les deux Xen entrèrent donc en se découvrant, au nez et aux poils du Lupan qui utilisait à présent son acier comme coupe-ongle.

La chaleur du feu de cheminée fut la première chose qui parut aux yeux du Pygargue. Cela, ainsi que l'abondance et l'épaisseur du nuage de fumée de pipe qui emplissait toute l'auberge. Un nuage si dense, une odeur de tabac piquante, qui irrita de suite les yeux du Xen. Ce dernier prit soin de refermer la porte derrière lui, empêchant par là le courant d'air de s'infiltrer à l'intérieur de la pièce, et prit son mal brûlant en patience. Très vite, sa gorge s'habitua à cette insupportable exhalaison. Les deux Royalistes purent alors voir que l'auberge était pleine !






Il y avait essentiellement des Humains. Mais un bon nombre de Lupan, ainsi que quelques Elfins, Mzekils et Virenpiens peuplaient la taverne. Les hommes étaient peu vêtus, ils portaient essentiellement de la peau de bête. Tous, ou presque, avaient la pipe aux lèvres et les doigts gras de viande qu'ils mangeaient alternant la bouchée et la fumette. Une coutume des plus répugnante ! Horace De Klemmens allumait déjà sa seconde cigarette qu'il avait roulé de tabac. Le Pygargue entendait tout autour de lui des paroles nées de coeurs empoisonnés. La fumée lui brûlait les yeux, le tabac la gorge. Les soudards riaient gras ! Très vite, Le Commodore oublia même le pourquoi de sa venue en Gran'Dez ! Il songea un instant à tourner les talons, guider son pas jusqu'à la plage, reprendre les rames et quitter cette terre d’écœurants ruffians !

Si j'écoute les soupçons dont mon âme est emplie, m'est avis que nous dussions mieux joindre le Général Tullius sans perdre plus de temps. Ces animaux là soufflent la civilisation telle une bougie !

Mais les râles sourds d'un Lupan de haute taille, occupée à maintenir sur la table qu'il occupait la tête d'une jeune Tahora le dissuada. Le Lupan aux poils noirs, les crocs étincelants de malveillance, la bave aux babines et le poitrail colossal découvert travaillait la jeune femme aux ailes blanches, profondément entré en elle. Et comme elle criait à chacun de ses à-coups, qui faisaient vaciller la fragile table de bois autour de ses camarades Lupans, cela semblait l'encourager et il versait davantage en ses malversations ! Du vin avait été renversé sur la table, du vin dans lequel baignait déjà la chevelure blonde de la jeune femme, entièrement nue, et qui ne paraissait point destinée à échapper un jour à cet odieuse agression dont même les mots manquent afin de la décrire ! Une si belle créature, songea Le Pygargue désolé, paraissait ne pas être autre chose que la forme qui sort des cieux éblouissants, la flamme au milieu de l'obscurité ! Il posa alors une main à la garde de sa rapière et, d'un pas sûr, se dirigea vers le Lupan !

- Nous voici maintenant en proie aux abominations qui n'ont plus de nom ! l'interpella-t-il.

Mais ce dernier, au coeur du tumulte ambiant, ne paraissait point l'avoir entendu !

- Messire ! appela Le Pygargue.

Comme le Lupan se déchaînait davantage à la tâche, montant, remontant et déchirant les fesses de la jeune Tahora, Le Pygargue l'arrêta en pointant sa rapière sous sa gorge, de manière à lui caresser la glotte !

- Messire, vous puis-je en sûreté confier mes projets ? Je raillerai en vous voyant saigner ! Pour le bien et pour l'honneur du Royaume, il n'y aurait rien de plus doux à ce qu'on vous crache au visage, et à ce qu'on marche sur vous ! Cessez-là toutes vos vilenies, votre exhibitionnisme et vos basses actions ! Veuillez laissez cette Damoiselle à sa broderie, à ses jupons ! Vous voyant agir de la sorte, je sens l'immensité de l'étau qui me mord ! Et je me vois dans l'obligation de vous arrêter sur l'heure au nom de Sa Majesté la Reine Tahora'Han !

Un silence suivit sa menace, puis l'auberge entière éclata en rire ! Déjà, la jeune femme s'était relevée, et éloignée discrètement !

- Par Othab, mais c'est qui celui-la !

D'un coup de patte, Le Lupan projeta Le Pygargue qui roula sous la table, renversant avec lui calices, verres, cognac, vin et viande ! Il se redressa néanmoins sans mal, s'envolant avant de se poser sur une table voisine ! Le Lupan avait dégainé une hache gigantesque et ses yeux exprimaient clairement son mécontentement !

- Vas-y, annonce ton nom, le Xen ! Que je le grave sur ton caveau !

Il cracha, afin de se donner meilleure contenance.

- Sus à Gran'Dez ! Lorsque le Royaume prendra possession de ces terres, j'escompte bien faire raser ce nid de parasites !

Enfin, les deux adversaires s'élancèrent l'un sur l'autre ! Le silence éteignit alors tous les bruits, puis vint le choc ! L'acier s'entrechoqua, Le Pygargue ne put que reculé, gêné par les immenses mouvements que faisait le Lupan ! Il se plia en deux afin d'esquiver deux coups de hache, mais se trouva bien vite bloqué par l'étroitesse de la taverne ! Alors se passa quelque chose qu'il n'avait pas prévu ! L'un des Lupans, dans son dos, et totalement ivre, vint briser sur son crâne une jarre à demi pleine de vin, et il s'écroula au sol ! Moitié sonné, Le Pygargue eut à peine le temps de sentir les lourdes mains poilues qui se glissaient sous ses aisselles, l'immobilisant entièrement face à son adversaire !
Ce dernier avait laissé tomber sa hache, et se craquait à présent les poings ! Il expédia au Xen bloqué par plusieurs adversaires un direct du droit qui lui brisa la pommette droite ! Un autre coup lui ouvrit la lèvre, et un troisième lui parut avoir cassé en deux plusieurs de ses os ! Il avait moins de mal, en vérité, mais la douleur sur le coup était fort vive !

- Apprend, le Royaliste ! beugla le Lupan en lui postillonnant au visage. Qu'ici c'est moi le chef ! Que la pute que tu prends en pitié m'appartient ! Que c'est mon esclave, et que je l'ai payée de mes écus ! Et que ce que je viens de lui mettre n'est rien comparé à ce que je vais te foutre à toi !
- Animaux qui pratiquez l'esclavage de nos jours !

A l'instant où le Lupan s'apprêtait à tuer Le Xen sous ses poings, une lame fine lui ouvrit la gorge proprement, et il s'écroula mort ! De Klemmens se révéla alors, debout derrière le cadavre, rapière en main. Le Pygargue se saisit de l'occasion afin de se dégager de ses adversaires !

- Mickaël !

Klemmens lui lança sa propre rapière, qu'il intercepta au vol ! Alors, faisant preuve de tous ses talents d'escrimeurs, Mickaël Vinzent De Everhell se transforma en danseur impitoyable ! Un danseur souple, au pas léger, à la balade efficace ! Il paraissait aussi léger qu'une plume, tournant sur un pied, un talon, frappant de taille et d'estoc, et bientôt plusieurs Lupans s'écroulèrent au sol, morts ou en l'état de l'être ! Une vague de panique gagna l'auberge de Gran'Dez et le clan de Lupan et d'Humain fuirent à toutes pattes ! Le Pygargue récupéra alors son arme et cala son haut-de-forme sous son aisselle. Horace De Klemmens lui tendit, de la poche de son veston, un mouchoir de soie qu'il utilisa afin d'essuyer son visage maculé de sang.

- Des criminels perdus à la lointaine justice de notre patrie, Capitaine De Klemmens.

Horace ne sourit pas. Cela n'était point dans ses habitudes, mais il congratula son ami d'une main amicale sur l'épaule. Le Pygargue tendit alors la sienne à la jeune Tahora qui émergea de derrière le comptoir.

- N'ayez crainte, dit Le Pygargue à la douce beauté.

En égard à sa nudité, il se découvrit lui-même, afin de passer sa veste ainsi que sa cape sur ses épaules. Puis il la porta, se rappelant de la légère couche de neige qui tapissait le sol à l'extérieur de l'auberge, en égard à ses pieds nus. Horace De Klemmens jeta au sol sa cigarette, qui commença à embraser le bois.

- Que du joug dont je vous vois tout accablée et toute livrée, triomphe la compassion et la justice d'Uoc'Thuy en ce jour. Convenons qu'il soit bon que je vous amène en sécurité, à bord de mon bâtiment qu'est le Reanspell.

~



Sitôt que l'on se sût occupé de lui à bord du Reanspell, le Capitaine De Klemmens ayant regagné son bord, Le Pygargue, de nouveau présentable, coiffé et lavé, se présenta devant la jeune femme. Elle avait passé un déshabillé fort indécent, qui laissait deviner la rougeur de ses seins sous le tissu. Ses jambes nues étaient impudiquement livrées au regard. A l'abri de ces derniers néanmoins, elle contemplait l'horizon infini, par delà le hublot de la cabine qu'on lui avait assigné.

- Maître Jonathan Drake qui est le Second commandant à bord de ce bâtiment, attaqua direct l'aristocrate aux ailes noires, vous a interrogé et m'a fait part de ce rapport.

La jeune femme croisa l'une sur l'autre ses jambes, qu'elle avait par ailleurs fort belles.

- Vous n'étiez point leur esclave, soupira Le Pygargue. Vous étiez avec eux.
- Tharnoc Croc-Fer m'avait bien achetée comme esclave, sur le marché, sourit cette-dernière. Mais il m'a rendu ma liberté depuis. Nous sommes devenus amants.

Ce disant, elle porta, sourire en coin, une coupe d'eau à ses lèvres aux teintures de fraises. Le Pygargue soupira.

- Le Capitaine De Klemmens et moi-même avons versé le sang, pensant vous sauver la vie, Damoiselle.
- Apprenez "Messire" que je n'ai besoin de personne pour être sauvée. Je manie fort bien la lame, moi-même.
- Nous vous vîmes pourtant à l'abri des coups, derrière l'établissement lors de la rixe.
- Vous vous débrouilliez trop bien pour moi, avoua la jeune femme.
- Une question j'escompte cependant. En dépit du fait que vous tâchiez, apparemment, d'être dépravée et fort pernicieuse en vos amours. Pourquoi m'avoir suivi sans mot dire jusqu'au Reanspell ?

Alors, et pour la première fois depuis qu'elle la voyait, son sourire provocateur s'effaça, laissant filtrer un visage clair et doux.

- Je vous avais pris pour un autre.
- Parmi les brumes ou les voiles, je le conçois bien ! Cependant, en ce lieu ? Perdu dans le sein de bestiaux sans foi ni lois et de crapules prodigieusement laides ! Je vous en prie ! Damoiselle, avec lequel d'entre eux auriez-vous pu me confondre !
- J'en ai connu un, il y a quelques années. Qui vous ressemblait beaucoup.

Le Pygargue laissa tomber au sol le haut-de-forme qu'il portait sous le bras.

- Avez-vous un frère, Commodore ? Je vous jure qu'il avait le même visage que vous. Bien qu'un peu plus rustre ! Mais très beau garçon, et galant homme ! Nous étions amants.

Elle le vit tout pâle.

- Commodore ?

Comme il ne répondait plus, la jeune Tahora déposa sur la table son verre avant de poser ses pieds nus sur le sol. Elle s'approcha de l'élégant personnage qui était venu la trouver dans sa chambre, posant une main sur son poitrail.

- J'admire votre courage et votre éducation. Cela me change des pirates avec qui j'ai l'habitude de travailler. Vous devez être bien seul, à commander un bâtiment de cette taille. Sur les océans depuis si longtemps...

Et, telle une chatte, elle vint s'enrouler d'elle-même dans ses bras. Le Pygargue ne la repoussa même pas.

- Son nom.
- Qui ? Ah. Baldassare. Baldassare Everhell. Il s'alimente en ce moment sur Mar'Baal.

Le Pygargue la repoussa avec violence. Il referma la porte de sa cabine, ordonnant qu'on la transfert dans les geôles du Reanspell ! Il gagna sa cabine au pas de course, pressé de réfléchir ! Une fois que de l'ordre fut fait dans son esprit tourmenté, il convoqua immédiatement son Second afin de lui faire part de sa décision. Et cette dernière était sans appel ! Il s'agissait pour le Reanspell et le Prince de Hytraz de quitter immédiatement les eaux et les caps de Zaï'Lou afin d'accoster sur Baal ! Il comptait bien sûr retrouver le général Tullius ultérieurement. Mais Jonathan Drake ne semblait pas partager l'avis du Pygargue !

- Le Général attend le Reanspell à quelques milles d'ici. Mon Commodore, avec tout mon respect, les ordres que vous avez reçus de la part de Sa Majesté sont clairs !

Il savait que son cher Horace lui donnerait raison.

- Dites-moi Maître Drake, si une menace de bien plus grande importance que celle que nous combattons actuellement est placée sur notre route par la volonté des Dieux, vaudrait-elle la peine d'être bafouée par de tels propos ?
- Vous vous égarez, Commodore ! Si nous quittons les eaux de Zaï'Lou pour Mar'Baal, cela s'appelle de la désertion !
- Quel mot s'élève en votre comportement ! Vous frisez l'insubordination Maître Drake !
- Commodore, je vous prie de réfléchir attentivement à votre décision !
- C'est tout réfléchi ! Pussé-je voir en vous un auxiliaire à notre cause, et non un rebelle.
- Commodore...
- Occupez-vous de la manoeuvre, Maître Drake ! Transmettez un courrier à bord du Prince de Hytraz. Changez notre cap.
- Commandant, si vous voulez bien...

Le Pygargue l'arrêta d'un geste de la main.

- Des ruffians qui débauchent des femmes d'honneur, il y en a partout sur Arcaëlle ! Même sur Mar'Baal, veuillez me croire !

Mais Jonathan avait tiré son épée.

- Je suis désolé Commodore. Mais si vous désertez de la sorte, ça sera tout l'équipage que l'on condamnera aux geôles de Hytraz !
- Si les geôles de Hytraz vous sont odieuses, restez donc loin d'elle ! Mais cela ne vous donne en aucun point le droit de vous dresser contre moi, Maître Drake. Je suis le Commandant en chef à ce bord !
- Commodore De Everhell, je comprends que vous souhaitiez arrêter votre frère mais...

Cette fois, Le Pygargue se mit en rage :

- Avec ses actions, il bâtit sa prison ! J'ai passé dix ans en mer à chasser ce pirate notoire ! J'ai vu des choses, Maître Drake, que vous ne pouvez imaginer ! Des cités ravagées, des villages pillés, des femmes retournées, des bâtiments incendiés ! Je répondrai de mes crimes devant la cour martiale, cela je puis vous l'assurer ! Mais je ne renoncerai point à cette traque ! Point si près du but !

Jonathan s'était mis en garde.

- Renoncez, Commodore.
- Il n'y a qu'un précipice, où rampent les larves, les violeurs et les crimes ! »

Le Pygargue tira sa rapière également.
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Le masque de Kaliqua

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Sam 14 Oct - 17:10
Au large des côtes de Zaï'Lou, l'un des plus grands navire de la flotte du Royaume, Victoire, un vaisseau de ligne, restait en stationnement depuis maintenant quelques jours, attendant que toutes les forces de leur marine se rassemble. Il fallait mater ce continent de sauvage, ce nid de pirates, de brigands et d'adorateurs d'Özan. C'est pour cela que le Général Tullius avait mobilisé ses troupes, sur ordonnance royale. C'était un vieux tahora aux cheveux gris, très très courts, avec un regard bleu glacial et un physique olympique. Il portait sur lui une grande armure blanche et argentée.

- Mais qu'est-ce qu'il fout ? tonitruait-il pour la trente-et-unième fois. Ce n'est pourtant pas compliqué de suivre un cap ! Morbleu de merde ! Mais qu'est-ce qu'il fout ?
- Général ! Général !! Nous avons reçu un message de l'Intrépide. Ils disent qu'ils ont croisé le Prince d'Hytraz et le Reanspell il y a peu. Ils ont changé de cap !

Le général se tourna vers l'homme qui s'adressait à lui, un xen, plutôt jeune, dans des vêtements d'officier.  

- Quoi ? Répète-moi ça, gamin !
- Heu... Le... Le Reanspell et le Prince d'Hytraz... Ils ont changé de cap ! Le capitaine de l'Intrépide est formel !
- Ah le fumier !!! AH LE FILS DE PUTE !!!

Tout le monde ce tourna vers le Général Tullius qui fulminait.

- Général ?
- Je m'en doutais, morbleu de couille ! Je m'en doutais !! On ne peut pas faire confiance à ces putains de corsaires !!! Ah l'enfant de salaud !!!
- Votre langage, Général...
- Rah ! Oui, gamin ! Je sais ! Je dois montrer l'exemple, tout ça ! Merci mais j'ai pas besoin de toi pour m'en rappeler !

Le xen sembla quelque peu offusqué et protesta.

- C'est officier Gulrad, Général.
- Aaaaah ! Et ben officier Gulrad ! Vous avez ma permission pour vous jeter du haut de ce pont et vous briser la nuque !
- Mais je...
- Mais rien du tout, gamin ! Je tuais du pirate avant même que ta mère ne te torche les fesses ! Alors ferme-la un peu et écoute attentivement, ça t'apprendra deux ou trois trucs !

L'officier se redressa un peu et se mit au garde à vous.

- Oui, Général !
- On n'a pas assez de navire pour lui courir après et attaquer Zaï'Lou ! Mais si on ne lance personne à sa poursuite, tout le monde va se permettre de faire comme bon lui semble ! Tu saisis ?
- Oui, Général !
- Alors on va faire un communiquer, expliquant bien à toutes ces petites têtes vides que si y en a un qui décide de prendre la poudre d'escampette, on l'envoie par le fond sans coup de semonce !
- Mais... Général ! Et nos lois ?
- On n'est pas aux Cités Blanches, ici ! Donc la loi, c'est moi ! Le prochain qui a des envies de liberté, je lui fait bouffer du plomb !
- Du calme, général, du caaaalme ! Cela ne sied point à votre auguste personne, si je puis me permettre la remarque.
- Nom de n...

Le Général Tullius se tourna alors vers l'importun qui osait lui donner des ordres. Il tomba nez à nez avec un xen aux ailes oranges tachetées de motifs blancs et noirs. Son accoutrement était des plus nobles, tout comme sa démarche. De Vulpère s'inclina devant la haute autorité suprême de la marine royale avant de se présenter.

- Maître De Vulpère, pour vous servir, cher mon seigneur et haute instance suprême de la marine Royale, Général Tullius.
- Qu'est-ce qu'il me baragouine encore, celui-là ? De Vulpère ? C'est vous le « très spécial » messager de la Reine ?
- Lui même, seigneur général Tullius ! Et pour être plus précis : le Maître messager de la haute cours suprême de sa Majesté la Reine Amäly Tahora'Han, suzeraine du Royaume des Citées Blanches sur lequel le soleil ne se couche jamais.

« Oh, putain ! Je sens qu'il va me gonfler lui ! » se dit à lui même le Général Tullius dont la veine temporale vibrait dangereusement. Son air sévère ne l'avait jamais autant été face à cet homme dont le visage rappelait celui du renard, avec cette tignasse rousse et ses yeux plissés. Que lui voulait-il d'ailleurs ? Ce n'était pas le moment de faire des courbettes et de se présenter à lui. A moins qu'il ne tienne à avertir la Reine de la défection du Commodore De Everhell.

- Oui... hum... Abrégez, je vous pris ! On n'a pas toute la journée ! Que me voulez-vous ?
- Général Tullius, j'escomptais bien mener seule une entreprise qui vous semblerait bien folle. Il en va de mon devoir envers la Reine, notre Majesté Amä...
- J'ai dit, faites court, De Vulpère !
- Maître De Vulpère ! rétorqua le xen, offensé.
- Si ça vous amuse ! Court, concis et précis, morbleu !
- Quelle vulgarité... Soit... Laissez moi la charge de prendre la poursuite du Commodore de Everhell. Je me chargerai personnellement de cet individu !
- Et comment comptez-vous rejoindre les navires de ce traître et de son Capitaine en second ? Hum ? Vous n'espérez tout de même pas que je vais vous donner le commandement d'un de mes vaisseaux ?
- Par Thäa, bien sûr que non ! Ah ah ah ! Vous me voyez, moi, aux commandes d'un tel nombre de soldats, amiraux et officier de tout genre ? Par tout ce que Thäa a fait de bon en ce monde, jamais je n'eus cet espoir ! Cette folie des grandeurs ! Non, Général Tullius, haute autorité de...
- Court... concis... siffla Tullius entre ses dents.
- Hum... Excusez mon enthousiasme, je m'égare ! Je vais lui préférer une voie plus... originale ! Il me faut juste la direction que le Reanspell a pris, et je me débrouillerai par moi-même.
- Par quel moyen, morbleu ?
- Il est de fait que je fus né xen, général, le savez vous ? Évidemment que vous le savez, mes ailes en font foi ! J'eus, à bien des égares, de nombreux moyens de me déplacer et cela sans l'aide d'un véhicule quelconque. Laissez-moi partir à sa recherche, et je vous promets que le sieur De Everhell ne pourra échapper à la justice du Royaume !
- Pfff... Pour ce que ça peut me faire... Très bien, Maître De Vulpère ! Vous avez mon aval ! Je ne sais pas comment vous allez vous débrouiller pour vous rhabiller là bas, mais j'aurai payé cher pour vous y voir arriver nu comme un ver !
- Il est vrai que je risque de me retrouver dans mon plus simple appareil suite à cette aventure, mais n'ayez crainte ! Je suis un professionnel ! Quelle direction ?
- Le nord ! Il a pris la direction du Nord, sans doute pour aller à Mar'Baal vu son cap, précisa l'officier Gulrad.
- Je me demande bien ce qu'un seul homme pourrait faire contre tout un équipage de pirate avec à sa tête un des plus retors de tous, grommela le général.
- Ah ah ah ! Demandez-vous autrement quel genre d'homme pourrais-je être pour ainsi tenter l'aventure en étant sûr qu'elle se soldera par une victoire !

Le Général Tullius ne répondit rien, mais ce questionnement trotta dans sa tête. Quel genre de fou était prêt à faire cela ? Apparemment Maître De Vulpère en faisait partie. Il réfléchis un moment, levant la tête pour regarder le ciel avant de se tourner à nouveau vers le xen. Celui-ci avait disparu à sa grande stupéfaction, à la place il ne restait qu'un tas de vêtements.

- Par Kaliqua... Ce De Vulpère est bien singulier...
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Sam 21 Oct - 2:07
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Desnos



Spoiler:
 



Toutes les blessures se rouvrent à nouveau. Je n'oublierai jamais la première fois où j'ai fais la connaissance du Comte Mickaël Bervers De Everhell. C'était le troisième Oeil de sa Maison, le Prophète. Le fils prodigue. J'avais été introduit dans le Manoir des De Everhell par mon propre Père, Patriarche éblouissant de sa propre Maison. Un traité de paix liait nos deux familles entres elles, et depuis des siècles nous étions alliés dans tous les domaines. Qu'ils soient politiques, économiques, juridiques ou militaires. Les De Klemmens avaient juré allégeance totale aux De Everhell. En contrepartie, ces derniers tenaient leur engagement. Les instructions contenues dans la Résolution des Deux Maisons traitant d'affaires, des droits et des devoirs liant la maison De Everhell à la maison De Klemmens prescrivaient bon nombre d'engagements. L'un d'entre eux, suivi scrupuleusement depuis des siècles, engageait les De Everhell à enseigner au De Klemmens en contrepartie leur danse légendaire.

J'avais été introduit par mon père, donc, afin d'être instruit. Et l'on avait pas trouvé mieux pour me servir de précepteur que le jeune Comte en qui toute sa Maison fondait d'immenses espoirs. Je me souviens des portiques étincelants. Je me souviens des pilastres du temple d'Uoc'Thuy bâti dans les jardins des De Everhell, qui paraissaient vouloir toucher le ciel. Je me souviens du froid mordant, ce matin-là, du sifflement du vent dans les fosses des monts que l'aube rosait et dorait. Je me souviens du crissement sous mes talons des toutes premières neiges de l'hiver. Qu'elles étaient rares, en Hytraz, les neiges hivernales ! Je portais ma rapière en quart de civière. J'étais un frigorifié. L'on m'avait presque arraché de mon lit au milieu de la nuit. L'aurore luisait à peine. Mon père m'avait abandonné là, dans le givre de cette cour extérieure, la cour des De Everhell. Et face à moi, la silhouette se découpant en contre jour dans l'étoile du matin, ce danseur. L'acier était le prolongement de son bras, ses bottes touchaient à peine le sol. Ses ailes, grandes, légères, volaient dans l'air glacé et il bondissait comme sur des nuages invisibles, avec la légèreté d'un oiseau. Il bougeait comme s'il était seul au milieu d'un gigantesque cimetière désert. L'air qui l'entourait était pour lui un lit léger d'osmose dont il se riait. L'acier qu'il brandissait, vif argent, lueur de lune, paraissait dessiner des silures imaginaires dans ces draps irréels. À chacun de ses mouvements, à chacun de ses adages, l'esprit se révélait. Il était en bas. Il était en haut. Il avait l'aile si légère. Le teint exquis et gracieux. Ne se souciant pas de moi, il poursuivit sa danse. Ses dégagés respiraient la liberté pure. Ses arabesques flamboyaient de par leur perfection ! Un fouetté en dedans, puis un fouetté en dehors. Il frappait de revers et d'estoc. Un entrechat. Il volait, puis se dégageait. Je priais intérieurement pour que ne cesse jamais le spectacle auquel j'assistais sans broncher. Il était un véritable ange à l'essai sur terre. Il envoûta l'horizon d'un plié puis poursuivi par un pas de basque. Je le voyais vider dans la nuit mourante toute cette lumière !

Il marqua une surrection, le bras tendu, une jambe pliée, l'autre bien droite, et se laissa retomber sur le sol, le visage radieux comme celui d'un prince. Non, comme celui d'un Dieu ! Les flocons de neige qui venaient se perdre dans sa chevelure jais se noyaient là, comme autant de petits vaisseaux qui faisaient naufrages.

J'étais triste car le spectacle venait de prendre fin. Le garçon avança vers moi, le souffle envolé. Il m'envoûtait.

« Mickaël Bervers, se présenta-t-il d'une voix claire comme le son d'une harpe. Vous êtes Monsieur De Klemmens, j'escompte ?

Maladroit à côté d'une telle personne, j'avais exécuté une révérence bâclée.

- Horace, Messire. Horace De la Maison Klemmens, si fait.

Je songe en ce jour qu'une part de sa beauté était faite de son malheur. Il m'avait offert le plus tendre des sourire, moi qui n'étais qu'un inconnu pour lui à ce moment-là.

- Messire Horace De Klemmens. Vous êtes donc là conformément à la Résolution des Deux Maisons, afin d'apprendre à danser.

J'avais hélas alourdi mon âme au poids de la confusion et balbutiai :

- Messire le Comte..Je..Je ne...Regardez-moi donc. Mon art ne sera jamais aussi grand que le votre.

Il avait alors posé un index sur mes lèvres, et j'en avais été fort mal à l'aise. Un frisson courrait le long de mon échine qui passa de glace à de flammes.

- Ne dis pas : "Mon art n'est rien...", Horace ! Sors de la route tracée, ouvrier magicien ! Et mêle à l'or la pensée !

Je tentais de me souvenir de l'auteur de ces vers-ci, mais ma mémoire semblait me faire défaut. Je tentais tout de même quelque chose :

- Athanase ?
- Non. Bervers !

Il avait ri en m'invitant, d'une courbette, à avancer de quelques pas à l'intérieur de la cour.

- Quel âge as-tu, Horace ?
- Douze ans, messire.
- Douze ans...

Il fixa le ciel un instant, le regard lointain. Comme s'il interrogeait le jour prêt à mourir ou l'aube prête à naître. Puis il tendit sa main devant ses yeux bleus, nous faisant les spectateurs impuissants de la chute et la mort d'un flocon.

- C'est drôle, Horace. Nous avons exactement le même âge...

Je remarquai dans l'angle de la cour un pin écailleux dont la résine versait sur le tronc des pleurs d'or.

- Sais-tu danser, Horace ? demanda Bervers de sa voix musicale.
- Non, monsieur. Je suis là pour apprendre.
- Ecoute ce que je vais te dire alors. Le tombeau, confident de nos rêves infinis, empêchera un jour nos cœurs de battre et de vouloir. Nous n'aurons pour alcôve et manoir qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse. La pierre empêchera nos pieds de courir une course aventureuse. Pourquoi dansons-nous, Horace ?

Je me retrouvai sans voix devant un tel discours, pris de court par une telle question. Bervers avait tourné vers moi ses yeux profonds, brûlants comme la braise, afin de plonger son âme dans mon âme.

- Nous dansons, parce que nous vivons, tout simplement. Nos âmes le réclament. Lorsque je danse, je me libère de tous les fardeaux imposés par ce monde injuste. Mon âme est exaspérée. Alors nous dansons...

Il m'avait saluée, d'une révérence tout-à-fait en accord avec l'étiquette.

- Prends ton épée...


~



Les années étaient passées. Il sait mes embarras insensés quand il est question de courir. Je n'ai que seize ans, pourtant je crache mes poumons dès que je sors d'une course quelconque. A vrai dire, fumer depuis mes dix ans ne m'a certainement point aidé.

Je n'ai jamais vu un garçon qui aimait tant courir que Mickaël.

« Mickaël ! lui criais-je tout en tenant d'une main mon haut-de-forme et de l'autre ma canne en ivoire, Mickaël, moins vite !

Pour l'Aristocratie du Royaume tout s'arme en diligence, et jamais l'on ne verra un aristocrate courir. Mickaël Bervers porte le nom De Everhell, c'est l'orgueil des De Everhell. Et pourtant, âgé de seize ans, il court. Il court sur les quais du port de la cité de Hytraz à une heure après la minuit. C'est un garçon plutôt mince, avec une taille haute et des épaules larges malgré les traits de son gabarit. Il a les plus beaux yeux que je n'ai jamais vu, bleus couleurs de ciel sous l'été, si bleu que l'on dirait qu'une part d'océan s'y est noyé. D'aucun diraient qu'il avait toujours le regard triste. A cette époque, je peux affirmer avec certitude que ses yeux azurs riaient. Mais ils riaient seulement lorsque le grand œil de l'Aristocratie se détournait d'eux et que lui pouvait les poser sur moi. Alors il me souriait et passait son index sur le contour de mes lèvres, les redessinant, et lâchait, moqueur un :

- Embrasse-moi Bel-Ami, Uoc'Thuy regarde ailleurs.

Et je l'embrassais.

- Mickaël Bervers ! Moins vite ! Moins vite !

Et, riant tout son saoul, ses longs cheveux lâchés au vent (Mickaël avait toujours eu horreur des chapeaux) il se tournait à demi sans s'arrêter de courir, et me narguait.

- Le dernier arrivé est un malformé pullulant, Horace !

A mes douleurs, il venait joindre ses rires, et repartait de plus belle. Était-ce seulement autorisé des dieux, de courir aussi vite ? Je redoublai d'effort.

Finalement nous arrivâmes. Moi, plié en quatre et toussant, rouge comme une pivoine. Et lui essoufflé peut-être, mais riant et radieux comme un prince. Je regardais autour de nous. A cette heure-ci, les seules personnes présentes autour de nous demeuraient les prostituées des docks et les marins trop ivres pour prêter attention aux deux garçons que nous étions, aristocrates de bottes en cape, jusqu'au haut-de-forme que je tenais droit sur mon crâne. Je consultais rapidement la course du temps à l'aide d'une montre à gousset, relié à la poche avant de ma redingote. Cette montre, j'en étais très fier car peu de maisons pouvaient s'en payer de semblable, et elle témoignait de la richesse des De Klemmens.

- Ce sont les mauvais quartiers, Mickaël.
- Les voici !
- Tu ne m'as pas dis ce que nous faisons ici.
- C'est une surprise, Bel-Ami !

Il déposa un baiser sur ma joue ce qui me donna force et souffle afin de le suivre. Mais en même temps, j'avais peur. Mickaël était une sorte d'enfant fou, un frénétique aux fantasmes parfois un peu tordus, un grand rêveur qui laissait ses rêves se promener au bout d'une plume ou d'un instrument de bois. Et moi, de la maison Klemmens, ami depuis toujours à ce De Everhell, je le suivais, fou d'amour comme une gamine.

Nous dépassâmes la porte d'un établissement faisant lieu de taverne. On y buvait, on y fumait, on y chantait. Il y avait grand nombre de marins. Mais Mikaël me prit la main et m'attira plus en avant. Nous montons les escaliers afin de nous rendre au premier. Il y avait des chambres. Je le vois me passer devant, ouvrir une porte précise, et entrer dans la pièce, sa chemise mal boutonnée et sa redingote à demi-tombante le long de ses épaules. Par les Dieux, si sa femme le voyait en cet instant !

Nous avions seize Tours tous les deux, mais Mickaël avait été marié très jeune, même pour un natif de la Topaze. Dès sa naissance, il fut fiancé à sa cousine de troisième degrés, Christabel Katelynn De Everhell, et de quinze ans son aînée. Cela pour préserver leur don, que disaient les De Everhell. Mickaël avait le troisième œil du prophète, et le troisième œil du prophète était un don de plus en plus rare. Christabel De Everhell était une magicienne de renommée, en plus d'une prêtresse de Cherby. En l'accouplant au troisième œil que possédait Mickaël Bervers, tous les De Everhell espéraient en la naissance d'un enfant miracle, qui aurait hérité du don si rare de son père. Mais comme sa promise approchait les trente ans et qu'il ne fallait point trop tarder, l'on fit prononcer leurs vœux aux deux fiancés. Mickaël Bervers avait treize ans le jour de son mariage. J'étais son témoin.

Et que fait le jeune marié en cette heure ? Il vagabonde entre les lupanars du port. Je m'avance dans la chambre, d'un pas pour le moins anxieux, et j'y découvre un homme allongé nu sur le lit, un turban rouge accroché autour de son front, nouant ses cheveux longs, tressés, emmêlés et perlés. Sa peau est mate, brûlée par le soleil, il sent le rhum et le sel marin. Il doit être plus âgé que nous, de dix ans, au minimum, c'est certain ! Il a d'épais biceps, des muscles secs et gorgés de sang sous son teint basané. Ses yeux sont verts et sa bouche encadrée de poils est rieuse. Je ne peux m'empêcher de remarquer la légère érection qui le prend sitôt que Mickaël et moi pénétrons dans la chambre. Moi, je suis mal à l'aise.

- Alors c'est toi Horace De Klemmens ? demande-t-il en lançant à mon attention une bouteille de brandy que j'intercepte -grâce en soit rendue aux Dieux !-

Déjà Mickaël s'est déshabillé et vient se lover près de son amant. Il passe son index sur le crâne d'encre noir surplombant deux tibias entrecroisés tatoué sur la poitrine du marin. Puis il tourne sa tête, ses yeux si bleus vers moi, et me sourit.

- C'est un pirate, Bel-Ami ! Un vrai pirate !

Je ne peux m'empêcher de trembler légèrement. Mickaël est fou !

- La piraterie est un crime ! dis-je avec plus de courroux dans la voix que je ne souhaitait en laisser paraître.

Contre toute attente, mes deux interlocuteurs éclatent de rire. Ils sont nus tous les deux, sur ce lit. Et moi je suis là, au pied de la porte close, ce brandy en main, toujours vêtu.

- Je sers à bord du Vent de Hytraz, m'informe l'homme en face de moi. Nous appareillons dans trois jours, avec la marée.

Je m'indigne.

- Le Vent de Hytraz est un fier corsaire ! C'est le fleuron des Cités Blanches, pas une flibustière ! Je le sais, j'ai tout lu dans les registres de l'Amirauté !

Mais le marin ne l'entend pas de cette oreille. Il a un bras passé autour de Mickaël, et me regarde dans les yeux en m'expliquant que le Vent de Hytraz n'est pas un bâtiment aussi exemplaire que je voudrai le croire, qu'en temps de guerre il s'est rangé sous le pavillon noir. Il me parle d'un butin, de Port-Suppure. Il termine par un geste de la main m'invitant à les rejoindre sur le lit. Mickaël me désigne un léger paravent, derrière lequel je peux laisser mes vêtements. Jusqu'au dernier moment, je pense à claquer la porte et rentrer au manoir, mais je suis excité, j'ai envie de faire cette expérience. Aux côtés de Mickaël, je veux tout essayer. Alors je fais ce qu'il me dit et viens les joindre. Mickaël dépose un baiser sur ma joue :

- N'as-tu jamais rêvé de faire l'amour avec un pirate, mon cher Horace ?
- Jamais. Avec un corsaire, peut-être, finis-je par avouer. Avec un pirate, jamais.

Mickaël rit, imité très vite par son compagnon.

- Je vais te montrer qu'un pirate vaut bien dix corsaires, l'ami.

Et le flibustier me prend. Contre toute attente, il est très doux au début. Sans doute a-t-il senti ma réticence. Je lui suis reconnaissant de son attention. Je prends rapidement en confiance ainsi qu'en plaisir. Une fois nos affaires terminés, nous fumons tous les trois. Le pirate me fournit la preuve que le Vent de Hytraz  a trahit plus d'une fois la cité. Il nous montre un coffret empli d'or, ainsi que de Pièces de Huit qui ont le cours à Port-Suppure. Puis je devine la véritable raison de toute cette mascarade aux yeux de Mickaël. Ça n'est point un hasard si il a choisit cet-homme là pour son premier amour à trois. Il me le dit franchement : il compte fuir les Cités-Blanches ! Je sens mon estomac se contracter, je me mets à pleurer sans raison. Et bien sûr, si il m'a emmené c'est qu'il veut que je le suive. Il dit qu'il m'aime, il essuie mes larmes. Dans trois jours, le Vent de Hytraz l’emmènera jusqu'à Port-Suppure, loin de Hytraz. Mickaël Bervers De Everhell veut se faire pirate ! Il ne se rend pas compte, je le traite d'idiot ! Qu'adviendra-t-il de la maison De Everhell si lui se fait pirate ? Et sa femme ? Et son bébé à naître ? Tous penseront qu'il aura été enlevé, on poursuivra le Vent de Hytraz ! Jusqu'à la cité des pirates s'il le faut ! Est-il prêt à déclencher une guerre pour un simple amant ? Est-il prêt à laisser des tas d'hommes mourir -des Royalistes, des Xens !- à la simple satisfaction d'un fantasme passager aux goûts d'aventure ? Il me répond qu'il déteste le Royaume -ça, je le sais !- qu'il s'y sent prisonnier, que c'est son destin. Je suis à cours d'argument. Alors je lui réponds la seule chose qui me vint à l'esprit :

- Mais la piraterie est un crime...

Sa réplique ne se fait point attendre. Mickaël a toujours été très vif d'esprit et très délié de la langue ! En tout cas en ma présence.

- La sodomie aussi est un crime.

Cette fois je ne sais plus quoi dire. Il a raison. J'acquiesce.

- Si l'Inquisition nous emporte, Mickaël...
- Ni les hommes ni les Dieux ne devraient pouvoir empêcher deux personnes de s'aimer.

Il parle avec force, une assurance que je ne lui connais pas. Du feu semble brûler dans ses yeux couleur du grand large.

- Si tu aimes tant la mer, l'implore-je, tu n'as qu'à faire tes classes à l’Académie navale du palais de la Reine, comme moi ! Nous deviendrons corsaires, tous les deux !

Mais Mikaël grimace.

- J'ai le troisième œil du Prophète, Horace -je sens qu'il commence à s'énerver à l'intonation de sa voix- ! Tu sais ce que cela signifie ! La maison De Everhell ne jure que par moi, je suis l'enfant prodigue ! Jamais on ne me laissera partir pour l'école d'Amiral, ni à bord d'un bâtiment faire la course ! Et tu le sais très bien.

Je recommence à pleurer. Je ne peux pas le suivre dans ce projet, je l'aime de tout mon cœur mais il faut qu'il comprenne ! Tout ce qu'il réussirait à faire en s'embarquant, c'est déclencher une guerre, et peut-être même se tuer lui-même ! Si les pirates apprennent qui il est, ils le rançonneront certainement ! Comment cela se fait-il qu'il n'y ait point pensé ? Alors il tente de me convaincre :

- Capitaines Everhell et Klemmens ! Toi et moi sur les Grand'Eaux, à bord d'un brigantin à hunes ! Et personne pour nous arrêter, Bel-Ami ! Nous serons libres, enfin !

Il rit tout en caressant le nombril du pirate étendu à ses côtés, titillant le brandy.

- Capitaine Everhell, ça sonne très bien je trouve.

Moi je ne trouve pas ! Ça sonne comme une mauvaise blague, un nom de mauvaise vie ! Je me rhabille en lui expliquant que je ne le suivrai pas. Je jure devant chaque Dieu que je connais que je l'aime et je donnerai sans hésiter ma vie pour lui s'il le fallait, mais je ne cautionne pas un tel projet. Mais lorsque je lui demande de se rhabiller afin de rentrer au manoir, il me rend un regard triste.

Mickaël a pris sa décision.

C'est donc seul que je rentrais au manoir des De Klemmens cette nuit-là, des larmes noyant mes joues.

Je passe toute la journée, ainsi que la nuit suivante à prier Thaä, Uoc'Thuy et Daÿl. Je ne veux pas perdre Mickaël, je ne veux pas qu'il se perde lui-même. Alors je fais ce qui m'arrache le cœur, mais ce que je pense être la meilleure solution. Je jure devant Daÿl que je n'ai pas dénoncé Mickäel à sa maison par orgueil de le garder près de moi. Je l'ai fais pour le garder en vie et sur la voie d'Uoc'Thuy. Je voulais vraiment que son âme soit libre de toute dépravation.

Je souhaitais en faire un homme libre. En le dénonçant, j'ai fais de lui le prisonnier des Cités-Blanches. Son amour pour moi est mort ce jour-là. Il ne devait jamais plus renaître.

Le marin qui fut notre amant commun cette nuit-là passa en jugement. On obligea Mickaël à témoigner contre lui et l'on se servit de la Pièce de Huit que j'avais rapporté de notre escapade nocturne afin de condamner l'équipage entier du Vent de Hytraz pour piraterie. Sous les bavures, sous la torture, les marins confessaient tout. Piraterie, enlèvement, corruption, zèle, homosexualité, vol, traîtrise, fornication, crimes de lèse-majesté. Je suis responsable de ce qu'on appelle la nuit des Exécutions. Ce jour-là, plus de trois-cent hommes, Elfins, Virenpiens, Lupans, Aracnors, Elfes et Mzékils prirent les armes afin de contrer l'armée Royale. Le tout se solda dans un bain de sang et il n'y eut aucun survivant parmi les pirates. Le Royaume compta de très lourdes pertes également. Mickaël avait été forcé d'assister à cela.

Les ans qui suivirent furent abominables pour moi, mais bien plus pour lui. Je ma mariais forcé à Agathe De la Molle l'année suivante. Je priais Uoc'Thuy souvent et souhaitais de toute mon âme m'amender de mes péchés et de tout ce sang que j'avais fais couler en souhaitant préserver Mickaël de lui-même. Je jurai de ne jamais plus toucher un homme de ma vie. Je prononçais mes vœux d'abstinence le cycle précédant mon union avec Damoiselle de la Molle, et lui fit part de mes engagements avant que nous nous unissions sous Uoc'Thuy et Kert'An. Elle me répondit qu'elle n'en était point gênée. Je ne l'étais point plus quand elle voyait d'autres hommes. Ensemble, nous eûmes trois fils.

Mickaël, de son côté, eut une vie infernale. Naquit, la même année une fille à laquelle il donna le nom de Hilena. Père a seize ans, Mickaël Bervers noya sa détresse dans l'attention qu'il prodiguait à son bébé. Et jamais ne vit-on dans la maison De Everhell père qui choya autant sa fille, son propre sang, cela je n'en avais aucun doute malgré le fait qu'il refusait mon amour, mes amitiés et jusqu'à ma simple compagnie. Prétextant une santé fragile (jamais je n'avais vu plus homme respirant la vie que Mickaël Bervers de Everhell) on plaça à ses côtés un valet de pied, un majordome et deux veilleurs qui le suivaient partout où il se rendait, en intérieur comme en extérieur. Ses visions se déclenchaient de plus en plus violemment, imprévisibles, l'affectant, l'envoyant au sol et souvent sur le carreau pour plusieurs jours. On ajouta alors à son équipe de garde un chirurgien. J'appris qu'il fit par deux fois une tentative de suicide. Quelques années plus tard, il fut arrêté par l'Inquisition dans une sombre affaire de fornication et de sodomie. Les accusations venant d'une maison ennemie de la maison De Everhell, il ne fut point difficile pour le père de Mickaël de tirer le fil prodigue des griffes de l'Inquisition, soutien de la Reine à l'appui. Afin de faire définitivement taire ses ennemis, il donna la vie à une deuxième fille l'an suivant.

Presque dix autres années s'écoulèrent ainsi.

Notre face à face suivant eut lieu le vingt-septième jour de la Dernière Lune de cette année là. Nous étions à présent hommes âgés de vingt-cinq ans, et je savais que Mickaël comptait fuir la cité de Hytraz pour les domaines de May'Veal. Diplômé de l'académie navale, diplômé de l'académie des vœux d'Uoc'Thuy et de droit pénal de la cité de Hytraz, et diplômé de l'académie d'instruction et de pédagogie des Cités-Blanches, j'avais mené ma barque au regard d'Uoc'Thuy. Et nous voici après dix ans, comme en la prologue de cette histoire, sur les mêmes quais nocturnes de la capitale que nous foulions le vent au visage, lui entièrement vêtu de noir, devant, et moi plusieurs mètres derrière, souhaitant le rattraper !

- Mickaël ! Mickaël, arrêtez-vous !

Mais il n'avait rien perdu de sa vitesse avec les ans ! Et moi, mes poumons me brûlaient ! Je fumais toujours plus.

- Pensez à vos filles ! Hilena souffrira de votre départ ! Mickaël Bervers, moins vite ! Moins vite !
- Le dernier arrivé, Horace, perdra la guerre !

Et il courrait, semblant voler ! Bientôt, j'aperçus le ponton de pierres taillées, s'avançant de plusieurs pieds au-dessus la surface des eaux ! Et au bout de ce ponton, une chaloupe contenant plusieurs hommes qui ramaient frénétiquement, l'éloignant du quais dans le but de rejoindre le brigantin à huniers dont la silhouette sombre se dessinait à plusieurs mètres vers le levant. L'Eradicate. Et Mickaël Bervers de Everhell en était le tout nouveau propriétaire.

- Votre maison ! l'implorai-je presque. Si elle ne mérite point tant de déshonneur, renoncez, quelque prix qu'il vous puisse en coûter ! Les De Everhell s'éteindront !

Dieux, que mes jambes menaçaient de céder et mes poumons me brûlaient ! Et l'embarcation qui semblait s'approcher de nous deux à grande vitesse ! Mes bottes crissaient sous la neige fraîche, le vent fouettait mon visage ! Je priai en mon âme Uoc'Thuy de me permettre d'arrêter Mickaël Bervers avant qu'il ne commette l'irréparable, j'eus une soudaine accélération ! Et dès l'instant où ma poigne allait se fermer sur le pan de sa redingote, il bondit au-delà le ponton et fut réceptionné sur la chaloupe par les hommes qui la montaient ! Je parvins de justesse à freiner ma course, évitant de finir dans l'eau gelée. J'avais échoué face à cet homme. Une fois de plus.

- Embrasse-moi Horace De Klemmens, me criait-il de la barque les mains en porte-voix. Car je suis un pirate !


~



Les courses folles sous les étoiles accroché au poitrail colossal du grand étalon noir qu'était Mickaël lorsqu'il filait au vent. Les songes, les pleurs salés, les gouttes farouches. On brave l'immuable et l'un se réfugie dans la dévotion et l'autre dans l'orgie. Le glas qui s'ouvre, comme s'ouvrirait une paupière. Le troisième œil. Tout ceci était bien terminé.

Le Capitaine De Klemmens n'avait pas fait attention, perdu dans ses pensées, à la cendre de sa cigarette qui venait de s'écraser sur ses bottes cirées et vernies. Il alla à la recherche d'un mouchoir dans la poche intérieure de son uniforme, et entreprit de nettoyer cela.

Oui, tout ceci était bel et bien terminé. Tout n'était à présent plus qu'une question de jours. Le Second du Reanspell, Maître Drake était actuellement à l'infirmerie du Prince de Hytraz les poignets solidement enchaînés aux barreaux de son lit. Percé par quatre points à l'épaule. La lame du Pygargue et la sienne. Il était entré dans la cabine de son ami et Commodore à l'instant où le Second s’apprêtait à le pourfendre ! La suite ? Un accident, bien sûr. Il avait attaqué sans réfléchir, transperçant Maître Drake à la même seconde que le Pygargue ! Les deux avaient traversé l'épaule, penchant en arrière leurs têtes afin d'éviter respectivement la lame qui avait jailli des chairs dès l'instant où ils avaient planté la leur ! Jonathan Drake avait été vaincu, et bien vaincu. Mis à l'isolement par Le Pygargue et démis de ses fonctions, pour insubordination. Horace De Klemmens consulta sa montre à gousset. Cela faisait plusieurs heures qu'il était parti. Finalement, il se leva. Un pygargue au col blanc venait de se poser sur le hublot resté ouvert de sa cabine. Horace s'écarta afin de le laisser entrer, et referma derrière lui !

Mickaël Vinzent se transforma tandis qu'il le couvrait d'un drap.

- Alors ? L'avez-vous repéré ? Demeure-t-il sur l'île ?
- C'était lui.

D'un pas décidé, Le Pygargue avait ouvert le tiroir de son bureau afin d'en extirper une dague. Il avait posé la lame sur ses lèvres, comme pour murmurer à elle-seul :

- Voici qui vous dira les volontés des cieux. Ne craignons rien mon ami. Il est temps de montrer cette ardeur qu’au fond de mon cœur mes prières ont cultivés, et de faire payer à Uoc'Thuy ce qu'il lui doit...

Il jeta un regard à Klemmens que ce dernier trouva dangereusement sombre.

- Les brasiers et les écumes.
- Mickaël, articula De Klemmens la poitrine gonflée de souvenirs. La volonté des Dieux n'est pas que ton frère s'en sorte indemne.
- J'escompte bien cela, mon ami !
- Ce que je voulais démontrer par mes propos...
- Je sais, Horace...

Le Pygargue posa une main conciliante sur l'épaule de son compagnon de toujours.

- C'est terminé. Il ne paraîtra jamais en Cités-Blanches et je me ferai là son seul accusateur, témoin, juge et bourreau. Puisse périr comme lui quiconque lui ressemble.

Horace De Klemmens crut presque voir le ciel descendre sur leur tête aux propos du Pygargue. Mais il savait qu'il faisait cela pour la justice divine. Il avait choisit d'emprunter une voix, et ne devrait pas s'en détourner. Car il n'était plus temps.


Tout craque dans cette chambre
Comme dans l’allée nocturne les herbes sous le pied



- Mickaël. Ne doutons point.


Évade-toi de l’eau, des prisons, des potences



- Un Aristocrate fait ce qu'il doit. Non ce qu'il veut.


Adieu, je partirai comme on meurt un matin



- C'est ce qui le différencie du pirate.


Ce ne sont pas les lieues qui feront la distance


- N'oublie jamais cela, Mickaël.


Mais des mots : Je l’aimais ! murmurés au lointain

~



- Tu ne viens pas te coucher...?
- Je prends un peu l'air.

Sous les nuages de gaze, il observait le ciel bleu et les nues silencieuses qui murmuraient aux versants. Au loin, le bruit sourd des vagues qui venaient rouler puis mourir sur la plage retentissait. De nombreuses mouettes volaient dans le ciel. Dans la chambre derrière lui, la jeune femme replia ses jambes délicieuses sur son corps nu.

- Nous pleurons même avant que nos yeux se soient ouverts à la clarté du ciel, Triss...
- Que fais-tu ? Je ne te connaissais pas si mélancolique.
- Je n'ai plus beaucoup de temps.. L'affront de tous les Dieux me frappe. Le destin me rattrape. La roue de l'avenir pour moi roule affreusement vite..
- Tu n'es pas vieux. Tu n'as pas soixante ans !
- Je n'en ai plus vingt non plus...

Ses yeux se voilèrent un instant. La bouche de la jeune femme se plissa adorablement lorsqu'elle comprit.

- Une nouvelle prophétie ?
- Réjouissons-nous ce jour, Triss. Car nous allons reprendre l'Eradicate que mes hommes m'ont volé.
- Et cette histoire de temps..?
- Je crains que ma vie ne prenne bientôt fin.

Il lui offrit l'ombre d'un sourire. À peine une ombre. Il ne souriait jamais. Il n'était plus homme à sourire depuis bien longtemps.

- J'observe les oiseaux, dit-il d'une voix douce comme l'air le regard de nouveau par delà la fenêtre.
- Que nous importent les oiseaux ?

Alors, son sourire s'élargit, courant sur ses joues comme un ruisseau dans l'herbe.

- L'oiseau chante son chant plein d'amour et d'effroi. Tu as tors de ne pas les observer, Triss. Tu aurais fais la connaissance de mon très cher frère, venu nous observer.
- J'ignorais que tu avais un frère.

Elle n'avait alors plus qu'une pensée.

- S'il te plait, reviens te coucher. Joue moi quelque chose. Je ne veux pas te perdre...

Il referma les fenêtres, découpant la lumière dorée en de nombreuses et fines bretelles. Puis il gagna la tendre chaleur de sa compagne sur les draps, le violon délicatement posé sous son menton. Ses doigts agiles prêts à jouer.

Nulle étoile en tombant n’a fait jaillir l’écume,
Rien ne trouble les monts, les cieux, le feu, les eaux,
Excepté cet envol horizontal de plumes
Qui révèle la chute et la mort d’un oiseau.

Et rien n’arrêtera cette plume envolée,
Ni les cheveux luisants d’un cavalier sauvage,
Ni l’encre méprisable au fond d’un encrier,
Ni la vague chantante et le grondant orage,

Ni le cou séduisant des belles misérables,
Ni la branche de l’arbre et le tombeau fermé,
Ni les bateaux qui font la nuit grincer des câbles,
Ni le mur où des cœurs par des noms sont formés,

Ni le chant des lépreux dans les marais austères,
Ni la glace qui dort au fond des avenues
En reflétant sans cesse un tremblant adultère
Et jamais, belle neige, un corps de femme nue...





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Le masque de Kaliqua

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Jeu 26 Oct - 1:34
L'océan bleu et interminable s'étendait à perte de vue, touchant l'horizon embrasé par cette aube nouvelle qui donnait à cet enfant au cœur noirci par les ans l'envie de lever sa plume pour en maculer d'encre un parchemin qui saurait, sans le juger, recueillir l'insondable sentiment qui en cet instant l'étreignait. En cette heure pourtant, sa plume ne l'aidait point à déverser ses mots, non plus à chatouiller l'âme des bonnes gens qui aimaient à se perdre dans la poésie qu'il appréciait tant partager en des instants plus adéquates, elle lui servait à se garder loin de l'abysse, loin même de la terre qui n'était plus qu'un point à sur cette ligne dorée par l'astre du jour qui tel un roi se levait pour que le monde se mette en marche. C'était une image qu'il préféra pourtant comparer à sa reine et non à un roi, car jamais il ne put voir autre personne plus sublime, plus noble et pleine de grâce que sa Majesté la Reine Amäly Tahora'Han pour qui il aurait fait couler le sang et se serait damné pour l'éternité. Elle était la seule digne de pouvoir briller autant que ce joyaux étincelant des dieux qui bénissaient Arcaëlle par sa chaleur qui donnait la vie autant qu'il pouvait la reprendre. Rien ne fut plus beau à ses yeux que ceux de la Reine qui se posèrent sur lui et l'élevèrent de sa maigre condition.

Empli de fierté, de joie et de fidélité, ses ailes gonflées par les courants d'air ascendants, le cardinal rouge avait laissé les étoiles et le soleil le guider jusqu'aux fiers et nobles navires qu'étaient le Prince de Hytraz et le puissant Reanspell. Quelle magnificence, quelle allure, quelle grâce que ces deux puissants bâtiments lui inspiraient alors dans cette aube dorée. Ils n'étaient rien face à l'éclat des yeux de la Suzeraine de son Royaume, mais il ne pouvait qu'apprécier, qu'admirer à leur juste valeur, l'ingéniosité des bâtisseurs des Citées Blanches, des ouvriers qui avaient œuvré d'arrache pied pour que d'un simple bois naisse la grandeur et l'élégance de ces deux grands destriers qui sur l'eau semblaient flotter comme les deux ailes d'un aigle royal.

L'oiseau se posa, ébrouant ses ailes, sur le mât le plus haut du nommé Reanspell dont le commandement était revenu à celui que l'on nommait si audacieusement Le Pygargue. C'était pour cette cause, pour cet homme qui avait bravé l'autorité de la Reine à bien des égards en ce jour, que le cardinal rouge s'était évertué à lutter contre les vents marins, et toutes les attentes d'un Général aux ailes blanches qui ne donnait encore aujourd'hui pas cher de sa peau face à une telle entreprise. Et pourtant il était bel et bien là, paré de ses couleurs clinquantes, fier comme un paon, déjouant les mauvaises et sottes paroles de ceux qui n'avaient cru en lui.

Des personnes qui n'avaient cru en lui, le Maître De Vulpère en avait croisé un nombre considérable dans sa bien courte existence. Cela avait d'ailleurs commencé bien jeune alors qu'il n'était qu'un enfant, la germe même de ce qu'il devint à l'aube de ce jour qui s'annonçait brillant. Il se rappelait avec mélancolie des jours gris et pluvieux qui avaient vu la maison des De Vulpère mené à la ruine. Il goûtait avec amertume le souvenir de ce matin d'automne où son père fut, devant ses yeux, mené à l'exil pour la simple faute d'avoir eu la langue bien trop pendue et fourchue. C'est de la vérité mais aussi d'une gloire lointaine qui fut sur son terme, que la maison des De Vulpère vit son nom effacé de l'histoire. Ô comme Reginhart se rappelait de ce visage qui lui avait arraché à lui son père, sans un seul regard clément à son encontre. Il se rappelait se visage bouffi, poudré, surmonté d'une perruque blanche, ses petites lunettes montées sur un nez ingrat et mal proportionné. Il avait en exècre la douloureuse expérience de la poudre de ses ailes qui était venu presque l'étouffer ce jour là, de la cuisante pression de la canne sur ses petites mains fragiles ainsi que le coin de la botte qui avait heurté son arcade sourcilière.

Il était ainsi resté des heures, le visage dans la boue, impuissant et pleurant toutes les larmes de son frêle petit corps qui n'avait pas encore connu les affres d'un entraînement qui serait le sien quelques années plus tard. Il se souvenait avec précision du son des sabots de chevaux claquant la route pavée qui passait non loin de sa demeure, le bruit d'une calèche s'immobilisant et le cri d'un homme appelant à la sagesse sa protégée. Deux magnifiques yeux bleus s'étaient alors posés sur lui, encadré d'un visage rond et divin, d'une chevelure brune aux magnifiques boucles parfaitement détaillées. Le ciel s'était à ce moment là découvert et un rayon de lumière avait illuminé ce visage si merveilleux, on aurait cru un ange auréolé de soleil, et pour cause, ses ailes noires s'étendaient au-dessus d'eux. Le jeune Godfrey en eut les larmes aux yeux, et en ouvrit la bouche de stupéfaction tandis qu'il aurait donné jusqu'à son âme pour pouvoir toucher son visage. Cependant ses mains pleines de boue ne le lui permirent pas, il n'aurait jamais osé frôler cet ange avec des mains si sales. Pourtant, c'est l'ange qui brava cet interdit en lui tendant la main pour l'aider à se relever tandis que la voix de son précepteur se scandalisait de la chose.

- Que fais-tu ainsi dans la boue ? lui avait demandé l'enfant. Pourquoi pleures-tu ? Est-ce que quelqu'un t'a fait du mal ?

Il n'avait pas pu lui répondre à cette époque, trop impressionné de voir sur lui, penchée la futur suzeraine du Royaume des Citées Blanches. Son père le lui avait enseigné, il lui avait appris à la connaître et à la respecter plus que sa propre vie. Il n'avait su que lui répondre hormis un sourire plein de larmes. Il voyait encore cet homme maigre et sévère sermonner la jeune fille tandis que celle-ci montait sur ses grands chevaux et faisait déjà montre, à l'époque, d'une autorité toute naturelle. Ainsi fut-il, malgré les oppositions de ce précepteur, mené, trempé de boue et d'eau de pluie, dans le carrosse de la Princesse Amäly Tahora'Han qui eut tout la tendresse du monde pour lui. Jamais il n'aurait été plus chanceux ce jour là, jamais il n'aurait pensé que le destin ferait de lui l'un des serviteurs les plus dévoué à sa Reine. Il avait perdu un père, pour se voir gagner les louanges d'un ange, d'un astre céleste qui l'avait pris en pitié. Il se souviendrait toujours de ce jour-ci, car il avait été le plus malheureux et le plus heureux de sa vie.

A présent il était perché sur le garde corps de l'intrépide Reanspell et écoutait attentivement ce qu'il s'y disait à bord. De toutes évidences, personne ne fit attention à sa présence, tant il était petit et minuscule en comparaison de tout ce bâtiment, de tous ces maillages, cordages, voilure et mature. Que pouvait pousser un homme tel que Mickaël Vinzent De Everhell à braver les ordres de la Reine à s'en risquer le courroux ? C'est en cela que le Maître De Vulpère voulut connaître la vérité, car il n'aurait osé supposer de malice en cet homme qu'il avait cru être d'une bonté dont peu d'aristocrates aujourd'hui faisait montre. Qu'était-il arrivé à son second, le Lieutenant Drake, pour que la volonté du Royaume ne soit point respectée en ce bâtiment ? Car il était de son devoir premier de faire respecter à son Commodore, sa parole que jamais il ne faillirait à son devoir envers sa Reine. Les réponses vinrent assez vite tandis qu'il tendait un peu l'oreille pour ouïr les rumeurs des matelots.

Jonathan Edward Drake, fait prisonnier suite à son insubordination, que le cardinal rouge jugea être l'acte d'un homme fidèle à son Royaume, faisant face à son Commodore renégat. Ainsi donc, le Lieutenant Drake n'avait point été à la hauteur pour empêcher cet homme de se jouer de l'autorité suprême de la Reine. Qui pouvait-il cependant, face à la danse des De Everhell ? Bien peu de choses en vérité, car le Maître De Vulpère avait connaissance de l'art qui était le leur, l'art de la danse meurtrière et sanguinaire, qui liait les pas de danse à l'escrime fine et habile de cette famille réputée. Il n'y avait pas plus grande fierté pour cette famille hormis le pouvoir de l'Œil, un pouvoir qui avait causé à cette maison, bien des tracas et moult histoires.

Les jours passèrent ainsi, tandis que le cardinal rouge allait et venait un peu partout sur le bâtiment, jusque dans les cuisines pour y picorer de quoi se sustenter. L'on avait fini par reconnaître sa présence et lui donner la chasse, en vain. L'animal qui n'en était en réalité pas tout à fait un, était aussi habille que rusé et n'était point oiseau à se laisser stupidement piéger. L'on se demandait comment un tel animal avait réussi à se poser ici. Habituellement, les oiseaux n'étaient point du genre à faire d'un navire leur demeure. Le commandement n'en fit cependant pas une affaire importante, aussi n'eut-il pas trop de soucis à se faire malgré ses actes de picorage.

Vint alors ce jour où les deux navires approchaient des côtes de Mar'Baal. Enfin, De Vulpère allait peut-être connaître le fin mot de cette histoire, le but de cette trahison qu'il ne pouvait pour le moment point expliquer et donc, de fait, point accepter. La curiosité, tout comme sa mission, le poussa à suivre les faits et gestes du Commodore De Everhell. Celui-ci prit la forme d'un pygargue... évidemment, il ne tenait pas son sobriquet du simple hasard. Le messager très spécial de sa Majesté remercia les dieux d'être né xen avec la capacité de se changer en oiseau qui plus est.

Après une folle journée à suivre le rapace, exténué par cette aventure rocambolesque, il dut tout de même apprécier le repos bien mérité des justes. Cependant sa mission n'était pas terminé et il prit grand soin de suivre le commodore... hélas, alors qu'il se posait dans la cabine ouverte du Capitaine en second, le hublot fut refermé et il ne put goûter à leur conversation qui semblait pourtant si intéressante. La peste soit de ces fichues vitres pensa-t-il. Après une longue attente, le hublot se rouvrit et Le Pygargue s'envola à tire d'ailes. Le cardinal n'avait plus la force ni la patience de le suivre, aussi décida-t-il qu'il était temps, en son absence, d'éclaircir les choses avec son second, le Capitaine De Klemmens. Il le savait homme d'honneur, prêt à écouter plutôt qu'en venir à l'épée. C'est ainsi qu'il décida de profiter de cette ouverture -littéralement- pour s'engouffrer dans la cabine d'icelui. Le petit oiseau qu'était ce cardinal rouge, se posa sur la couverture encore gisante sur le parterre des quartiers du maître de ce bâtiment, et en un instant qui fut fort concis, repris la forme d'un De Vulpère complètement nu, qui profita de l'abris de ce drap pour cacher ses attributs masculins.

- Quelle magnifique soirée, ne trouvez-vous pas ? déclama-t-il avec le sourire aux lèvres.

Klemmens fut surpris en apercevant ainsi l'homme auquel il tenta de redonner une identité, certain de l'avoir déjà vu auparavant.

- Messire ? Par quelle folie ?

Godfrey De Vulpère se gaussa tout en attachant ses cheveux en arrière et en battant des ailes.

- La folie d'un homme fidèle à son Royaume je crois. Me remettez-vous ainsi, les cheveux derrière le dos ? Il est vrai que j'étais tout vêtu de vert et que j'avais de jolis nœuds, ahahah ! Difficile de vous en vouloir d'une telle surprise !
- Messire...Je... Messire de Vulpère, cela me revient !

Klemmens fit une révérence à son visiteur.

- Je vais vous chercher de quoi vous vêtir Monseigneur.

Il farfouilla effectivement dans son armoire pour offrir un costume à son invité inattendu.

- Monseigneur De Klemmens est trop bon ! Je vous remercie ! Il me sera plus aisé de vous parler, ainsi vêtu ! Permettez !

Le sire De Vulpère se défit sans la moindre pudeur de son drap et enfila les vêtements avec précipitation, ne voulant point déranger plus longtemps son hôte par sa nudité.

- Ah ! Il est tout de même fort plus agréable de vous tenir discours en étant ainsi vêtu ! Grâce vous soit rendue ! Cela faisait un moment que je ne m'étais point habillé ! Ah ah ah ! Ma forme ne me le permettant pas vraiment, quoique les plumes font un fort bel accoutrement !

Klemmens tenta de garder son calme malgré la singularité de cette rencontre.

- Si fait, Messire De Vulpère. Monseigneur pardonnera, si il est Grand homme, le modeste écart de taille qui demeure entre vos mesures et les miennes. Pouvez-vous cependant me dire, Messire, quels motifs de précipitations vous amènent ici cette heure ? C'est que...Je ne pensais point vous trouver ici.
- Et moi donc ! Je ne pensais point me trouver ici en cette heure, et pourtant il m'est force de constater que j'y suis bel et bien. Si je puis me permettre de vous en narrer la raison, ainsi soit-il. Il me faut d'abord vous confesser que je viens ici tout d'abord en tant que serviteur de notre Reine Amäly Tahora'han, Suzeraine du Royaume des Citées Blanches, qui s'étend d'orient en occident et sur lequel jamais le soleil ne se couche. Mais il est de fait aussi que je viens à votre encontre en tant que gentilhomme tout comme sire De Everhell et vous même l'êtes. C'est dans l'espoir d'éclaircir certaines choses que je suis venu à vous, non pas en tant qu'inquisiteur mais en tant qu'ami.

Klemmens soupira un instant, se posant sur la chaise de son bureau

- Je le conçois Messire. Ainsi donc le Reanspell et le Prince de Hytraz ne suivent pas leur itinéraire prédéfini.
- C'est un fait ! Et il vous est promis un bien triste châtiment sans mon concours, j'en ai peur... L'on dit déjà sur les navires de l'amirauté que vous êtes des traitres, des parias. Cependant j'espérais éclaircir les raisons de ce soudain revirement, afin, peut-être d'envisager toute autre conclusion que la cour martiale.
- Messire, tout pirate est inconstant, vous n'êtes point sans l'ignorer. Et si ils ne le sont pas, la mer l'est pour eux. Nous réfutons, le Commodore De Everhell et moi-même toute trahison faite au Royaume. Voyez à notre Grand Mât si le pavillon de la Reine Amaly Tahora'Han ne bat-il point ? Si nous devrons passer par la cour martiale afin de défendre nos droits, dans l'équité et dans la droiture, nous le ferons.
- Il est vrai que le pavillon du Royaume est bien là, à battre au grès du vent, il n'est point de doute sur cela. Mais par tous les démons des enfers d'Özan, Monseigneur De Klemmens, La Reine m'a fait jurer de m'assurer qu'il ne vous arriverait jamais point de folle aventure qui pourrait nuire à la réputation de vos maisons respectives. J'aimerai connaître la raison qui vous poussa, tous deux, à ignorer ainsi un tel ordre de sa Majesté et vous amarrer à Mar'Baal. Il est vrai que des coquins se trouvent ici, en ce continent, mais il est aussi vrai que le Royaume et la Principauté ont un accord afin que chacun ne se dispute point Arcaëlle. Et il est de fait que si Le Royaume pu prétendre aux terres de Zaï'Lou sans craindre le courroux de la Principauté, c'est par des traités qui laissaient à cette dernière la prétention de s'octroyer à elle seule, les terres de Mar'Baal et d'en déloger les coquins, les faquins, les pirates oses-je dire. Alors de grace, Messire, éclairez-moi sur cette folie !
- Monseigneur, j'implore votre compréhension ! Vous connaissez probablement par le nom Messire le Comte De Everhell, Commodore au long cours en cette affaire, à qui l'injustice, la criminalité, le meurtre et l'anarchie font horreur. C'est uniquement dans le but de se dresser face à de tels fléaux qu'il a pris seul la décision de modifier le cap de nos deux bâtiments. J'escompte qu'il a là une affaire fort malheureuse à régler. Un hors-la-loi de la pire des espèces qui lui...qui nous échappe sur les Grand'Eaux de May'Veal depuis des années Messire. Et il serait criminel de notre part à tous deux, connaissant les vices d'un tel individu, de le laisser à sa liberté. Un tel individu exposerait les citoyens de notre bien aimé Royaume à diverses variétés de morts subites.
- J'entends bien, messire De Klemmens, j'entends bien. Et à vrai dire je suis soulagé d'entendre ces mots qui sont les vôtres. Il m'est en fait douloureux de penser que vous auriez pu trahir ainsi la fidélité à votre suzeraine. Lors de notre première rencontre, j'eus vu en vous bien de nobles espoirs, des âmes que je savais dévouées à leur Reine, et qui jamais n'agiraient pour lui nuire de quelque manière que se fusse. J'ai foi en votre bonne volonté, messires. Il me faut cependant savoir... Vous jurâtes de servir la Reine, sur Uoc'Thuy alors que l'on vous faisait membre de la marine royale ! J'eus espéré que votre mission, qui vous mena hors des termes que l'on vous commanda, fut du fait d'un serment à Uoc'Thuy également, qui vous força à non seulement continuer à être fidèle à notre Royaume mais à n'en point écouter le commandement pour vous lancer, je vous le concède, à la poursuite d'un homme qui est de peu de vertu et pourrait nuire à la sécurité de notre saint Royaume !

Klemmens resta calme, les mains croisées derrière le dos

- Cela est le cas, Messire.
- Voilà qui me rassure, ma foi ! Je pourrais donc concéder en votre faveur, et faire de cet acte, qui semble à première vue être traîtrise, une mission spéciale... Voyez-vous, je dois encore vous faire un aveu, j'opère dans le plus grand des secrets au nom de la Reine pour des choses parfois peu recommandables... Je suis, si je puis dire ainsi, l'ombre de notre suzeraine, l'arcaëllien chargé de ne point entacher les mains de notre divine lumière céleste. Je vis en dehors du chemin tracé pour ses sujets... Bien que moi-même je fusse amené à aider à en bâtir la route. Et vous, messires, vous êtes également sorti du chemin... Il est donc de mon devoir d'être le garant de votre fidélité envers notre Reine. Je m'assurerai que vos actes soient de mon ressors, qu'ils fussent en réalité une mission que je vous confiai, afin que votre honneur ne soit point sali par les affres d'un passage en cour martiale.
- Notre profession, Messire, ainsi que le temps dans lequel nous vivons nous ordonnent d'être sévères. Cependant Messire, quiconque comme vous verrait la véritable justice là où tous les éléments demeurent contre nous serait une perle fort rare pour notre bon Royaume ! Puis-je m'enquérir des moyens dont vous userez afin de couvrir nos actions auprès de nos supérieurs ?
- Oui, c'est un point que je me dois en effet d'éclaircir à vos yeux. Voyez-vous, en tant que l'ombre de sa Majesté, j'ai certains pouvoirs, non point magiques, mais décisionnels. J'ai avec moi une ordonnance de la Reine, loué soit son nom, qui me permet de disposer à mon bon vouloir, si la situation l'exige afin de remplir les conditions d'une quête qui me fut confiée par celle-ci, d'un nombre d'âmes et de bâtiments appartenant au Royaume. Notez bien que la Reine a toute confiance en moi à ce sujet. Je ne m'en vanterais point, mais ma fidélité à son égard est la seule chose qui me reste de valeur en ce monde, et elle en est bien consciente, c'est pourquoi elle me désigna en tant que son ombre. Donc, pour résumer, Sieur De Klemmens, Le Reanspell et le Prince d'Hytraz ont changé de cap par ordonnance royale express, dans un but que je dus cacher au Général même, afin de garder toute discrétion sur l'affaire et pouvoir mener à bien le serment qui vous mena jusqu'ici. Sommes-nous d'accord ?
- Vous êtes venu plein d'arrières pensées, nu sous votre plumage, Messire De Vulpère. Je ne saurai que trop vous remercier pour votre prestance. J'accorde tout mon crédit à vos agissements, et pense pouvoir parler au nom du Commodore De Everhell en affirmant que vous disposez également du sien. Nous regagnerons le cap espéré sitôt les forbans que nous chassâmes hors d'état de nuire, soyez-en assuré !
- A la bonne heure ! M'en voilà rassuré ! Il est vrai que je suis venu, les pensées chargées de sous-entendus. Je vous ferais cependant preuve de bonne grâce. Voilà le gage de ma sincérité à votre égard : l'ordonnance royale de sa Majesté.

Le sire De Vulpère ôta sa manche et présenta au Capitaine De Klemmens, la marque qui ornait son avant bras. Le sceau royal, gravé à même la peau, luisant d'une lueur bien étrange. Il s'agissait sans conteste d'une magie puissante qui n'appartenait qu'à la lignée des Reines du Royaume.

- Voyez-vous même... Un présent qui me fut l'un des plus précieux octroyé par la Reine Amäly Tahora'Han elle même. Ainsi je peux la garder sur moi, peu importe mes transformations... Ingénieux, n'est-il pas ? En tout cas je vous suis infiniment reconnaissant, Capitaine De Klemmens. La sincérité dont vous avez fait preuve vous honore et je saurais vous le rendre. Soyez-en assuré !
- C'est vous, Maître De Vulpère, qui honorez les simples marins que nous sommes de par votre aide précieuse.

Il se leva de son bureau et s'inclina devant De Vulpère

- L'amour de la patrie illumine nos cœurs, au Commodre De Everhell et à moi-même, je puis vous l'assurer. Nous combattrons toujours, et jusqu'à notre dernier souffle, pour la prospérité du Royaume. Et toujours, vous verrez battre au vent sur notre mât son pavillon. Nous sommes gens de parole.
- Et je le suis également, Messire De Klemmens. Il me tarde à présent de voir le Commodore De Everhell rentrer de son entreprise afin que nous devisions de tout cela. Pour l'heure, je vais simplement attendre et me reposer également. Cela n'a point été affaire agréable que de fuir la chasse qui me fut donnée sur vos bâtiments ! Ah ah ! Peut-être aurai-je du m'annoncer en premier lieu, cela m'aurait évité de fâcheuses aventures...
- Messire...Vous n'étiez point attendu. Et nu comme un ver, de surcroît.
- Il est vrai ! Ah ah ah !

Et le sieur De Vulpère se mit à rire à gorge déployée.

- Oh !! Et je viens d'y songer à présent ! Le Lieutenant Drake... Le pauvre homme ! Je vous serrais également reconnaissant si vous le libériez de ses arrêts. Je m'arrangerai avec lui pour qu'il comprenne que vous ne faisiez qu'obéir à un ordre dont vous ne pouviez lui faire part... C'est un homme honorable que ce sieur Drake ! Fidèle à son Royaume jusqu'au bout des ongles ! Ah ah ah ! Quelle perte cela serait de ne plus le compter parmi vous... Je saurais lui faire entendre raison, ne craignait rien.
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Mer 1 Nov - 18:22
Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir enbaumé !

Baudelaire



Le dénouement apparut au Lieutenant Jonathan Edward Drake au milieu d'une dinée, après trop avoir passé de temps à prier Uoc'Thuy et boire du lait de pavot. D'épais fers de prison maintenaient sa main gauche et sa cheville droite aux pieds du lit sur lequel le jeune marin reposait, depuis plusieurs jours à présent. Sans doute s'attendait-il à tout sauf à la venue du Commodore De Everhell, escorté du Xen chirurgien de bord, spécialiste du fluide. Un instant, Jonathan Drake détourna le regard, la bouche serrée, lèvres crispées. Sa double blessure à l'épaule le faisait probablement souffrir, et grandement selon le chirurgien. Quoi qu'il en soit, nota Le Pygargue, son Second faisait preuve d'une noblesse d'âme et d'une audace que n'égalait nul autre.
Le Pygargue se saisit d'une chaise et l'apporta à côté du lit du convalescent. Sous ses draps, le Lieutenant Drake ne portait qu'une simple chemise de coton blanc dépourvue de manches couvrant un sous-vêtement. Il savait, bien sûr, que son supérieur l'avait placé à l'arrêt, bien qu'en infirmerie, pour insubordination et bravade à l'arme blanche sur l'autorité suprême à bord du bâtiment : le Capitaine.

Le Pygargue cala son haut-de-forme sur ses cuisses, observant quelques secondes le visage pâle du malade.

« Les traitements ont-ils bon effet sur votre personne, Maître Drake ?

Le visage mangé d'un drôle de rictus après avoir ravalé sa salive, le jeune Lieutenant tourna alors vers le Commodore, ce grand Xen aux larges ailes noires, qui le regardait sans animosité. Le Pygargue le trouva affaibli, pâlot, pincé, mais point haineux. Il jugea que cela devait être l'essentiel. Les premières heures, le chirurgien de bord lui avait clairement dit qu'il était fort inquiet pour le rétablissement du jeune corsaire.

- Pour moi je vous avoue que j’en suis tout contenté, répondit enfin le Second.

Le Pygargue hocha la tête, calmement tandis que ses ailes effilées frémirent.

- Tout ce que je puis faire pour vous aider, je l'escompte, c’est vous rendre grâce de la faveur que vous m'avez faite avant d'entrer en ce lieu.
- Je demeurais votre humble serviteur, Commodore, répondit l'intéréssé d'une voix rauque. De quelle faveur parlez-vous ? Tirer votre épée contre moi ? Inutile de vous donner tant de mal puisque, si moi j'ai dégainé l'acier pour vous, le Capitaine De Klemmens et vous-même avez traversé la chair en deux points distincts, pour moi.

Le Pygargue ne sourit pas à l'entente de tant de cynisme, mais il se détendit un instant.

- Vous demeurez brave homme, Maître Drake. Ne vous emportez point de la sorte et prêtez attention à mes paroles. Lorsque j'évoquais à voix-haute la notion de faveur, je ne désignais là que celle d'une action juste et intègre, entièrement dévouée à l'oeuvre d'Uoc'Thuy.

Et Le Pygargue expliqua, patiemment, à Jonathan Drake la commission sous scellée que Maître De Vulpère venait de lui remettre en main propre, impliquant des ordres directs de la Reine Amäly Tahora'Han. Bien sûr, Le Pygargue évita soigneusement d'indiquer que, lorsque Jonathan Drake s'était mutiné, cette commission était encore inexistante !

- Par conséquent, acheva le Xen aux yeux bleus, un tel dévouement de votre part et une telle confidence de la mienne vous rend tous les hommages, Maître Drake. Tout bon Capitaine Corsaire au long cours combattant le mal sur les océans, ou comme l'on dit aussi par Hytraz, hostis humani generis, les ennemis du genre humain, les pirates, serait plus qu'honoré de vous compter parmi son équipage. Les ombres de la nuit qui vous ont jusque là opprimé viennent faire place à la lumière et votre place de Second Maître à bord et toute réservée. Si tant est que vous souhaitiez la récupérer, bien sûr. Et seulement une fois votre rémission faite, voulez-vous ne rien mander à l'imprudence.

Alors que Jonathan, surpris comme de même, posait questions sur questions, s'assurant par là que Le Pygargue ne lui tendait aucune supercherie de mauvais genre, ce dernier affirma :

- Vous avez marqué les cœurs du Reanspell avec un talon lourd, oyez-moi. Et je demeure le premier à vous le demander : d'où pourrait venir mon mécontentement ? Vous ne pouviez pas savoir que Maître De Vulpère était à bord.

Le Pygargue extirpa alors de son pardessus un trousseau contenant deux petites clés dont il usa afin de libérer le pauvre Jonathan de ses étreintes. Les fers avaient laissé sur son poignet et sa cheville une marque rougeâtre.

- Commodore, je suis prêt à reprendre mes fonctions, avait assuré le jeune homme.
- Cette assurance-là avec votre insouciance ont je pense envie de me charmer. Cependant les ordres sont d'assurer la priorité de votre repos, avant toute chose. Une fois de retour en terres Royalistes si vous désirez porter cette affaire aux yeux d'Uoc'Thuy et jusqu'en cours martiale, je répondrai de mes actes. J'ajoute qu'une prime sera ajoutée à vos gages sitôt que nous toucherons terre, n'y voyez là rien qui touche à de la corruption. Quelle estime voulez-vous que le monde fasse du procédé de gens comme vous si personne ne les récompense pour leurs actions ? Vous fûtes parfait, Maître Drake. A présent, dormez et récupérez.

Le Pygargue laissa là le jeune Second, non sans une main amicale sur son avant-bras et un regard empli de chaleur. Au fond, il n'avait jamais aimé le fait de devoir enchaîner comme un chien cet homme d'une si grande valeur, recommandé par la Reine elle-même. Il se retira donc le cœur léger, avec le sentiment du devoir accompli.

~



- Que le sort, quel qu'il soit, nous trouve toujours grands ! répondit Baldassare Everhell avec une mine de noblesse ; et il ne fut plus question que de trinquer et de manger.

Le Capitaine de l'Eradicate était actuellement attablé en compagnie de son ancien Second, un certain Reginald Thorn, et de la jeune barde qui l'accompagnait dans son épopée depuis plusieurs mois, Triss. Tous trois occupaient une auberge sur un îlet quasi sauvage, à quelques milles de Mar'Baal. Il y avait aux volets une petite ouverture en forme de losange, que le Capitaine Everhell connaissait bien à force de la scruter. Le jour, il observait la mer qui défilait à travers le verre, venant baiser et rouler sur le sable fin et les gravats, lourde de houle comme de pleurs. La nuit, il se laissait aller à la contemplation d'un ciel étoilé et d'une lune resplendissante. Si les yeux du Capitaine pirate avaient été bleus un jour, fenêtres ouvertes sur un ciel n'appartenant qu'à lui, ils étaient à présent d'un rouge sombre, écailleux, purpurin. Cela avait à voir avec les nombreuses drogues qu'il prenait afin de le soulager de ses migraines chroniques, ses maux de tête, vertiges et insomnies infinies. La cause de tout cela, il le savait, c'étaient ses visions. Imprévisibles, rares, violentes, elles empiraient d'années en années. Le Capitaine Baldassare Everhell croyait en la providence. Les lois de nos destins sur terre, disait-il souvent, les Dieux les écrit. Et si ces lois sont le mystère, je suis l'esprit.
Mais voilà, un esprit torturé, vieilli, épuisé. Un esprit falsifié, amputé, traumatisé. Ses visions n'étaient jamais précises. Il avait perdu son Eradicate. Ses deux seuls compagnons, Triss et Monsieur Thorn, avaient été ses compagnons les plus fidèles. Ensemble, ils avaient touché à Zaï'Lou de nombreux mois, puis à Mar'Baal lorsque l'hiver été un peu passé. La dernière vision qu'il avait eu avait donné au Capitaine Xen l'impression qu'on passait ses yeux au papier de verre et qu'une bête furieuse faisait ses griffes à l'interieur de son cerveau. Mais elle avait été claire sur un point, au milieu de ce fouillis d'images improbables et sanglantes qu'on lui avait montré : l'Eradicate serait repris. Alors le Xen Baldassare Everhell, l'Humain Reginald Thorn et la Elfine Triss attendaient, patients, louant leurs nuits auprès de l'aubergiste, vivant la journée de la pêche et de la chasse, guettant toujours le large pour le cas où ils apercevraient une voile.

La porte de l'auberge s'ouvrit à la volée à l'instant où le pirate terminait de boire sa dernière gorgée de vin rouge. Ce ne fut pas sans peine morale que Baldassare Everhell dut renoncer à terminer le pichet, car devant lui se présentait un homme aux cheveux coupés courts à la mode Royaliste, aux grandes ailes noires effilées et aux yeux bleus et clairs comme l'eau d'une fontaine. Un Xen, plutôt qu'un homme, qu'il connaissait bien et qu'il n'avait plus revu depuis presque quinze ans. Instinctivement, se savant traqué par le Royaume, Reginald Thorn mit la main à la garde de son épée. Mais le Xen qui marchait vers eux, et s'arrêtait à présent à deux pas de leur table, n'avait pas exécuté de geste hostile.

- Monsieur. dit-il simplement, le regard haut et fier.

Baldassare Everhell se leva, poussa légèrement la table devant lui. Les vieilles gens de la cour, songea le forban, sont de si grands partisans du convenable qu'ils pâlissent à la seule mention de "piraterie". Mais celui-ci était fait d'une toute autre trempe.

- Ravi de te revoir après toutes ces années, Horace.

D'un geste de la main, posé, Baldassare Everhell fit signe à Reginald de se rassoir et se tranquilliser.

- Je ne suis plus ce monsieur-là, répondit froidement Klemmens. Veuillez-vous adressez à moi en des termes convenables, comme je le fis avec vous.
- Et bien quoi, cher ami. Horace demeure toujours ton nom, n'est-ce pas ?

Horace De Klemmens avait réellement l'air de se ronger le cœur. Le cœur et l'acier, qu'il serrait dans sa main si fortement que ses phalanges bleuissaient.

- Où est-il ? demanda Baldassare Everhell en se redressant de toute sa taille.
- Plaît-il ?
- Tu sais de qui je parle, Horace. Mon gémeau. Où est-il ? Pourquoi t'envoie-t-il toi ?
- Personne ne m'envoie monsieur. C'est la vérité.

Alors Horace De Klemmens rengaina dans son fourreau sa rapière, dégrafa son baudrier et posa son lourd arsenal sur la table.

- Puis-je m'entretenir avec vous ? demanda-t-il en regardant dans les yeux le Capitaine vêtu de noir. Voyez, je me présente sans armes et sans arrières-pensées.

Il écarta les bras afin de mêler le geste à la parole.

- Je souhaiterai que vous en fassiez de même, si il demeure en vous une once de l'ombre du gentleman que vous fûtes à l'époque.

Baldassare Everhell hocha la tête, l'air fermé, et se débarrassa de Lame Noire, passée autour de sa taille. Il s'allégea également de deux pistolets qu'il gardait contre son sein. Puis, avec une révérence impeccablement exécutée -à la façon Royaliste !- il ajouta :

- Après vous, mon cher Horace.

Ce dernier ne se fit pas prier et s'éloigna de la table. Il grimpa les étages de l'auberge menant aux chambres. Derrière les deux hommes, Klemmens ferma la porte, s'assurant que personne n'écoutait par l'interstice. Il observa d'un œil alerte la fenêtre mais ne jugea point utile d'en tirer les rideaux. L'espace d'une seconde, son regard croisa de nouveau celui du Xen aux longs cheveux. Les années l'avaient si peu changé ! Une peau légèrement hâlée, brunie par le soleil d'Arcaëlle, un regard sombre, profond. Seuls ses yeux s'étaient transformés. A présent rouges comme le sang, ils paraissaient étinceler d'une teinte de tourment. Quelle idée à l'époque, se reprocha Klemmens muettement, avais-je eu de vouloir jouer avec de tels yeux !

- Je t'écoute, Horace.
- Mickaël Vinzent sera ici bientôt. Je viens vous apporter mon aide et vous prie de l'accepter pour votre propre salut.

~



Le Pygargue songea qu'il garderait tout le plaisir pour lui. Coiffé de son chef, il déambula dans la galerie de couloirs du Prince de Hytraz. Un coup d’œil au hublot lui apprit que le Reanspell serrait au vent, toujours sillage du second bâtiment. Les côtes qu'ils visaient s'approchaient vites ! D'ici quelques heures, ils accosteraient. Le Pygargue tapa plusieurs coups à la porte de la cabine. Il n'obtint aucune réponse.

- Horace ?

Il tapa encore, impatienté. Puis, n'y tenant plus, il ouvrit la porte de la cabine du Capitaine du Prince. Elle demeurait vide. Deux fenêtres vitrées demeuraient grandes ouvertes et les rideaux claquaient au vent.

~



- Me rendre au Royaume, Horace ?

Baldassare Everhell fit un "non" de la tête, très calme.

- Vous portez un regard où votre âme a enfermé la raison ! le blâma Klemmens.
- Une âme qui montera à l'assaut où à l’échafaud avec la même audace.
- Je prends des risques pour vous sauver du gouffre, implorait presque le Xen aux yeux bleus. Pour vous ôter du chemin de la perdition, Mickaël !

Très calme, Baldassare croisa les bras sur son poitrail colossal. Malgré sa fine silhouette, Horace De Klemmens devinait facilement les muscles fermes, les membres solides, la détermination saillante sous chacun des pores de la peau de ce pirate.

- Il faut qu’un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments, lui fit pour toute réponse son interlocuteur ; pousser le doux, le tendre, et le passionné. Tu parais me jouer une scène déjà répétée, étudiée à l'avance. L'ennui, mon bon Horace, c'est que j'ignore qui a écrite cette scène-là... Et je me méfie.
- Vos propos n'ont aucun sens et ne m'atteignent pas, lâcha Horace. Je vous supplie, pour la dernière fois de m'écouter. D'ici à quelques heures, l'auberge sera cernée par les soldats de la Marine Royale. Vous ne pourrez plus vous échapper, monsieur. Ni vous ni votre équipage. Et il est finis le temps où vous aviez un visage qui fait que l'on pardonnait à votre cœur. Votre âme est glacée ! Je vous offre le pardon Royal ! Rendez-vous, et vous sauverez au moins votre âme à défaut de votre cou !
- Quel drôle se rendrait aux ordres de ses ennemis ?
- Tout vous cerne ! Le Commodore Mickaël Vinzent sera là bientôt !

Alors Baldassare Everhell esquissa un sourire.

- Qui l'aurait cru ? Mon frère, négligé de tous, aujourd'huy Commodore de Sa Majesté la Reine.
- Un frère qui vous veut pendre, voire pire. soutint De Klemmens.
- Il a des raisons qui lui suffisent, sans doute. J'ai souvent, à genoux que j'étais sur les tombes, les grandes visions de l'avenir et du sort. Ma fin est déjà écrite.
- Mickaël, acceptez ma proposition et rendez-vous à moi...

~



En quelques coups d'ailes de retour sur le Reanspell, le Commodore Mickaël Vinzent De Everhell resta de longues secondes immobiles face à la porte d'une autre cabine. Il entendait qu'on furetait, à l'intérieur. Une simple banalité, comme un papier perdu ? Il songea que la nuit tomberait bientôt, bâtissant un porche de nuée sur l'azur. Tout allait s'enchaîner. Il voulut reculer, gagner son bureau sans commettre un acte qu'il regretterait ensuite. Un acte dont il devrait répondre devant la Reine ou l'un de ses représentants. Il avait déjà déserté une fois. Sans l'intervention de Maître De Vulpère... Le soleil frémissant devait écarter les ténèbres. Il était au bord du gouffre.

~



- La clarté montera en toi comme une sève, dit Bladassare Everhell à Horace De Klemmens. Je vais te faire, moi, une proposition. Rejoins mon équipage, mon ami. Mettons nos griefs de côté. Dix ans de chasse sur toutes les mers d'Arcaëlle. Dix ans de haine, de poursuite, de cauchemars. Tout doit être dit. Le mal qui me ronge peut-il être pire que le tien ? Imagine, Horace. Nous deux, libres comme le vent. Plus de fers, plus de lois, plus d'alarmes. Les douleurs s'effaceront dans l'horizon infini. Le désir cessera d'être pour toi la plus noire torture. Le regret devrait t'avoir enseigné l'inutilité de regretter. Pourquoi serais-tu là, Horace, si ça n'est pour te sauver toi-même ?

~



Le Pygargue fit un effort surhumain afin de s'éloigner de la porte. Il serrait fort entre ses doigts humides, à l'intérieur de sa poche; le petit objet métallique qui paraissait le brûler affreusement. Il aligna quelques pas. Ne fais pas ça... Tu sais qui il est. Il voulait regagner le gaillard d'arrière et préparer ses hommes à l'opération.

~



- Des paroles nées de cœur empoisonné...lâcha Horace sans exprimer le moindre sentiment à l'égard de son ancien amant.
- Nous avions joué de nos âmes, Horace. Tu ne peux pas toujours accuser les miroires d'être faux.

Il tendit la main au Xen face à lui. Les yeux rouges paraissaient briller comme des lanternes sur des ruines.

- Mickaël Vinzent comprendra lui-aussi. Le moment venu. Tu lui expliqueras. Notre bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises.

La main restait là, ouverte, tendue entre les deux Xen. Il y avait des années, il aurait voulu l'avoir tenu la nuit entière dans ses bras, peut-être, et de s'être laissé aller à toutes les fureurs que ces souvenirs suscitaient le faisait trembler des pieds à la tête. Mettre sur cette gorge des baisers scandaleux... Images répugnantes.

- Horace ?

Il saisit alors la main que lui tendait le pirate, leurs doigts, l'espace d'un instant se mêlèrent. Baldassare Everhell amena à lui son nouveau partenaire, l'enlaçant avec affection. En cet instant, Klemmens aurait menti si il eût affirmé que ses bras ne se rappellaient point exactement le contour des hanches de celui que l'on nommait Mickaël Bervers, et ses lèvres capables de reprendre la forme des siennes.

Mais alors, l'acier transperça la chair. Baldassare Everhell s'effondra sur le sol, lentement. La lame d'une dague enfoncée entre ses côtes. Horace De Klemmens restait stoïque, droit comme un piquet, haut comme un gibet, tandis que s'écroulait le pirate aux yeux rouges. La dague avait été dissimulée dans la manche de Klemmens. Depuis le début.

- Je sers le Royaume, lâcha simplement ce dernier.

Ses lèvres brûlaient comme le givre. Baldassare voyait en cette silhouette que le contrejour masquait un arbre sans faîte, sans fruits et sans racines. Sais-tu pourquoi tu vis, Horace ? Sais-tu pourquoi tu meurs ? J'ai tout vu... Chacun des mots de Horace De Klemmens étaient rapides et farouches maintenant :

- La mort est le baiser de la bouche tombeau, monsieur. Vous ne connaîtrez jamais l'herbe odorante, sous les arbres profonds et verts, car vous êtes né pour les fructueux pâturages mais vous avez choisi la voie des ténèbres et de la perdition. Une putain avec des airs de marquise sera toujours une putain. Je suis fidèle à votre frère, Mickaël Vinzent. Je suis fidèle à notre Souveraine Amäly Tahora'Han. C'est pour cela que je lui ai proposé mon aide afin de couper une bonne fois pour toute cette mauvaise herbe. Même si cette herbe là qu'on doit couper à une tête. Vous devriez savoir, monsieur, que le loup chaudement fourré vient se jeter droit à la gueule de nos fusils. J'abjure votre nom. J'abjure votre histoire, que je connais en partie pour l'avoir partagée. J'abjure tout ce que nous avons vécu ensemble. Et je vous maudis.

Il se pencha en avant et, à l'aide de sa dague, trancha net la langue du pirate.

- Votre frère ne saura jamais. Pour nous deux.

~



Le Pygargue revint sur ses pas, vif comme la foudre. Il savait qu'il était trop tard ! Klemmens l'attendait probablement, quelque part sur la côte de Ma'Baal qui se profilait à travers la légère brume naissante et ondulant comme un rideau au loin. Alors il tira la clé de la poche de son pardessus et enferma dans sa propre cabine dépourvue de fenêtres Maître De Vulpère. Il était résolu à mettre fin aux jours de Bervers. Bientôt, le Reanspell et le Prince de Hytraz jetteraient l'ancre. Il espérait que rien ne soit arrivé à son cher Horace. L’expansion sans frein de ses désirs le rendait hystérique.

- Je viens vous apporter le miroir, Feu mon frère. Et gardez-vous bien d’en salir la glace, par la seule communication de votre image. »
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Le masque de Kaliqua

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Sam 4 Nov - 11:49
D'où vient que personne en la vie
N'est satisfait de son état ?
Tel voudrait bien être Soldat
A qui le Soldat porte envie.

Certain Renard voulut, dit-on,
Se faire Loup. Hé ! qui peut dire
Que pour le métier de Mouton
Jamais aucun Loup ne soupire ?


Jean de La Fontaine



A pas de loup, le noble De Vulpère se glissait jusqu’au lieu où l’on soigna les blessés sur le Reanspell. C’est l’allure élégante et le visage clairement élevé vers la lumière des chandelles que le xen se dirigea non sans arrières-pensées vers le lit où demeurait le second du Commodore, le si bien nommé Lieutenant Drake. Avec grâce, il se saisit d’une chaise et y posa courtoisement son céans, ne manquant point de s’incliner au passage devant le jeune officier qui le regardait avec curiosité.

- Puis-je m’enquérir de votre état, Sir Lieutenant Jonathan Edward Drake ?
- Je n’ai point le plaisir de connaître votre identité, messire, mais je suppose que vous fûtes celui auquel je dois autant cette estocade que ma libération soudaine ? Maître De Vulpère ?
- Si fait, cher Messire Drake. Maître Godfrey Reginhart De Vulpère, pour vous servir !
- Il me sembla que c’est la Couronne que vous servîtes.
- Il est vrai, Maître Drake, il est vrai ! Je ne peux le nier en votre présence, c’est de ce fait que vous fûtes estourbi. J’espère avoir votre pardon, car mon objectif n’était point de vous mettre en si triste état.
- Le devoir envers la Couronne avant tout, Maître De Vulpère. Je ne puis en vouloir à un homme qui porte avec lui l’autorité de la Reine. Un incident fâcheux ne saurait me faire détester un si gentilhomme plein de bonne volonté envers notre Reine.
- Vous m’en voyez soulagé ! soupira le jeune aristocrate.

Un silence se fit, pesant, qui dura bien une longue minute. Reginhart songeait à ce qu’il pouvait exprimer de plus. La culpabilité ne l’accablait en rien, il y avait bien longtemps qu’il renonça à ressentir un tel fardeau pour quiconque souffrait de ses manigances. Il avait dû si résigner il y a bien longtemps, afin de ne jamais desservir en rien la Reine Amäly Tahora’Han, la seule à ses yeux qui pouvait avoir plus de valeur que n’importe quelle autre personne en ce monde. C’est de la bouche du Lieutenant que vint finalement la cessation de ce moment où flottait uniquement le son des vagues s’écrasant contre la coque du Reanspell.

- Puis-je cependant m’enquérir de la raison qui vous poussa à forcer messire le Commodore De Everhell à garder silence sur l’affaire qui nous mena jusqu’ici, loin de notre ligne de commandement ?  
- Hélas, je crains de ne pouvoir vous donner satisfaction en cela. Il me faudrait en venir à des extrémités peu enviables si je devais vous révéler la chose. Hors je n’en ais point l’envie, d’autant que vous  représentez à mes yeux, une personne tout à fait intègre et fidèle à notre Royaume. C’est ainsi dire pour cela, je le suppose, que je ne voulais point vous mettre dans la confidence. Il est des choses, hélas, qui requiert le plus grand des silences… J’ai eu vent de l’honnêteté qui est vôtre, j’avais peur qu’elle soit source de rumeur.
- Par Thäa… Me pensiez-vous capable d’ébruiter vos objectifs ? Malgré toute la fidélité que j’ai pour notre saint Royaume ?
- Si je vous eus offensé par cet état de fait, je m’en excusai auprès de vous. Si j’avais su que votre fidélité, dépassait votre sincérité, j’aurai de ce fait permis au Commodore de vous mettre dans la confidence la plus totale.
- Mon épaule et maintenant mon honneur… Vous me blessez, Maître De Vulpère ! Mais vous n’êtes point méchant homme, aussi j’accepte vos excuses qui semblent sincères. Je ne garderai point rancune à votre personne, mais de grâce, la prochaine fois…
- Si fait, Lieutenant ! Je tâcherai de ne point vous mettre dans une situation aussi périlleuse.
- Je vous en sais gré. Cependant, avec tout le respect que je vous dus, puis-je vous demander de bien vouloir me laisser à mon repos ? Ce n’est point que votre compagnie m’est déplaisante, mais la douleur est telle que j’apprécierai ne pas vous en faire le témoin.

Reginhart se leva, un sourire aux lèvres, et salua amicalement le Lieutenant d’une révérence qui se voulut courtoise.

- Je ne vous imposerais pas plus longtemps ma présence en ce cas. Sachez, cependant, que je demeure à votre entière écoute si toutefois vous désiriez deviser à nouveau avec ma personne.
- Je vous remercie, Maître De Vulpère. Puisse May’Veal rendre votre séjour parmi nous des plus agréable.
- Puisse Uoc’Thuy vous protéger du mauvais sort et des serments mal avisés, Lieutenant !

Jonathan Edward Drake se figea et observa Godfrey De Vulpère avec une pointe d’effroi. Que voulait dire cet homme par là ? Cette promesse semblait pleine de sous-entendus. Y aurait-il encore des manigances qui mettaient en péril sa vie ? L’esprit du Lieutenant Drake resta dans l’angoisse un long moment après le départ de l’Ombre de la Reine. Pourquoi avait-il l’impression que cet homme ne lui disait pas tout ?

Maître de Vulpère ne s’attendait point à trouver sa cabine fermée lorsqu’il y revint, encore moins occupée par un homme qui tambourinait à sa porte pour que l’on vint lui ouvrir.

- S’il vous plaît, que quelqu’un ouvre cette porte !
- Tiens donc… Comme c’est étrange et amusant ! Quelqu’un est enfermé dans ma cabine !
- Que… Maître De Vulpère ?
- Si fait, à qui ais-je le plaisir de m’adresser à travers cette porte ?
- Monseigneur De Vulpère, je suis le commis, le marin Filias, celui à qui vous vous êtes adressé pour vous fournir en parchemin et en encre !
- Oh ! Il est vrai que je vous avais demandé tout ça ! Cela est fait ?
- Oui messire ! J’ai même apporté des affaires propres au cas où vous voudriez vous changer ! Mais quelqu’un a fermé la porte derrière moi !!
- C’est regrettable ! Je ne connais qu’une personne qui possède la clef cependant…
- Que… le Commodore ?
- Ah !! Mais en voilà une étrange explication, qui nous amène à une autre question ! Pourquoi le Commodore aurait-il fermé ma cabine à clef ?
- Heu… Je… Je ne sais pas, Sir ?
- Il vous pensait être moi, je suppose !
- Que… quoi ?
- Il pensait que j’étais dans cette pièce, mais c’était vous ! Je suppose qu’il me voulut enfermé ! La vraie question est : pourquoi ?
- Je ne sais pas monsieur…
- Moi j’ai une petite idée ! Et elle ne me plaît point. J’espère le Commodore De Everhell à sa cabine… sinon je crains d’être désappointé… et il y a une chose, dont j’ai horreur, mon cher petit commis… C’est être désappointé !
- Ah… je… Et pour la porte ? Messire De Vulpère ? Messire De Vulpère ???

Mais messire De Vulpère montait déjà les escaliers qui le menèrent jusqu’au pont supérieur. Il constata alors que le Commodore était là, sur le pont, ordonnant que l’on jette l’encre près de l’île. Le messager très spécial de sa Majesté vint alors à lui à sa grande stupéfaction. Il ne s’attendait sans doute pas à voir l’homme libre comme l’air.

- Quel étrange mine vous faîtes, Commodore, feignit d'innocence De Vulpère avec un large sourire. Ma venue vous était-elle inattendue ?

Le Pygargue adopta un air plus posé, courtois face à cet éminence de la cour Royale. L'effet de la première surprise passée, il feint une bonne mine toute gentilhomme.

- Maître De Vulpère. En quel emplacement demeuriez-vous ? Je vous pensais. Dans votre cabine, justement.
- Cabine que je trouvai fermée à double tour... répondit le gentilhomme sur un ton plus grave et moins sympathique. J'étais en train de rendre visite au Lieutenant Drake, voyez-vous. Il me semble d'ailleurs que vous lui eûtes rendu visite avant moi, puisqu'il ne portait plus aucun fer. Et quelle surprise eus-je de tomber sur ce pauvre commis qui est en train de hurler pour qu'on vienne lui ouvrir ! C'est cocasse, ne trouvez-vous pas ? dit-il en s'esclaffant d'un rire qui semblait faux en tout point.
- Je vous prierai de m'excuser pour cette-dite incommodité occasionnée, Messire De Vulpère. Si votre bon entendement désire me suivre, nous parlerons mieux de tout ceci par l'abri des oreilles et des regards, entre les murs de ma cabine.

Il reprit donc, une fois dans sa cabine.

- Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur, Messire. Voici là toute ma pensée, j'escomptais simplement vous débarrasser de tout péril et tout mal jusqu’à demain. Vous demeurez assez vif d'esprit afin de concevoir que triomphe et justice sans perte à déplorer se présentent de meilleure grâce.
- Oh... c'est donc d'une volonté de me protéger que vous m'eûtes enfermée ? N'était-ce point par commodité ? C'est étrange... Il m'est apparu, peut-être à tord, que votre volonté fut de m'enfermer pour ne point que je vienne me mêler de vos affaires. Mais peut-être que je me trompe...
- En tant qu'envoyé de la Reine et Ambassadeur de la cour, Messire, je gage que votre place n'est point au milieu de pirates, de voleurs et de volées de poudre à feu. Je désirais que vous ne soyez point mêlé à ceci, certainement. Mais si votre éminente Volonté et tout autre, je m'y plierai et je me ferai votre obligé.
- Soyez franc, je vous pries, Commodore... Ces enfantillages ont assez duré ! J'aime m'amuser de tout, mais ma patience a des limites. Peut-être est-il vrai que vous me pensâtes sans ressource aucune pour le combat, en cela je veux bien le croire, je n'ai point fait mes preuves envers vous. Ne me faites cependant pas croire que vous pensiez uniquement à ma sécurité... C'est un serment à Uoc'Thuy qui vous mena jusqu'ici, et quand je dis jusqu'ici, je parle de votre condition même ! Commodore de la marine Royale... mais avant tout un corsaire dans l'âme ! Vous avez pris la mer pour châtier les pirates ! Je ne suis pas stupide, je connais des choses que d'autres familles ignorent, où préfèrent ignorer... Mais j'ai souvenir de tout ce que le Royaume a voulu faire oublier à l'histoire. C'est mon domaine que les histoires effacées et oubliées... Alors soyez sincère avec moi : qui traquez-vous ? Qui est l'homme qui se cache en Mar'Baal et qui vous y poussa par un serment fait à Uoc'Thuy ?
- Je pense que vous le savez, Messire. Il ne cache point son nom.
- Et vous vouliez en avoir l'exclusivité, n'est-ce pas ? Cela vous brûle l'âme et les doigts... Vos manières peuvent le cacher, mais vos yeux ne mentent pas, eux ! Alors mettons-nous d'accord, Messire : Je vous accorde ce souhait personnel qu'est le vôtre, car c'est bien ce que j'escomptais depuis le début ! Vous laissez continuer sur cette voie sombre que vous empruntez ! Cependant je veux que vous me rendiez un service... Personnel lui aussi... J'ai juré à Uoc'Thuy de me venger d'un homme, et vous allez m'y aider.
- Exigez-vous de moi une traque sur les Grand'Eaux, Messire ?
- J'exige de vous de mettre à jour la perfidie d'un homme. Et puis-ce que nous sommes à Mar'Baal, nous allons y rester car c'est ici que ce jouera la chose ! Il est des affaires qui méritent la lumière en ces lieux et nous devrons nous y faire discret. Cependant je vous sais plein de ressources et m'attends à ce que vous puissiez remplir cette tâche... J'ai une question cependant avant toute chose : Connaissez-vous le Comte Walterion ?

La question était évidemment rhétorique, Maître De Vulpère avait déjà cette information en tête, ce qu'il escomptait surtout, c'est de connaître l'avis du Commodore à son sujet.

- Je ne l'estime point grandement. Il fut présent lors de ma dernière convocation au palais de Sa Majesté Souveraine du Royaume. Messire le Comte demeure là un adversaire de notre Maison. Cependant, je n'en sais point plus. Vous n'êtes pont sans ignorer vous non plus, Messire, que la politique est un domaine vaste. En politique il n'y a point de meurtre. En politique il n'y a point d'hommes mais des idées. Point de sentiments mais des intérêts. En politique, on ne tue point un homme, on supprime un obstacle. Et je demeure hélas meilleur marin et meilleur chasseur que politicien.
- Et ce n'est point de politique que je vous chargerai, Messire De Everhell. Mais je me vois satisfait que vous n'ayez point de bonne opinion à son égard. J'ai besoin à la fois de votre véhicule, mais aussi du gentilhomme que vous êtes, car la tâche que j'entreprends ne peut se faire seule ! J'ai certaines personnes auxquelles je dois me présenter, et vous serrez mon émissaire. Rien de bien compliqué, je vous l'assure, cette tâche est à votre portée, j'en suis persuadée. Vous m'aidez, et je ferrai comme si la porte de ma cabine, qui est toujours fermée avec le commis Filias à son bord, le fut pour cette unique raison de jouer un vilain tour à ce matelot. Quant à l'histoire qui vous mena ici... disons simplement qu'elle continue à être de mon ressors comme le Lieutenant Drake le pense toujours actuellement, mais qu'elle vous incombe. Je ne m'y mêlerai point, sauf si vous avez besoin d'un homme qui sait se salir les mains...

Le sourire de De Vulpère était inquiétant. Avait-il vraiment les capacités dont il semblait se venter ? Le Pygargue finit par s'agenouiller devant Messire de Vulpère

- Messire, votre sagesse est infinie. Soyez assuré que je saurai vous rendre les multiples grâces que vous me faites. Je suis bien votre humble serviteur.

Godfrey sourit d'un air gêné et fit un geste de la main, comme pour chasser une mouche.

- Allons allons ! C'est moi qui suis à votre service ! Rappelez-vous ! J'ai promis de vous mener dans cette voie obscure qui est désormais la notre. A moins que ce fut à Sir De Klemmens que cette promesse fut faite ? Oh oui... Maintenant que je le dis, ça me revient, c'est bien à lui et non à vous que j'eus mentionné cela. Bref... Pour être concis, comme l'aime à être ce cher général Tullius, Mickaël Vinzent De Everhell, je vous ordonne par les pouvoirs que la Reine m'a octroyé, de vous charger personnellement du traître à vôtre Maison et à notre Royaume. Que Bevers De Everhell connaisse la fin qu'il mérite en votre nom.
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Lun 6 Nov - 22:00
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Baudelaire



Mickaël Vinzent De Everhell restait subjugué par de telles péripéties. Il demeurait plein de regrets quant à son attitude envers un être aussi généreux que ce Maître Godfrey De Vulpère. Comment pouvait-il espérer se lever un jour auréoler de gloire ou d'honneur, si il faisait montre à la fois de perfidie et de déloyauté ? Néanmoins, les dernières opérations menées à terre s'étaient déroulées selon ses convictions. A eux seuls, l'équipage du Reanspell et du Prince de Hytraz avaient pu placer aux arrêts l'ignoblissime coquin qui usait du nom de Baldassare Everhell, ainsi que ses acolytes, Reginald Thorn et la jeune Elfine Triss. Certain que son précieux brigantin à hunes, l'Eradicate allait être repris, le gémeau du Pygargue ne s'était point méfié. Ainsi, le Commodore avait pu également mettre la main sur le navire, plaçant aux fers les nombreux forbans qui le montaient. Les cales du Reanspell se remplirent bien vite.
Le jeune Lieutenant Jonathan Drake gagna ses fonctions sitôt que la pêche fut fructueuse, et Le Pygargue le renomma son Second, avec une augmentation de ses gages. Et même si la douleur demeurait désormais compagne régulière de chacun des mouvements de Jonathan Drake, tous à bord le respectaient pour son courge, sa loyauté et son audace. Le Pygargue souriait souvent à son passage, citant les vers suivants :

"Et Jonathan sur son sommet
Rouvrirait le puits de l'abîme
Si jamais Uoc'Thuy le fermait."

Jonathan Edward Drake sortait pâle de son épopée et sa confrontation. Mais il en sortait pâle et vainqueur. Voilà moins de deux mois que Le Pygargue avait repris la mer, et déjà il comptait à son bord trente-neuf prisonniers qu'il destinait personnellement aux Cités-Blanches. Quant au Capitaine de l'Eradicate...

« Concernant mon inspection à terre : c’était très beau, et je m’y suis assez amusé, sauf certaine contrariété un peu trop forte que j’ai quelque peine à digérer, lui avait confié son fidèle ami Horace De Klemmens. La cause de celles-ci fut la suivante. Messire le Capitaine Baldassare Everhell de son nom comme il se plût à me le rappeler ne vous en déplaise, jugea préférable de "s'arracher la langue plutôt que subir un interrogatoire en règle des Cités-Blanches." Parlant comme une âme en peine, cette voix-là réussit à m'attendrir. C'est donc afin de lui rendre honneur que je pris moi-même la peine, et sous le regard d'Uoc'Thuy, de lui trancher net la langue après qu'il eût refusé la proposition que je lui fis de se rendre à la justice du Royaume.

Le Pygargue n'en faisait point de grand cas car en vérité il n'avait nullement songer à interroger son frère. Le procès était déjà fait, il préparait déjà l'exécution. Les marins que Le Pygargue commandait étaient les hommes fidèles qui le suivaient en mer depuis plus de dix ans. À présent membres de la Marine Royale, la Navy, ces braves soldats combattaient pour l'éclat d'une justice véritable.

Pour Le Pygargue, aucun squelette ne laissait passer le crépuscule, encore moins celui qui se trouvait être son frère unique et gémeau. Le ciel avait dérobé à ce troisième œil sa toute clairvoyance pour la rendre en rayons à leurs regards. Enchaîné et étroitement surveillé par les gardes du Reanspell, le Capitaine Baldassare, en proie à de longues heures d'agonies, crachait du sang noir au fond de l'estomac du bâtiment qui battait pavillon royal.

- Quels sont tes ordres, Mickaël ?

Les mains croisées dans son dos, Le Pygargue n'était pas descendu voir son frère une seule fois. L'unique vision qu'il avait eu de lui, le menton rouge de sang, vomissant du sang à n'en plus finir, les yeux rouges révulsés, le corps pris de spasmes lui avait retourné l'âme. Cet homme "Baldassare Everhell" n'était point son frère. Il l’écœurait.

- L'homme a beau ajuster bien ses bas, répondit le Pygargue d'une voix de givre, tenter le démon est un acte condamnable. Il nous incombe de refréner cette noire folie, mon très cher Horace. La dépravation vient rendre nul en cet homme l'effort de la Raison. Que la volonté d'Uoc'Thuy soit faite.

Horace De Klemmens, muet comme une tombe, avait simplement hoché la tête. Dans l'heure qui suivit, on fit monter sur le pont supérieur du navire les pirates Reginald Thorn et Triss, les mains liées derrière le dos et sous bonne garde. Maître De Vulpère était présent également. De même que chacun des marins du Reanspell et le Commodore en lui-même, le regard haut et fier et les mains derrière le dos, sombre et immobile comme une statue. Et ce regard-là ne paraissait point réussir à se consoler tant que ce Xen-là qu'on nommait "Baldassare Everhell" n'aurait point expié.
Les matelots n'eurent point bien de peine à continuer de clouer la planche de bois au Mât que déjà, faisant aux convenances de ses prisonniers l'honneur de sa présence, leur Capitaine passait entre les rangs.Ce dernier arborait un jabot de mousseline blanche nouée autour de son cou à la mode des Cités, et sa longue veste flottante en tissu délicat soulignait de son vol léger sa démarche aidée d'une canne noire, qui l'était plus encore. Pourtant brillait dans son regard un feu difficilement soutenable. Le Commodore, présenté comme Le Pygargue clama bien haut ; au moment fatal où le dernier clou venait d'être enfoncé dans le bois du Grand Mât, ces mots qui se trouvèrent trop ignobles pour Reginald Thorn qui et voulut, même poignets liés, lui bondir dessus afin de l’égorger de ses dents s'il le fallait ! Naturellement, les lanciers du Reanspell le retinrent !

- En ce sixième jour de la Lune du Déclin de l'an quatre-cent-vingt-huit de notre Age, et en tant que Commodore de la Reine Amäly Tahora'Han disposant d'une Commission officielle, moi, Le Pygargue et en usage de toute mon autorité, abhorre le déshonneur, méprise la criminalité, conjure l'exaction et punit le pirate. Je ne vous offre ni le choix de la rédemption, ni celui de la confession, vous, pirate, et que May'Veal m'en soit témoin, fasse en sorte que votre nom, votre visage et votre titre soit bien vite oubliés de tous en ce monde et en ceux d'au-dessus. Pour vos peines, vous monsieur, qui n'avez eu de cesse de jouer au loup durant plus de dix ans, crèverez comme un chien. Au su et à la vu de tous ici présents, sous le regard des Xen, des hommes et des dieux. Que tous se découvrent.

Et tous les Royalistes présent, et le Premier Lieutenant, et le Capitaine du Prince de Hytraz se découvrirent. Reginald Thorn l'injuria de tout son saoul, criant et luttant au moment où l'on emmenait Baldassare Everhell et qu'on redressait la croix d'infortune afin de la lier au mât. Puis l'on crucifia à la base du Grand Mât l'accusé, obligeant ses camarades à regarder.

Qu'elle fut spécifique, et unique, la mélodie ce jour-là des clous dans la chair, jusque dans les rainures du bois brun du Reanspell. A plusieurs dizaines de centimètres du pont, la tête tombante et les mains clouées par-dessus la planche de bois acoquinée au mât, les ailes tranchées nettes, Baldassare Everhell Capitaine du Brigantin l'Eradicate ne devait expirer qu'au bout de plusieurs dizaines de minutes. Il s’étouffa et sua de la sorte durant presque une heure.

Le Pygargue passa autour de son cou un rouleau de parchemin déplié, marqué de sa main et signé de son nom, faisant paraître en lettres rouges les mots suivants :


La Rapine est une honte
L'Infamie est une tare
La Piraterie est un crime


Après quoi, l'on ramena dans leurs geôles cette Triss Miders et ce Reginald Thorn qui devaient passer sous la justice des Cités-Blanches et de Hytraz d'ici quelques Lunes encore.

- Soyez maudits, lâcha d'une voix d'outre tombe la jeune Elfine Triss. Je n’appartiens à personne ; quand la pensée veut être libre, le corps doit l’être aussi. Vous vous dites civilisés, mais c'est vous, Commodore, le plus perfide d'entre nous...

Flattant son brocart et son velours, replaçant son haut-de-chef sur son front, Le Pygargue félicita ses hommes, autorisa une tournée de vin, et se retira dans sa cabine.

- Maître De Vulpère. Si vous le désirez bien. invita-t-il le Renard.

~



Horace De Klemmens demeurait présent également. Le Pygargue invita Messire Godfroy De Vulpère à s'installer à son bureau.

- Que votre administration estimée vienne mener jusqu'à ma personne la vôtre pour qui je dissimule tant d'humilité et d'affection me comble pleinement. Vous attendiez cela de moi ; je l'escompte, je l'ai compris, et j’agirai sans parler, comme vous auriez pu me le commander. Votre sublime devint maître de toutes les têtes à bord de cet humble bâtiment, régal exquis qui en fairait loucher plus d'un ayant versé dans des malversations. Je ne m'inquiète guère de l'usage que vous fîtes de votre autorité à bord, Messire De Vulpère, mais plutôt m'inquiétai-je du fait que votre personne doive très certainement prendre congé des nôtres. Aussi sachez que je m'apprête à confesser mes fautes à vos pieds, en ce jour et sous vos yeux, ainsi que sous les vôtres Capitaine De Klemmens qui faîtes office de témoin.

Le Pygargue tira sa rapière et, se découvrant, le chef sous le coude, se prosterna alors aux bottes de Messire De Vulpère.

- Par vous l'esprit se révèle et je contemple les traces de vos pas, bavardant, supposant des choses et regrettant amèrement mes actes déplacés envers votre personne. Je jure, au regard d'Uoc'Thuy aujourd'huy, Maître De Vulpère, de mettre mon bras et mon épée à votre service, et si le sacrifice de ma vie pécheresse peut de quelconque manière rendre hommage à la vôtre, qu'il en soit ainsi. Un mot de vous, Messire, qui demeurez les yeux et la voix de notre bien aimé Souveraine, sa Majesté la Reine Amäly Tahora'Han, suzeraine du Royaume des Citées Blanches sur lequel le soleil ne se couche jamais, et je m'éxécuterai avec l'âme du serviteur le plus sincère. Je vous prie donc de pardonner mes offenses, et de croire qu'il n'existe point de maux incurables pour une âme honnête.

Le Pygargue leva alors les yeux.

- Je devine que votre mission vous rappelle auprès du Général Tullius. Comme nos hommes de ferme qui possèdent, devant les habitations des Cités, un étroit jardin afin de cultiver quelques légumes, je tâcherai d'entretenir cette semence que vous avez importé en moi afin qu'elle germe et porte un jour ses fruits. Des fruits gorgés de sucs pour la gloire des Cités-Blanches. Et vous prie humblement d'accepter en mon nom, en remerciement de tout ce que vous avez accompli pour moi, le masque de Kaliqua dont je suis l'unique possesseur et que je souhaite vous offrir. Et si votre convoitise ne l'apprécie guère, apportez-le de ma part au Général Tullius, avec l'expression de mes plus sincères excuses. Si il fallait qu'en cette journée le bien triomphasse, vous en reçûtes sans aucun doute à vous seul tous les mérites. »
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Le masque de Kaliqua

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Mer 8 Nov - 10:06
Tel vêtu des armes d'Achille,
Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville :
Mères, brus et vieillards au temple couraient tous.
L'ost au Peuple bêlant crut voir cinquante Loups.
Chien, Berger, et Troupeau, tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une Brebis pour gage.
Le larron s'en saisit. A quelque pas de là
Il entendit chanter un Coq du voisinage.
Le Disciple aussitôt droit au Coq s'en alla,
Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les Brebis, les leçons, le Régent,
Et courant d'un pas diligent.
Que sert-il qu'on se contrefasse ?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L'on reprend sa première trace
A la première occasion.

De La Fontaine



Le sieur De Vulpère soupira. Il n’aimait en aucune occasion que l’on s’agenouilla devant lui. Personne jusqu’à présent ne l’avait fait, et il ne le désirait point. Il écoutait, cependant, avec la plus grande des attentions, ce que le Commodore De Everhell avait à lui dire. Il attendit patiemment la fin de son monologue avant d’y répondre, car il n’y avait ici de place pour le silence face à une telle verve et une telle expression de sentiments.

- De grâce, messire De Everhell ! Je n’en demandai point tant ! Vous êtes tout pardonné pour vos actions qui furent immédiatement racheté par la mise en abîmes des intention de ce frère qui faisait ombre tant à votre famille qu’à notre Royaume. A présent laissez les morts et les actions passées là où elles sont, et venons-en aux choses des vivants, car elles méritent notre attention plus que le reste.

Il fit signe au Pygargue de se relever et commença à marcher vers les vitres qui donnaient sur la poupe. Il observa attentivement cette île qu’ils quittaient à l’instant, dont le seul édifice était en train de brûler. C’est l’Ombre de la Reine qui en avait donné l’ordre express. Il ne devait rien rester du témoignage de ces arcaëlliens. Tous seraient jugés pour avoir collaboré de près ou de loin avec cette vermine. Ses petits yeux verts fauve, jaunes quasiment, fixaient les flammes et la fumée qui s’élevaient avec une fascination presque malsaine.

- Quant au trésor que vous me promîtes, j’en voudrais voir la valeur avant de vous témoigner à nouveau de mes intentions quant à nos prochaines actions.

Le Pygargue s’exécuta et sans un mot, présenta à Godfrey De Vulpère ce masque à l’aspect hideux et repoussant. Le coffret dans lequel il se trouvait mettait en évidence sa nature exceptionnelle. Il approcha ses mains du masque et sentit alors toute la puissance qui s’en dégageait. Il pouvait entendre les murmures du Dieu de la Malice, le tenter, essayer de le posséder. Il trembla d’horreur et s’éloigna de l’artefact avec une émotion toute soudaine, les yeux grands ouverts comme il ne les eut jamais.

- Que diable, Commodore ! Cet artefact… Il est hors de question qu’il échoit à qui que se soit mise à part peut-être votre personne… Rendez-vous compte, si je le faisais mien ! Le monde serait mien ! Je ne veux point d’un tel pouvoir ! Il me brûlerait les doigts jusqu’à mon âme ! Et il ne doit pas non plus appartenir à quelconque personne. Gardez-le, Commodore ! Je vous sais l’âme plus brave et plus noble que la mienne. Un tel objet me corromprait, moi qui suis maître en filouteries et manigances !

Le jeune noble se détourna de l’artefact qui ne cessait de l’appeler. Il savait, il savait qu’il le le tentait ! Kaliqua avait sans doute prémédité que De Vulpère rencontrerait Le Pygargue et lui remettrait entre les mains. L’Ombre de la Reine ne succomberait cependant point à son appel.

- Sieur De Klemmens, assurez-vous que l’usage que votre ami fera de ce pouvoir, ne soit point pour nuire aux innocents. Et gardez-moi d’en approcher ! Je vous l’ordonne !
- En êtes vous sûr, Sir De Vulpère ? demanda Horace.

Le Messager très spécial de la Reine sourit nerveusement. En était-il sûr ? Il le fallait bien. Il ne pouvait s’octroyer le pouvoir d’un tel artefact sans que cela ne parusse être de la trahison envers son propre Royaume.

- Absolument ! Que l’on m’enferme au fond d’une geôle si je venais à vouloir m’en emparer ! Cette chose a un pouvoir trop grand pour moi. Je suis déjà sous le poids d’un pouvoir qui m’est donné par la Reine, alors imaginait si en plus je possédais celui du masque… non non ! Il ne faut pas !! Gardez-le, Commodore ! Vous en aurez peut-être d’ailleurs l’usage pour notre prochaine mission.

Les deux aristocrates face à lui semblèrent s’en étonner, le Pygargue plus que son second Horace De Klemmens. Il se rappelait bien sûr que le sieur De Vulpère escomptait de lui une tâche afin de racheter sa conduite, mais il n’en espérait pas l’application immédiate.

- Notre prochaine mission, excellence ? demanda le Commodore De Everhell. Celle que vous voulûtes me confier et qui nous mènera jusqu’en Mar’Baal ?
- Celle-là même ! Je veux que vous vous rendiez sur les côtes, à l’ouest du continent. Au nord de la foret de Palub se trouve l’estuaire des Milambes. Depuis le petit village portuaire qui s’y trouve, vous vous rendrez personnellement en Bazken ! S’il vous est permis de le faire, évitez de crier à qui veut bien l’entendre que vous êtes un Royaliste, nous ne sommes pas vraiment bien vus par là-bas. Je veux que vous vous informiez sur la compagnie Cornwall. Elle est dirigée par une jeune femme, Dame Anna Cronwall, de ce que j’en ai appris. Il faut que nous nous assurions que cette femme n’est pas impliquée dans les affaires du Comte…
- Sans vouloir paraître grossier, Messire De Vulpère, ne pensez-vous point que le pavillon que nous arborons pourrait mettre la population locale au courant de notre allégeance ? fit très justement remarquer le Capitaine De Klemmens.

Godfrey passa ses doigts dans sa longue chevelure de feu et se mit à réfléchir. C’était une remarque tout à fait pertinente. Il ne voyait cependant qu’une seule solution à cela.

- Il est vrai ! En ce cas, il nous faudra arborer un pavillon un peu plus neutre, ne pensez-vous pas ?
- Nos hommes vont se poser des questions, je le crains… objecta Horace.
- Mais ils continueront à obéir ?
- Soyez-en assuré, Maître De Vulpère. Les marins à bord du Prince de Hytraz et du Reanspell sont des plus loyaux. Même s’ils s’interrogeraient éventuellement sur nos intentions, ils n’en resteraient pas moins fidèles à notre commandement. Cependant il reste toujours nos tenues ! Nous sommes accoutrés à la mode et aux couleurs du Royaume.
- Certes ! Il nous faudra en ce cas faire preuve d’ingéniosité et camoufler cela. Rien qui ne soit insurmontable. La question est réglée ! Messieurs ! En route pour Bazken !!
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