L'Aube des Mondes
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Allons ! Tant que le Loup n'y est pas.

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Mar 23 Mai - 12:29
Elle cachait - la scélérate ! -
Sous ses mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongle d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

P.V



Six mois étaient passés depuis que Phadransie La Noire avait perdu sa BlackWasp à Youëh, en Zaï'Lou. Les Grand'Eaux du Nord Ouest d'Arcaëlle. Une zone qu'elle n'avait jamais écumé de sa vie, avant cela. Elle n'oubliait pas Zaï'Lou. Elle n'oubliait pas Youëh. Elle n'oubliait pas, non plus, le nom de son détracteur. L'Oiseau comme on l'appelait. Un Xen issu d'aristocratie Royaliste, la bonne blague !

Sitôt qu'elle aurait chassé l'araignée, elle irait chasser l'oiseau. Et récupérerait la guêpe.

Elle avait rangé, en revanche, dans un coin poussiéreux de sa mémoire la dette qu'elle avait contracté à l'encontre de Vidarëen Loumez. Depuis longtemps, les entreprises payantes de La Noire lui avaient permises de vendre le bâtiment que lui avait prêté cette dernière en échange d'un autre, plus imposant et plus facile à organiser en batterie.

Ses dernières années de chasse passées sur les océans de l'Ouest, à la recherche de technomencien pour équiper sa BlackWasp avait fait couler sa côte de popularité à Port-Suppure. A son retour, c'est à peine si on l'avait reconnu. L'attaque de Maäl menée quasiment deux ans plus tôt paraissait avoir disparu de toutes les pensées. Cela énervait Phadransie.

Henry Tarentt l'Arachnor, son demi frère dont elle gardait la liaison secrète, gouvernait toujours la Suppure. En l'état, n'importe quel drôle avec un tant soit peu de soutien, une excellent maîtrise du sabre, de la poudre ou du fluide, et une bonne livre d'audace aurait pu s'accaparer le trône de soie, comme on aimait à l’appeler (bien qu'en vérité tout était imagé, et Tarentt ne siégeait sur aucun trône) mais c'aurait été se faire ennemi criant du Roi-Pirate des océans de l'Est. Et donc se mettre sur le dos le Roi et ses huit fils. Rien de moins agréable pour un récemment nommé Gouverneur. Par ailleurs, le gouvernements et les quelques taxes imposées par Tarentt ne dérangeaient personne et faisaient fonctionner la cité.

Tout vêtu de noir et de taille fort haute, avoisinant les un mètre quatre-vingt-dix, La peau très blanche du Gouverneur Aracnor contrastait avec le noir dont il se paraît, en plus de sa chevelure jais et ses lèvres de même couleur. Phadransie, depuis ses dix ans, l'avait toujours trouvé fort singulier. Il n'avait pas l'air d'un pirate, se disait-elle à l'époque. Pas de tricorne, pas de jambe de bois, pas de chemise et un regard à glacer les sangs. Des pupilles rouges et difformes, l'on aurait dit que l'enfer de Gar'Haz tout entier y était contenu. Des pupilles signatures du Roi-Pirate Aracnor. Une bague en forme de crâne ornait son index et jamais, ô grand jamais, il ne se séparait de son haut-de-forme. Jeune, d'environ trente-cinq ans, sa réputation sur les Grand'Eaux d'Arcaëlle n'étaient plus à faire. Il doit maintenant approcher les quarante, songea La Noire.
En plus du couvre-chef, baudrier et fourreau de cuir noir parfaitement entretenu, servant à soutenir une lame noire, que seules quelques rares personnes avaient déjà vu au cours de leur vie. Peu étaient encore là pour en parler, et pour cause ! Le Quatrième Fils ne dégainait jamais son sabre. Mais lorsqu'il le faisait, c'était pour prendre la vie ou bien il perdrait la sienne.

Phadransie La Noire savait ce qu'il se disait à son propos, à la Suppure. Elle traînait souvent avec le Gouverneur, profitant de ses appartements, dégustant du rhum jusqu'au petit matin, étudiant les cartes rares qu'il entreposait dans son coffre et se délectant de viande rouge. Henry Tarentt avait un faible pour le rhum noir, et pour les grands crus. Ainsi, la flibuste et les babillards des quais la disaient fieffée putain de l'Aracnor. Fieffée et privilégiée. Les mauvaises langues assuraient qu'elle se servait de sa gorge profonde pour ne pas s'acquitter des taxes en vigueur sur le mouillage ce qui, bien sûr, était faux.

Oui, songeait La Noire depuis son retour, sa réputation avait bien changée, ici à Port-Suppure.

Il y avait néanmoins une raison au fait que La Noire se tienne tant proche de son demi-frère. Le Seventh Son. Elle savait que, en tant que fils du Roi-Pirate, Henry Tarentt disposait de généreuses informations sur les autres bâtiments, les fils et tous les alliés du Roi. Y compris le Seventh Son et son commandant.

La Noire savait que sous ce faux jeu d'amitiés et de pichets bien bruns, Tarentt transmettait des informations la concernant aux fils et aux filles du Roi-Pirate, peut-être même à ce dernier en personne. Mais elle se faisait sourde, et continuait de jouer aux grandes amitiés et fraternités avec l'Aracnor aux yeux rouges. Car il ne rechignait pas à lui lâcher, en contrepartie, des informations sur les navires qui l'intéressaient. Aucun des deux navires n'était allé jeter l'ancre à l'un des ports de la Suppure, du temps que La Noire frappait dans les eaux du Sud-Est. Elle ne les avait pas vu non plus lors de ses derniers passages sur l'île. Mais elle avait apprit grâce à Tarentt que le Eighth Son, navire qu'elle convoitait, recevait ses ordres de l'Elfe Ildezzeeth, l'Adopté, Capitaine du Seventh Son en une zone secrète, quelque part au milieu du cimetière d'épave. Ce qui justifiait tous ces allers et retours !

Joindre le cimetière d'épaves était chose facile. Il suffisait de suivre l'un des grands courant d'Arcaëlle, au nord de Tak'Nayu et à l'Ouest de Ray'Bauz. Le vent y était généralement contraire, la houle malmenait les navires qui cherchaient à naviguer à l'abri. Quand bien même ils auraient eu la chance de se saisir d'un vent arrière favorable, les coraux tailladaient les cordes, les fonds ne retenaient point l'ancre et et ne la laissaient point s'arrimer. A partir de là, ledit courant se transformait en gyre, c'est en dire en grandes rotations de courants entraînés par les vents de surface d'Arcaëlle. Il s'agit en vérité de la rencontre des courants chauds de l'Est et du Sud de ce monde qui, en venant se télescoper, formaient de gigantesques tourbillons.
Et pour couronner le tout, cette zone de rencontre et de danger ainsi formée se voyait très souvent familière de grains que les pirates d'Arcaëlle nommaient noirs. Grains noirs, car il s'agissait de tempêtes violentes, imprévisibles et ne laissant que peu survivants pour en parler.

Joindre le cimetière d'épaves d'Arcaëlle était facile, oui. Le joindre en un seul morceau, beaucoup moins. Néanmoins, Phadransie La Noire l'avait déjà fait une fois. Et elle n'avait pas même la BlackWasp à cette époque ! Il lui fallait un bon bâtiment néanmoins, et c'est pour cela qu'elle s'était débarrassée, sitôt qu'elle l'avait pu, du brigantin à deux-mâts de Vidarëen. Elle naviguait actuellement sur un trois-mâts carré, gréé aux façons des Est-nés, à la coque légère. Son équipage variait à chaque entreprise, elle recrutait selon ses besoins.

Elle s'était donc rendue une première fois, armée d'une seule batterie et de nombreux détenteurs de fluide, dans le cimetière d'épave à la poursuite du Eighth Son. Et encore une fois, elle n'avait pas croisé le fameux navire. Néanmoins, plus que le Eighth Son, c'était cette fameuse zone de rendez-vous secrète entre les deux fils du Roi-Pirate qu'elle tentait de découvrir. C'était pour cela qu'elle avait choisis un bâtiment léger et facilement maniable, tout en restant capable d’accueillir toute une batterie de canons externes. Elle n'avait absolument rien trouvé. Les mages qui l'accompagnaient n'avaient rien senti.

Elle préparait déjà son troisième voyage, après un petit raid sur les côtes Nordiennes de Ray'Bauz qui avait servi à rentabiliser l'entreprise, en vue de joindre de nouveau ce fameux cimetière d'épave, mais accompagnée différemment cette fois-ci...

Elle avait été retardée dans ses projets par l'arrivée cahin-caha de Renarde La Rousse, son ancienne Seconde qu'elle croyait morte. Après que cette dernière lui eût annoncé les sentiments qu'elle couvait à son égard -et elle parlait d'amour !- Phadransie La Noire l'avait abandonnée sur une île déserte, lui donnant le choix. La lame, la poudre ou la hache. Et rapide ou lente. Puis, une fois les formalités procédurières du duel arrangées, elle l'avait abandonnée là et laissée pour morte. Pour peu, La Noire aurait cru voir un fantôme revenue des enfers de Gar'Haz pour le plaisir d'une visite inopinée à la Suppure ! Mais Sa Renarde était bien en vie, et elle n'avait pas rencontrée Gar'Haz. En revanche, elle foulait désormais le sol de la Suppure avec un pied en moins. Les deux femmes avaient finis par se retrouver et se réconcilier.

L'on disait par la Suppure La Capitaine La Noire à l’œil-unique et sa Renarde la Rousse au pied-unique !

Une relation plus que particulière avait germé entre les deux femmes, faisant de Phadransie La Noire la maîtresse suprême du corps et de l'esprit de sa subordonnée.

« Défions-nous du sort ! disait la jeune rouquine. Défions-nous du sort et vivons ensemble, car je vous aime.

Au début, La Noire était restée grave de ces sentiments comme un prêtre de Jurk à une pendaison. Puis, à force de beuverie, de lubricité et de soumission de la part de Renarde, elle avait finis par s'y faire.

Elle avait commencé à demander toujours plus de la part de La Renarde. Qu'elle lui cède son corps entier. Tout d'abord, en cessant de soigner et soulager l'amputation qui la faisait souffrir en ingurgitant des élixirs et en appliquant des baumes.

"Cette blessure, c'est à moi que tu la dois !" disait La Noire. "Alors je t'interdis de soulager la douleur. Tu dois la supporter tout entière. Car cette douleur, comme le reste de ton pied, m'appartient !"

La Rousse avait obéi. Elle jurait à l'oreille de sa Capitaine le nom de tous les Dieux, elle promettait de la servir jusqu'à l'apogée de son règne sur le monde d'Arcaëlle, elle disait qu'elle donnerait sa vie pour elle. Phadransie en avait exigé une preuve.

Elle avait commencé par promener sa Renarde en laisse parmi les rues merdeuses de Port-Suppure. Un pirate qui tirait un esclave en laisse n'était pas chose rare, à la Suppure. Bien souvent, ledit pirate le destinait au marché humain et l'usage de la laisse, même si il n'était pas le plus répandu, s'employait parfois. Mais en cinglant ainsi une laisse au cou de Renarde, elle la réduisait au rang d'esclave.

La Seconde ne s'était pas plainte.

De plus en plus, La Noire s'éveillait à ses côtés le matin, le crochet couvert de sang, et Renarde encore les cuisses écartées, à s'interroger sur les prodiges du corps humain qui la faisait rester en vie après tant d'élans charnels. Phadransie trouvait son plaisir dans la souffrance qu'elle faisait endurer à sa Seconde, et cette dernière volait le sien dans celui de sa Capitaine. La boucle était bouclée, et la Renarde endurait toutes les nuits ce fameux crochet qui la faisait souffrir.

Mais Phadransie en voulait toujours plus. Alors elle exigea un jour de Renarde qu'elle tue le premier homme qu'elle voit dans la rue. Elle arracha les vêtements de sa Seconde, l'envoya, nue et nus-pieds, dans la rue la plus sale de la Suppure, désarmée, avec autour du cou un panneau tombant sur sa poitrine portant les indications suivantes en lettres de sang : "Je nique vos mères" et un tombant dans son dos disant : "Je suis à qui me prends".
La Rousse avait très vite compris le but de ce petit jeu cruel duquel se délectait déjà sa Capitaine mais, après un regard triste, s'était exécutée.

Ainsi, dès que les premiers gamins, délinquants, hommes ou pirates s'étaient approchés d'elle, simplement pour rire, ou bien pour d'autres raisons, elle avait tranché la gorge avec un bout de verre du premier sur lequel s'était porté son regard. Les autres s'étaient jetés sur elle, la lardant de coups de poings. Le premier avait pris son corps, les autres sa dignité. Elle était revenue vers Phadransie avec la sensation du devoir accomplie. Sa rémission avait pris plusieurs semaines.

Satisfaite de la fidélité de sa chienne, La Noire qui avait assisté à la scène s'était rendu chez l'un des forgeron et armurier de Port-Suppure sans tarder. Elle avait acheté pour dix pièces d'or en armement, puis était parti en chasse, comme elle disait. Moins de deux jours plus tard, tous ceux qui avaient levé la main ou violé Renarde étaient morts. Elle en avait néanmoins gardé un, qu'elle détenait dans les geôles à bord de son bâtiment au mouillage, et faisait sur lui l'exercice de toute sa férocité. Quelquefois, elle ordonnait à la Renarde d'assister aux séances, mais cette dernière refusait de lever la main sur un prisonnier au supplice. Se montrant autoritaire et insistante, Phadransie La Noire avait obtenu de sa Seconde qu'elle sarcle à coup de couteau le membre viril du type, ce qui lui avait fait gagner un fou rire dur à étouffer. Le prisonnier était mort, quelques jours plus tard. Il n'y eut ni représailles, ni enquête. Le corps fut jeté discrètement dans les eaux du port. Ce genre de disparition étaient monnaie courante à Port-Suppure, là où avaient lieu toutes les heures des duels à mort sur les docks.

Phadransie La Noire avait également pris contact avec le Capitaine Cutler, Jolly Cutler, commandant de la Jolly Suppure avec qui elle avait incendié Mäal à l'époque. Ensemble, ils avaient décidé, escorté d'un troisième larron interréssé par le projet, de lancer une opération représailles contre le Royaume. Il ne s'agissait pas cette fois d'une grosse entreprise, mais plutôt de harceler tout doucement la Reine, en s'en prenant particulièrement aux galions et navires marchands qui faisaient le lien entre Ray'Bauz et les Cités-Blanches par les eaux tropicales du sud. Des eaux de Cutler et La Noire connaissaient parfaitement.

Ils partirent ainsi, accompagné du Capitaine Om'Dä, un Mzékil de l'Ouest. Ils revinrent à Port-Suppure moins de deux lunes plus tard, tractant dans leur sillage un galion démâté et apportant avec eux plusieurs livres d'or, d'argenterie, de bijoux, et des tonneaux entiers de marchandises. La Noire, Om'Dä et Cutler firent égalemetn parvenir au Royaume une missive. Très court, mais l'on pouvait y lire les mots suivants :


"Livrez le Xen. Rendez la BlackWasp. Et nous arrêterons de tuer vos gens."

Phadransie La Noire ne faisait aucun quartier pour les Royaliste, et les tuait tous sans préliminaires ni épilogue. Elle avait simplement tranché le majeur d'un des Capitaine Xen au service du Royaume, afin de le joindre à la lettre.

Elle se doutait que la Reine Amäly ne cèderait pas au chantage qu'elle lui proposait, mais se faisait une joie d'énerver sa royale personne. Elle avait ajouté en bas de la lettre :

" Nb : L'étuvé, le cari, le rôti; le hachis, le farci, le boucané, le grillé, le fourré. Nous aimons les petits plats, nous, pirates. "

Elle avait passé ses derniers jours à Port-Suppure en compagnie de Cutler et de sa Renarde, préparant son bâtiment pour d'autres entreprise, courir sus aux marchands du Royaume, et à tous les autres qui croiseraient leur route, tant qu'à faire ! De temps à autre, Phadransie La Noire réduisait en charpie à coup de crochet et de botte un infirme ou deux qui faisaient la manche sur les docks. Elle appelait ça devant ses compagnons la "sélection naturelle" et souhaitait que tous ces "marauds crève-cul de siresse et sacs à merde" s'en aillent dorénavant, grâce à elle "mendier chez Gar'Haz !"

Phadransie La Noire était de retour et reprenait petit-à-petit son ascendant sur Port-Suppure !



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Mer 24 Mai - 10:39
Le Royal Rover flottait gaiement sur les eaux proches de Port-Suppure, voiles au vent, forbans à son bord. Des cliquetis se répétaient lentement sur le bois de la rambarde qui séparait le gouvernail du reste du pont. Non loin du timonier qui manœuvrait sans trop de difficulté au vu des courants marins et des vents favorables, un immense lupan observait avec véhémence les voiles de son navire, vérifiant de ce fait s'il n'y avait point d'avarie.

Black Jack, car ainsi était son nom, quitta sa place pour rejoindre celle du gréement, constatant avec dépit un cordage dont le nœud n'était point adapté. Il partit alors à l'encontre du malheureux bougre en charge de ce devoir, malheureux bougre qui semblait ne point attacher d'importance à sa venue pourtant fort bien observable. Le colosse se rapprocha, inexorablement, et de toute sa hauteur, le domina sans même bomber le torse. C'est son ombre et son souffle roque, qui indiquèrent au matelot, la présence de son capitaine qui le regardait d'un air courroucé.

- Ca... Capitaine... ?
- Monsieur Vince ! tonitrua le lupan de sa voix forte caverneuse. Pourrais-je savoir ce que vous faites ?
- Ce... Ce que je fais, Capitaine ?
- Oui, Monsieur Vince, il me semble que vous étiez en pleine activité avant que je ne vous interrompe. Je vous demandais donc, ce que vous étiez en train de faire.
- Je... Je... vérifiais les cordages, monsieur !
- CAPITAINE !!

La voix assourdissante du capitaine qui hurlait sur son matelot, accapara toute l'attention de l'équipage environnant. Ce qui ne fut bien difficile étant donné que le Royal Rover n'était qu'un sloop, il y avait donc peu d'endroit où sa voix n'aurait pas porté.

-Ha... Hai, Ca... Capitaine...
- Vous vérifiez les cordages, donc ?
- Hai... Hai capitaine... les cordages... oui...
- Et pourquoi, diable, Monsieur Vince, y a-t-il besoin de vérifier les cordages ? S'ils avaient été bien fait, était-ce nécessaire de les vérifier ?
- C'est que... il se pourrait... que j'ai mal fait certains d'entre eux... et...
- Il se pourrait ? IL SE POURRAIT ? Monsieur Vince... Il n'y a pas de « il se pourrait » ou de « peut-être que » ou même ne serait-ce qu'un « il est possible que... » sur ce bâtiment ! Le doute n'est en aucun cas permis, vous comprenez, Monsieur Vince ?
- Ha... Hai capitaine !!
- En ce cas, Monsieur Vince, dites moi pourquoi vous vérifiez les cordages ?

Le marin sembla blêmir et ne sut que répondre face à une question qui le mettait dos au mur. Il tremblait rien qu'à l'idée de la vérité et au châtiment qui l'attendait.

- Je vais vous le dire, Monsieur Vince ! Vous les avez mal fait, en voici la preuve ! gronda-t-il en désignant le cordage incriminé. Et vous espériez que je ne le remarque pas ! Vous savez ce que...

Le lupan s'arrêta net, en plein milieu de sa phrase. Il avait remarqué quelque chose, quelque chose de fâcheux et qui n'augurait rien de bon pour le matelot. Il approcha son museau du visage de l'homme qui se mit à gigoter de manière frénétique, empli par la peur que lui inspirait cette proximité.

- Dites moi voir, Monsieur Vince, serait-ce de la barbe que je vois sur votre cou ?
- Que... Comment ?
- Votre cou, qui sert à soutenir votre tête visiblement creuse, il est couvert de barbe ! Non rasée ! Le code est pourtant clair à ce sujet, Monsieur Vince...
- C'est que...
- C'est que vous êtes négligeant, Monsieur Vince ! Négligeant en tout ! Votre barbe et le cordage en sont un parfait exemple ! Vous savez ce qui est réservé aux arcaëlliens négligeants sur ce navire, Monsieur Vince ?
- Pitié... J'vous en supplies... Capitaine...

L'homme tomba à genoux en suppliant son lupan de capitaine mais ce denier avait déjà la main sur un énorme pistolet proportionnel à la taille de ses paluches. CRIC ! Il appuya sur la détente et pointa son pistolet à poudre contre le front du mousse en lui jetant un regard glacial.

- Aucune erreur ne sera tolérée sur ce bâtiment ! Aucune ! Bande de chiens galeux ! Aucune négligence ne sera permise tant que je serais maître de ce navire !! Je vous paie assez en parts sur le magot pour que vous ne me déceviez pas ! Et vous m'avez déçu, Monsieur Vince !
- Non !!! Pitiééééé !!! Noooooon !

PAN !!! La détonation du pistolet retentit et brisa toute l'agitation qui se faisait alors à ce moment là, imposant un silence de mort à bord du navire. Monsieur Vince se trouvait à genoux, les genoux dans la pisse, pisse qui dégoulinait tout du long de son pantalon souillé.

- Faites moi disparaître cet incapable de ma vue ! Collez-le à fond de cale les trente jours durant sans nourriture ni eau ! Peut-être apprendra-t-il à être plus précautionneux de nos affaires communes et des siennes propres ! S'il en ressort vivant... Ce dont je doute, mais si je me suis trompé, alors Monsieur Vince aura sa place parmi nous !

Des hommes embarquèrent Vince tandis que ce dernier était fort de protestation et de suppliques pour qu'on épargne son misérable sort. Mais Black Jack l'ignora jusqu'à son dernier mot et regarda avec répugnance le pont à présent maculé d'urine.

- Et lavez moi ce pont !!! Il sent la pisse...

Jack rangea son pistolet dans son étui, la mine agacé, poussant des grognements furieux. La seule chose qui l'avait empêché d'exploser la cervelle de cet imbécile, c'était le fait que cela aurait endommagé le pont de son navire et répandu sur le sol à la fois de la matière grise et du sang qui l'aurait souillé à jamais. Il espérait également que le mousse apprenne de son erreur bien qu'il laissait rarement de deuxième chance. Ce fut la première, et donc la dernière pour ce ruffian qui n'avait plus qu'à espérer survivre à sa captivité.

- Port-Suppure en vue, Capitaine !
- C'est vraiment pas de chance pour ce cher Monsieur Vince... un peu plus et je n'aurai pas remarqué son erreur... vraiment dommage !

***

Jack posa le pied à terre, ou plus précisément sur le ponton menant à terre. Un mzékils lui fit face, l'arrêtant dans sa course. Le lupan grogna et toisa le mzékils qui faisait bien deux têtes de moins que lui.

- Y aurait-il un problème, monsieur ?
- Aucun, Capitaine... ?
- Capitaine Black Jack !
- Capitaine Black Jack... répéta-t-il. Il n'y aura aucun problème tant que tu paieras la taxe pour mouiller à Port-Suppure.
- Une taxe pour mouiller à Port-Suppure ? répéta le lupan incrédule. Je dois être parti bien trop longtemps des rivages de ce trou malfamé pour que je n'en eus aucune connaissance... Je paierai votre taxe, à condition de savoir à qui je la dois !
- Tu la dois au gouverneur en place, le Gouverneur Henry Tarentt.
- Tarentt... pourquoi ce nom m'est-il familier ? Est-il possible d'avoir une entrevue avec ce monsieur Tarentt ?
- Ça, je n'en sais rien ! C'est pas mon problème ! J'te conseille d'aller voir les principaux intéressés, l'ami !

Le lupan grogna et régla la taxe en écus sonnants et trébuchants avant de s'engouffrer dans la citée, ou plutôt le « trou à merdaille » comme aimait l'appeler Jack, qu'était Port-Suppure, à la recherche de quelqu'un qui saurait lui indiquer où trouver ce fameux Gouverneur. Il ne lui fallut pas longtemps avant d'entendre quelques ragots malodorants sur le Gouverneur et la présence d'une soi-disant femme de peu de vertu à ses côtés, une certaine La Noire dont il se rappelait avoir entendu des récits, notamment concernant une attaque de pirates à Mäal. Ce devait être quelqu'un d'irrationnel, de fou dangereux, de passablement psychopathe... et pourtant de tellement admirable. Il en fallait pour s'attaquer à la Couronne avec tant d'envergure dans les actes. Il serait peut-être bon tout d'abord de s'adresser à cette audacieuse personne.

Black Jack crut comprendre que la femme passait parfois ses nerfs sur de pauvres erses sans défense, le plus souvent des infirmes et exclus de la société. C'est pourquoi il traîna un moment dans les quartiers les plus pourris de la ville... autant dire qu'ils l'étaient tous, mais certains peut-être plus que d'autres. Il ne vit que débauche, grossièreté, nuisance et crimes en tout genre. Cela l'excéda un peu mais sa patience finit par payer lorsqu'il se retrouva témoin d'une scène grotesque qui le laissa parfaitement indifférent. Une femme, aux cheveux noirs et aux yeux noirs, portant de mauvais traitements à un xen unijambiste édenté et sans le sou. Il jugea que se devait être elle et décida alors d'intervenir, non pour intercéder en la faveur de l'estropié, mais plutôt par curiosité.

- Mes excuses, Madame... ou devrais-je peut-être dire Capitaine, je me demandais quel genre de plaisir vous procurait le fait de massacrer cet infirme.
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Jeu 25 Mai - 13:39
Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres,
Le front fendu, d'avoir buté,
Obstinément, contre leur fixité.

E. Verhaeren



« Il me manque quelque chose.

Ce fut tout ce que Phadransie répondit au Lupan gigantesque qui lui faisait face. Sans même le regarder dans les yeux, terminant d'abattre frénétiquement son talon sur la gueule déjà torse du bougre qui rendait son dernier souffle dans une flaque de sang. Le crochet brandit, la main levée à mi-hauteur du corps, les doigts écartés, elle daigna enfin laisser le mort agoniser tranquille.

- Il me manque quelque chose, tu ne vois pas l'ami ?

Un brin interloqué, le Lupan parut néanmoins saisir assez vite et se saisit de la bouteille de rhum à demi-vide qui trainait là, à même le sol de Port-Suppure, à côté de sa botte. Phadransie La Noire s'en saisit et porta le goulot à ses lèvres avec une certaine lubricité. Le rhum passa directement de sa prison de verre à sa prison de chair ! Elle cracha, puis lâcha un "haaaaaa" libérateur. Et enfin, la pirate vint porter une véritable attention à son interlocuteur.

- Pardon j'écoutais pas. Tu disais quoi camarade ? »

Tout en s'éloignant du macchabée, elle se dirigea vers le port, sans trop se préoccuper du Lupan. Il s'apprêtait d'ailleurs à parler :
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Jeu 25 Mai - 18:36
HRP:
 

Le lupan soupira lourdement, la mine dépitée, secouant sa tête de droite à gauche en signe de dépit. Il y avait comme un air de déception sur son visage.

- Je me demandais quel plaisir il y avait à massacrer ce bougre, mais je crois comprendre que l'alcool en est déjà une bonne raison ! Quant à savoir ce qu'il vous manque, très chère, je ne saurais dire... probablement la lucidité. Mais j'ai ouïe dire que c'est aussi le moteur de votre témérité. Le courage est parfois aussi proche de la folie qu'on ne saurait les distinguer. Mais trêves de galéjades, voulez-vous ? Je me présente, Capitaine Black Jack, honorable forbans des mers d'Arcaëlle, et je suppose que vous devez être l'illustre Capitaine La Noire, c'est exact ?

Après un silence, Phadransie finit par éclater de rire :

- Trêves de quoi ? Galéjades ? Galéjades !

Et elle repart en rires.

- Black Jack, dit-elle en prenant un air pompeux, "honorable" forban ! Hé, mais tu me comptes quoi là, l'ami ? Tu sors d'où d'ailleurs ? J'tai jamais vu à la Suppure auparavant.

Le lupan soupira à nouveau, s'il fallait se mettre au niveau des ploucs de ce taudis infâme, soit, Black Jack se mettrait à leur niveau, mais juste un peu plus haut, histoire de ne pas perdre la face.

- Peut-être parce que cela fait fort longtemps que je n'y suis pas venu ! Les rats puants y vivant ne sont pas vraiment la compagnie que j'idéalise, mais ça fera l'affaire pour les quelques jours à venir ! Ce qui m'embarrasse, vois-tu, c'est de ne pas connaître l'homme à qui je dois la taxe pour mouiller à ce port.

Phadransie esquissa un sourire, tout en se dirigeant vers une auberge, sur le port, tandis que le soleil se couchait sur l'horizon.

- Ah ! Tu parles de Tarentt, l'Aracnor ?
- Lui-même ! J'ai entendu dire que tu le connaissais ! Cela m'arrangerait que tu me le présente ! J'aime rarement payer les taxes, surtout pour d'obscures personnes que je n'ai pas le plaisir de connaître, en bien ou en mal d'ailleurs ! dit-il tout en suivant Phadransie.
- Qu'est-ce qui peut te faire croire que je le connais ? C'est le gouverneur, et moi aussi j'ai été absente pas mal de temps de la Suppure.
- Je suis un gentleman, Capitaine La Noire ! Cela me ferait mal de t'expliquer en quel mauvais termes l'on parle de toi vis-à-vis de ce Gouverneur ! Ce sont des mots terribles auxquelles  je n'accorde pas d'importance ! Tout ce qui m'importe, c'est de savoir s'il y a bien un lien entre vous, et si, par échange de bons procédés, il m'était permis de rencontrer cet homme !

Phadransie prit une table, éclairée par une unique bougie, mourante. Dans l'auberge de nombreux pirates jouaient aux cartes, mangeaient ou commençaient à boire.

- Je suis heureuse que tu n'accordes pas d'importance à toutes les sournoiseries de ces fils de putes, culs traine merde et lardus mal défraîchis ! Alors, Black Jack le...

Elle hésita un instant avant de faire une horrible grimace, comme si elle allait vomir, à moins que se ne fusse un tic de dégoût.

- "Monsieur" , réponds à ma question, et je t'aiderai ! Vu ?

En même temps, elle poussa la bouteille, du bout de son crochet, vers lui. De quelques centimètres. Puis s'affala sur le dossier de sa chaise, un sourire en coin.

- Suis-je femme à m'abaisser aux cuisses d'un Gouverneur, quel qu'il soit, selon toi, la bouche ouverte et pour ne rien dire ?

L'avis du Black Jack était clair quant à la nature de l'alcool. Une boisson qui rendait n'importe quel arcaëllien au plus primitif de ses états. Nul doute que cette liqueur qu'on lui présentait n'entrerait jamais dans son gosier. Il n'était pas un de ces sauvages, il ignora simplement la bouteille.

- Ah ! Voilà une question à laquelle je vais répondre volontiers. Car elle explique pourquoi je n'eus accordé d'importance aux paroles scabreuses de ces manges-merde ! Une femme, que dis-je, une Capitaine et de surcroît humaine, qui a le courage, ou la folie de s'attaquer au Royaume, au sein même de ses propres citées, ne me semble pas être femme à ouvrir les cuisses, même pour un gouverneur de je ne sais quel état pirate ! Cela ne fait aucun sens !

Phadransie finit par porter de nouveau le goulot à ses lèvres

- Bien dit ! Je pisse sur le Royaume ! Sur ses galions, ses cités blanches, son aristocratie ailée et sa Reine !

Elle reposa la bouteille, vide.

- Si tu avais quelque chose sur toi pour me motiver. Au fond de ta bourse, par exemple.

Le Lupan eut un large sourire, plein de crocs ce qui ne rendait pas vraiment ce fait rassurant. Cependant il ne s'en servirait pas contre La Noire, bien au contraire. Il défit de sa ceinture une bourse bien remplie et la jeta sur la table. Pour lui le paquet avait une taille bien ridicule, surtout lorsqu'on la comparait à celle de ses pattes griffues.

- Une trentaine de pièces d'or, sorties d'un navire marchand travaillant pour le compte du Royaume ! Toi qui ne les aime pas, voilà qui devrait te satisfaire de savoir que je n'hésite pas à les piller !

La Noire récupéra la bourse, souleva les petites pièces avec son crochet, en porta une à ses dents, la croqua puis la remballa.

- Aye Black Jack ! Je te conduirai jusque chez Tarentt un peu plus tard dans la nuit. Sinon, que dirais-tu d'une entreprise commune, toi qui n'a pas l'air non plus de beaucoup aimer ces aristo de siresse ?
- Ah ah ah ! Et pourquoi pas ? Cela fait un moment que mes gars s'ennuient ! Ils ont besoin d'un peu d'action, et aussi d'un peu d'or si celui-ci est à la clé ! Je dois avouer que le dernier aristocrate du Royaume que j'ai envoyé par le fond était d'une insupportable couardise.

Le lupan se mit à imiter avec un ridicule crasse le tahora en question.

- "Pitié messire ! Pitié ! Je vous donnerai tout l'or que vous voudrez ! Tout ! Mais par pitié !" ... Rah ! L'insupportable chialeur ! Je l'ai envoyé ad patres pleurer dans les jupes de Jurk ! Par l'enfer, il en avait même la morve qui dégoulinait du nez ! Immonde !

Phadransie se mit à rire à gorge déployée, sans doute trouvait-elle une vérité des plus amusantes dans ces mots.

- Ouais ! Ce sont d'insupportables marauds ces ruffians-là !

Elle repoussa la bourse du Lupan jusqu'à sa grande patte.

- Garde-les, je te les rends. En échange, gardes-moi de l'infernale pitrerie d'un Xen. Il se fait appeler l'Oiseau, et il est commandant d'un trois-mât carré aux voiles rouges, nommé la BlackWasp.

Elle haussa les épaules.

- Si ça t'intéresse, je t'offrirai la même somme une fois ce fils de pute à mes pieds, dit-elle avant d'ajouter, une part pour le piaf. Vivant. Une part pour le bâtiment. Entier.
- L'Oiseau ? Un xen ? Navigant sur la BlackWasp ? Diantre...

Le lupan se maudit intérieurement, ne sachant s'il n'avait pas connaissance du dit Oiseau. Le seul xen qu'il connaissait et possédant le sobriquet d'un oiseau, c'était Le Pygargue. C'était bien le dernier Royaliste qu'il voulait couler ou voir mourir. Il ne les portait pas spécialement dans son cœur, mais le fait est que cet homme était celui qui avait fait naître en lui l'amour du grand large. Il ne se voyait pas vendre ce xen même si, il n'en doutait point, le Royaliste n'aurait aucun scrupule à faire de lui un prisonnier. Il serait alors condamné pour acte de piraterie à vivre le restant de ses jours dans une geôle crasseuse et humide. A la réflexion faite, mieux valait le xen que lui, même s'il ne comptait pas le traquer particulièrement.

- J'en prend bonne note, La Noire ! S'il m'est offert cette opportunité, crois bien que je prendrais soin de ne point tuer ce xen n'y d'envoyer son bâtiment par le fond. Mais te le livrer ne me sera pas une mauvaise affaire ! Si tant est qu'on puisse capturer cette BlackWasp avec le seul sloop qui est en ma possession, ce dont je doute fortement cela dit. Mais parfois... et bien... il faut faire confiance en sa bonne fortune.

Phadransie paraissait réfléchir, intensément même, ce qui était assez drôle étant donné qu'elle était à moitié éméchée.

- J'aurai moi aussi besoin d'un bon bâtiment. Tant que je n'aurai pas la BlackWasp, je ne pourrai avoir le Eighth Son. Mais sans le Eighth Son, je ne rivaliserai pas avec la BlackWasp.

Elle fit un signe du crochet à une serveuse, réclamant une autre bouteille.

- Que le Royaume brûle dans les bas-enfers de Gar'Haz !
- Le Eighth Son ? Ah !!! Ainsi donc vous comptez mettre en colère, le Roi des Pirates ? Hum... Intéressant ! Et si je joignais mon vaisseau au votre ? Ne serait-il pas possible de mettre la main sur le Eighth Son ? Un puissant navire, c'est quelque chose, mais deux navires rapides et dirigés avec brio, par des maîtres en la matière... Il est possible d'en voir fleurir une victoire ! Ou à défaut de voir pourrir nos cadavres dans l'océan !

A cet instant, la wench déposait sur la table une bouteille, que La Noire paya. Puis, dans un silence insupportable, commença à boire avant de lâcher :

- Morbleu de merde, Jack. Jack mon pote, ici on est à Port-Suppure. Et à Port-Suppure, le Roi Pirate a tissé sa toile, il a des fils partout. C'est même son quatrième qui gouverne. Alors si tu pouvais éviter, à l'avenir, de crier sur tous les toits ce genre de choses...

Elle ajoute après un regard de biais pour la serveuse.

- Ici, tout se monnaye. Et pas que la vertu des putains. C'te p'tite serveuse m'inspire pas confiance, la pute.
- Mes excuses ! Il est vrai que ce n'était pas très prudent de ma part, ici et maintenant... Laissez-moi rectifier le tir !

Le lupan soupira et sorti son pistolet à poudre avant de le pointer sur la serveuse avant de lui tirer dessus sans crier gare.

- Ca t'apprendra à être indiscrète, misérable putain ! Y en a d'autres qui veulent jouer à ça, ou ça vous suffira ? Maudits rats puants ! Chiens galeux de traine-merde ! Le prochain qui me regarde de travers je lui enfonce mon sabre dans le gosier !

Black Jack voyais déjà les regards se tourner vers lui, la tension monter et surtout... quelques armes se tourner vers lui.
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Sam 27 Mai - 1:20
La Renarde avait survécu par plus d'un miracle avant de pouvoir à nouveau poser son pied sur les quais de la Suppure. La première chose qu'elle fit fut de changer de jambe, celle qu'on lui avait posée étant assez rudimentaire. Elle savait de source sûre que le gouverneur des lieux n'était autres que son ancien capitaine Henry Tarentt l'aracnor. Malgré tout elle ne vint aucunement le voir ayant trop peur des représailles que celui-ci avoir auprès d'elle.

Par chance lors d'un de ses alentours entre deux tavernes afin d'y récolter des informations, la rousse vit comme un rêve et un cauchemar à la fois. Phadransie la noire face à elle, tout d'abord elle crut à sa mort néanmoins l'écumeuse des mers fut bienveillante envers sa seconde et lui pardonna. Par la suite s'enchainna toutes sortes d'aventures et de mésaventures qui changèrent à jamais la Renarde.

Comme la plupart des soirées à la suppure la rousse avait pour mission de recruter l'équipage en vue des nouvelles sorties. Lorsque le Lupan et la Noire entrèrent, elle ne remarqua rien. Néanmoins lorsque la bête tira de sang froid sur la jeune serveuse, la détonation résonna dans toute la taverne et aux alentours. Ce qui fit se retourner la seconde qui vit alors la table deux capitaines. La Renarde se leva alors prenant sa chaise avec elle afin de s'asseoir à coté de la noire tout en saluant le capitaine Jack, le connaissant par sa réputation et par ses oreilles.

-Bonjour? Capitaine Black Jack je suppose? Je peux m'installer ?

Tout en souriant à l'homme bête
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Dim 28 Mai - 15:40
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

P.V



« 'bleu ! Tu sors d'où toi ?

Phadransie La Noire déboucha la bouteille de rhum que la serveuse venait de poser sur la table. Serveuse dont le corps inerte reposait encore au beau milieu de la Taverne par ailleurs. Mais avant même que la Rousse ait pu s'asseoir. Avant même que Black Jack ait pu dire quelque chose. Ou même que le goulot de la bouteille de rhum noir puisse embrasser les lèvres de Phadransie, jaillit des battants de portes menant aux cuisines un Virenpien portant un tablier crade ! Gesticulant, déblatérant, jurant sur May'Veal, le cuisinier et probablement patron de l'auberge se pencha sur le corps de la serveuse qui tâchait dorénavant le sol de façon fort généreuse -dont il l'aurait bien dispensé. Et le lascar dégaina d'on-ne-sut où un pistolet à silex qu'il braqua tour à tout sur chacune des tables de son auberge, exigeant que le ou les "fils de putain" qui venaient de faire ça se dénoncent ! Et il appelait à un duel à mort sur l'instant, devant la porte de son auberge !

Bien sûr, on ne tarda pas à rapidement dénoncer la table sur laquelle les Capitaine Black Jack et La Noire se posaient, ainsi que la Seconde de cette dernière.

- 'sont les deux putes avec le Lupan, là.

Cette fois, ce fut au tour de Phadransie de se lever ferme, saisissant son sabre qui crissa sinistrement contre e fourreau du baudrier lorsqu'elle l'extirpa !

- Qui tu traites de pute là, fils de pute ! Vas-y répètes pour voir ! Que je t'arrache la langue et te la fasse bouffer, enculé !

En même temps, La Noire se rendait compte que le sol paraissait danser sous ses bottes, ce qui était toujours mauvais signe lors d'un duel. Cela dit, la plupart des duels à mort de Port-Suppure étaient pratiqués par des duellistes ivres. Et bien souvent ivres morts. Ivres, la plupart des forbans jasaient pour un oui, pour un non. Mettaient des mains aux fesses pour un oui, pour un non. Rapinaient pour un oui, pour un non. Offusquaient pour un oui, pour un non. Et dégainaient pour un oui, pour un non. Les duels s'enchaînaient à la vitesse de l'éclair lorsque la nuit tombait sur la Suppure !

Déjà, le délateur avait extirpé son propre sabre qu'il pointait sur Phadransie, cette dernière monta sur la table, histoire de le toiser de haut, et il l'imita !

- Bah vas-y assume la donze ! Qu'es'ce tu m'cherches d'la merde ?
- Putain mais tu sais à qui tu parles petit enculé de siresse ?!

Et La Noire avait dégainé son pistolet qu'elle pointait sur son adversaire ! Prudents, La Rousse et le Capitaine Black Jack s'étaient déjà écartés de la table et de la gestuelle surévaluée de La Noire ! L'autre avait également sorti son pistolet, qu'il braquait sur la femme à l’œil noir !

- Comment tu m'as appelé, salope !
- Toi ! Comment tu m'as appelé, lardu cul merdeux ! Ta mère t'a finis à la pisse ou quoi ?!

A son tour, le Virenpien pointa son pistolet sur La Noire !

- C'est toi qui a tué ma serveuse !
- Range ça le lézard !
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir d'une pirate de bas étage !
- Tas de marauds à pétun ! criaillait La Noire en visant à la fois le cuisinier et le forban à l'autre bout de la salle, tant qu'elle n'en tanguait que plus sur la table !

Le forban tira, La Noire vit la balle de pistolet passer à quelques pouces de son épaule pour aller se ficher à côté de l’œil de Black Jack, dans le mur de la taverne, lui arrachant quelques poils au passage ! Elle répliqua immédiatement ! Mais, trop ivre pour bien viser, sa balle alla se perdre également sur le mur d'en face...décrochant la hache qui y était accrochée et qui vint s'abattre sur la tête d'un pauvre bougre qui dégustait un lapin à la rougail juste en dessous ! Le type en question n'eût jamais droit à la dernière bouchée de l'histoire sur le lapin. Excédé, ses camarades se saisirent également de leurs pistolets et ça pétarda à droite et à gauche ! La Noire, collée contre la Renarde, avait volé derrière une table retournée qui leur servait de bouclier et insultait à tort et à travers toute la salle ! Une tornade d'acier, de cuir, de balles perdues (ou pas !) et de poings s'était élevée dans la salle et chacun y allait de son petit coup ! Sans forcément qu'il n'y ait une raison d'ailleurs ! Phadransie aperçut même le Lupan fracasser sans ciller un tabouret sur le crane dégarni d'un ruffian qui aurait une magnifique bosse le lendemain matin ! On tapait ! On injuriait ! On riait !

C'était ce genre de soirée que l'on appelait à Port-Suppure ni malheureuse, ni animée, ni violente, mais "bonne". C'était simplement une bonne soirée à la Taverne de Maître Étrille, comme tant d'autres. Les morts, on les comptait le lendemain, on les pleurait sur le fait, puis la nuit venue on en riait !

Phadransie La Noire, Black Jack et La Renarde furent expulsés de la Taverne par une bande de gros bras qui les balancèrent, face la première, dans la fange merdeuse par les portes de derrière ! Les quelques rats qui tenaient réunion dans la rue détalèrent fermes ! La Noire se releva, titubant, et, après avoir essuyé son visage avec sa manche, plaça ses mains en porte-voix pour beugler, l'écume de sa haine aux commissure de ses lèvres sanglantes : "Petits fils de pute ! Pirates hors-ligne ! Cafards merdeux ! Traînes-savates !"

Et elle ajouta en brandissant, triomphant, son trophée :

- Vous venez de perdre une bouteille de rhum, enculés ! Et yo ho ho !

Elle hoqueta et tourna la tête vers Black Jack et la Renarde, occupés à se nettoyer.

- Bah quoi ? Tirez pas cette gueule d'enterrement ! 'toute façon la pute qu'on a buté était laide et boitait ! Faut pas s'en étonner ! Ce débauché de Virenpien faisait des manières ! J'incendierai son auberge, demain.

Elle se mit alors en route, reposant avec minute son tricorne sur sa crinière brune.

- Bon. On va voir Tarentt ou on s'encule à sec ? »
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Lun 5 Juin - 18:16
Le coup était parti trop vite pour que le capitaine Black s'en rende compte. La balle frôla son visage, non loin de l’œil et lui arracha une partie de fourrure. Il se mit alors à rugir comme un dément et se saisit de son sabre avant de le ficher dans le forban le plus proche, lui faisant sortir les entrailles. Il ne fallut pas longtemps avant que le lupan encaisse de nouvelles répliques. Des coups de poing, quelques entailles dues à des poignards, et d'autres blessures qui ne manquèrent pas. Jack essaya à la fois de se faire discret, mais aussi de frapper aussi vite et furtivement que l'ombre.

La bagarre fut rude dans la taverne, et l'un des adversaires du Black Jack finit même avec une chaise éclaté contre le crâne. Bien vite la situation dégénéra pour finir dans les caniveaux de Suppure. Le lupan pesta non point pour ses blessures mais pour les entailles et tâches à ses vêtements d'autant que les rues de cette citée était sales et puantes. La Noire se mit à beugler aveuglément envers les misérables qui avaient osé les jeter dehors avant de se tourner vers ses deux comparses. Jack semblait quelque peu agacé et la pirate leur lança alors à lui et sa seconde :

- Bah quoi ? Tirez pas cette gueule d'enterrement ! 'toute façon la pute qu'on a buté était laide et boitait ! Faut pas s'en étonner ! Ce débauché de Virenpien faisait des manières ! J'incendierai son auberge, demain.
- Je ne regrette absolument rien ! Quant au fait d'incendier ce boui-boui infâme... ça me semble être une idée judicieuse. Ça décrassera un peu cette ville...

La Noire ne sembla pas faire attention aux paroles du Black Jack et rajusta son tricorne tout en prenant les devants. Elle se tourna finalement vers ses deux compagnons d'infortune pour leur lancer des piques.

- Bon. On va voir Tarentt ou on s'encule à sec ?
- L'idée de faire des choses avec vous, mesdames, ne m'est pas déplaisante, mais je n'escompte pas vraiment m'y atteler, et certainement pas ici et maintenant ! Pour l'heure, c'est Tarentt qui m'importe. Ouvre le chemin, La Noire, on te suit !

Jack se tourna brièvement vers La Rousse et lui jeta un regard froid et critique.

- Quant à vous... Je ne sais pas d'où vous sortez, mais vous êtes complètement malade ! S'installer à notre table comme si de rien n'était au beau milieu de ce merd... bazar... Force est de constater que vous êtes presque aussi cinglée que votre capitaine !

Il laissa planer le doute un instant, faisant silence avant de reprendre.

- Soit vous êtes sacrément téméraire, soit vous êtes complètement inconsciente... On va bien s'entendre ! Mouahahahah !

Jack se mit à rire d'une voix gutturale qui n'était pas vraiment aux goûts de ces dames. Il continua de sourire, l'air amusé, tentant de se rendre un peu plus présentable qu'il ne l'était à cause de tous ces événements. Tout en continuant leur chemin vers l'endroit où se terrait le gouverneur de Suppure, Black n'hésita pas à y aller de ses petites remarques.

- Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant amusé ! Cette bagarre de taverne avait un petit goût de nostalgie !
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Sam 10 Juin - 10:53
La rousse était consciemment venue à la table des deux capitaines. Elle s'y savait dans une certaine protection, s'évitant une balle perdue ou un simple bagarreur contre qui elle ne pourrait pas se défendre. Lorsque le chaos débuta elle se mise entre le loup et la noire en ne tirant que trois balles de ses pistolets afin de défendre sa capitaine d'assauts fourbes dans son dos.

Une fois qu'elle se fit jeter avec ses camarades à l'extérieur de la taverne, elle rechargeât ses pistolets puis remit en ordre ses vêtement

-Je pense que la brûler n'est pas nécessaire ça ne servirais trop à rien. ça ne nous attirera que plus d’ennemis mieux vaudrais leurs piller leurs or.

Puis la Renarde se tourna vers l'homme loup le regardant dans les yeux d'un air souriant.

-Je pourrais dire la même chose que vous quand avec la pauvre serveuse. Quand a moi, tout était réfléchi rien est laissé au hasard. En tout cas allons-y

En suivant sa capitaine de près

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