L'Aube des Mondes
Bonne visite dans notre univers.

Sam 20 Mai - 15:23
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Je t'implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
Ô fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

Hugo



Le Pygargue songea à se cacher bien vite derrière la gloriette si d'ordinaire le mari de sa nièce venait le trouver. Mais il se corrigea de lui-même. Le devoir était le devoir. On ne pouvait le fuir. Si il se devait à sa belle-famille, autant que les embarrassantes civilités soient faites. Ajustant son haut-de-chef ainsi que les manchettes de sa chemise, Le Pygargue s'avança vers les jeunes mariés. En cet instant, d'aucun aurait pensé en le voyant que l'élégance d'un tel homme ne paraissait point avoir souffert de dix années d'aventure. Il tendit la main au jeune Sebastian de la Maison De la Mole, qu'il serra avec fermeté.

«  Michaël Vinzent, c'est bien cela ?

Après un regard et un sourire pour sa nièce, pendu au bras du bonhomme, et qui souriait ailleurs, il croisa les deux yeux azurs qui le fixaient dans l'attente d'une réponse.

- Toutes mes félicitations pour cette union.
- C'est un immense honneur pour moi que de pouvoir contempler en ces noces votre éminente personnalité. Vous fûtes introduit à la cour, si je ne m'abuse ? Et récemment.

Le Pygargue n'avait point envie de s'attarder.

- Votre main aurait fait tant de miracles, souriait Sebastian sous sa moustache et son haut-de-forme. Que le Royaume en soit aggrandi, Commodore De Everhell !

Il fut rapidement accaparé par l'arrivée de Lancelm, qui, en bon Xen et maître de Maison (le Chevalier De Everhell, comme l'on aimait à le comparer) souhaitait discuter affaires. Hilena se jeta au cou de son oncle.

- Vous êtes venu, lui murmura-t-elle à l'oreille.
- Était-il question que je manque votre mariage ?

Il la serra dans ses bras, tout en ayant l'impression de ne point se trouver à sa place. La présence de Horace De Klemmens l'aurait réconforté. Il se retira tôt, en début d'après-midi, afin de joindre le temple de Kert'An où il pria pour l'agrément de Hilena. Son absence fut très peu remarquée. Personne ne la critiqua.

*



Á l'attention de la Souveraine du Royaume, Sa Majesté la Reine Amäly Tahora'Han, sous le regard de Thaä et de tous les Dieux, Mère du plus grand état d'Arcaëlle.

Ainsi que de Son Éminence, le Général Sal'Han, à lui seul l'honneur du Royaume et l'horreur des nations ennemies.

Pour avoir soin de vous écrire en ce jour, Ô ma Reine, Votre Éminence, faut-il l'annonce d'une nouvelle qui, je le préjuge, vous réjouira autant qu'à moi. On la vente, on la loue ; Mon cœur y consent. Je m'affligerai si, demain, vous n'eûtes pris part à la commune joie que voilà aujourd'huy, à cause d'une annonce mal -ou point- communiquée en mes soins.

Afin d'éviter tout sujet de triomphe infécond, je m'en vais, si Votre Sublime Majesté, Votre Éminence Général, me le permettez, passer droitement au lieu que je désire mettre en lumière derrière les mots.

Votre Sincère Dévotion au Royaume, Votre Éminence, eût l'idée qu'il serait possible, avec de la bonne adresse, d'élever de simples marins au service de Hytraz, en guerriers et officiers au service de la Marine Royaliste droitement sous les ordres de Sa Majesté Amäly Tahora'Han.

Déjà ce bruit glorieux frappa mes oreilles ; et je le voulus partout à bord du Reanspell publier hautement, aussi braves marins que Royalistes corsaires. En icelluy fut ladite idée exposée, non escripte au moyen de lettres, non en papier, non en parchemin, mais présentée librement par ma bouche aux marins concernés directement. Mes propos fut à la maistrance, à la marine régulière, à tous ceux-là qui me suivirent durant dix ans par delà l'horizon, et que si on les pourroit élever officiers de la Marine Royaliste, à Votre Service, Majesté, Votre Éminence, ils en seraient grandis, dans leur corps ainsi que dans leur âme, selon vos promesses.

Qu'aurait eu de facheux pour le Royaume ce discours populaire ? Ces sujets-là que je loue surent jadis me plaire ; ils possèdent tous une âme, vivent, Ô Majesté, sous vos lois, et aiment la patrie. Ainsi, vanter sa valeur, ce fut honorer cette offre.

Tous accèptèrent, en une voix commune, et je vous prie de présumer, Votre Majesté, Votre Éminence, en l'annonce que je m'apprête-ci à vous dévoiler.

Des quarante-neuf âmes en service aux bords du Reanspell ainsi que du Prince de Hytraz qu'il me fut donné de commander, toutes ont consenti à joindre les rangs de Notre Marine. Je préjuge que la maistrance conservera son titre, et que les officiers préserveront le leur dans cette nouvelle entreprise qui nous attend. Bien peu après, les voix de ces corps-là s'élevèrent pour le mieux. Les voyant tant fort se despiter, craignit qu'on y fasse quelques actions de mauvaises foi, je voulus y mettre ras, bs, mais les entendit élever le nom de Sa Majesté à même les quais de notre capitale.

Quatre moys après notre entrevue, Ô Majesté, cil qui jadis honorait à vos pieds, courtoysement se mit en milieu d'eux, et joignit sa voix à la leur afin de vous faire parvenir ces nouvelles-ci du Prince de Hytraz. La nation se trouverait aggrandie de ses quarante-neufs âmes -compris celle du Capitaine De Klemmens tout autant que la mienne- que votre autorité et votre bonté passeraient corsaires.

Chaque bouche engagée dans le sabord pour les années à venir se fera à la gloire de votre nom et de celui du Royaume. J'ai commission pour mettre Port-Suppure aux fers, si Votre Éminence le désire. Je mourrois volontiers en mon métier pour servir le Royaume.

Et apprenez en ce jour, Ô Divine Majesté, que quarante-neuf âmes aussi.


Tout à votre Service,
Votre Humble Serviteur,

Commodore Michaël Vinzent De la Maison Everhell.



Le Pygargue déposa la plume sur le coin de son bureau, cacheta la lettre, y déposa le sceau de sa Maison. Puis il referma l'encrier, éloigna l'écritoire et se leva. Il était si tard. Bientôt, l'aube se lèverait. Il songea alors tout-à-coup qu'il avait promis à Mashaëlle de dormir avec elle, cette nuit. Encore une fois, le travail les avait tenu éloigné tous deux. Il se demanda si il devait s'en inquiéter. Plus de quatre mois qu'il était rentré de course, et il n'avait pas trouvé le temps de toucher sa femme.

D'un autre côté, songea Le Pygargue en se levant, Mashaëlle était encore jeune, et avait le temps pour enfanter. Il ne se voyait point devenir père du jour au lendemain. Pis, un père absent. Il songea à Bervers, puis à Hilena, et il dû avoir recours à un verre de vin afin d'apaiser la colère qui montait en lui. Depuis combien de temps ne s'était-il plus envolé ?

Hier, ce devoir d'époux le mettait en haute estime. L'effort qu'il fit -ou ne fit jamais !- afin de l'accomplir aujourd'huy le rongeait. Mais tant de temps avait passé. Et tellement de travail, tous les soirs. Si digne d'un grand cœur que chacun dans la noblesse devait admirer son courage et son amour.

Du moins, si l'on en croyait Hilena... Le Pygargue ouvrit la fenêtre, laissa l'air froid de la nuit caresser son visage. Il songeait à Hilena. Sa nièce était-elle heureuse ? Son époux lui convenait-il ? Voilà deux jours qu'ils étaient mari et femme, sous le regard de la Déesse. Il avait l'impression que ce mariage lui avait ravi sa nièce. Il n'avait rien pu faire afin de l'aider. Certes, les noces avaient été retardés de plusieurs mois, faute à la Maison De la Mole, mais cela n'avait ni aidé Hilena à se faire à l'idée de devenir épouse, ni lui à l'idée de voir lui échapper définitivement, et entre les mains d'un autre, sa nièce adorée. Il avait planté un rosier avec elle, et souvent, jusqu'au jour du mariage, allaient tous deux en renifler les parfums sous la croisée.

Il se sentit soudainement fort mélancolique.

Il remit la lettre qu'il destinait au Général Sal'Han à un majordome, qui avait pour ordre de la porter dès la première lueur de l'aube à un valet de la Maison. Lui même, irait à dos de cheval la remettre à la cour Royale. Il fut surpris d'entendre derrière lui des pas, puis taper timidement à la porte de son bureau. En hâte, il arrangea le col de sa chemise et referma fenêtre et rideaux.

- Hilena ?
- Oncle Vinzent.

Son visage se découpait parmi l'encadrement de la porte, au clair de lune. Elle lui souriait timidement. Elle a des façons tellement charmantes, songeait Le Pygargue en la laissant entrer, déplorant son habillement. Il se sentit si nu, déchaussé, qu'il rattacha à la hâte le premier bouton de sa chemise à jabot.

- Pardonnez-moi la vision que j'offre à vos regards, s'excusa-t-il en lui avançant la chaise. Je ne m'attendais point à vous voir.

Hilena s'y posant, séant, retroussant l'ourlet de sa robe. Une femme, maintenant. Vingts ans. Bientôt mère. L'avenir de la Maison.
Le Pygargue fit apporter du thé pour les tenir éveillés quelques instants, et pour les réchauffer.

- Comment vous portez-vous ?
- Est-ce là une façon de me demander si ma nuit de noce me fut agréable ?

Le Pygargue fut tant surpris du timbre direct de sa nièce, qu'il tarda à lui répondre. Le majordome servit le thé puis se retira.

- Que ma nièce épargne ma gêne. Vous faites beaucoup de conte d'une simple question.
- Et vous forcer à rougir devant moi ?
- Assurément.

Le Pygargue but une gorgée de thé.

- Le sujet est délicat.
- C'est pour cela, consentit-elle, que je ne peux me confier qu'à vous. Les hommes, on les instruit dès qu'ils en ont l'âge. Cela est si injuste. Nous, les dames, devons tout apprendre sur le faîte. Et nous ne disposons que d'une seule nuit pour le faire.

Le Pygargue se garda de répondre que personne ne l'avait instruit jusqu'au jour de son propre mariage.

- Vous apprécierez avec le temps, fut le conseil qu'il jugea le plus sage de donner à Hilena.
- Et vous, Oncle Vinzent, -il remarqua seulement maintenant la rose rouge qu'elle tenait entre ses doigts et qui décorait la broche de sa chevelure- vous avez réussi à apprécier avec le temps ?

La conversation prenait alors une tournure qui le gênait.

- Maître De la Môle dort ?

Hilena acquiesça.

- Lancelm a aménagé notre chambre tout au bout de l'aile ouest du manoir.

Et elle soupira.

- Pratiquement à l'opposé de vos quartiers.
- Personne n'est plus élevé dans la fonction que Lancelm, adjugea Le Pygargue. Il a dû abandonner la vision d'un enfant qui vous aurait pour mère, et m'aurait comme père.
- Vous êtes-vous élevé contre lui, ce jour là, mon Oncle ? Demanda Hilena. Avez-vous défié votre père afin de préserver mes intérêt ?

Le Pygargue, apaisé, ne songeait plus qu'au bonheur d'avoir pu tenir tête, au moins sur ce point, à son père.

- Je souhaitais préserver bien plus que vos intérêts ce jour-là, Hilena.. Vous méritez tant bien mieux.
- Comme Sebastian De La Môle ?

Le Pygargue posa sa tasse sur le bureau.

- La Maison De La Môle est une bonne maison. Elle vous agréera. Et votre époux n'est point autant âgé que moi. Vous devriez vous estimer satisfaite. Kert'An fut bonne à votre égard.
- Non point la Déesse, répondit Hilena, s'il vous plaît, mais Lancelm. C'est Votre Père qui mène toutes les choses de la Maison.
- Il n'est point seul en ses affaires, lui répondit le Pygargue. Et il dispose aussi de mon soutien.
- Vous m'auriez marié de force ?

Ses yeux brillaient tant qu'on aurait pu la croire sur le point de pleurer. Comme si il venait de la gifler. Cette seule pensée le fit paniquer.

- Allons ! Jamais, vous le savez bien !
- Oui...

Elle termina également sa tasse de thé, parut se détendre.

- Quand repartez-vous ?
- Je suis invité demain à la cour de Uoc'Thuy, pour le procès des pirates que j'ai ramené des océans de l'est. Puis je recevrai également le Lieutenant Jonathan Drake à bord du Reanspell, lui fit Le Pygargue pour toute réponse.
- Je ne l'ai jamais vu. Est-il convenable ? Demeure-t-il bon marin ?
- Son nom fait honneur au Royaume, reconnut Le Pygargue. Il vous plairait, je le pense.

Hilena s'étira, et les courbes frémissantes de ses ailes eurent le don de captiver le regard du Commodore. Elle déposa, en dernier présent, la rose rouge sur le bureau de son oncle puis se dirigea vers la sortie.

- Ne restez-vous point plus ? s'étonna ce dernier.
- Pour y faire quoi ? La nuit est déjà très avancée Oncle Vinzent.
- Laissez-moi au moins vous raccompagner.

Elle refusa tout d'abord mais, épris de bonnes manières, Le Pygargue lui tint tête et la raccompagna. Hilena ne rentra point au lit de son époux ce soir-là. Ils passèrent le reste de la nuit à voler sous les étoiles. Lorsque l'aube s'éveilla, Le Pygargue courut au temple d'Uoc'Thuy le plus proche. Il avait l'impression d'avoir terriblement pêché. Son cœur battait fort à l'intérieur de sa poitrine.
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Dim 28 Mai - 17:20
De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n'es plus près de moi ?

Hugo



«  Démentez-vous, Messire De Everhell, connaître le Capitaine Mzékil Finn Frownin' Morgan, commandant de la polacre nommée King Finn et condamné à la perpétuité sur Ray'Bauz pour piraterie ? clamait le Comte Walterion, juge suprême du tribunal qui faisait le procès des pirates du Reanspell à Hytraz.

Comme le bras, la voix aussi possède sa tâche virile, songeait le Pygargue à la barre en observant le juge Xen.

- Je ne le connais point, assura-t-il.
- Mais vous connaissez Vegga Vortensen, Capitaine pirate de l'Orageuse ?
- De nom, Excellence.
- Pardon ?
- De nom, Excellence !
- Et vous connaissez le Capitaine pirate Joly Cutler ?
- Point.
- Pardon ?
- Je ne le connais point !
- Ces trois pirates participèrent il y a de cela plus de deux ans au raid de notre capitale sur Ray'Bauz ! Et vous, qui vous prétendez chasseur de pirates, ne les connaissez point ! Vous qui avez passé dix ans en mer à protéger nos fiers vaisseaux en écartant la menace pirate ! Et ces noms ne vous disent rien ! Allons ! Avez-vous au moins entendu parler de la Capitaine Phadransie La Noire ? Ou cela ne vous dit rien non plus ?
- J'en ai entendu parler...
- Parlez plus fort par Uoc'Thuy !
- J'en ai entendu parler !
- Donc, démentez-vous toujours ignorer qui sont les Capitaines Joly Cutler et Frownin' Morgan qui mirent à feu et à sang notre capitale il y a quelques années en s'alliant avec Phadransie La Noire ?
- Je n'eus point le déplaisir de les rencontrer, Excellence.
- Mais vous êtes un chasseur de pirate ?
- Je l'étais, à cette époque Excellence. Aujourd'huy je suis Commodore de Sa Majesté, dans la Navy.
- Pardon ? Parlez plus fort que diable !
- Je le fus à l'époque, Excellence ! Mais aujourd'huy je suis Commodore de Sa Majesté et je sers dans la Navy du Royaume !

Le Comte Walterion se gratta la gorge avant de trifouiller dans sa paperasse. Du haut de son piédestal, il dominait toute l'assemblée de plusieurs têtes. Jamais ses ailes, de couleur orange vive, n'avait paru si étincelantes ! Le Pygargue remarquait surtout qu'elles saupoudraient dans toute la salle, faisant éternuer quelques-uns des pirates humains, enchaînés, et qui faisaient les accusés. La voix du juge était acerbe et claquait comme la lanière d'un fouet, pensait le Pygargue. Et pour l'instant, et depuis un bon moment déjà, c'était sur son dos à lui que le fouet claquait !

- La fierté n'est plus de saison ! clama le Juge tout en farfouillant dans sa paperasse.

Le Pygargue se demanda bien quel intérêt Walterion pouvait bien trouver à avoir placé cette phrase au milieu du procès. Sans doute était-ce une pique qui lui était, à lui De Everhell, personnellement adressée. Le juge reprit en faisant tressaillir ses grandes ailes :

- L’aliénation de cette humaine, arrêtant notre hardiesse sur Ray'Bauz, en des jours ténébreux a changé nos beaux jours. D’adorateurs hérétiques à peine en petit nombre osèrent des premiers temps nous retracer quelque ombre. Le reste pour nos Dieux montre un oubli fatal, ou même, s’empressant aux autels de faux dieux, se font initier à leurs honteux mystères et blasphèment les noms qu’ont invoqué sur Arcaëlle leurs pères.

Le Pygargue se racla doucement la gorge. Etaient-ce les pirates qu'il avait ramené, ou lui-même qui faisait l'objet d'accusé dans ce procès ? On pouvait se le demander. Il dû faire un effort pour se rappeler qu'il était posé à la barre des témoins, et non des accusés. Pour peu, le Comte Walterion le traiterait d'hérétique ! Mais le Comte, avec autant de zèle que toute l'audition aurait pu en contenir, poursuivait, saupoudrant la salle entière tandis que les pirates s'étouffaient dans leur toux.

- Je tremble que le RoyaUme, à ne vous rien cacher, vous-même du Prince de Hytraz vous faisant arracher, voit nos ennemis achever sur lui ses vengeances funestes et par le biais d'un militant aveuglé ne dépouille les restes. Je...
- Excellence. le coupa le Pygargue.
- Tantôt à notre Reine vous vous peignez admirable, tantôt, vous entendant aujourd'huy, vous vous peignez abusé. Il lui feint qu’en un lieu que vous seul connaissez, vous prétendez avoir récupéré le bâtiment nommé "Reanspell" des mains de cette Phadransie La Noire.
- Excellence, est-ce vraiment le rôle de ce procès que de chercher à déterminer la nature de ce qui m'abusa, ou ne m'abusa point ?
- Silence ! glapit le Juge en fracassant sur le bureau son petit marteau !

Il suait abondamment et saupoudrait abondamment. Le Pygargue, patient, se tût.

- Prétendez-vous, Messire De Everhell, ne jamais avoir rencontré celle que vous avez reconnu connaître sous le nom de Phadransie La Noire ?
- Je ne l'ai jamais vu, Excellence.
- Quoi ? Pardon ?
- Je ne l'ai jamais vu, Excellence !
- Pourtant vous êtes parvenus à lui reprendre le Reanspell au nom du Royaume ! Le long des côtes de Youëh, en Zaï'Lou, selon vos écrits !
- Ceci est la vérité.
- Parlez plus f...
- Ceci est la vérité !
- Et vous n'avez jamais rencontré Phadransie La Noire ?
- Non, Excellence. Elle n'était point à bord lorsque je pris possession du Reanspell au nom du Royaume.
- Lorsque vous...?
- Lorsque je pris possession du bâtiment nommé Reanspell, Excellence, au nom du Royaume !
- Donc vous prîtes possession du Reanspell, Messire De Everhell, sans n'y trouver point de résistance ! Est-ce bien cela ?
- Ce n'est point ce que j'ai voulu dire, Excellence, répondit le Pygargue humblement. Je repris le Reanspell sur les côtes de Youëh afin de l’offrir à Sa Majesté par qui règnent le Royaume. Aussitôt assemblant nos officiers, nos ailés, nos marins, nos guysamiers, je me déclarerai sur le Reanspell amarré le maître à bord, au nom du Royaume. Cependant se trouvait là, séparés de leur Capitaine, équipage de criminels, ne répond encor qu’au nom de forbans, et se croyant quelques enfants rejetés par leur mère, a qui j’ai par pitié daigné servir de père.
- Que nous importent les affaires de Thaä que vous mêlez irrespectueusement à ce procès ?
- Ce que ma bouche souhaitait simplement dire, Excellence, fut que si j'amenais jusqu'à vous en ce jour l'équipage qui servit à bord du Reanspell, et qui monta à son mât un pavillon noir, c'est la cause que, n'y trouvant point celle qui leur servait de Capitaine, je ne pus la ramener avec moi également.
- Je n'ai point entendu, Messire De Everhell ! Faîtes-vous audible par Uoc'Thuy !
- Ce que ma bouche souhaitait simplement dire, Excellence, fut que si j'amenais jusqu'à vous en ce jour l'équipage qui servit à bord du Reanspell, et qui monta à son mât un pavillon noir, c'est la cause que, n'y trouvant point celle qui leur servait de Capitaine, je ne pus la ramener avec moi également !

Le Pygargue se félicita de ne s'être point emporté. Pour peu, il aurait crié. Mais le juge Walterion paraissait cette fois l'avoir bien entendu. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres et ses ailes amenèrent les accusés au bord de la crise d'asthme !

- D'où avez-vous dis connaître la Capitaine Vegga Vortensen, ainsi que la Capitaine Phadransie La Noire, Messire De Everhell ?
- J'eus vent de ces noms par les écrits que je reçus à bord du Prince de Palmyre Excellence !
- Et que racontez ces écrits ?
- Ils dépeignaient des forbans déguisés, dont la hargne folâtre s'était amusée à incendier et piller nos terres, sur Ray'Bauz !
- Vous parlez de Maäl ?
- Je songe à Maäl, si fait !
- Donc vous connaissiez les Capitaines Vortensen et Phadransie La Noire au moment de la prise du Reanspell, car vous étiez au vent des récents et malheureux événements en vigueur sur Maäl ?
- Ceci est exact.
- Cependant, n'ayant point trouvé la Capitaine Phadransie La Noire, et la sachant non loin, vous avez tout-de-même renoncé à sa capture, ceci afin de récupérer le Reanspell, mettre au fer son équipage, ceux que vous appelez vos "enfants"...
- C'était note d'humour Excellence, je ne souhaitais nulleme...
- Ceux que vous venez d'appeler vos "enfants" ici-même au cœur de ce procès ! Et tout cela en ayant parfaitement connaissance du raid ayant frappé en plein cœur Ray'Bauz ! Mais, comme le Reanspell était à vous, et que vous désirez ardemment l'offrir au plus vite à Sa Majesté, vous avez fait cas de celui de sa Capitaine ! Pouvez-vous confirmez cela, Messire De Everhell ?

Le Pygargue se sentit défaillir. Sa seule défense fut d'avancer :

- Vous conviendrez qu'il est bon que ma conscience ait saigné, puisque Sa Majesté ne se plaignit point du retour du Reanspell.
- Nous avons tous droit d'aspirer à lui plaire, conclut le Juge Xen. Messire Mickaël Vinzent De Everhell, Commodore, vous pouvez disposer. La cour vous remercie de votre témoignage. Nous allons à présent statuer sur le sort des prisonniers.

Le Pygargue regagna son siège. Était-il dans ses usages de fermer toutes portes qu'on lui fermait au nez ? Il dû digérer sa défaite face au Comte Walterion.

~



Le Pygargue quitta le temple d'Uoc'Thuy après plus d'une heure de dévotions. Il avait grande soif, et ses jambes étaient engourdies à force de rester trop longtemps prostrées. Dehors, l'air marin le revigora. Le port, sans être proche, ne demeurait pas loin non plus. Il avait à présent rendez-vous avec Maître Jonathan Edward Drake, à bord du Reanspell pour les formalités d'usage et les passassions. Ce rendant à bord de son bâtiment, il croisa Horace De Klemmens, en train de fumer, accoudé sur le bastingage du trois-mât carré. Les deux compagnons se saluèrent.

- Quelles sont les nouvelles à bord du Reanspell, Maître Klemmens ? Avez-vous remarqué la voilure que je fis remplacer et restaurer ?

Horace De Klemmens jeta sa cigarette par-dessus bord.

- Si fait, Mickaël. L'usage seulement ne fait point la possession. Il vous fallait restaurer les trous béants de toute cette toile.

Le pygargue jeta son regard sur le cabestan désarmé. Douze barres qui faisaient comme les rayons d'une roue. Normalement, et lors de l'appareillage, douze marins devaient être à chaque barre. Mais le bâtiment devait rester en panne encore quelques semaines. Le Général Sal'Han n'avait de toute façon point encore communiqué ses ordres au trois-mât.

- Le font du navire est propre, nettoyé. Point de vers.
- J'ai remarqué cela, répondit Klemmens.
- Voila une vraie et acquise gloire.
- C'est ce qui m'étonne de te trouver avec la mine bien morose depuis plusieurs jours, Mickaël.

Le Pygargue regardait la ligne d'horizon tout au loin. Il soupira.

- Que prétendez-vous, Horace ?
- Que vous avez fauté.

Il se demanda, l'espace d'une seconde, comment son ami pouvait voir si clair en lui.

- L'empire des ombres se nourrit de fiel, avança Klemmens. Le procès s'est mal passé ?
- Son Excellence le Juge Walterion a rendu verdict. Qu'ils allassent ou qu'ils vinssent, qu'ils bussent ou bien qu'ils mangeassent, on les eût pris de bien trop de pitié, à ses dires. L'endroit où gît désormais cette engeance hérétique, sont les geôles du Royaume. A perpétuité.
- Un bon jugement, consentit Klemmens. Cela te chagrine ?
- Nullement. Hormis le fait que la Maison Walterion ne se gâcha point le plaisir de s'attaquer à la mienne.

Horace De Klemmens suivit du regard le vol léger d'une mouette qui finit par se poser sur une vergue.

- Lancelm ripostera. Il y a autre chose.

Le Pygargue ne répondit pas.

- Je ne pensais point à Lancelm.
- Je t'avertis d'y penser. Ton père n'est point chevalier pour rien.
- Il y a du vrai dans vos paroles.
- Mickaël.

Klemmens avait posé une main sur l'épaule du Pygargue, l'obligeant à le regarder. Son regard s'était fait profond, pénétrant. Et sincère. Klemmens était inquiet pour son commandant et ami.

- Il y a quelque chose qui vous trouble. Je puis le sentir. Moi qui ai passé dix ans de ma vie à vos côtés. Dites-moi. Quelle est votre faute, et quel et votre tourment ?
- J'ai enduré mainte dure fortune, sur les flots, royaume de May'Veal, commença le Pygargue. J'ai enduré mainte fortune aussi dessus la terre, en proie de souci. Or, tous ses malheurs, j'ai su les surmonter. Je le pense.
- Et ? le pressa Horace.
- Je demeure dompté par des yeux, Horace. Des ailes, et des yeux. Des ailes qui me font une guerre cruelle, cruelle autant qu'elle semble nouvelle.

Le Capitaine du Prince de Palmyre expira, et s'alluma une autre cigarette qu'il porta entre ses lèvres pincées.

- Aimes-tu ?
- Cela se peut. Mais cela ne devrait point être.
- As-tu pêché ?

Il se extirpa une première bouffée.

- Mickaël. As-tu commis le crime d'adultère ?

Le Pygargue soupira.

- Non.

La voix d'Uoc'Thuy semblait flamber à travers les yeux de Horace De Klemmens. Et la fumée de sa cigarette !

- Alors abstiens-toi en.
- Je prie, mon cher ami. Je me rends tous les jours au temple d'Uoc'Thuy.

Mais comment voudriez-vous que je puisse échapper au cœur qui habite dans ma propre Maison !

- Une amie à toi ?
- On...On peut dire cela.

Klemmens suivit de nouveau une mouette du regard, qui alla se perdre dans la gueule d'un nuage.

- Tiens-toi en éloigner, je te le conseille. Ne fâche point la Déesse. N'oublie point que tu es marié. L'adultère est un crime. Un aristocrate, contrairement à un pirate, fait ce qu'il doit, et non ce qu'il veut. Ton devoir est auprès de Mashaëlle.

Il arqua en l'air un sourcil.

- Ton devoir est auprès de Mashäelle, répéta-t-il. Aussi déplaisant que cela puisse parfois être pour nous autres, hommes.
- Sans doute avez-vous raison, Maître Klemmens.
- Aie l'âme pleine de foi et de raison.

Le Pygargue s'adossa contre le bastingage, tournant son regard azur vers le port.

- Je ne l'oublierai point.
- Après avoir longtemps erré sur les rives bleutées, peut-être est-il temps d'enfanter.
- Mashaëlle me demandera raison de ma soudaine ardeur, m'est avis.
- Et bien donne-lui des raisons de ne plus en demander. conclut Klemmens en arrangeant le col de son poirpoint.

Le Pygargue pressa son Capitaine d'un pression de la main sur le bras.

- Voyez. Le Lieutenant Drake approche.

Horace De Klemmens arrangea son haut-de-forme avec minutie. Ses bottes étaient lissées impeccablement, remarqua le Pygargue. Comme les siennes. Comme celles du jeune humain qui arrivait, le regard ombragé sous la lisière de son chapeau.

- En voila un qui a fait au moins l'école à feu de Hytraz, constata Klemmens.

Le Pygargue ne releva point. La démarche de Jonathan Drake était légère, comme le vol d'un oiseau.

- C'est un orphelin enrôlé dans la marine par quelque parent, poursuivit Klemmens.
- Le connaissez-vous ?
- L'un de mes parent est Amiral. Il le connait.

Le Pygargue accueillit d'une poignée de main le jeune humain qui se découvrit.

- Bienvenu à bord du Reanspell, Maître Drake.

Klemmens fit de même.

- Enchanté de vous revoir.

Le Lieutenant les gratifia d'un hochement de tête respectueux.

- Plein de feu qu'en son cœur souffla l'esprit du Royaume, ce bâtiment terrassera l'hérésie et il foudroiera le mal qui gangrène Arcaëlle. Venez, que je vous le fasse visiter. »

Jonathan Drake suivit le Pygargue le long du passavant bâbord impeccablement vernis.


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