L'Aube des Mondes
Bonne visite dans notre univers.

Mar 10 Mai - 0:19
Cela faisait plusieurs jours que j'avais quitté Sëya pour sa propre sécurité et pour faire route vers Iri’Läa afin d'y trouver peut-être un remède à mon mal, ou quelqu'un qui soit apte à le soigner. Elle me manquait déjà terriblement, et seul le fait que je sois dans un état aussi inhumain me retenait de faire demi-tour pour la rejoindre. Maïa et Brohmac faisaient route à mes côtés, s'assurant que je ne ferais de mal à personne. Tous les soirs, j'étais solidement enchaînée pour ne pas céder à mes instincts, toutes les nuits je restais éveillée, sans pouvoir trouver le sommeil. Mon état était vraiment inquiétant.

Maïa:
 

Brohmac:
 

Maïa avait tenté de me faire suivre un régime alimentaire spécifique, excluant absolument toute forme de viande. Ça n'était pas passé, au contraire, j'avais fini par vomir tous mes repas et mon état redevint cadavérique. Les murmures n'avaient fait qu'amplifier à ce moment là et elle se rendit à l'évidence que le régime végétarien ne m'allait absolument pas. Elle essaya tout, les repas mix, la viande cuite… cela ne fonctionna pas tellement mieux. Encore une fois cela me fit vomir. Seule la viande crue et le sang passaient. La viande d'herbivore me donnait pas mal d'aigreurs d'estomac et ne me contentait pas des masses, mais elle était toujours meilleure que la viande cuite ou n'importe quel autre aliment. Ce que je préférai par dessus tout, c'était la viande de prédateur… De l'ours, du loup, ou encore d'autres petits mammifères omnivores…

Mais je n'avais pas faim de ce genre de viande… Non… ce que je voulais, c'était de la viande d'arcaëllien, de la chair et du sang de Xen, de Tahora, de Mzekils ou même de Virenpien… tout cela me semblait tellement plus alléchant, plus appétissant. Je regardais parfois Maïa avec une profonde envie de lui arracher un ou deux morceaux de chair. Elle s'en rendit sûrement compte et avait de plus en plus de mal à rester calme quand je lui adressais la parole à présent. Brohmac, lui, gardait un sang froid hors du commun, mes regards insistants le laissaient de marbre. Mais en tant que Lorcq il savait… Il savait ce qu'était la soif de sang… Cette faim qui pouvait vous tirailler au point de vous donner envie de tuer pour manger. Je le sentais dans son regard, il connaissait cette sensation, mais il avait appris à la maîtriser depuis longtemps, il avait appris à toujours être capable d'avoir de quoi se sustenter et ne pas céder à la rage meurtrière, poussé par la faim.

Parfois il posait la main sur moi et me faisait non de la tête quand j'avais un regard trop insistant. Ses yeux jaunes étaient perçant, et j'avais l'impression qu'il pouvait lire en moi. Je le trouvais pourtant étrangement rassurant, peut-être parce que je le sentais capable de m'arrêter au cas où je deviendrais incontrôlable. Pourtant rien chez lui n'était vraiment rassurant. Il avait le teint pâle, et un visage pas tellement amical. Le contour de ses yeux était d'ailleurs plutôt sombre et lui donnait un air quelque peu vampirique. Peut-être était-ce ça aussi qui me rassurait… le fait que je lui ressemble un peu…

Il y avait encore beaucoup de chemin à faire jusqu'à la capitale, et nous avions décidé de couper en passant par les plaines autour desquelles il y avait la Forêt de l'Éveil. Nous allions plutôt vite, Maïa et moi volions, tandis que le lorcq chevauchait une jument appelée Annabelle. Brohmac m'avait d'ailleurs avouer toujours prendre des juments comme monture et les avoir toutes appelées Annabelle, c'était une façon pour lui de ne jamais faire le deuil de sa jument lorsqu'elle venait à mourir. Mais quel âge avait exactement cet arcaëllien ? C'était un vrai mystère pour moi.

Les jours passèrent avec lenteur… d'autant plus vu que je ne dormais pas. Je devenais folle à force de ne plus pouvoir me reposer. Plus le temps passait, plus je perdais la raison ainsi que l'espoir de pouvoir être sauvée. Une nuit, alors que je n'en pouvais plus, je me mis à hurler comme une démente, sans vraiment de raison, juste parce que je n'en pouvais plus d'être ainsi. Le première à se lever fut Maïa.

Hé ! Que se passe-t-il ? Pourquoi hurles-tu ? Quelque chose ne va pas ?

Je ne répondis pas… je me contentais de continuer à hurler. Brohmac arriva subitement, comme un fantôme qui serait apparu sans avoir besoin de se déplacer. Il posa une main sur mon épaule et glissa ses doigts vers ma nuque. Il pressa fort l'une de mes artères et je m'effondrai alors subitement, perdant connaissance. Je ne me réveillai que le lendemain. J'avais dormi… Cela faisait si longtemps que je n'avais pas dormi. Le lorcq fut rassuré quand je me réveillai et nous fit calmement reprendre la route à ses mots. Il n'avait pas dit grand-chose, juste quelques mots, mais ils suffirent à nous faire nous lever et obéir sans rechigner.

Au bout de quelques jours, nous arrivâmes enfin à Iri’Läa. Brohmac me tenait fermement le bras quand nous entrâmes dans la ville et Maïa se tenait juste derrière moi, prête à user du fluide ka. Tous ces arcaëlliens… avec les veines remplies de sang… cette odeur de chair qui émanait de partout…  J'en avais l'eau à la bouche. Le lorcq avait dut le remarquer et serra un peu plus ses doigts autour de mon bras. Il me faisait mal… mal au point que je ne pensais plus à toute cette délicieuse chair. Je voulais juste me venger et lui faire regretter le traitement qu'il me faisait subir. Mais au fond j'avais conscience que c'était pour mon bien et pour la sécurité de tous.

Bien… commençons par l'école de soin… Ils seront peut-être plus à même de pouvoir faire quelque chose pour toi, dit le lorcq de sa voix grave.

Je fis signe de la tête que j'étais d'accord. Je ne pouvais plus dire grand-chose à vrai dire. J'étais trop concentrée pour ne pas perdre pied et attaquer tout ce qui bouge, trop occupée à lutter contre les voix dans ma tête. J'avais le regard vide, le visage blême et inexpressif, comme si tout mon énergie, toute la joie dont je pouvais faire preuve était aspirée par ce combat de tous les instants.

Je fus mené à l'école de soin, et l'on me fit rencontrer tout un tas de spécialistes renommés, des professeurs, des sœurs et des prêtres… aucun d'eux n'avaient idée de la façon dont soigner mon mal. Il y eut un conseil, tout le monde se rassembla pour discuter de la façon dont nous devrions procéder pour me soigner. Certaines solutions que proposaient les experts semblaient folles, d'autres complètement hors propos, certaines furent même douteuses et ne pas être déontologiques du tout. D'autres voyez en moi un cas perdu d'avance et proposèrent que l'on m'achève avant que je ne devienne complètement hors de contrôle.

Je n'en pouvais plus… Je me mis à pleurer et à perdre courage. Personne n'était capable de faire quoique se soit pour moi… J'allais devenir une créature horrible qui dévore les arcaëllien. Brohmac posa une main sur mon épaule et me lança un regard qui me fit subitement arrêter de pleurer.

Il reste encore un espoir… Maïa va bientôt revenir. Je lui ai demandé de voir avec les prêtres et prêtresses de Thaä… Si ces gens là ne peuvent rien pour toi, il y a forcément une méthode au temple. Ne perds pas espoir Morianne. J'ai fait la promesse à Sazan que je te ramènerai à Sëya, en vie et complètement guérie… Et c'est ce que je vais faire. D'accord ?
Vous… Vous dites ça pour me rassurer…

Il soupira et me regarda de ses yeux jaunes comme ceux d'un chat.

C'est… en partie vrai oui… Mais si tu abandonnes maintenant, tu n'y auras que des regrets ! Si tu abandonnes tout espoir, tu abandonnes Sëya, c'est ça que tu veux ?
Non… Non c'est vrai… pardon… Je suis désolée… sanglotai-je.
Ce n'est pas à moi que tu dois présenter des excuses… Tu n'as pas à être désolée… Tiens le coup, c'est tout c'que tu dois faire, d'accord ?
D… D'accord…

Il avait raison… je ne pouvais pas abandonner… pas maintenant. Sëya comptait sur moi, elle comptait sur ma guérison, sur mon retour… Je devais tenir le coup, mais c'était si difficile… Maïa revint finalement auprès de nous et nous annonça qu'elle avait peut-être trouvé quelqu'un capable de me venir en aide. Elle nous conduisit donc au temple de Thäa. Je sentis les voix s'intensifier quand nous entrâmes dans le temple, comme si ma nature me hurlait de sortir de ce lieu dédié à la divinité de la création. J'étais belle et bien possédée par l'essence d'Özan… Je commençai alors à me débattre et Brohmac du me saisir par les deux bras.

Tiens toi tranquille ! Qu'est-ce qui t'arrive tout d'un coup ? pesta le lorcq.
C'est donc bien une espèce de possession… soupira Maïa. Elle ne peut pas supporter d'être dans un temple de Thaä… Elle devient bien une créature d'Özan…
Lâchez-moi !!! Laissez-moi partir !!! Je veux sortir de ce temple !! J'ai mal à la tête !!! Foutez-moi la paix !!! hurlai-je en me débattant de toutes mes forces.
Va falloir l'attacher… J'vais pas pouvoir la tenir comme ça très longtemps ! rouspéta Brohmac.
Cela sera inutile ! résonna une voix pleine de sagesse.

C'était une voix de femme, de vieille femme… Le bruit d'une canne résonna au rythme des pas d'une dame très âgée qui s'approcha de nous. C'était une tahora, drapée dans une robe noire et blanche, des cheveux gris coiffés en chignon au dessus de sa tête toute ridée. Elle avait un long nez aquilin mais un visage serein et bienveillant qui faisait tout de suite oublier cet énorme nez un peu disgracieux. Ses yeux plissés par l'âge et les rides, avait quelque chose de puissant, des yeux d'un vert profond qui me fit m'arrêter dans mes délires. Elle fit un geste de la main et je sentis alors un fluide s'enfoncer en moi, me faisant perdre l'usage de mes bras et de mes jambes. Je tombais dans les bras du lorcq qui me déposa sur un banc du temple.

Mes… mes jambes… et mes bras… qu'est-ce que vous… m'avez fait ?

La vieille femme me sourit et parla d'une voix qui se voulait rassurante.

Disons que je nous ai évité à tous bien des efforts, ma petite. C'est donc toi la jeune druidesse malade ? Hum…

Elle posa ses mains sur mon cou, puis le visage et commença à me tâter les épaules, les flancs, les cuisses…

Hmmm… Le mal est profond… très profond… Elle a déjà consommé du sang j'imagine ?
Heu… Oui… soupira Maïa.
Beaucoup ? demanda la vieille femme.
Pas mal oui… répondit la jeune tahora.
Hum… Ca va être compliqué… mais pas impossible !
C'est vrai ? Vous pouvez faire quelque chose pour elle ? s’enthousiasma Maïa.
Je le peux… oui… Mais je ne sais pas à quel degré cela va marcher… Elle est déjà bien atteinte… Regarde-moi, druidesse !

Je tourna mon regard vers elle. Je n'avais pas du tout de sympathie pour elle, possiblement parce que je n'étais plus tout à fait moi-même à ce moment là. J'avais envie de lui arracher la tête, mais j'étais incapable de bouger.

Je sens un mal profond en toi… Je sens qu'il dévore ton être… Te souviens-tu de qui tu es ?
En… En partie… J'ai… Je n'ai plus tous mes souvenirs… Et j'entends des voix dans ma tête… Elles ne s'arrêtent pas…
Hmm… très bien… nous allons commencer par cela déjà… te rendre ta mémoire. La suite devrais être plus simple ainsi. Cela risque d'être très douloureux… Prépare-toi, druidesse !
Non… Laissez-moi… Laissez-moi tranquille… ne me touchez pas…

Mais la vieille prêtresse apposa ses mains autour de ma tête et je sentis alors un fluide me traverser le crâne de part en part. Je me mis à hurler tout en me tordant de douleur. J'avais l'impression d'avoir de l'eau glaciale qui me passait entre les oreilles. Alors que je sentais cette douleur à la tête, je revis des images de mon passé. Tout me revint en mémoire : Sëya, Gayël ma sœur bsurt, mes parents, la rencontre avec Vÿdareen, Loghiam, Loreleï et tout un tas d'autres personnes. C'était à la fois douloureux mais en même temps très rassurant de savoir à nouveau qui j'étais.

Haaaaaargh !!!! Ma… tête !!! Arrêtez !! Je… Je…
Oh que non ma petite… Je vais continuer… tu vas te souvenir d'absolument tout, je te le garantis. Mais… Mais… Oh…

Quelque chose d'incroyable se produisit alors, quelque chose que ma mémoire n'aurait pas pu me faire voir en temps normal. Je vis deux visages se pencher au-dessus de moi, un homme et une femme, tous deux des mzekils… l'homme était brun avec des yeux rouges, la femme elle, avait un visage fin et des cheveux châtains-cuivre… comme les miens… En fait cette femme me ressemblait beaucoup. Tous les deux semblaient pleurer. Je sentis alors que l'on me posait au sol et les deux visages se reculèrent avant de disparaître. J'entendis alors un bébé hurler et pleurer. C'était étrange… c'est comme si ce bébé… c'est alors qu'un oiseau multicolore se posa au dessus de moi. C'était… Thaä ? Le bébé s'arrêta de pleurer et se mit à gazouiller. Je vis alors deux petites mains se tendre devant moi… Le bébé… Le bébé c'était moi. L'oiseau s'évapora alors dans une nuage bleu et laissa une plume tomber entre mes mains. Le bébé que j'étais se remis à pleurer mais très vite une autre créature fit son apparition et se pencha au-dessus de moi, une bsurt blanche… Gayël ? Mais oui c'est bien elle. Ma sœur ! Alors ça veut dire que… Thaä… depuis toute petite j'ai été protégée par Thaä ? Mais pourquoi ? Je… Je ne suis qu'une simple mzékils… Je n'ai rien de particulier… et pourtant… Et pourtant… J'avais rencontré une enfant de Thaä, j'étais même devenue l'être qu'elle chérissait le plus, j'étais devenue druidesse de Thaä… je l'entendais même dans mes rêves…

Était-ce donc ça ma particularité ? Étais-je donc, depuis la naissance, promise à Sëya ? A la servir et la protéger ? Si c'était le cas, je devais alors effectivement faire tout ce qui était en mon pouvoir pour guérir et revenir vite auprès d'elle. Oui… J'en étais sûr à présent, Thaä m'avait choisie pour être avec sa fille, je ne pouvais pas abandonner… Je devais combattre les ténèbres en moi. Je devais me montrer plus forte que la malédiction. J'avais récupéré mes souvenirs, ma personnalité, j'avais déjà beaucoup plus d'atouts pour combattre cette force noire en moi.

J'ouvris à nouveau les yeux et me retrouvai face à la vieille tahora. Elle me regardait avec des yeux admiratifs. Avait-elle vu ce que j'avais vu ? Avait-elle partagé mon souvenir ? Savait-elle pour moi ? J'eus très vite la réponse dans ce qu'elle me dit.

Oh… Oh mon enfant… Vous… Vous êtes… bénie par la grâce de Thaä ! Je… Il faut absolument que je vous débarrasse de ce mal !
J'espère bien ! Qu'elle soit bénie ou pas, moi je dois la ramener et en tant qu'arcaëllienne, pas en tant que monstre d'Özan ! maugréa Brohmac.
Oui oui ! Ne soyez pas impatient ! Pour un homme de votre âge, je vous trouve bien impulsif…
J'ai fait une promesse… j'aimerai la tenir si possible, soupira le lorcq.

La vieille prêtresse se tourna à nouveau vers moi et me demanda alors d'une voix douce.

Te souviens-tu de qui tu es mon enfant ?
Oui… Oui madame… Je… Je me souviens… dis-je faiblement.

C'était si horrible de s'en souvenir… Si horrible de se dire qu'on avait pu oublier qui étaient les êtres que l'on aimait le plus au monde. C'était encore plus horrible de se dire qu'on avait voulu du mal à ces personnes, même sous l'emprise d'un mal très puissant, d'autant que la soif de sang et de chair n'avait pas disparu.

Il faut extirper le mal à présent… Mais pour cela il va falloir que tu retourne à la vie… bougonna la vieille femme.
Que… je retourne… à la vie ? Mais… comment je… Qu'est-ce que cela veut dire ? demadai-je.  
Que tu es morte mon enfant… Belle est bien morte… Hélas, les sorts de résurrection… ça n'existe pas…
Mais… Mais alors comment ? Si je suis morte… que peut-on y faire ?
Nous pouvons tromper la mort… sceller ta corruption… et te donner une forme de vie.
Hé ! Qu'est-ce que ça veut dire ça ? s'insurgea Brohmac. Vous êtes en train de dire qu'elle ne sera jamais plus la même ?
Je dis simplement qu'elle aura besoin de quelque chose pour vivre une vie à peu près normale… Un exorcisme… un exorcisme assez puissant et qui dure sur la longueur… Et je crois savoir précisément ce qu'il lui faut.
C'est donc pour cela que vous m'avez fait venir… résonna une voix lancinante et grave.

Un homme apparut à l'entrée du temple, habillé d'une robe noire, ornementée d'une parure de plumes de corbeaux et de divers talisman et pendentifs. Il marcha lentement vers nous, de sa démarche hautaine. C'était un grand lorcq, fin, au visage creux et aux pommettes saillantes, encadré par des cheveux noirs et légèrement gras, ses yeux rouges nous fixant attentivement, mais avec ce détachement volontaire qui lui donnait des airs distants et froids.

Ah… Vous voici… Je vous attendais Pélegrim, haut prêtre de Gar'Haz ! déclara la vieille prêtresse.
Je suis ici, comme vous me l'avez demandé, sœur Gralmi, répondit le prêtre lorcq. Bien… Je suppose que c'est moi qui doit m'occuper de « tromper la mort » ?
Précisément, Pélegrim. Ensemble nous devrions arriver à offrir à cette jeune arcaëllienne de quoi avoir une vie à peu près normale.
Je vois… Dans ce cas… commençons.

La prêtresse de Thaä et le prêtre de Gar'Haz commencèrent à scander des paroles dans l'ancienne langue des arcaëlliens, un vieux dialecte que seuls les plus sages connaissaient. Tout en invoquant je ne sais quelles puissances magiques, ils m'affublèrent d'une chaîne en argent autour du poignet, munie d'un espèce de petit cadenas, également en argent. Ils y insufflèrent du fluide tout en continuant à parler en vieil arcaëllien. Plus le temps passait et plus je sentais des choses en moi changer. Je me tordis de douleur et me mis à implorer qu'on arrête ce supplice. Je me penchai en avant et me mis à vomir un liquide noirâtre et gélatineux qui laissa dégager des vapeurs nauséabonds qui donna même le tournis à Brohmac.

Petit à petit j'avais néanmoins l'impression que mon corps revenait à la normale, se débarrassant de la corruption qui l'habitait. C'était pourtant cela qui m'avait fait rester en vie… la corruption… sans elle je serais morte, vidée de mon sang. Mais il y avait ce « trompe la mort » dont ils avaient parlé… cette chose qui me permettrait de vivre de façon relativement normale. Ma peau repris peu à peu une couleur normale, mes veinules noires disparurent… tout comme la faim qui me tenaillait depuis si longtemps. Enfin… Enfin mon esprit était clair et limpide, plus de murmure… plus de voix… seulement moi et mes pensées.

Après une bonne demi-heure à purger le liquide noir de mon corps, les incantations cessèrent et le prêtre et la prêtresse se tournèrent vers moi avec satisfaction, même le lorcq souriait.

On dirait que vous vous en êtes sortie… Nous ne pouvons que nous en féliciter… même si cela fait une âme de moins pour Gar'Haz… Mais tôt ou tard il viendra pour vous, soyez en sûr ! Nous mourrons tous un jour.
Oui… mais le plus tard sera le mieux, grogna la vieille prêtresse. Enfin… Tu es sauvée mon enfant… La corruption semble ne plus avoir de prise sur toi… Cependant il y a une condition à cela…

Je regardai la vieille dame avec intrigue. Quoi encore ? Qu'est-ce qu'il fallait que je fasse encore pour avoir le droit de revoir Sëya ? Que fallait-il que je fasse pour être normale ?

Tu ne dois en aucun cas retirer la chaîne en argent que tu portes au poignet. Si tu la retires, si elle est endommagée… la corruption reviendra, et tu te transformera à nouveau en monstre guidée par la volonté d'Özan. As-tu bien compris mon enfant ? Même pour prendre un bain, jamais tu ne dois retirer ce chapelet d'argent. C'est ta seule protection contre le mal. Si la chaîne ou le cadenas sont endommagés, tu dois vite revenir ici pour que nous les remplacions.
Alors… Dorénavant… je dois ma vie à ce bijou ?
Précisément ! Tu dois le conserver comme si c'était ta propre vie.
… …

Je restais silencieuse, observant la chaîne avec intérêt. Elle était ma seule chance de revoir Sëya, mon seul espoir de vivre normalement… Mon bien le plus précieux…

Je ne pourrais jamais assez vous remercier, dis-je enfin en me tournant vers la prêtresse et le prêtre.
Tu n'auras qu'à prier Gar'Haz en même temps que tu prieras Thaä et nous serons quittes, dit sobrement Pélegrim.
Ah ah ah ! Quant à moi, et bien continue à prier et servir Thaä et nous serons quittes aussi, dit Gralmi en ricanant. Aller… va mon enfant. J'espère ne jamais avoir à te voir ici pour la même raison qui t'a poussé à venir ici aujourd'hui !

Je les remerciai encore une fois, des larmes de joies coulant sur mes joues. Brohmac et Maïa les remercièrent à leur tour et me prirent finalement dans leur bras. Ils étaient si heureux pour moi que ça leur était venu instinctivement. Même le lorcq semblait tout content de me voir aller mieux. Il me tapota l'épaule et me fit signe d'y aller.

Bon… c'est pas tout ça mais… je crois que quelqu'un t'attend, et on a de la route à faire. Qu'en dis-tu ? déclara Brohmac.

Je fis mine de réfléchir mais ma réponse était déjà toute trouvée.

Hum… j'en dis que… tu as parfaitement raison ! Sëya est déjà assez resté loin de moi comme ça ! Il est temps que je la retrouve !

C'est sur ces mots que je partis, en compagnie de Brohmac et Maïa, en direction de la Forêt de l'Éveil de Chelby, là où j'avais laissé ma bien aimée.
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