Leylane, nécromancienne ~ [Finie]

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Mar 6 Oct - 22:10


Fiche de Présentation



Informations
☩ Leylane
☩ Shalandis
☩ 335 ans
☩ Féminin
☩ Neutres
☩ Hétérosexuelle
☩ Variable : guide, garde du corps, mercenaire, chasseresse, nécromancienne…
☩ Demi-déesse – Elfe + Gar’Haz
☩ Arc elfique et deux lames elfiques.
☩ Don divin : Nécromancie



Caractère
La demi-déesse est une elfe atypique. Si elle partage de nombreux traits de caractère avec la race protégée de Daÿl, elle a aussi un héritage important de son père, Gar’Haz. Au premier abord, Leylane semble être secrète, une personne aimant alterner entre le clair et l’obscur, usant sous-entendus dont peu de gens oseront demander l'explication, de peur de passer pour des ignorants. Mais il ne faut pas qu’ils s'arrêtent à cette façade pour autant et sachent lui résister, lui répondre, d’éveiller sa curiosité, seule condition pour qu’elle les respecte. La semi-elfe possède cependant une mémoire redoutable, une curiosité toujours en éveil et une intelligence analytique, couplée à une intelligence synthétique, on a souvent tendance à la sous-estimer car la nécromancienne est bien plus une personne de l'ombre qu'un être qui aime s'exposer. Elle possède un véritable esprit d'équipe, tant qu'il s'agit de son équipe, c'est une fonceuse, un chef né qui ne pense qu'à diriger fermement ses semblables.
Entière, elle éprouve des difficultés face à ceux dont la personnalité est tiède. C'est souvent pour elle une perte de temps que de devoir se plier à des rencontres avec des gens qui ne l'intéressent pas. Elle entre dans les détails de chaque de situations. Leylane est un fin limier grâce à une forte intuition et une sensibilité peu évidente. Elle sait très bien se servir d’elle, de son monde intérieur et des autres pour arriver à ses fins, la fille de Gar’Haz est objective et est capable de tout sacrifier à un idéal, à une cause ou pour sa famille; même s'il faut pour cela être dans la contradiction et mettre les «pieds dans la plat». Cela est sans doute dû à une très forte volonté que Leylane dissimule sous un calme apparent, une apathie de surface, mais qu'elle laisse malgré tout entrevoir par des coups d'éclats. Elle a d’ailleurs perdu nombre d’êtres chers, indépendamment de sa volonté, car la seule chose qu’elle refuse est de jouer avec les vies d’innocents. En résulte une certaine mélancolie parfois, mais toutes ces épreuves ont forgées en elle de la sagesse. Elle s'impose un travail immense, cherchant à étudier ce que les autres ne connaissent pas, à repousser les limites de son don nécromantique. Capable de mettre en œuvre des plans dont les effets ne se verront qu'à long terme, elle obtient néanmoins des résultats impressionnants. Pour cela elle peut tout aussi bien œuvrer rapidement, avec des plans aux effets visibles à court terme, qui, ainsi additionnés donneront quelque chose de plus grand, que de se contenter d’actions discrète, ou non, qui se verront récompensées parfois des années plus tard. C'est quelqu'un de juste et droit, qui jugera toujours de la portée de ses actions, de leurs effets, avant d'agir. Arcaëllienne qui va jusqu'au bout de ses idées, Leylane ignore, bouscule la chance et c'est ainsi qu'elle réussit, d'autant plus que pour elle, l'échec est motivant et la pousse à s’améliorer, même s’il est parfois dur à vivre.  
Son charme est rude mais c'est quelqu'un sur qui on peut compter. Ce même charme ne laissant pas la gent masculine indifférente. Son amitié est sauvage, exigeante, sûre et fidèle, mais pas de tout repos, puisqu’elle pratique avec passion la contradiction constructive. La fille Shalandis est partisane de l'égalité affective, elle ne veut être la préférée de personne mais réciproquement, elle ne veut pas que l'on préfère quelqu'un d'autre à elle, et réciproquement, elle ne préfèrera pas un individu à un autre. Sauf peut-être pour ses proches. C'est dans tous les cas une notion importante pour elle, c'est une elfe de devoir et d’honneur. Mais est-elle réellement aussi claire, ou sa facette sombre, celle de la Banshee, de la Nécromancienne, se cache-t-elle pour mieux tromper son monde ?


Physique
Si les elfes font partie des plus belles arcaëlliennes, Leylane ne déroge pas à la règle. Du haut de son mètre soixante-douze, elle est parfois considérée comme grande, même si les nouvelles générations féminines ont tendance à prendre des centimètres depuis quelques temps. Sa silhouette fine, élancée, athlétique, dotée de courbes plaisantes ne laisse que rarement indifférents les mâles. Sa longue chevelure, blanche comme la neige, encadre un visage digne de son espèce, finement taille et agréable à regarder. Ses deux longues oreilles – peut-être plus longues que la moyenne- terminent le portrait de la demi-déesse.
Mais cette description est loin de suffire. Si elle est belle, Leylane peut paraitre étrange, voire terrifiante pour certains. Ses yeux sont beaux, mais entièrement rouges, ce qui déstabilise nombre de personnes, de plus, ses yeux paraissent en permanence vous scruter, vous juger, et parfois même absents, comme si vous n’étiez pas là, et elle non plus. Son apparence générale, un corps fait de jolies formes, est contrastée par une peau inhabituelle, un teint grisâtre, pâle comme la mort. Et son visage quasi parfait, comme toutes les elfes, arbore généralement des peintures symétriques sous les yeux, voire au-dessus, et parfois sous la lèvre inférieure. C’est pour cela que certaines personnes, par le passé, n’ont pas hésité à la traiter de démon, de créature d’Özan.
En temps normal, certains sont peu rassurés de sa présence. Mais s’ils la voyaient lorsqu’elle est sous le coup d’une émotion intense, comme la peine de perdre un enfant ou la colère envers les coupables qui en résulte, beaucoup se tiendraient à distance de la demi-déesse.
En plus de son apparence physique, il convient de prendre en compte son habillement. S’il est relativement simple, elle a su faire en sorte qu’il la mette en valeur, autant physiquement que fonctionnellement. Ses bottes, banales, en cuir. Elle les a renforcées avec de légères plaques d’acier, léger, pour en améliorer l’armure que cela lui procure. Sans toutefois en faire pâtir sa mobilité. En complément de ces bottes, elle porte un simple pantalon en cuir noir, surmonté d’une ceinture. Elle y accroche en général sa bourse de pièces, ses deux lames elfiques, deux armes finement ouvragées qu’elle possède depuis plus de deux siècles, mais qu’elle entretient chez le forgeron. Nombreux sont ceux qui ont souhaité obtenir ces reliques, sans y parvenir. Leurs poignées en ivoire, cerclées d’or, une garde légère, elle aussi du métal précieux et des lames courbes au tranchant aiguisé, un magnifique ouvrage de son peuple, qu’elle manie avec adresse.
Vient ensuite son armure légère pour le torse. Si près du corps elle ne porte qu’une simple chemise, celle-ci est recouverte d’un assemblage de plaques de métal léger, décoré de cuir teint –en violet ou en noir. Les plaques sont agencées de sorte à ne pas entraver sa liberté de mouvement, ni à trop comprimer sa poitrine, ce qui la gênerait grandement. Il est parfois possible d’apercevoir à son cou le médaillon que lui a légué sa mère. Sur ses épaules, elle arborera de temps à autre de quoi se protéger, des épaulières lui rappelant sa parenté divine. Chacune possède trois petits crânes, et des plumes, pour y ajouter son héritage de chasseresse. Plus bas, sur ses mains, après la continuité de son armure corporelle sur ses bras, apparaissent des gants aux mêmes couleurs que le reste de sa tenue, renforcés en cas de combat direct. S’ils sont presque totalement fabriqués avec des plaques légères, ses doigts ne sont protégés que sur l’extérieur. L’intérieur de ses mains est simplement couvert par une paire de gants en cuir fin, permettant une meilleure prise en main de ses armes.
Elle complète son apparence avec une pèlerine rouge, décorée de fils dorés dans un motif elfique ancien. Elle porte généralement la capuche de celle-ci sur le crâne, ce qui lui confère un air mystérieux et sombre la plupart du temps, ne laissant que le bas de son visage apparent, parfois ses yeux rouges. La cape de sa pèlerine descend assez bas, au niveau des mollets. Élimée par les années, elle a vu des jours meilleurs. Mais le tissu remplit toujours son office en cas de froid modéré. Pour finir, viennent son carquois renforcé, noir, et son arc, autrefois elfique, aujourd’hui décoré de façon plus macabre : deux cornes d’un petit dragon, et divers os de divers animaux. Certains murmurent même qu’il pourrait s’agir d’os humains…





Histoire


Jeunes années…
Leylane vit le jour, ou plutôt la nuit, sur le continent de Mar’Baal il y a plus de trois siècles. Elle naquit dans un petit hameau, aujourd’hui disparu, rares sont ceux y ayant vécu, ou l’ayant connu. Sa mère, Selesnya, était une chasseresse elfe, douée dans cette activité, elle menait le groupe qui était chargé de ramener la nourriture ou de s’occuper des animaux agressifs. Le hameau vivait donc paisiblement à cette époque. Personne ne sut jamais qui était le père de Leylane, sa mère ayant toujours gardé le secret sur son identité. Mais à voir sa fille, il devait être vraiment étrange, s’il lui avait légué sa peau entre le gris et le mauve, ses yeux rouges, et ses cheveux blancs, ainsi qu’une paire d’oreilles un peu plus longues que la moyenne. Les anciens avaient des soupçons, mais ne pouvant rien prouver de ce qu’ils avançaient, l’affaire fut classée.
Le temps passa, le bébé devint une petite elfe, semblable à ses camarades, mis à part ses différences physiques. C’est d’ailleurs ce qui la poussa à être plus solitaire qu’elle ne l’aurait dû, préférant observer ses camarades jouer plutôt que de participer. Les adultes eurent du mal à comprendre son attitude, mais Selesnya sut les rassurer. Après tout, s’il était étrange qu’un enfant préfère rester seul, la plupart de leurs comportements ne duraient pas.
Les années passèrent et Leylane garda ce côté solitaire. Pourtant, elle avait montré qu’elle était capable de lier des contacts avec les jeunes de son âge. Mais rien à faire, la jeune elfe restait en retrait des jeux de ses camarades. Elle semblait dans son monde, seule à voir certaines choses ou à les ressentir. Tous mirent cela sur le compte de son jeune âge, mais sa mère savait pourquoi la petite était comme ça, pourquoi elle était spéciale. Cependant, elle n’en dit rien à personne, pas même à sa fille. Et elle laissa Leylane continuer, que pouvait-elle y faire ? Elle ne connaissait rien à ce que vivait son enfant, comment aurait-elle pu l’aider ? Le dialogue aurait été bien peu utile, et elle ne pouvait pas comprendre. Elle mit cela sur le compte de son héritage paternel. Elle lui en parlerait en temps et en heure, quand elle serait prête. Et Leylane garda son attitude détachée des autres jusqu’à ce qu’elle soit en âge de voler de ses propres ailes…
Ce jour arriva bien trop tôt aux yeux de Selesnya, mais n’est-ce pas là le lot de toutes les mères ? Constater que son enfant n’est plus le bébé que l’on tenait à peine sorti, une épreuve difficile. Mais c’est aussi la joie de voir que la chair de sa chair est enfin capable de se débrouiller seule, de voir que l’éducation donnée a porté ses fruits. De voir que l’on laisse une part de soi-même qui nous survivra par-delà la mort. A la fois fière de ce que sa fille était devenue, une belle jeune elfe douée à la traque et à la chasse ; mais aussi peinée de savoir qu’elle n’avait plus besoin de sa mère pour évoluer dans le monde. Et surtout qu’elle partait le découvrir, la laissant seule. Certes, il y avait le reste du village – le hameau avait bien grandi-, mais l’amour d’une mère et sa fille vaut bien plus que ça, bien plus que tout l’or ou toute les relations du monde. Leylane, quant à elle, fut aussi peinée de quitter le foyer, mais heureuse de pouvoir découvrir le vaste monde qui l’entourait. Elle laissa ses « camarades » sans regrets. Ils avaient tous évolué en fonction de leur race, certains étant déjà parents, d’autres non, travaillant aux champs, aux bois ou à la chasse. Ce style de vie n’était pas fait pour elle, selon ses dires. Elle partit sans un regard en arrière, et sa mère oublia de lui révéler la vérité sur ses origines et ses différences…

A la découverte du monde…
Si aux alentours de la trentaine, la plupart des autres races sont déjà plus ou moins établies socialement et familialement, les elfes sont encore très jeunes, et donc tout juste aptes à vivre par eux-mêmes. C’est donc jeune trentenaire que Leylane se retrouva à sillonner les routes de Mar’Baal. Ses années d’apprentissage auprès de sa chasseresse de mère lui furent très utiles pour se nourrir, ainsi que pour faire des échanges avec les rares personnes qu’elle acceptait de croiser. Car si elle était de nature solitaire, elle savait qu’elle devait composer avec les habitants de ce monde pour certaines choses. Si elle pouvait paraitre étrange au premier abord, ce n’était que physiquement, bien vite les gens comprirent qu’elle n’était pas un danger – du moins, ils tolérèrent son apparence. Aux uns elle ramenait de la viande ou des plantes comestibles, aux autres elle apprenait à reconnaitre les dangers de la nature, à d’autres encore, elle apprenait à chasser, se camoufler, ou toute autre tâche pouvait servir. Mais elle ne restait jamais longtemps au même endroit. Parfois, un autre voyageur partageait le chemin avec elle, parfois, elle cheminait seule. Mais le rôle de ceux qui parcourent les routes étant aussi de transmettre les nouvelles, elle s’improvisa aussi dans ce rôle. D’un village à l’autre, en passant par une ville ou un hameau, elle transmettait ce qui était susceptible d’intéresser les arcaëlliens d’horizons divers.
Pendant presque trois décennies, elle vécut de cette manière, entre Mar’Baal, les Cités Blanches et les autres continents. Puis, elle décida de rentrer chez elle pour un temps, de revoir le lieu où elle avait grandi. La plupart de ses connaissances seraient sûrement âgées, mais sa mère serait toujours là, avec d’autres personnes, les enfants de ceux qui avaient grandi avec elle, voire les petits enfants, elle était sexagénaire, après tout.. Et elle, elle n’aurait pratiquement pas changé. Non pas que ce soit quelque chose qui lui importe, mais après trente ans de vie itinérante, la nostalgie de son village natal et de sa mère se faisait ressentir. Elle était fière de pouvoir aller lui montrer qu’elle avait affuté ses sens pour la chasse, ses talents de duelliste et sa maitrise des fluides thâ et dën.
Mais la joie du retour chez soi fit rapidement place à un immense désarroi. Puis à une tristesse plus grande encore. Les flammes léchaient encore les bâtisses quand elle arriva, cela ne faisait donc pas très longtemps que l’incendie avait eu lieu. Ou le massacre… En s’avançant parmi les décombres, Leylane vit plusieurs corps, mutilés ou pas, mais ceux qui n’avaient pas péri dans les flammes portaient les traces d’un affrontement clairement désavantagé. Ceux qui avaient perpétré cette tuerie étaient sans doute des combattants aguerris, les villageois non. Des chasseurs, des fermiers, des tisseurs, mais pas de vrais combattants. Les rudiments qu’ils connaissaient ne leur permettaient pas du survivre à ce genre de raid. La tristesse fit rapidement place à la colère. La jeune elfe en voulait aux coupables, elle voulait leur faire payer leurs crimes. Impuissante face à cela, Leylane déversa cette colère sur les objets qu’elle croisait, les envoyant au loin d’un coup de pied ou cassant ce qui pouvait l’être. Puis elle se mit en quête de sa mère. Peut-être avait-elle survécu, c’était une redoutable chasseresse, la forêt semblait un bon compromis pour échapper au massacre. Malheureusement, aucune trace ne menait dans les bois. Tout juste des traces animales, aucune d’origine humaine, elfe, mzékils ou autre. Ils semblaient tous avoir été surpris par la rapidité de l’attaque. Certes, certains corps appartenaient aux intrus, mais c’était insuffisant. Elle passa une dernière fois ses nerfs sur le corps d’un tahoras aux multiples cicatrices. Elle reconnut l’empenne de l’une des flèches de sa mère dépassant du cœur du cadavre.
Ainsi, elle avait pu se défendre. L’espoir revint en elle, si sa mère était en vie, elle devait la trouver. L’elfe inspecta les maisons susceptibles d’offrir une cachette, et constata que les rares objets de valeur avaient été pris, et que les plus belles femmes du village gardaient une position indécente même dans la mort, même les plus jeunes. Les larmes aux yeux, elle continua son chemin et vit d’autres corps sur le seuil de sa maison natale. Selesnya n’avait pas fait ça toute seule, peut-être y avait-il d’autres personnes avec elle, prêtes à défendre le village de leur vie. Ce qui, somme toute, avait quelque peu échoué. Mais en entrant, elle vit les corps de la troupe des chasseurs du village, et surtout celui de sa mère. Elle récupéra le médaillon qu’elle portait, un cadeau de sa propre mère, qui allait de mère en fille, ou en fils, cela pouvait différer d’une génération à l’autre. Sur les autres, elle récupéra ce qui semblait être un symbole de groupe, un indice utile si elle voulait mener à bien sa vengeance.
Avec peine, elle rentra les corps des villageois dans les maisons, et les corps des intrus sur la place du village. Elle improvisa une torche et raviva le feu sur les bâtiments, offrant les corps aux flammes. Pour les autres… elle laissa le soin aux charognards de faire se faire un festin quand l’incendie serait terminé. Nul doute que le panache de fumée noire avait été vu de loin, mais elle n’en eut cure. Les bandits pouvaient venir, elle se ferait une joie de les accueillir. Heureusement pour elle, personne ne vint. Seul des badauds s’arrêtèrent quelques instants pour observer, mais personne ne resta, aucun secours ne vint.
Devant les dieux, et plus particulièrement Gar’Haz et Ge-Ban, elle fit le serment du Tel’thas. Une ancienne coutume elfique, promettant de ne pas trouver de repos tant que la vengeance ne serait pas accomplie, qu’elle ferait couler le sang de ses ennemis et qu’elle les enverrait aux Enfers afin qu’ils y subissent le tourment éternel. Si elle échouait, elle subirait un tourment sans fin pour avoir failli à sa parole envers les dieux. Avec le temps, cette coutume avait été adoptée par les autres races, avant de tomber en désuétude avec l’avènement de l’Empire et ses lois. Mais le Tel’thas n’était pas pour autant tombé dans l’oubli. Il était utilisé seulement dans les cas les plus extrêmes. Leylane allait passer plus d’une décennie à honorer sa parole.

Tel’thas…
Désormais, partout où elle allait, Leylane se renseignait sur le groupe qui avait attaqué son village. Mais peu de personnes acceptaient de parler, la simple vue du signe de cette bande suffisait à les effrayer. Elle mit des mois à retrouver leur piste, sur Kaïl. Et ce fut presque par hasard. L’homme allait être pendu par les autorités au croisement des routes, quand elle vit qu’il portait le signe sur ses vêtements. Elle resta à distance, les gardes étaient trop nombreux pour y aller ouvertement. Certes, s’il mourrait, elle se sentirait vengée, mais le Tel’thas impliquait : soit de tuer la personne, soit d’être responsable de sa mort. Dans le cas présent, elle devrait se charger elle-même de la besogne, elle sortit son arc et y encocha une flèche. Le fluide thâ aidant, ladite flèche atteignit sa cible sans ciller. Les gardes furent surpris, mais le temps qu’ils se retournent, elle avait disparu dans les bois. Et elle ne se retourna pas pour voir le corps sans vie du bandit, ni pour vérifier si elle était suivie. Elle comptait mettre le plus de distance possible entre elle et le petit groupe d’impériaux. Par chance, elle avait été élevée par une chasseresse, disparaitre dans une forêt n’avait donc aucun secret pour elle. Si la situation avait été différente, elle aurait pu l’interroger sur ses amis, mais malheureusement, cela avait été impossible.
Elle regarda, amusée, les soldats passer sans la voir depuis sa cachette improvisée. Les mois passèrent encore, mais cette fois, Leylane réussit à glaner des indices plus consistants. Ils avaient pris leurs aises pour l’hiver dans un nouvel endroit, un hameau sur la côte ouest des Cités Blanches. Elle se rendit sur place, et prit compte de leur nombre, leurs habitudes, tout ce qu’il y avait à savoir. Seule, elle savait qu’elle n’avait aucune chance. Par contre, en faisant jouer ses relations, les services qu’elle avait rendus, ou bien en promettant de l’or, elle pourrait accomplir son Tel’thas. C’est donc accompagnée d’une cinquantaine de personnes de divers horizons, et de différentes races, qu’elle retourna sur place. Ses alliés pouvaient prendre ce qu’ils voulaient des richesses des bandits, mais elle seule pouvait les tuer, pour accomplir sa promesse. Ceux qui connaissaient cette pratique acquiescèrent, les autres réagirent à peine, mais obéirent. Les civils furent épargnés, même si certains les utilisèrent pour tenter de s’enfuir. Au final, il y eu quelques pertes parmi les innocents, mais la place du hameau fut bien vite remplie, tant l’attaque avait été fulgurante. Un à un, l’elfe aux yeux rouges se chargea de mettre fin à l’existence de ceux qui avaient détruit son village natal. Selama ashal’anore, leur disait-elle en les tuant, une phrase provenant de l’antique héritage des elfes, leur ancien langage, aujourd’hui remplacé par l’arcaëllien. Justice pour notre peuple, justice pour mon peuple, mon village, en quelque sorte. Elle questionna le dernier, mais n’en tira rien. Il accepta fièrement son sort, il n’avait pas peur de la mort. Lorsqu’il entendit le principe du Tel’thas, il revint sur sa décision, espérant que sa coopération servirait à adoucir son châtiment. Elle lui dit que s’il mentait, son tourment serait pire que celui de ses camarades, mais s’il lui disait ce qu’il savait, peut-être cela pourrait-il jouer dans la balance.
Souriant d’espoir, il lui dit que leur chef et deux autres membres de la bande étaient discrètement partis pour sauver leur peau et tenter de relancer un groupe ailleurs. En plongeant sa lame dans son cœur, elle le remercia, cyniquement. Elle partit donc à la recherche d’un mzékils à l’aile gauche coupée, d’un aracnor se battant avec deux hachettes aux manches en or et aux pommeaux en rubis, et d’un virenpien à la queue atrophiée. Bien que ces renseignements fussent très insuffisants, elle ferait avec. Les mercenaires qu’elle avait recrutés partirent avec les richesses qu’ils avaient pu prendre, ou restèrent, elle n’en sut jamais rien, étant partie seule accomplir son devoir.
Si elle avait mis une paire d’années pour se charger de la majorité du groupe, le trio en fuite lui donna plus de difficultés, ce qui lui prendra la décennie précédemment citée. Sans relâche, elle parcourut le monde, en quête de la moindre information pour retrouver l’une ou l’autre de ses cibles. Cinq ans après, elle retrouva l’aracnor, réduit à mendier après avoir perdu l’usage de ses jambes et un bras en écharpe. La ruelle, sombre, fut propice à son action. Elle le prévint que toute tentative de métamorphose ne lui servirait qu’à rendre son trépa plus douloureux. Avant de le tuer, elle le fit parler, lui fit révéler que le mzékils était désormais à la tête d’un nouveau groupe, que le virenpien avait été capturé pour les arènes. Puis elle lui dit la même phrase, celle que les autres bandits avaient entendue dans le village, et acheva sa misérable existence. Dans ce genre de situations, il est très rare qu’un témoin parle, surtout dans ces milieux. Leylane ne fut donc jamais inquiète à propos de représailles à ce sujet. Elle mena ensuite sa route jusqu’à Alzbey, pour se charger du virenpien. Il fut assez simple à trouver en posant les bonnes questions aux bonnes personnes. Mais elle ne pouvait se permettre de se charger de lui depuis les gradins, ni de combattre dans l’arène. Elle passa un marché avec le maitre du gladiateur en lui montrant le signe que le reptilien portait, et le nombre de ceux qu’elle avait tués. Un combat clandestin fut donc organisé, nul doute que Leylane avait su le convaincre en lui affirmant qu’elle lui laissait volontiers tous les gains qu’elle aurait du toucher.
Et bien qu’il fut un combattant redoutable, la perte de sa queue lui enlevait une partie de sa mobilité, il avait du mal à retrouver son équilibre et certaines de ses attaques liées à l’appendice. Elle lui planta une lame dans la gorge, lui susurrant Selama ashalanore à l’oreille. Sous les huées des déçus, et les vivats de ceux qui venaient d’empocher une belle somme, elle quitta les lieux. Rien, pas même la promesse d’une alliance lucrative ne la retint. Encore un, et son serment du Tel’thas serait accompli. Il lui fallut encore attendre quatre ans avant de retrouver le mzékils. S’il était entouré à nouveau d’un groupe de belle taille, leur loyauté était trop récente pour être ferme. A force d’observation, elle apprit même que certains désiraient prendre sa place. C’était parfait… Mais il ne faisait aucun doute qu’aucun des bandits n’aurait accepté de la laisser entrer dans le camp et d’aller voir leur chef. Elle devrait trouver un autre moyen, mais au moins, elle aurait peu de chances d’être poursuivie lorsque le mzékils serait mort. Elle irait de nuit, elle avait toujours eu une assez bonne vision nocturne, comme beaucoup d’elfes, et de par son héritage paternel – bien qu’elle l’ignorât encore à ce moment de sa vie.
La nuit tombée, la jeune elfe se faufila discrètement parmi les bandits, manquant une ou deux fois de se faire repérer. Mais en se cachant au bon endroit, au bon moment, elle parvint finalement à l’endroit où dormait leur chef. Occupé à prendre du bon temps avec une mzékils, personne ne la vit entrer. Vu la position du couple, cela aurait été difficile. Sans un bruit, elle se rapprocha de lui et lui trancha la gorge en lui murmurant sa sempiternelle phrase : Selama ashal’anore… Avant que l’un des deux n’ait pu réagir pour avertir le reste de la bande, elle repartit aussi vite qu’elle était venue, tout en profitant des zones d’ombres et des zones vides. Heureusement que certains avaient bu, que les autres étaient fatigués. En d’autres temps, cela aurait été nettement plus difficile, voire impossible, elle aurait dû encore recourir à des mercenaires. Mais son Tel’thas était fini, elle était hors de danger dans l’après-vie. Il ne lui restait plus qu’à aller le plus loin possible de ce camp…

Vous qui entrez ici, abandonnez tout espérance…


Quatre années plus tard, Leylane avait enfin tourné la page et fait son deuil. Elle allait enfin pouvoir aller de l’avant, vivre sa vie. C’est ce qu’elle fit, mais à sa manière. Solitaire dans l’âme, dorénavant sans famille, la jeune elfe parcourait à nouveau les routes d’Arcaëlle. De temps à autre, une personne partageait sa route, parfois plusieurs, mais jamais elle ne se liait trop. Si certains voyageurs faisaient chemin avec elle longtemps, ou à plusieurs reprises, elle reconnaissait un certain lien avec eux. D’autres étaient de mauvaise compagnie, de celle qui vous attire des ennuis ou pire, quant au reste… ils comprirent qu’il ne valait mieux pas se méprendre à son sujet. Pour gagner sa vie, elle exerça différents métiers, comme avant le Tel’thas : garde du corps, mercenaire, informatrice, conteuse,… Certes, elle manquait parfois de quoi manger à sa faim, mais cela lui forgea l’esprit. Cela arrivait surtout en ville, les prix étant variables d’un lieu à l’autre. Elle préférait la route, il y avait toujours de quoi chasser, des fruits sauvages à cueillir… Mais jamais elle ne vola, ni ne céda aux sordides marchandages de certains. Paradoxal quand on sait qu’elle est capable de tuer pour gagner sa vie, assurer avoir une dignité à préserver. Mais le monde est ce qu’il est, n’est-ce pas ?
Ce fut lors d’un voyage que sa vie connut un bouleversement. Alors qu’elle assurait la protection d’un riche marchand, leur convoi fut attaqué par un groupe de soldats. Le commerçant, jugeant que le racket qu’ils organisaient était tout à fait hors-la-loi et qu’ils ne valaient pas mieux que les criminels qu’ils disaient pourchasser, les enjoignit à passer leur chemin. Mais les mots qu’il utilisa, bien que non vulgaires, eurent pour effet de déclencher la colère des représentants de la loi. Les combattants engagés par le marchand eurent trois options : se rendre, fuir, ou combattre. Si aucun ne se rendit, la moitié rompit leur contrat en prenant la fuite. Leylane resta avec les autres, jugeant que la situation était loin d’être en accord avec les lois de l’Empire. Même si c’était celui des Dieux-Empereurs. La lutte fut acharnée, mais elle ne sut jamais qui avait gagné l’escarmouche, une douleur dans le dos lui fit perdre connaissance. Elle se réveilla dans un lieu étrange, sombre et à la fois éclairé, calme et bruyant, humide et sec. Toutes les contradictions dans son environnement lui firent rapidement perdre ses repères. En se relevant, elle grimaça, la douleur avait presque disparu, mais pas tout à fait. D’un pas lent, elle se dirigea sur le chemin, lequel était rempli de voyageurs, alors que quelques instants auparavant il n’y avait quasiment personne. Elle fut rapidement horrifiée, certains étaient ceux qu’elle se souvenait avoir tué lors de la récente attaque – laquelle n’avait apparemment pas laissé de traces. Des hytrez ? Non, ils n’avaient pas ce regard vide, ils semblaient aussi choqués qu’elle. Au moment où ils voulurent reprendre leur bataille, un cri de terreur se fit entendre. Et quand elle tourna le regard vers la source de ce bruit, elle faillit elle aussi faire de même. Un énorme animal dévorait un mzékils. Cela aurait pu paraitre banal, mais personne n’avait jamais recensé une créature de ce genre : le corps d’un chien de guerre de la taille d’une maison à deux étages, une tête de bsurt, une tête de molosse, et une dernière de chacal. Elle lâcha ses armes, mais constata qu’elle n’en portait pas, comme tous ceux qui avançaient sur le chemin menant à la bête, plus ou moins résignés. D’ailleurs, en levant les yeux, elle remarqua l’absence de voute étoilée, mais quelque chose fournissait la lumière. Elle questionna plusieurs personnes dans la file, mais une seule répondit, les autres avaient le regard torve, empli de tristesse. Elle eut l’impression que le monde se mit à vaciller quand on lui dit qu’ils étaient tout simplement morts, qu’ils étaient dans le royaume de Gar’Haz. Morte ? Elle se dit que non, ce n’était pas possible. Pas comme ça, aussi jeune. Mais on lui rétorqua qu’il n’y avait jamais erreur pour cela. Elle survenait de manière aléatoire, quand l’heure était venue. L’inconnu lui intima de le suivre, il la guiderait jusqu’au jugement de son âme. Les questions se bousculant dans sa tête, il lui répondit, mais à mesure qu’ils avançaient, il se fit de moins en moins loquace. Puis il finit par se taire. Leylane aussi se mit à parler de moins en moins, un sentiment de tristesse et de nostalgie naquit en son cœur. Elle finit par suivre la file sans un mot, perdue dans ses pensées. Lorsqu’elle fut guidée par un inconnu, elle réagit à peine, se contentant d’aller là où on le lui disait. Et d’attendre dans un lieu où elle vit d’autres personnes se dirigeant vers elle. De ce qu’elle comprit, elle se trouvait avec les âmes de ceux ayant accompli un acte héroïque de leur vivant, ou comme elle, ayant tenu parole lors d’un Tel’thas. Dans cette partie du Royaume des Morts, les âmes se sentaient moins tristes, même si elles avaient le sentiment de ne pas avoir vécu assez longtemps. Bien vite, elle se sentit mieux que dans la file. Mais son côté solitaire était toujours là, elle préféra rapidement mettre de la distance entre les autres et elle, et se mit en quête de sa mère. Malheureusement, celle-ci se trouvait ailleurs, si elle était morte en tentant de sauver son village et ses habitants, elle avait échoué. Et on ne mélangeait pas les habitants des différentes régions. Pourquoi ? Personne ne le savait, mais c’était ainsi. Alors, comment les informations circulaient-elles ? Le temps passa, et si elle se sentait bien, elle n’allait pas vers les autres, ce qui ne les empêchait pas de venir vers elle. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire, aux Enfers. Le sommeil, la faim, l’envie, et toutes ces choses-là n’ont plus cours. Ne restent que la joie, la peur, la tristesse, la fierté, et quelques autres émotions.
Ses pas la menèrent un jour à Gar’Haz, occupé à juger les âmes des défunts. Enfin, c’était ce qu’elle pensait, étant quasiment omnipotent dans son royaume, le dieu pouvait effectuer de nombreuses tâches sans en avoir l’air. Il se tourna vers elle quelques minutes plus tard, restant assis sur son trône de crânes. Elle ne put s’empêcher de s’agenouiller. Une voix puissante se fit entendre.
- Désolé d’avoir été si long, je suis un peu occupé comme tu peux le voir… Mais relève-toi, si tu le veux bien.
- Je ne suis qu’une mortelle, Ô Gar’Haz.
En vérité, elle ne savait pas réellement comment s’adresser à lui en personne. Les prières étaient à mille lieues de vous préparer à rencontrer un dieu. Elle ne savait pas non plus ce qu’il voulait dire, mais elle espérait qu’il le lui dirait. Pourquoi l’aurait-il fait attendre ?
- Tu ne serais pas là, sinon. Mais je ne t’ai pas demandé de venir ici pour entendre ce discours, pas comme un dieu, mais comme un père à sa fille.
Ouvrant de grands yeux, Leylane resta silencieuse, immobile. Elle n’était pas sûre d’avoir bien compris ce que lui disait son interlocuteur. Un dieu, son père ? Non, impossible. Lui annoncer ça comme ça… si elle avait été en vie, ses émotions auraient été encore plus contradictoires. Pourquoi sa mère ne lui avait-elle rien dit ? S’il y avait quelque chose d’important qu’elle aurait dû apprendre, c’était bien ça, que Gar’Haz était son père. Elle le regarda, bouleversée. Il était vrai qu’ils partageaient des similitudes physiques, les yeux, le teint et les cheveux, mais la jeune elfe avait du mal à assimiler l’information.
- Il est dommage que ta mère ne t’aie rien dit à ce sujet. Mais je n’irai pas par quatre chemins. Quelque chose se prépare, un évènement décisif pour le futur d’Arcaëlle. […] Nous ne savons pas quand exactement, les prophéties ne sont jamais précises sur les dates. […] Une grande bataille s’annonce, et avant qu’il n’arrive, l’aide des mortels sera déterminante. Certains sont déjà prévenus, bien qu’ils ne sachent pas précisément de quoi il en retourne. Je vais te faire un don, ou plutôt, deux. Je sais que Jurk ne sera pas totalement d’accord, mais je vais te renvoyer parmi les vivants, j’ai besoin de toi là-bas. Tu serviras de guide à ceux qui rejoindront mon armée, une armée composée des meilleurs guerriers depuis l’aube des temps. Mais veille à ne pas laisser le pouvoir te corrompre, je ne pourrais rien faire pour toi si tu t’égares. Je vais aussi te donner la capacité de diriger –sur Arcaëlle- les morts. Qu’ils soient de chair, ou immatériels. Attention, tu ne pourras ramener l’âme de quelqu’un d’ici –moi seul en ai le pouvoir-, mais certains restent bloqués sur Arcaëlle, voulant terminer une tâche, refusant de mourir, ou parce qu’ils n’ont pas le droit de rejoindre mon domaine. La plupart n’ont plus aucun souvenir, ni intelligence, il te sera facile de les contrôler. Tu auras de plus la faculté de prévoir certaines choses en le lisant dans les corps frais. Enfin, je te donne aussi le pouvoir de générer la flétrissure. Si tes semblables ne la redouteront pas toujours, les plantes et les animaux eux, oui. Cela tuera instantanément ce qui se trouve autour de toi. Prends bien garde de ne pas utiliser ce don à mauvais escient, la réputation que vous me donnez n’est pas usurpée…
- Mais ? Je ne suis pas sûre de bien comprendre. Tout cela se bouscule dans mon esprit, c’est trop d’un coup.
- Tu pourras me contacter, mais pas me voir en personne, sur Arcaëlle en ajoutant une goutte de ton sang dans un récipient d’eau. Je répondrai à tes interrogations, mais je dois retourner à ma tâche, le temps presse. Allez, va, ma fille.
Et avant qu’elle ait pu rajouter quoi que ce soit, elle se retrouva à aspirer bruyamment une grande bouffée d’air et à tousser, un drap étendu sur son corps. Elle avait tellement de questions à lui poser, et il la renvoyait comme ça chez les vivants ? C’était sans doute la seule fois où elle aurait voulu être morte… Le chariot s’arrêta, et le drap fut soulevé. Ainsi, le marchand et ses autres mercenaires avaient réussi à triompher des soldats ? Voilà qui était peu commun. Mais, en plein choc de revenir à la vie, Leylane ne comprit pas tout de suite que quelqu’un lui adressait la parole. Elle avait même des difficultés à savoir où elle était, tout était sens dessus-dessous dans sa tête. Elle se pencha par-dessus la rambarde du véhicule et vomit. Elle eut besoin de quelques minutes supplémentaires pour s’en remettre un peu plus, même s’il restait toujours une blessure au fond d’elle. De longues années allaient être nécessaires pour que celle-ci se referme complètement. De même, ceux qui l’accompagnaient attendirent quelques jours avant qu’elle ne puisse s’exprimer sans problèmes. Elle omit cependant certains détails de ce qu’elle venait de vivre, leur parlant seulement d’un sommeil profond, d’un rêve. Ce qui pouvait être normal après s’être pris une flèche dans le dos…

L’ascension de l’Enac…
Elle eut besoin de près de trois décennies pour s’en remettre. Pas totalement, cependant. Mais Leylane semblait vivre, c’était tout ce qui importait. Durant ces trente années, la demi-déesse eut peu de contacts avec les autres, elle se remit sur pieds dans divers temples, profitant du calme et du support des prêtres et prêtresses. Elle communiqua parfois avec son père, lui demandant conseil, ou essayant de savoir pourquoi elle était dans cet état. Il lui expliqua aussi comment se servir du don qu’il lui avait fait, pour ne pas qu’elle l’utilise inconsciemment. Elle s’y essaya quelques fois, sans jamais être vue, elle devait faire très attention à ça, les gens auraient eu du mal à comprendre.
Ce n’est que quand l’Empire durcit ses lois, lorsque l’Enac fut recherchée, qu’elle se décida à refaire surface. Était-ce la prophétie dont lui avait parlé Gar’Haz ? Peut-être, ce fut ce qui la décida pour agir. Du moins, agir à son échelle. En ces temps difficiles, mieux valait garder profil bas. Si quelqu’un venait à apprendre ses origines divines, et ce qu’elle était capable de faire, le Dieu-Empereur aurait pu vouloir la contrôler, ou la tuer. Mais si elle abhorrait les agissements de l’Empire, elle essayait de ne pas agir directement sur le cours des évènements. L’Enac n’était même peut-être pas encore sur Arcaëlle. Elle en eut la confirmation plus tard, alors qu’elle passait quelques temps à Hytraz. Mais elle n’était encore qu’une enfant, selon la rumeur. Et personne ne savait qui elle était, ni où elle était. Les ragots racontaient seulement qu’elle était née.
Leylane mit au monde un enfant quelques années après, une fille, qu’elle avait conçue avec une très bonne relation. Un lorcq avec lequel elle avait effectué plusieurs voyages et missions, et partagé des moments intimes. Il fut tué par l’Empire, ayant rejoint la Résistance, mais jamais la demi-déesse n’oublia Sar’theris. Elle fut peinée d’apprendre son trépas, certes, mais cela ne l’empêcha pas de continuer à vivre. Sa fille devrait grandir sans son père…  Gar’Haz ne lui aurait jamais accordé ce genre de faveur, elle avait eu de la chance d’être sa fille, mais Sar’theris n’était rien pour lui. Cela l’obligea à s’établir pour quelques temps, pour élever la petite Eyala dans un environnement stable. Puis le temps passa, et il fut annoncé que l’Enac était prête à renverser le pouvoir en place. Certes, elle était encore jeune, mais cela n’empêcha pas l’Empire d’intensifier ses recherches et de durcir ses lois. Si elle était l’Elue des dieux, devait-elle l’aider ? Elle connaissait la prophétie, mais son père ne lui avait jamais rien dit de plus. Mais qu’est-ce qu’une mortelle pouvait comprendre aux dieux…
Quand sa propre fille fut en âge de partir avec elle autour du monde, la demi-déesse partit. Malgré son jeune âge, Eyala apprenait vite. Il faut dire que Leylane la mettait en situation, n’hésitant pas à la pousser au-delà de ses limites. Mais toujours en prenant en compte qu’elle avait beaucoup de progrès à faire avant de pouvoir se lancer seule, ou de pouvoir s’attaquer à des tâches plus difficiles. La chasse fut l’entrainement le plus poussé. S’approcher d’un animal sans l’alerter étant quelque chose de très difficile, plus difficile que de s’approcher d’un arcaëllien. Tirer à l’arc sur un oiseau était de difficulté supérieure à celle que de tirer sur un mzékils ou un tahora, lorsque sa fille fut prête, la demi-déesse consentit à lui enseigner l’art du combat plus en détail. C’est pendant cette partie que tout s’accéléra. Partout, l’Enac était annoncée, partout, elle était recherchée. Mais Leylane ne put finalement pas aider l’Elue des dieux. Un groupuscule, les Hayert’väal, tentent de la tuer, avec sa fille. En communiquant avec Gar’Haz, la demi-déesse apprend qu’ils adorent Özan et souhaitent imposer leur foi, en tuant les autres dieux et leur progéniture.
Elle déjoua à plusieurs reprises leurs tentatives, mais vécut de longs mois dans l’angoisse. Eyala s’y fit assez vite, elle appréciait de voir des lieux différents chaque jour. Et puis, cela lui donnait l’occasion de tester ses compétences. Les années passèrent et elle devint une jolie jeune femme. A ce moment, les troubles liés à la prophétie étaient déjà passés, mais Leylane ne regrettait pas d’avoir choisi sa fille plutôt qu’une éventuelle participation à l’ascension de l’Enac. Le temps passa de nouveau, et vint le moment pour Eyala de voler de ses propres ailes…

La Mort étend ses ailes…
Les deux femmes se virent de moins en moins, mais toujours avec la joie d’une mère et d’une fille. Eyala avait rejoint une compagnie renommée de chasseurs de primes, et était satisfaite de la vie qu’elle menait. Leur groupe avait capturé ou éliminé de nombreux criminels, pour le compte des différents gouvernements d’Arcaëlle. Les années passèrent en se ressemblant plus ou moins. Leylane continuait ses pérégrinations, nouant des liens avec d’autres personnes, durables ou non. Tout était assez calme après la défaite de Morloc, même si certains s’étaient mis à le vénérer comme un dieu. Si elle ne s’en souciait pas au départ, leurs agissements la mirent en garde. Pour elle, ils étaient semblables aux adorateurs d’Özan. Le groupe auquel appartenait Eyala se chargea de certains, mais beaucoup étaient encore en liberté. La demi-déesse fit parfois équipe avec eux quand le besoin et l’envie s’en faisaient sentir. Mais en dehors de cela, les décennies suivant la chute de l’Empire furent assez calmes pour la demi-elfe. Elle continua d’entrainer son don, réussissant à contrôler un peu plus de hytrez, sur une plus longue durée. Elle apprit même qu’elle avait du pouvoir sur les spectres. Pour les autres fluides, de nombreux maitres existaient, mais étant la seule à avoir celui-ci, elle devait se débrouiller seule. Cela lui prit de longues années, ces même quelques décennies pendant lesquelles elle aida parfois sa fille.
Mais la nécromancie était un art chronophage, elle perdit son enfant de vue avec le temps. Il est dit que les progrès se font souvent au prix de grands sacrifices… Voulus ou non, ils sont indispensables. Mais pas toujours agréables, jamais.
Alors qu’elle devait rejoindre Eyala au repaire de son groupe, Leylane découvrit le reste d’une bataille. Beaucoup avaient péri, mais certains agonisaient. Les vainqueurs n’avaient même pas pris la peine d’offrir une mort sereine aux vaincus. Errant parmi les corps, elle offrait le dernier repos à ceux qui en avaient besoin, à ceux qui l’acceptaient. Certains visages ne lui étaient pas inconnus, mais elle n’arrivait pas à se rappeler de chacun. C’est seulement quand elle vit le supérieur de sa fille qu’elle commença à comprendre. Il respirait faiblement, en s’accrochant désespérément à la vie. Elle se pencha vers lui, recevant quelques gouttes de sang tandis qu’il toussait.

-Calme-toi, calme-toi… Respire… Que s’est-il passé ?
- *tousse* On nous avait engagés pour *tousse* retrouver un groupe de voleurs… Mais on a été piégés ! *tousse*
- Doucement… Tiens, bois. Voilà. Continue…
- Je sais pas ce qu’il s’est passé, ils ont *tousse* surgit de nulle part, et… et… On en a emmené un paquet avec nous, mais ils étaient trop nombreux. *tousse*
- Et Eyala ?...
- Je crois qu’elle a été parmi les premiers tombés. *tousse* J’ai pas eu le temps de *tousse* voir si elle était en vie ou non, tout est allé si vite…
- Où étiez-vous à ce moment ?
- Par… là…

En voulant désigner la direction, il se tut sans finir son geste, mais son regard s’éteignit alors qu’il semblait regarder l’orée du bois. L’endroit semblait avoir été légèrement épargné par le combat, même s’il y avait çà et là des flammèches consumant ce qu’il y avait – du bois, ou des corps. Tendue, et un peu apeurée, Leylane se mit à chercher Eyala. Il lui fallut quelques minutes.
Adossée contre une charrette, sa fille semblait dormir. Si du sang ne tachait pas son côté, l’illusion aurait été parfaite. Ne voyant aucun mouvement, ni respiration, la demi-déesse ralentit. Sa fille… la chair de sa chair, le sang de son sang… Morte ? Non, c’était impossible, Gar’Haz n’aurait jamais laissé faire cela, pensa Leylane. Mais en était-elle certaine ? Mais en se penchant vers son enfant, la demi-elfe dut se rendre à l’évidence. Elle était bel et bien morte…
Au lieu de supplier son père pour qu’il la lui rendre, elle se mit à la pleurer. Cela aurait dû être l’inverse. En temps normal, les enfants enterrent leurs parents. Dans sa peine, elle ne se rendit pas compte que les corps sur le champ de bataille se mettaient à se relever. [color=*Ils sont partis vers le château…* Le château ? Celui dans les bois, à flanc de montagne ? S’ils avaient établi leurs quartiers là-bas, il n’était pas difficile de comprendre pourquoi celui-ci avait une sinistre réputation. Elle n’eut que le temps de voir le fantôme de sa fille disparaitre une fois son message délivré. Eyala savait que sa mère saurait quoi faire. Laissant libre cours à sa détresse, la demi-déesse poussa un cri puissant, effrayant, d’outre-tombe. Les animaux s’enfuirent des environs et un groupe conséquent d’hytrez se mit à courir en direction des bois, vers l’endroit où se terraient les responsables. A mesure qu’elle avançait à leur tête, le sol flétrissait sous ses pas.
Lorsque le château fut en vue, elle envoya ses troupes massacrer les résidents. Peu lui importait qu’il y eut des innocents avec eux, elle était une mère en colère, ils allaient tous payer. Et quand elle entra dans les lieux, tout était déjà fini, les hytrez n’avaient laissé aucun survivant. A part un elfe, borgne et couvert de cicatrices. Il s’était caché dans une chambre quand il avait vu les morts arriver en masse. Les hytrez venaient de détruire la porte quand Leylane les interrompit. L’elfe pâlit quand il la vit évoluer sans problèmes au milieu de ces créatures. Il bafouilla que c’était impossible, qu’elle devrait être morte au moment où elle avait pénétré dans l’enceinte du bâtiment, que Morloc ne laisserait jamais cela se produire, qu’il protègerait ses sujets. Sans aucune émotion, elle plongea ses yeux rouges dans ceux de la chose apeurée qui lui faisait face. Elle lui ordonna le silence d’un simple son.

- Shhhh, chut… Morloc n’est rien… Il y a des choses bien plus dangereuses que lui sur Arcaëlle, des choses auxquelles tu n’as jamais osé penser. Des choses bien plus effrayantes que tout ce que tu peux imaginer… Je ne vais pas te tuer, je pense que j’adorerais ça –pour venger mes proches que vous avez tué hier ou aujourd’hui-, mais je vais te laisser vivre…

Alors qu’il allait parler, elle posa son doigt sur ses lèvres et laissa les morts courir vers d’autres éventuelles victimes. Elle sortit une dague et la lui planta à des endroits stratégiques, le privant de sa dextérité à tout jamais. L’autre bras subit le même sort, mais elle lui coupa les doigts. Il allait survivre, et raconter ce qu’il avait vécu. S’il faisait partie des adorateurs de Morloc, ils verraient qu’ils n’étaient pas invincibles, malgré la prétendue protection de leur dieu de pacotille. Et ce château ferait un très beau lieu de vie, une fois les hytrez partis. Sa réputation allait encore grandir, et dissuader les imprudents de s’aventurer dans les environs.


Jusqu’à aujourd’hui…
Par la suite, la demi-déesse a presque fait sien le château, sans y installer ses quartiers. Mais au vu de la réputation, elle était certaine que peu, très peu, de personnes oseraient s’en approcher. Avec le temps, il a depuis perdu de son prestige, sans quelqu’un pour s’en occuper. Mais cela lui importait peu. Pendant ce temps, elle se fit discrète, pour porter le deuil de sa fille, pour que personne ne la recherche, au cas où celui qu’elle avait laissé vivre aurait fait une description détaillé d’elle. Cela dit, il y avait de fortes chances qu’il soit pris pour un fou. Ne voulant courir le risque, elle fit profil bas.
De ces dernières décennies, elle a surtout amélioré son contrôle des fluides Thâ et Dën, réussissant parfois à les mêler pour créer de la glace. En parallèle, elle cultivait son don pour la nécromancie en invoquant de temps à autre son père. C’était rare, mais elle avait quelquefois besoin de communiquer avec pour comprendre certaines limites, et certaines possibilités. Il ne lui parla jamais de ce qu’il s’était passé quand sa fille est morte. Mais quand elle amena le sujet, il lui répondit simplement qu’elle ne devait pas essayer de reproduire volontairement l’expérience. De sa vie immortelle, Gar’Haz n’avait encore jamais eu d’enfant pouvant effectuer cela. Il faut dire qu’il ne leur avait pas tous donné le même don. De même, elle devait user avec précaution de ce don, les gens trouveraient ça terrifiant, ainsi que de flétrir le sol sous ses pas.
Mis à part son entrainement au fluide et au combat armé ou non, Leylane a eu une paire de jumeaux, un garçon et une fille. Mais pour ne pas revivre le deuil, elle a fini par les mettre en sûreté chez des personnes de confiance. Et récemment, elle a repris la route pour un projet qu’elle ne connait pas encore…


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Mer 2 Déc - 15:05
Bienvenue,

UNe fiche fascinante que j'ai suivi avec passion. Le personnage est complexe et pourtant on a l'impression qu'elle sera facile à jouer. L'histoire prend aux tripes, pleines de rebondissements et d'événements.

Le caractère et le physique sont complets et suffisamment détaillé.

Bravo tu gagne 30 XP à dépenser en fluide.

Tu es donc validé.
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