L'Aube des Mondes
Bonne visite dans notre univers.

Mer 2 Sep - 12:56


Fiche de Présentation



Informations
☩ Prénom : Emmä
☩ Nom : Kalhan
☩ Âge : 22 ans
☩ Sexe : ♀
☩ Groupe : Neutre (peuple des Rastgars)
☩ Orientation Sexuelle : Bisexuelle
☩ Métier : Chasseuse de primes
☩ Race : Xen : elle se transforme en Faëliya et en Hÿgan
☩ Armes : Une lance et une épée en acier ; un assortiment de dagues au manche incrusté de lapis-lazuli



Caractère

Hahaha... Hahahahahaha ! Quoi, tu veux ME connaître ? Moi ? Tu veux que j’me décrive, là, comme ça, dans une flopée de phrases sans queue ni tête ? Non sérieux, t’es pas tombé sur la tête, au moins ?! Bon, bon… Etant donné que ta demande m’intrigue et m’amuse, j’vais essayer d’répondre le plus clairement possible. Non parce que, j’sais pas toi, mais réussir à s’définir en entier, c’est pas c’qu’il y a de plus évident… J’ai beau m’connaître sur le bout des doigts, j’manque un peu d’objectivité, quand même.

Paraît que j’suis sociable. Premier truc. J’ai la niaque, le verbe facile, du tact, je divertis, je ris ! C’est dans mon sang, dans mon âme, pif, paf pouf ET BADABOOM ! T’es mort de rire avant même de t’en rendre compte. Fais gaffe, à m’côtoyer trop souvent, tu risques d’finir raide mort avant d’avoir pu dire « han » !

Les délices du rire, mes dél-ires, j’les aime bien sucrés. J’adore séduire et baragouiner des mots d’amour, créer une avalanche de douceurs avant d’répliquer sur une touche pimentée qui pique et fout la trique ! Tu rougis, t’en fais pas c’est normal, j’te remets direct à l’aise grâce à mes gâteries… Et c’est r’parti pour une bonne dose de sourires ! Tu vois l’genre ? J’fais pas d’chichis, seulement des charivaris qui font chavirer ton cœur ! Et tu sais quoi, cerise sur le gâteau : mes baisers sont des joyaux… Mais aussi insaisissables que le murmure de l’eau !

Par contre fais gaffe à toi. La solitude est ma seule compagne, et personne ne l’a remplacera ! Indépendante et forte, tel est mon dada. L’amour est aussi beau qu’éphémère ; alors laisse-moi de l’air, je n’accepterais ni baisers, ni promesses, seulement la surprise de recroiser ta route, au coin d’une aventure, si Gadvaoi le veut ! Donc pas d’entourloupes mon mignon sinon j’t’allume… Et regarde-moi bien : j’ai l’air sympa et magnanime, mais j’protégerai ma liberté et mon intégrité même face aux Dieux s’il le faut. Si tu m’cherches, tu m’trouves : attache-toi et j’m’arrache…

Hmm… Quand j’écoute mon propre discours, j’me rends compte qu’il est bien facile de mettre en avant c’qu’on considère comme nos plus grandes qualités – du moins pour les relations sociales, j’entends. C’est bien, d’être amoureuse des autres ; c’est bien, d’vouloir s’affranchir de l’attachement et du besoin insupportable d’être toujours emmailloté aux êtres qu’on aime… Mais en fait, c’n’est qu’une façade pour m’détendre et apprécier un tant soit peu les autres. Je n’dirais pas que j’n’aime pas les gens, c’est juste que j’préfère l’aventure, les rivières et les montagnes, la chasse et la lutte, sentir l’herbe et la brume, écouter le silence, l’âme des forêts… Plutôt que l’remue-ménage cacophonique des villes et d’ses habitants.

Je n’fais pas partie de ce monde civilisé. Je suis la forêt, je suis les montagnes, je suis la mer. Je n’peux m’attacher aux arcaëlliens car leur nature ne correspond pas à mon mode de vie, à mes valeurs et à mes idées. J’apprécie leur compagnie – mais nos similitudes s’arrêtent là. Leur corruption, leur malhonnêteté, leur besoin de violence, de puissance, de domination, tout ceci m’donne la nausée. Je n’peux pas vivre avec de telles envies ; ils n’ont rien compris, ces abrutis ! Les Dieux sont fâchés… Et personne ne semble s’en rendre compte. Les arcaëlliens sont aveugles, sourds, et n’savent que beugler. Ils ne voient pas les arbres malades, ils n’entendent pas le cri de désespoir des orphelins, puisque ils se bornent à hurler leur propre douleur. Mais fais pas cette tronche, espèce de macaque, c’est pas pour ça que j’prends pas la vie du bon côté ! Rester positif, c’est important, tu sais. Je pense que la solution à nos problèmes se trouve sous notre nez, et qu’il suffit d’chercher un peu ; en attendant, j’m’amuse bien à r’garder les autres bafouiller comme des bébés, ‘sont mignons ces idiots…

Bon ! Rev’nons à des choses plus joyeuses ! La vie est ainsi faite, et mon amour d’la nature m’pousse à avoir la bougeotte. J’suis une nomade, j’vis dehors, sous les arbres, sans personne pour m’dire c’qu’il faut que j’fasse ! Capiche ?! J’avance vers l’aventure, inlassablement, maître de l’inconnu, prête à ramasser tout c’qui tombe à ma portée… Et, chose difficile selon moi, j’essaye d’prendre tout c’qui arrive avec une énergie positive. Rien n’est laissé au hasard ; tout a un sens, même s’il ne nous paraît pas évident au premier abord. C’est justement selon cette idée qu’j’apporte une grande importance à la confiance – ouais, tu vas m’dire, mais tu viens d’raconter qu’t’étais solitaire et joueuse ! Certes, mais j’renie pas pour autant l’importance de relations fortes. Haha ! J’aime vivre seule, mais j’accepte l’aide en cas d’besoin. J’suis méfiante, c’est sûr ; mes critères de sélection pour que quelqu’un entre dans mon cercle –très– fermé de la confiance sont particulièrement élevés, pourtant certains sont capables de rel’ver l’défi. Et dans c’cas là… J’lâche pas l’affaire, mon chou. Y’a pas à tortiller. Les bonnes âmes sont partout, faut juste réussir à s’ouvrir, avoir le courage et les tripes d’faire c’qu’on veut, et là t’arrives à m’apprivoiser. Je n’laisserais jamais tomber quelqu’un qui m’a ouvert son cœur et prouvé son courage, sa force, son amitié. JAMAIS !

Et finalement… J’aim’rais terminer sur une conséquence directe de mon détachement face à la société arcaëllienne. J’aime ce que j’ai fait de ma vie et j’respecte mes valeurs jusqu’au bout des ongles. Du coup, j’avoue, j’suis condescendante envers toutes les races intelligentes. J’les considère comme des benêts, des enfants naïfs à qui il faut tout apprendre. C’est un peu un moyen de défense. J’m’explique : comme mon mode de vie est radical’ment différent du vôtre, j’ai des besoins et des envies bien différentes. Et j’ai un peu d’recul, puisque j’observe vos attitudes de loin, sans prendre l’parti de toutes ces aventures hypocrites – pourtant étrangement très rigolotes. Tu captes ? Difficile de s’énerver quand c’est un gamin qu’essaye de faire la loi ! Difficile de lui en vouloir, aussi, quand on l’prévient qu’il va faire une bêtise et qu’il s’jette dedans… Alors voilà, le jour où quelqu’un arrivera à m’agacer… J’espère que tu n’s’ras pas là, parce que ça risque de dégénérer !

Joyeuse – Séductrice – Indépendante – Sauvage – Solitaire – Aventureuse – Loyale – Condescendante – Réfléchie


Physique

J’avais l’impression qu’elle brillait légèrement parmi les clients de l’auberge. Comme si son aura – quelque peu violacé, de la douceur du lilas – m’appelait, m’envoûtant, m’obligeant à avancer vers elle sans même que je ne m’en rende compte, comme dans un rêve.

On s’était mis à discuter avec gentillesse et détachement, et cette femme, nébuleuse, me regardait avec affection, comme si j’étais son frère ou son mari ; et moi je lui parlais avec une certaine timidité ; un retrait dû à son charisme impressionnant qui me laissait tout juste le droit de dire quelques paroles polies.

J’étais admiratif, troublé par la force de son regard, son entrain, sa joie, son allure. Tout dans son être respirait la sûreté et l’indépendance. Pas seulement ses dires, non, quand j’osais lui demander comment elle se représentait moralement ; mais également  sa posture, ses cheveux d’ébène, ses traits ronds, aguichants, ses yeux en amande, sa peau halée, sa bouche pulpeuse et écarlate, tout ceci participait à cette aura de respect qui s’imposait de plus en plus tandis que je m’approchais de son corps parfumé.

De loin, alors que je m’avançais vers elle d’un pas lent, j’avais d’abord remarqué sa silhouette galbée, fine, avec sa taille cambrée contre le siège, ses longues mains touchant délicatement le bord de sa chope de bière. Elle était d’une sensualité hors pair : je pensais pouvoir la soulever sans effort, ou simplement l’emporter par la main, passant mon bras autour de sa taille, la faisant virevolter à travers la pièce dans une danse aussi charmante qu’elle.

Pourtant je n’osais la toucher alors que je l’abordais : elle avait des mouvements vifs et calculés, non  pas dénués de grâce, mais qui, pour un chasseur tel que moi, me faisait comprendre qu’agilité et force se cachaient derrière ses longs bras fins. Elle n’était pas particulièrement mince, ni très musclée, juste bien formée. C’est son attitude, sa façon de se positionner sur son siège qui créait tout cet univers de sensualité autour de son être.

Je n’avais bien entendu aucune envie de la violenter. Outre son corps svelte et aguichant, son visage était fort agréable à regarder. Ses origines montagnardes des contrées du centre se lisaient clairement sur ses traits : elle avait de grands yeux noirs en amande – perlés d’or, ce qui rendait son regard particulièrement beau – et semblaient sonder mon âme lorsqu’ils rencontraient les miens. Son nez, arrondi, formait une courbe douce et parfaite qui dessinait subtilement des lèvres charnues et naturellement roses que je ne pouvais m’empêcher de regarder avec avidité. Enfin, ses longs cheveux noirs, très raides, glissaient le long de son épaule en une unique natte complexe, resserrée et brillante, qui mettait en valeur la rondeur de sa poitrine, de façon discrète et néanmoins ostentatoire. J’avais envie de toucher la soie de sa chevelure, le velouté de sa peau lisse, la suavité de ses lippes…

Je ne faisais cependant qu’écouter sa voix chantante – ou je ne disais que quelques banalités histoire de pouvoir rester auprès d’elle et me repaître de sa simple présence, ce qui me suffisait pour le moment. Je ne me sentais pas de lui faire la cour comme j’aurais pu le faire avec une quelconque aristocrate de la capitale ; sa tenue et son air sauvage me dissuadait de tenter quoique ce soit. Et son discours sur elle-même me confirma que mon instinct avait été le bon. Elle n’était pas précieuse, mais naturelle ; elle n’était pas fragile, mais aussi forte qu’un bsurt ; ce n’était pas une proie… Mais un prédateur.

Elle gardait bien en évidence son épée et sa petite collection de dagues qui, à y regarder de plus près, présentaient quelques traces de sang frais ; ses vêtements aussi laissaient penser qu’elle vivait effectivement dans la forêt, car ils me semblaient chauds, confortables, résistants et protégeaient toutes les parties sensibles de son anatomie – ce n’était pas vraiment un accoutrement des femmes superficielles de la Cour, toujours affublées de nombreux bijoux et de la soie la plus fragile. Oh, bien au contraire, le cuir brun, bien tanné, était conçu pour être pratique et non pour être beau. Elle avait ce naturel presque nonchalant qui m’était à la fois étranger et agréablement familier. Elle ne cherchait pas à s’embellir de toutes ces babioles superflues qu’on pourrait imaginer sur n’importe quelle femme de la ville.

Non, elle était simple, elle préférait l’utile à l’agréable ; cependant cette charmante jeune femme restait d’une propreté et d’une décence digne des plus grandes princesses : ses mains fines, sans cicatrices, me surprenaient face à l’attirail belliqueux qu’elle transportait avec elle. L’unique marque des combats ou duels qu’elle a pu encourir se discernaient sous son œil gauche. Elle possédait à cet endroit une longue balafre, qui allait du bout de son sourcil brun, passant au coin de son œil, jusqu’au milieu de sa pommette. Elle m’a expliqué en riant qu’elle se peinturlurait quelques fois le visage d’une poudre rouge ou violette, en suivant l’impressionnante griffure – enfin, « l’égratignure », comme elle l’appelait – pour lui donner un air de grande chasseresse diabolique. Et ça la faisait beaucoup rire… Mais j’imagine que ses victimes n’auront certainement pas le même sens de l’humour.



Histoire

Je crois être née dans les contrées centrales de Kaïl, non loin de la chaîne montagneuse d’Aängak, dans un des villages pauvres qui bordent son flanc ouest. En tout cas, mes traits légèrement bridés et mon teint naturellement hâlé me laissent penser que mes parents étaient effectivement des montagnards. Mais à vrai dire, j’en sais foutrement rien.

Je n’ai aucun souvenir de mes géniteurs ni du reste de ma famille. Les seules images qui me restent d’eux sont ceux de ma sœur jumelle, que j’essayais de retenir alors que l’immense marchand qui m’avait acheté la rejetait loin de moi en me hurlant des mots que je ne comprenais pas. Je pigeais que dalle : pourquoi m’arrachait-il à ma famille ? Pourquoi mes parents ne venaient pas me chercher ? Je pleurais juste, j’avais mal, pauvre petite xen sans défense, à peine assez grande pour marcher toute seule… Et on m’obligeait à abandonner ma sœur !

Voici mes premiers souvenirs, premier traumatisme d’une époque sombre, où la famine et la répression dominaient tout Arcaëlle. Heureusement, mon esprit n’a gardé que quelques images tordues de cette réalité qui me paraît pourtant si irréelle. Mon existence débute véritablement lorsqu’Edouard me prit sous son aile.

Edouard, c’est ma famille. C’est mon père, mon mentor, mon guide. Il m’a achetée au marchand osseux qui me battait dès que je me mettais à chouiner. C’était un grand tahora aux cheveux bruns, avec des yeux noirs rieurs et sévères. Il passait son temps à se moquer de moi – ce qui me mettait tout le temps en rogne. Je ne compris que bien plus tard qu’il agissait ainsi pour m’apprendre à rester calme en toute situation… Et aussi parce que c’était sa façon à lui de me dire « je t’aime, fillette ».

Il n’était pas commode, ce mec solitaire, un peu bourru, qui me tapait sur les doigts lorsque je ne tenais pas assez fermement mon épée. J’eus beaucoup de mal, au début, à lui obéir. J’étais trop sensible, trop perturbée par la perte de ma famille pour être utile à quelque chose. Et pourtant, jamais il ne m’abandonna : il était patient, pédagogue, conciliant, très tolérant… Et pourtant tout aussi sévère. Si je ratais, on recommençait, jusqu’à ce que je réussisse tel ou tel mouvement, à faire cette manœuvre, ou ce nœud, à poser un piège, monter à cheval, tirer à l’arc, grimper aux arbres… ! Tout devenait progressivement possible à ses côtés. Il m’instruisait lentement, mais sûrement, son métier de chasseur de primes. Ça ne paraît pas si grandiose, dit comme ça, mais je ne me serais vue nulle part ailleurs que dans ce corps de métier, à parcourir les immenses contrées d’Arcaëlle, en sa compagnie, cherchant une mission, quelqu’un à aider, à défendre, à attraper ! La Traque était devenue mon unique raison de vivre. J’aimais cette liberté par-dessus tout… Tant que je pouvais entendre son rire et ses moqueries.

Pendant presque sept ans, Edouard m’apprit les grandes lignes de son métier. Ce n’était pas de tout repos, bien au contraire ; surtout qu’il n’était pas n’importe quel chasseur de primes, il était avant tout l’un des Rastgars, les Maîtres des Bsurts ; ce qui signifiait que si je voulais rejoindre leurs rangs, je devais passer l’Epreuve de Domptage : après avoir fêté ma dixième année, je devais partir dans la forêt d’Al’Ba, seule, afin de traquer un jeune bsurt. Je devais l’attraper, puis l’amener à Edouard, qui m’aiderait ensuite à le dresser pour en faire un fidèle compagnon de voyage.

La chasse aux bsurts n’a rien d’une ballade de plaisance. Peu d’hommes s’y risquent, ces créatures majestueuses et agressives n’étant pas vraiment considérées comme des animaux de compagnie. Ces énormes canidés vivent en meute, ce qui pose problème pour les chasser, d’autant plus que les mères sont extrêmement protectrices envers leurs petits. Moi, du haut de mon mètre cinquante, je ne dépassais même pas la plus jeune des femelles. J’avais cependant trois avantages : mes ailes puissantes de papillon, ma formation de traqueur, mon fluide – je n’étais pas encore très au point sur mes techniques magiques, mais j’arrivais tout de même à balancer de bons jets d’eau assez puissants pour déstabiliser mes adversaires. J’étais donc plutôt confiante lorsque je m’enfonçai dans la forêt noire des lupans.

Ce fut à la fois une expérience fabuleuse et un terrible traumatisme. D’abord, la sensation de liberté que j’éprouvais en me retrouvant seule, livrée à moi-même, dans ce gigantesque labyrinthe sylvestre me mettait dans une euphorie proche de l’extase. J’avais enfin la possibilité de prouver à Edouard, qui, à l’époque, était semblable à un dieu salvateur, que j’étais digne d’être son apprentie. Ensuite, le simple fait d’avoir été choisie par les Anciens Rastgars comme étant digne d’être une candidate de l’Epreuve de Domptage me rendait si fière que je ne redoutais plus aucun des dangers qui se présentaient à moi. J’ai peut-être d’ailleurs été légèrement trop confiante quant à ma capacité de réussite. Je pensais être invulnérable, avec comme maître le Grand Edouard, et avec mes capacités Xen que je commençais tout juste à bien maîtriser.
Après une semaine de pistage, je trouvai enfin une petite meute de bsurts. Trois mâles, deux femelles, toutes deux ayant une portée de trois petits. Je les observai discrètement, à distance, pendant trois jours et trois nuits. Je m’habituais à leur rythme de vie, décortiquant chacune de leurs attitudes pour bien les comprendre, bien assimiler leur façon d’être, leur caractère. Le mâle alpha était autoritaire mais très protecteur ; la femelle alpha, d’une grande douceur envers tous les membres de la meute. Sans même les toucher, je finis par les apprécier pour leur entente collective, leur harmonie, leur bonté. Je compris soudainement pourquoi cette épreuve était si difficile : il me faudrait rompre leur harmonie. Détruire leur famille, en enlevant leur progéniture… Et je ne pus m’empêcher de faire le parallèle avec ma propre histoire.

J’attendis encore deux jours, le temps de me questionner intérieurement, de peser le pour et le contre. Je pouvais encore m’enfuir dans les montagnes, pour ne pas avoir à faire l’épreuve, à affronter la déception d’Edouard et des anciens. J’entrevis même l’idée de me suicider pour échapper à toute responsabilité. Mais je finis par me décider : on m’avait certes arraché à ma famille, c’est cette rupture qui me permit de rencontrer Edouard, et de devenir ce que j’étais maintenant. Pour rien au monde je ne changerais mon passé. Peut-être même que les Dieux avaient déjà tracé mon destin et celui du bsurt que j’avais choisi, et qu’alors ma mort ne changerait rien à leurs plans.

Malgré cette certitude, je n’aurais jamais pu imaginer ce qu’ils allaient me réserver.

J’attendis le crépuscule pour m’introduire dans leur tanière – une grotte profonde et sombre. La femelle alpha et deux mâles étaient partis chasser, tandis que les deux autres restaient avec les petits. Je craignais davantage les femelles que les mâles, à cause de la tâche que j’avais à accomplir. Et je n’avais pas sélectionné n’importe lequel des bébés : je voulais le plus fougueux, le plus fort, le plus indépendant… Et celui de la mère alpha, évidemment. Je devais agir vite. J’avais décidé de ne blesser aucun des animaux. Ce n’était pas ma mission, et je refusais de donner la mort à des êtres vivants innocents. Je ne voulais utiliser qu’un large bâton en bois fait pour étourdir, que j’avais fabriqué exprès pour mon épreuve. Ainsi, j’ai peut-être été mon propre bourreau.

M’étant au préalable recouverte de boue pour cacher mon odeur, j’attendis que la femelle s’approchât de l’arbre où je me cachais pour lui sauter dessus et l’assommer avec une pierre. L’autre bsurt, alerté par le bruit, se jeta sur moi en hurlant. Je réussis à éviter ses crocs et ses griffes et je lui assenai de nombreux coups de bâton. Mon combat était rude : le mâle était puissant, lourd, bien plus grand que moi. Je réussis cependant à prendre l’avantage grâce à mes formidables ailes, qui me permettaient de tournoyer agilement autour de lui, évitant ainsi la grande majorité des coups qu’il me portait. Le combat dura cependant trop longtemps : je ne me rendis pas compte que le bruit que nous faisions avait bientôt averti les trois autres partis à la chasse. Alors que je finissais d’assommer mon assaillant, je m’apprêtais à récupérer le bébé tant convoité quand sa mère me sauta dans le dos, arrachant mon aile gauche sans ménagement, grondant de tristesse et de rage. Mes cris se mêlèrent aux siens : je vacillais à cause de la souffrance, hurlais de rage, l’attaquais sauvagement, fondant sur sa gueule avec une frénésie décuplée. Evidemment, elle aussi était dans une fureur sans nom. Elle me frappa à la tête ; je voyais trouble, le sang coulait sur mes tempes. Je sentis mes mains se couvrir d’eau, ayant activé mon fluide sans le vouloir. Les larmes perlaient le long de mes joues. Je ne voyais plus. En pleurant des yeux et des mains, j’aspergeais la bsurt, l’empêchant d’agir, et je continuais à cogner à l’aveugle, entendant seulement mes propres vociférations.

Je réussis à attraper le bébé bsurt grâce à ma diversion magique. Je délirais tant j’étais en colère. Je fus tenté, un instant, de tuer simplement le petit, avant de me rappeler pourquoi j’étais là. Je clopinais lentement vers la sortie, gardant de ma main droite la progéniture volée contre mon ventre, et de l’autre, je continuais d’envoyer des salves d’eau contre la mère pour l’empêcher d’avancer ; seulement mon fluide n’était pas encore assez puissant, et mes émotions trop envahissantes pour que je ne maîtrise complètement ce que je faisais – mon fluide disparut donc tandis que je marchais. Les autres mâles arrivèrent devant moi, me bloquant la sortie, et m’attaquèrent brutalement de front. Je roulais sur le côté gauche. Le plus habile réussit cependant à saisir mon aile restante, la déchirant sur toute sa longueur, m’arrachant une autre plainte douloureuse.

De ma main libre, je pris le couteau accroché à ma ceinture – Edouard me l’avait offert pour l’épreuve – et je le plantais dans le poitrail du mâle qui venait de sauter sur moi. Dans un couinement qui me creva le cœur, le bsurt glissa et s’écroula à côté de moi, gesticulant sous la douleur, se relevant difficilement ; et je ne pus rien voir d’autre car je m’enfuyais à toutes jambes en pleurant, trébuchant à chaque pas, serrant comme je pouvais le bsurt qui se débattait dans mes bras. Les deux bsurts restants me poursuivirent dans la forêt, et vu mon état, je n’aurais pu résister plus d’une minute à leur propre traque. J’étais passée du chasseur au chassé. Je me sentais vide, vide, si vide ! Je voulais me laisser mourir entre leurs griffes, tant je me sentais coupable et tourmentée. J’avais tué un bsurt ! Ils m’avaient tuée !

J’étais couverte de boue et ensanglantée. Je sentais l’odeur si particulière du sang de bsurt sur moi, me rappelant sans cesse ce que je venais de faire. Je ne sais quelle force me soutenait d’un pas à l’autre, mais je continuai machinalement à avancer, incapable de contrôler mes larmes et mes gémissements, sourde à tout le reste. Je ne sais combien de temps j’ai passé à errer sans but, seulement accrochée au bébé qui geignait en résonnance avec moi, perdue dans l’immensité boisée, silencieuse face à mes plaintes. C’est après m’être écroulée au bord d’une rivière que je me rendis compte que mes prédateurs ne me poursuivaient plus.

Je contemplais la rive allongée sur le côté. Les étoiles scintillaient sur l’eau comme d’innombrables perles lumineuses : la tranquillité et la beauté du lieu eut bientôt raison de ma souffrance, et je réussis finalement à m’endormir en entendant seulement le doux bruissement des roseaux. Au lever du jour, je me réveillai en sursaut, les moignons de mes ailes me rappelant à la dure réalité : j’étais atrophiée, meurtrie, meurtrière, voleuse.  

Et le bsurt avait disparu.

Malgré mon entraînement avec Edouard et ma détermination que je croyais sans faille, je fus prise d’une panique presque surnaturelle : après réflexion, je pense qu’un des sbires de Kaliqua s’est joué de moi en me voyant aussi fragile et démunie ; et j’ai dû bien l’amuser, à courir dans tous les sens, trébuchant sur mes propres pieds - j’étais exténuée, et je devais trouver un nouvel équilibre, n’ayant plus mon agilité aérienne - tout en poussant des gémissements qui auraient ampli mon mentor de honte. Je ne me souviens pas bien de ce moment, ma mémoire voulant effacer au mieux l’humiliation et la détresse d’une telle perte, après tout ce que j’avais vécu. Surtout que le bsurt, lui aussi à bout de forces, s’était simplement réfugié dans une sorte de petit terrier creusé entre les roseaux, à quelques mètres de là. Quel soulagement quand je le vis ! Je ne savais plus quoi faire… Mais je l’avais retrouvé ; il était toujours là ; j’avais réussi l’épreuve. Mais à quel prix ?

Mon retour fut accueilli par les hurlements de joie de la part de mes pairs - puisque maintenant, je faisais bien partie du clan très fermé des Rastgars. J’eus beaucoup de peine à m’habituer à ma nouvelle situation : je trouvais le sacrifice que j’avais dû faire pour entrer dans leurs rangs beaucoup trop grand pour que j’éprouve de la satisfaction. Mes ailes me manquaient terriblement. Je ne me sentais plus moi. Je n’étais plus une Xen à proprement parler. Je ne pouvais plus éprouver l’immense joie de voler, cette liberté incroyable seulement réservée à une partie de la population arcaëllienne.

Inconsciemment, je me créais donc une nouvelle identité pendant les années qui suivirent l’Epreuve. Edouard fut d’une aide précieuse pour m’aider à surmonter cette perte, me montrant toujours le bon côté de la chose, et m’obligeant, la plupart du temps, à m’occuper du petit bsurt volé – parce qu’au début, je refusais de le toucher. J’avais peur que les dieux ne m’en veuillent pour mon acte que je considérais comme le plus terrible qui soit. Apprivoiser l’animal et le rendre obéissant fut donc bien long ; mon père adoptif restait cependant d’une patience incroyable, gardant toujours son air ironique et ses manières faussement autoritaires pour m’aider à l’élever.

Ma souffrance finit cependant par se calmer ; j’oubliais finalement que j’étais mutilée, et l’affection innocente de mon nouveau compagnon finit par percer ma carapace de culpabilité. Je le donnais alors le nom de Noömi, qui signifie en ancien arcaëllien « pardon ». J’évoluais alors rapidement vers la voie de mercenaire. Je ne jurais que par Edouard, que je voyais de plus en plus comme un sauveur, un ange, un père. Il était tout pour moi. Notre complicité n’était pas un secret et nous étions les mercenaires les plus connus de la région.

Mais le bonheur ne dure jamais longtemps. Je pensais être enfin guérie, en harmonie avec moi-même, la forêt et les autres races - mais je ne connaissais même pas une infime partie de ce monde infini, qui cache pourtant de sombres desseins. A la fin de ma formation, aux alentours de mes seize ans, Edouard et moi étions dans une mission de repérage à l’orée du bois lorsque nous fûmes attaqués par un des clans lupans qui nous avaient posé quelques problèmes un mois plus tôt. Nous n’avons pas été assez rapides… Et les créatures me parurent étranges. Trop énervées, ou trop apeurées, elles agissaient par instinct plus que par stratégie, nous agressant de toutes leurs forces sans que je ne repère aucune organisation particulière. A moins que ce soit ma culpabilité qui ne déforme la réalité, et que j’ai simplement été trop distraite…

Edouard s’écroula sous le coup d’un des mâles qui semblaient être leur chef. Je fus attaqué par deux autres de ses compagnons et ne vit donc pas ce qui lui arrivait. Cependant, lorsque je réussis à me débarrasser de mes adversaires – j’avais appris à maîtriser mon fluide avec une assez grande facilité pour les gérer – je le vis sur le dos, pâle, ensanglanté, se tenant la gorge en râlant douloureusement. Je compris tout de suite qu’il était mourant ; hors de moi, je poussai un hurlement de rage et me précipitai sur mes assaillants. Deux étaient déjà assommés, l’un, le plus proche de moi, surpris par mon cri, n’eut pas le temps de réagir et se prit ma lance dans le ventre ; un autre, plus réactif, tenta de me charger avec un autre lupan, m’étourdissant assez pour me faire chanceler, mais j’avais déjà anticipé leurs mouvements et je les égorgeai proprement avec mes deux dagues. Les trois lupans qui restaient grognaient violemment face à moi ; l’un s’enfuit, le regard fou, ce qui m’étonna, et me confirme, même maintenant, que quelque chose n’allait pas dans la forêt ; les deux autres se ruèrent sur moi, et, plus agiles – le plus gros était le potentiel chef que j’avais repéré – ils réussirent à m’assener un coup à la tête. Je perdis conscience.

Edouard était déjà livide lorsque je me réveillai. Sa vie l’avait quitté il y a peu, retournant auprès des dieux pour les conseiller – c’est ce que j’imaginais pour me réconforter : j’étais complètement anéantie par cette vision funeste. Je restai deux jours et deux nuits près de son corps, accomplissant les rites honorifiques Rastgars réservés aux plus grands guerriers. Je finis par l’enterrer dans un champ non loin d’un village Xen chez qui nous avions passé quelques mois paisibles lors de l’apprivoisement de Noömi. Celui-ci me rejoignit d’ailleurs lorsque je m’écroulai, psychologiquement et physiquement brisée par cet évènement. Le bsurt, à son tour, fut mon compagnon dans mon malheur ; il reste dorénavant en permanence à mes côtés, fidèle protecteur, comme un frère.

Mercenaire nomade, je vogue de mission en mission à travers Arcaëlle pour subvenir à mes besoins ; mais le monde dans lequel j’évolue s’assombrit sensiblement – les plantes souffrent, les peuples s’entre-tuent. J’essaye par le même coup de comprendre ce qu’il se passe, glanant des informations çà et là… Jusqu’à ce que la Reine Amäly – en personne – ne me donne une mission en or : trouver des Hayert'Vaäl, ces adorateurs d’Özan, qui effraient tant la population, et semblent être la source des conflits interraciaux et de la déchéance de la forêt. Je dois les capturer et les ramener vivants au palais de la reine. Ma quête ne fait que commencer…

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Mar 8 Sep - 19:42
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Mar 22 Sep - 19:52
Bonsoir,

Des nouvelles pour cette fiche ? Si elle n'est pas finie d'ici 7 jours, elle sera archivée =/

Bonne soirée =)
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Mar 29 Sep - 8:12
Demande de délais supplémentaire accordé.
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Épaulette du lion:
 




J'écris en #40A497
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Jeu 29 Oct - 21:14
Et oui, encore un message !

Est ce que cette fiche est encore d'actualité ma belle ?
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Dim 8 Nov - 18:32
Heya,

Etant dans une période fort éprouvante au niveau professionnel (je croule sous le boulot et la fatigue), vous avez sûrement remarqué que je ne peux pas (et non que j'ai la flemme :/) finir ma fiche ! Cette année est beaucoup plus lourde pour moi et l'écriture passe, malheureusement, après mon travail " obligatoire ".

J'essaye de faire petit à petit quelques bouts de texte mais je ne peux garantir un délai pour finir ma fiche...
Invité
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Jeu 28 Jan - 23:23
Plop !

Après une attente interminable, j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai (ENFIN) terminé ma fiche !

Enjoy, en espérant que ça vous plaise ♥
Invité
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Jeu 28 Jan - 23:34
Bienvenue !

Grr, je devrais te punir car tu as fait pleurer la lectrice que je suis. Maiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis, ta fiche est juste très bonne voir excellente. Je t'offre humblement 30 XP pour faire ton fluide.

La fiche est joliment écrite, pleine de rebondissement et respecte parfaitement le prédéf. On sent la force de cette Emmä. Bravo !

File RP maintenant vile créatrice de larmes !
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